« Informer n'est pas une liberté pour la presse mais un devoir »
RSS Syndication Twitter FACEBOOK MA TUER FeedBurner Google Reader Wikio

Argentine : dette contre Patagonie ? par André Maltais.




L’Argentine joue mal au Monopoly !


Mai 2003


Au Monopoly, quand on ne peut plus payer ses dettes, on donne ses territoires. Dans le contexte actuel de re-colonisation mondiale, la rumeur se fait insistante : l’État argentin songe à donner l’immense région de la Patagonie à ses créanciers contre l’effacement d’une dette devenue impayable. Riche en pétrole et en eau douce, ce territoire est convoité par les mêmes Anglo-Américains qui font présentement main basse sur l’Irak.

L’an dernier, aucun grand média à Buenos Aires ou à l’étranger n’a repris la nouvelle de la journaliste Monica Cané, de Comodoro Rivadavia, une petite ville de Patagonie.

Elle révélait qu’en mars 2002, la firme de sondage « Jorge Giacobe y Asociados » posait d’étranges questions aux habitants de la Patagonie. Par exemple : « Accepteriez-vous que le pays cède ses droits sur l’Antarctique en échange de l’annulation de la dette extérieure ? »

Ou s’ils accepteraient « que le pays troque des terres fiscales nationales ou provinciales contre le paiement de la dette » ou encore « de confier l’économie argentine à un fonctionnaire du FMI ou d’une autre organisation internationale ».


Conseillers américains

La Patagonie occupe la moitié de la superficie de l’Argentine (c’est-à-dire, la taille de la Turquie) et seulement 4 % de la population y habite. Elle recèle toutefois près des trois quarts des réserves pétrolières et gazières du pays et des gisements d’eau douce parmi les plus importants du monde.

De plus, le président Eduardo Duhalde - qui dirige le pays par intérim et n’a donc pas été élu - s’est entouré de conseillers américains parmi les plus conservateurs.

Son conseiller politique personnel, Norman Bailey, recommande au gouvernement une forme d’échange des « terres fiscales » appartenant à l’État contre une partie de la dette. Il s’agirait d’émettre aux créanciers de l’Argentine des bons fédéraux garantis par ces terres dont la superficie totale atteint la taille de l’Italie.


Henry Kissinger

De plus, Duhalde a embauché par décret trois firmes anglo-américaines pour conseiller le gouvernement en matière de remboursement de la dette extérieure et l’aider à trouver « le financement international nécessaire ».

L’une de ces firmes (ZEMIC) appartient à nul autre que Henry Kissinger, l’un des principaux idéologues du système d’endettement des pays du Tiers-Monde et partisan acharné de la méthode de remboursement dite « dette contre actifs », c’est-à-dire en échange des entreprises d’État les plus rentables.

Mais il ne reste plus tellement d’actifs à l’Argentine et l’ex-député péroniste Juan Gabriel Labaké est persuadé que le sondage en Patagonie était commandé par le FMI et les banques étrangères « pour tester la réaction des Argentins sur le projet de payer la dette en vendant des territoires ».


Écologistes colons

La firme de Kissinger, elle, recommande la privatisation de banques d’État comme la « Banco Nacion » et la « Provincia » qui détiennent des hypothèques sur 14,5 millions d’hectares de terres. L’acheteur se retrouverait ainsi propriétaire virtuel de près de la moitié de la pampa humide au nord de la Patagonie.

Les Argentins sont aussi préoccupés par l’achat de vastes étendues de terres par des Nord-Américains et des Britanniques. Plusieurs de ces acheteurs, telle la Patagonia Land Trust, se réclament de l’écologie.

Cela rappelle à Juan Gabriel Labaké le Texas, État usurpé aux Mexicains dans les années 1830-1840 suite à l’achat massif de terres par des « colons » anglo-américains qui, une fois assez forts, avaient provoqué une « révolte populaire » exigeant l’annexion aux Etats-Unis.

« Les propriétés achetées par les étrangers sont tellement immenses, lance l’historien Carlos Moreno, la Patagonie tellement éloignée de Buenos Aires que si un gouvernement étranger décidait d’y construire une base militaire, on s’en apercevrait seulement vingt ans après ! »

André Maltais

- Source : http://www.lautjournal.info
(Titre original : Dette contre territoires)


- Lire aussi :

Les États-Unis lorgnent l’Amazonie et la Patagonie.



URL de cet article 825
http://www.legrandsoir.info/Argentine-dette-contre-Patagonie-par-Andre-Maltais.html
 
Harald Welzer : Les Guerres du climat. Pourquoi on tue au XXIe siècle
Bernard GENSANE
Il s’agit là d’un ouvrage aussi important que passionnant. Les conclusions politiques laissent parfois un peu à désirer, mais la démarche sociologique est de premier plan. Et puis, disposer d’un point de vue d’outre-Rhin, en la matière, permet de réfléchir à partir d’autres référents, d’autres hiérarchies aussi. Ce livre répond brillamment à la question cruciale : pourquoi fait-on la guerre aujourd’hui, et qui la fait ? L’auteur articule, de manière puissante et subtile, les questions écologiques, les (...) Lire la suite »
LA PUBLICITE POUR AMAZON.COM QUI FIGURAIT ICI A ETE SUPPRIMEE PAR NOS SOINS
SUITE A LEUR CENSURE CONTRE WIKILEAKS
 
 
Les Nouveaux Chiens de Garde
 
img_mini_5_internationale (3K) img_mini_boycott_israel (3K) img_mini_free_for_five (3K)
Jolie-môme

La provocation est une façon de remettre la réalité sur ses pieds.

Bertolt Brecht

#189
Vos dons sont vitaux pour soutenir notre combat contre cette attaque ainsi que les autres formes de censures, pour les projets de Wikileaks, l’équipe, les serveurs, et les infrastructures de protection. Nous sommes entièrement soutenus par le grand public.
L'opinion des auteurs que nous publions ne reflète pas nécessairement celle du Grand Soir
 
suivez le Grand Soir sur :
RSS Syndication  |  Twitter FACEBOOK MA TUER FeedBurner NetVibes Google Reader Wikio