52e CONGRES de la CGT : des raisons d’espérer !

Le 52e congrès a achevé ses travaux vendredi 17 mai.

La grande presse avec des reportages scandaleux et un silence honteux le dernier jour en particulier du service public de la 2 qui remporte le pompon de la mauvaise foi, met l’accent sur la réélection de Philippe Martinez tout en soulignant le caractère houleux de certaines séances mettant en cause le manque de réactivité de la direction confédérale et ses atermoiements.

Ce qui se passe à la CGT constitue un enjeu majeur pour le mouvement social et la résistance à la politique macronienne :

Les médias dominants ont beau passer la pommade à la CFDT et à Laurent Berger, les promouvoir auprès de l’opinion, le MEDEF leur faire la courte-échelle, pour faire prévaloir dans le monde ouvrier et salarié chez les précaires ... l’esprit de collaboration de classe, de compromission, de soumission aux intérêts de l’oligarchie, ils sont confrontés à une réalité incontournable : l’esprit de résistance à ce remodelage réactionnaire de la société française reste puissant et le rôle de la CGT malgré ses difficultés, son affaiblissement, son orientation mutée dans les années 90, demeure un élément décisif.

D’autant plus décisif que lorsque les gilets jaunes expriment souvent de manière radicale leur rejet des syndicats, c’est le plus souvent la CGT qui est mise à l’avant-scène du théâtre des trahisons. Comment comprendre ce ciblage de la CGT, alors même qu’elle a été sans aucun doute l’organisation de loin la plus en pointe dans l’organisation des luttes interprofessionnelles sur ces 20 dernières années, malgré sa dérive sociale réformiste ? Faut-il y voir là le signe de l’appréhension par le corps social que les autres syndicats n’offrent aucune perspective d’élévation du rapport de force interprofessionnel des travailleurs contre les injustices sociales et fiscales promues par les tenants du capital ? Ce sentiment de trahison du monde du travail par la CGT pourrait bien être le signe d’une exigence portée par les travailleurs au ressaisissement de la CGT. Ce qui ne peut que lui conférer une responsabilité singulière. 

Et c’est sans doute pourquoi l’attitude des médias dominants alterne entre l’hostilité explicite et le silence méprisant.

Qu’en est-il de ce 52e congrès ? :

Au-delà des riches souvent émouvants témoignages du terrain, de ce qui se passe dans les entreprises et les territoires, de la richesse humaine et d’expérience ainsi reflétée, ce qui frappe c’est la vigueur de l’exigence de la base de la CGT de construire un puissant mouvement majoritaire pour stopper les contre-réformes, renouer avec les conquis sociaux et conjuguer défense revendicative ET lutte pour une alternative politique anti-capitaliste.

Et il y a bel et bien eu confrontations au congrès sur des questions majeures qui relèvent de l’orientation et de la stratégie de l’organisation.

Dans son allocution de clôture Philippe Martinez se félicite de la tenue de ce débat, signe de démocratie et atout tout en en appelant à la fraternité entre nous.

Tout en affirmant qu’entre-nous il serait par exemple superflu de marteler que la CGT est (doit être) une organisation de classe !

Une telle affirmation, nous l’avons dit à plusieurs reprises repose sur un déni : dans les années 90, dans un contexte de désarroi politique et idéologique, afin d’intégrer en particulier la Confédération Européenne des Syndicats, les dirigeants de la CGT de l’époque (Louis Viannet puis Bernard Thibault) ont consenti à une véritable mutation des orientations qui étaient jusque là (depuis 1945) celles de la CGT.

Acceptation du "dialogue social", mise sur orbite du "syndicalisme rassemblé", départ de la Fédération Syndicale Mondiale (FSM), approbation des institutions de l’Union européenne.

Et ce déni continue !

Car si sous la pression de la base et de structures importantes de la CGT la référence à la FSM a été rétablie dans le document d’orientation ce qui constitue une importante décision prise contre les manœuvres de la direction confédérale, le "dialogue social" comme le "syndicalisme rassemblé", l’arlésienne que représente l’ "Europe sociale", continuent de figurer comme objectifs auxquels ces dirigeants sont fortement attachés.

Et ce sont précisément ces questions qui ont, entre autre, fait l’objet d’une confrontation au cours du congrès.

Le dialogue social

Car le "dialogue social" n’a rien à voir avec la nécessité de négocier et d’engranger des résultats positifs pour les travailleurs à partir de la construction d’un rapport de force qui leur soit favorable et l’idéologie du dialogue social qui est une entreprise d’intégration des organisations syndicales aux objectifs et aux intérêts du patronat et des pouvoirs à leur service.

D’autant que dans la période que nous connaissons de crise profonde du capitalisme, ce qui domine TOUT, c’est d’offensive globale contre TOUS les conquis issus des luttes séculaires et qu’il n’y a donc pas de place dans cette voie pour un quelconque "grain à moudre". Et que ce qui est donc visé par l’oligarchie c’est l’acceptation des organisations de cette immense régression sociale en marche. Avec au bout le discrédit des organisations qui se prêtent à cette manipulation chez les travailleurs et dans le peuple.

