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Rubrique : Tribune libre & Opinions
La sueur et les larmes avaient décollé mon bandeau...
« J’ai vu les visages de mes tortionnaires, encore impunis à ce jour » - interview par Patricia Rivas
Hernando CALVO OSPINA

Hernando Calvo Ospina est un journaliste et un écrivain colombien qui réside à Paris, collaborateur régulier du mensuel international Le Monde Diplomatique. Etudiant en journalisme en Equateur, il y fut détenu, torturé et emprisonné en 1985. Après avoir été expulsé vers le Pérou, où le gouvernement le déclara persona “non grata”, il fut accueilli par la France. Mais on ne savait presque rien des raisons de sa capture ni des détails de ce qu’il a vécu à cette époque.

Aujourd’hui, Hernando vient de publier en France et en Espagne le livre Tais-toi et respire (Calla y respira), un récit à propos de son enlèvement, de la torture qu’il a subie et de son emprisonnement à Quito. Un ouvrage qu’il a mis vingt-huit ans à écrire et qui sort au moment précis où le ministère public équatorien a admis l’existence d’un groupe paramilitaire, le SIC-10, qui mena la guerre sale du gouvernement de Febres Cordero. Les lois internationales considèrent comme des crimes « contre l’humanité » imprescriptibles ceux qui lui sont attribués. Hernando en a souffert dans sa propre chair, et nous le raconte ici pour la première fois. Comment s’est passée votre détention-disparition, et qu’est-il arrivé pendant votre séquestration ? J’ai vécu presque cinq ans à Quito, j’y ai étudié un an la (...) Lire la suite »
 
Il nous faut quelque chose de plus radical que des émeutes.
Grande-Bretagne : il est grand temps de faire une révolution (The Guardian)
Kevin McKenna

Le nom de mon incomparable et sclérosé professeur d’histoire était simplement McGuire, et ce n’est que bien plus tard nous avons découvert qu’il avait aussi un prénom.

J’ai toujours eu l’impression que ses périodes préférées de l’histoire étaient celles marquées par des soulèvements populaires, parce qu’il semblait prendre un plaisir presque lascif en décrivant les brutalités occasionnelles qui précédaient et suivaient des événements tels que les révolutions russe et française.

Quand il arrivait finalement au moment de la chute des anciens régimes dans ces pays, McGuire était au maximum de son dédain. L'ironie insouciante avec laquelle il racontait toujours les décapitations et éviscérations rendaient ces grands moments d'autant plus glaçants. Au moins les Russes et les Français sont arrivés à leurs fins. En Grande-Bretagne, comme nous l'avons appris des sarcasmes sulfureux de McGuire, tout ce que nous avons réussi à faire sont quelques émeutes désordonnées et quelques comportements bougons dans des endroits tels que Spa Fields, Bristol et Manchester. Et, comme l'historien John E. Archer l'a souligné, beaucoup de ces émeutes avaient été menées à bien par des gens qui voulaient maintenir le statu quo, et non le renverser. Les maux sociaux qui prévalaient en Grande-Bretagne au (...) Lire la suite »
 
Ce n’est pas la Chine qu’il faut craindre, mais l’Occident. (The 4th Media)
Andre VLTCHEK

André Vltchek, natif de Léningrad (Saint-Pétersbourg) est un romancier, cinéaste, journaliste, photographe, conférencier international et analyste politique états-unien.
Il est interviewé sur la Chine, l’Amérique latine et l’impérialisme par Adam Chimienti, enseignant et doctorant à New York. (Note du GS).

Adam Chimienti : la croissance de la Chine, après 1978, est sans doute la plus grande réussite économique de l'histoire, sortir des centaines de millions de la pauvreté et leur donner accès à certaines infrastructures plus modernes et les technologies de pointe, le tout réalisé d'une manière largement pacifique, chose que ses partisans sont prompts à souligner. Cependant, beaucoup sont restés dans la pauvreté, tandis que la pollution et les inégalités sont devenus des problèmes majeurs. Comme l'Etat est étroitement impliqué dans cette remarquable transformation, qu'espérez-vous voir de la part du gouvernement chinois au niveau national au cours de la prochaine décennie ? Andre Vltchek : Comme vous l'avez souligné, ce n'est pas seulement la croissance économique qui compte. Sortir des centaines de (...) Lire la suite »
 