Par conséquent, maintenir dans nos textes d’orientation la référence au dialogue social en tant que tel, c’est inscrire notre activité dans l’accompagnement du système et de sa crise et c’est donc totalement contraire au caractère de classe de la CGT.

Le syndicalisme rassemblé

Idem pour le syndicalisme rassemblé.

La recherche de l’unité pour être plus fort et gagner c’est une chose et un objectif louable.

Le syndicalisme rassemblé et sa mise en oeuvre depuis les années 90 c’est la primauté aux ententes de sommet, qu’on le veuille ou non une alliance privilégiée avec la CFDT, la sous-estimation des divergences. Car avec la CFDT il n’y a pas seulement des différences d’appréciation sur les revendications qu’il conviendrait de mettre de côté pour se rejoindre sur d’autres objectifs : NON, les dirigeants de la CFDT sur les lois travail, sur les retraites et bien d’autres aspects revendicatifs sont engagés, actifs, déploient DANS LE MONDE DU TRAVAIL avec le soutien des puissances d’argent, des médias dominants leur activité en vue de faire accepter les contre-réformes exigées par l’oligarchie et l’Union européenne.

Pour créer un rapport de force favorable aux travailleurs il convient par conséquent de contrer cette entreprise, de combattre pied à pied les idées de soumission et d’acceptation de ces politiques en s’adressant directement aux travailleurs pour créer les conditions d’une unité de lutte SUR DES BASES effectivement de classe.

L’acharnement de la direction confédérale et ses manoeuvres au cours du 52e congrès sont donc contraires à une véritable orientation de classe se donnant les moyens de surmonter les obstacles à une unité combative des travailleurs.

Le rapport aux gilets jaunes

Nous ne reviendrons pas sur la faute initiale de Philippe Martinez mettant dès le 17 novembre la CGT en retrait en faisant cadeau au F_haine d’une paternité qui n’était manifestement pas la sienne.

Retenons dans l’allocution de fin de congrès l’évocation directe de leur mouvement en termes positifs et l’annonce d’une rencontre à Dijon avec la secrétaire départementale de leurs représentants.

Mais pourquoi avoir ferraillé durant le congrès pour empêcher
toute référence explicite à eux.

Et NON, il n’y a pas équivalence entre le mouvement des gilets jaunes et les autres mouvements sociaux en cours : lutte des jeunes pour le climat, mouvements féministes ... car leur contenu de classe n’est précisément pas le même : ni dans sa composition, ni dans ses objectifs.

Les objectifs du mouvement des gilets jaunes convergent largement avec ceux de la CGT : salaires, justice fiscale, droits démocratiques, critique du caractère anti-démocratique des institutions, mise en cause de la domination de l’oligarchie.

Construire les convergences avec eux revêt donc un caractère stratégique pour le déploiement du mouvement populaire !

D’autant que la forte présence de salariés des TPE rejoint l’effort de déploiement entrepris pour une présence CGT dans les déserts syndicaux !

Pour revendiquer le caractère de classe de la CGT c’est donc cet aspect qui doit être l’aspect dominant qui structure nos décisions, nos choix d’alliance ...

Les raisons de l’espoir

Au final donc un congrès où d’importantes avancées ont eu lieu sous l’impulsion des bases combatives alors que demeurent les incertitudes sur l’engagement de la CGT sur une véritable ligne combative, rompant avec les tendances à l’institutionnalisation et à l’enlisement bureaucratique dans une orientation réformiste.

Raisons d’espoir : les forces existent à l’intérieur de l’organisation pour que l’emportent les fondamentaux historiques qui ont fait son rayonnement à l’échelle nationale et internationale.

Aux militants et aux structures de s’emparer de ce qui a bougé positivement dans ce congrès et pousser jusqu’au bout la réappropriation militante de ce qui a fait l’identité historique de la CGT.

Gilbert RODRIGUEZ

INFORMATIONS :

Le Bureau confédéral comprend désormais :

Philippe Martinez, Fabrice Angéi, Angeline Barth, Pascal Bouvier, Virginie Gensel Imbrecht, David Gistau, Véronique Martin, Catherine Perret, Boris Plazzi, Nathalie Verdeil, Céline Verzeletti et David Dugué.

L’APPEL du congrès aux travailleurs :

COMMENTAIRES  

21/05/2019 09:06 par Cartésien

S’il fallait une raison de plus d’espérer, ça serait que le communiqué de la CGT soit entièrement écrit en français, de manière à être lisible sans que quiconque (sauf les "inclusifs") croie qu’il ne s’adresse qu’aux hommes.

21/05/2019 11:52 par Assimbonanga

J’ai écouté ce "dialogue" entre un Gilet-Jaune et un CGT : https://www.youtube.com/watch?v=Qq_NyUoYFQs
Je dois dire que j’ai été déçue par Faouzi Lelouche. Je le croyais plus intelligent. C’est facile de traiter les syndicats de "collabo" mais c’est un peu injuste. On devrait plutôt s’apercevoir que c’est le pot de terre contre le pot de fer. La force et la répression se sont appliquées aux syndicats et s’appliquent aujourd’hui aux Gilets-Jaunes, ainsi que la calomnie et les mensonges de la propagande. En outre, qu’est-ce que les Gilets-Jaunes ont obtenu de fondamental grâce à leur mouvement ? Un semblant de RIC atténué ? Une commission tirée au sort pour 6 mois de personnes qui seront déplacées, défrayées, manipulées, pour donner une caution démocratique à des projets "écologiques" menés par l’exécutif ?
Mais sinon à part ça ? Faouzi Lellouche croit-il vraiment que saper les cotisations sociales soit un progrès ?
Tout cet anti-syndicalisme qui ressort en fumets nauséabonds est l’oeuvre des réactionnaires : Sarko, Wauquiez, Le Pen. Pas très malin d’en rajouter une couche. Idem pour l’anti-parlementarisme.

22/05/2019 17:42 par HUGO

Lettre ouverte envoyée à Philippe Martinez par le journaliste de France inter Nicolas Beytout, qui est également le patron du journal « l’Opinion ».

Lorsque j’ai commencé à militer à la CGT en 1967, un vieux militant (mon Père) m’a dit, fait attention à ceci : « si un patron ou son représentant te félicite en tant qu’élu ou délégué CGT, poses toi la question se savoir quelle connerie tu as faite ? »
A la lecture de cette lettre ouverte, Martinez devrait se poser la même question !
Est-ce que les congressistes du 52e congrès, qui vient de se terminer étaient informés que Martinez avait subrepticement confié au journaliste et patron du journal « l’Opinion » ses difficultés à diriger la CGT, et qu’il était conscient que « d’autres moyens d’actions collectives montraient une redoutable efficacité comparés aux grèves et manifestations traditionnelles des syndicats ».

Il faudra bien que Martinez nous explique quels moyens d’actions collectives ont été plus efficaces que les grèves ? S’il s’agit des manifestations saute moutons engagées depuis des années, en effet, cela a été efficace et très profitable aux Raffarin, Sarkozy, Hollande et Macron pour faire passer toutes leurs réformes et contre réformes qui représentent typiquement les souhaits du MEDEF et de la grande bourgeoisie qui les a tous mis au pouvoir dans notre pays !

Lettre ouverte à Philippe Martinez, secrétaire général de la CGT
Monsieur le Secrétaire général,
Permettez-moi d’abord de vous féliciter pour votre réélection à la tête de la CGT. Ce sera votre deuxième mandat à la tête du désormais deuxième syndicat de France, respectant en cela un parfait parallélisme des formes puisque, lors de votre première élection, la CGT était la première centrale syndicale du pays. De même, vous avez su à merveille gérer votre opposition interne puisque, face à un bon gros tiers de frondeurs, vous avez su imposer une évidence : vous étiez le seul candidat en lice.
Vous avez, parmi ces qualités que vous avez la pudeur de cacher, un vrai sens des réalités. C’est là le motif de cette lettre que je vous adresse aujourd’hui. Je sais que vous ne vous dissimulez pas les difficultés de votre tâche. Je sais –nous en avons parlé— que vous êtes conscient que d’autres moyens d’action collective ont montré une redoutable efficacité comparés aux grèves et manifestations traditionnelles des syndicats (je pense bien sûr aux Gilets jaunes).

Prenons la grève : il y a dans ce mot tout ce que le mouvement ouvrier peut charrier comme symboles. Il y a l’histoire, il y a les mythes, les grandes figures, les petites phrases et les beaux discours. Il y a les douleurs, et il y a les conquêtes. C’est entendu. Mais il peut aussi y avoir –rarement car je ne veux pas vous fâcher— de l’absurdité à faire grève. Et s’il vous faut un exemple, le voilà : la CGT a décidé d’empêcher la parution des quotidiens, ce mercredi 22 mai, pour protester contre la loi portant réforme de la vente en kiosque. Y a-t-il chose plus absurde que de dire à tous ceux qui continuent à aimer le papier journal, l’odeur de l’encre d’imprimerie et le froissement des pages : « Pour sauver la vente en kiosque, aujourd’hui, vous devrez vous rabattre sur la version web de votre quotidien » ? Vider un kiosque pour le sauver, quelle incongruité.
Je vous remercie, Monsieur le Secrétaire général, de ce que vous pourrez faire pour repenser les voies et moyens de votre organisation, ayant la certitude que vous ne voudriez pas, pour votre troisième mandat, diriger le troisième syndicat du pays.
Avec mes respectueuses salutations,
Nicolas Beytout

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