Le jugement de Bradley Manning est une farce - interview de Julian Assange (La Jornada)
Julian ASSANGE
Pedro Miguel – envoyé spécial de La Jornada à Londres - Mardi 11 juin 2013 Le jugement contre le soldat Bradley Manning, accusé par les Etats-Unis d’avoir fourni des documents secrets du gouvernement étatsunien à Wikileaks, est une farce : son résultat est décidé d’avance, selon Julian Assange, fondateur et éditeur de cette organisation, la plus haïe et persécutée par Washington après Al Qaeda. Avec ce procès, la défense a les pieds et poings liés et le procureur cherche d’une part créer un précédent et d’autre part établir un contrôle totalitaire sur tous les employés gouvernementaux ainsi qu’une phase préparatoire pour le jugement « contre Wikileaks et contre moi ». Depuis son refuge dans les locaux de l’ambassade de l’Equateur à Londres, l’australien a donné une longue interview à ce journal [La (...) Lire la suite »
 
Voilà pourquoi le libéralisme est insensé
Un commentaire sur l’Accord transtlantique et « l’exception culturelle »
Juliette BOUCHERY

(Voici un cri du cœur. Il s’agit d’un commentaire sous un article de Mediapart. - Dwaabala)

Bon, fini de rire. Je crois bien que c'est fichu. Plus la peine de tenter de sauver des miettes, de s'accrocher ou de négocier à tel ou tel aspect du monde qu'on a connu. On tire la chasse. Le piège est si bien conçu, si parfait que nous n'avons plus aucun levier pour en sortir. D'abord l'Europe, qu'on nous avait vendue comme un grand rassemblement idéaliste alors qu'elle était un outil de dérégulation ; aujourd'hui, le dernier volet se déplie et nous voyons se dresser devant nous l'accord transatlantique grâce auquel nous allons devenir les États-Unis. Nous sommes en train de déconstruire tout ce qui faisait la qualité de notre vie, et de perdre toute possibilité de faire valoir notre façon de voir les choses. Notre modèle d'un État actif, impliqué, dans lequel nous pouvions nous impliquer en (...) Lire la suite »
 
Le PCF (re) découvre Cuba et l’Amérique latine avec seulement 30 ans de retard (Alléluia et Gloria in excelsis Deo)
Viktor DEDAJ
Je me souviens d'un dessin qui représentait un groupe d'indiens d'Amérique du Sud qui faisaient face à un Christophe Colomb endimanché et perruqué avec sa petite troupe qui venaient de débarquer sur la plage. Un des indiens se retourne vers les autres et leur dit « Il dit qu'il s'appelle Cristobal Colon et qu'il vient nous découvrir ». Pliés de rire, les indiens. 500 ans plus tard, changement de décor. J'imagine une photo représentant Pierre Laurent, secrétaire national du PCF, attablé face à quelques dirigeants d'un parti de gauche latino-américain. Un des traducteurs se retourne vers ses camarades et leur dit « Il dit qu'il s'appelle Pierre Laurent, du Parti Communiste Français, et qu'il vient nous découvrir ». Quelques rires sont étouffés car nos camarades latino-américains savent être polis et (...) Lire la suite »
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Moloch : dieu auquel on sacrifiait les premiers-nés en les jetant dans un brasier
Bruxelles : le Moloch demande plus de sang.
Ariane WALTER

« Il faut régler l’histoire des retraites cette année. Ça traîne. » Voilà le message des faux prêtres qui parlent dans des statues vides pour imiter la voix des dieux. (Histoire des Oracles. Fontenelle.)

On connaît tous ces anciens cultes, témoignages de hautes civilisations et de folie humaine, comme si le cerveau, passée une certaine croissance, ne pouvait que sombrer dans un delirium assassin. L’orgueil d’être puissant devient psychopathie, cancer qui veut dévorer toutes les autres cellules. Oui, l’ « Europe » est notre cancer. Notre Moloch intraitable qui, comme à Carthage ou à Mexico réclamait encore plus de têtes, encore plus de cœurs palpitants. « Bruxelles » est le nouveau Moloch. Le nouveau temple qui demande toujours plus de sacrifices. « Sacrifices ! » Comme nous retrouvons ce mot dans son sens religieux et implacable ! Mais pourquoi appeler ce malheur « Bruxelles » ? « Bruxelles dit », « Bruxelles veut » … Pourquoi cette ville qui faisait naître le sourire avec ses moules, ses frites et (...) Lire la suite »
14 
 
Les pauvres et la dictature des marchés
Se soulever ou mourir (Truthdig)
Chris HEDGES

Pour écrire notre livre Days of Destruction, Days of Revolt (Jours de destruction, jours de révolte), Joe Sacco et moi avons passé deux ans à enquêter sur les endroits les plus pauvres des États-Unis. Nous sommes allés dans les "misérables zones sacrifiées" de notre pays – les premiers endroits obligés de s’agenouiller devant la dictature des marchés – pour montrer ce qui arrive quand le capitalisme dérégulé et l’expansion économique illimitée s’en donnent à coeur joie.

Nous voulions montrer les conséquences de l'exploitation sans foi ni loi des multinationales sur les familles, les communauté et la nature. Nous voulions pourfendre l'idéologie régnante du mondialisme et du laissez-faire capitaliste en montrant ce que devient la vie quand les êtres humains et l'écosystème ne sont plus que des marchandises à exploiter jusqu'à ce qu'il ne reste plus rien ni personne. Et nous avons voulu mettre en lumière l'impuissance des institutions libérales et gouvernementales officielles autrefois capables de diriger mais qui n'ont plus aujourd'hui assez de pouvoir pour contrecarrer l'assaut des multinationales. Ce qui s'est passé dans ces zones sacrifiées – les villes post-industrielles comme Camden, N.J., et Detroit, les mines de charbon de l'ouest de la Virginie où les (...) Lire la suite »
 
Pascal Boniface à la rescousse de la dictature qatarienne
Jacques-Marie BOURGET

En affirmant que nous avons écrit « Le Protocole des sages de Doha », il nous accuse d’un racisme dont il a lui-même été victime après avoir publié « Est-il permis de critiquer Israël ? »

Sauvés ! Voici enfin que l’immense Qatar a trouvé l’un de ses chevau-légers pour monter au front et nous découper en morceaux, moi-même et mon camarade Nicolas Beau. Toute cette sublime hargne, cette attaque désintéressée et à poitrine nue (dont j’espère que Doha lui saura enfin gré) pour assassiner notre livre Le Vilain Petit Qatar. Un ami qui nous veut du mal édité par l’excellent Fayard. Notre ouvrage, puisque Boniface écrit comme il pense (par clichés), est donc selon lui « truffé d’erreurs », ça vous indique l’altitude de la plume. Boniface ne devrait pas faire du foot mais de l’ULM. Le bouquin est « indigne d’un élève de première année en journalisme ». Mais c’est bien sûr. Dis-nous, Pascal, où notre livre te fait mal et pourquoi tu tousses. C’est vrai que pendant des années, avec son rond de serviette, (...) Lire la suite »
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Spéculation sur la mort aux États-Unis
Bernard GENSANE

Le capitalisme financier a décidé de tout acheter et de tout vendre : l’eau, l’air, le génome humain, les recettes de grand-mère, les contrepoisons amazoniens à base de plantes. Il achète maintenant les vies et les morts, en s’attaquant aux plus faibles. C’est ce que nous a expliqué tout récemment le magazine de France 3 “ Pièces à convictions ”.

Outre-Atlantique, des personnes âgées revendent leur assurance décès, pour pallier au plus pressé, c’est-à-dire pour se payer des soins qui ne sont pas gratuits parce qu’elles ne disposent pas de la couverture sociale adéquate. Ces assurances sont rachetées à des malades aux abois par des épargnants privés ou, mieux encore, par des fonds d’investissement. Cela peut se passer dans de véritables foires, où il est proposé aux chalands du cancer de la prostate ou du pancréas (une valeur sûre), des problèmes respiratoires, du diabète etc. Dans cette forme de viager moderne, si la personne meurt, l’acheteur touche l’argent de l’assurance. Lorsque le risque a été « réalisé », les bénéficiaires peuvent être informés en ces termes : « Aujourd’hui, nous avons le plaisir de vous informer que la police 7200490 a expiré (...) Lire la suite »
 
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