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Coupe du monde : l’heure du bilan en Afrique du Sud

Si les (contre-)performances sportives ou le niveau sonore des désormais célèbres « vuvuzela » ont donné lieu à de nombreux commentaires, le bilan social et politique de la dernière coupe du monde de football reste largement à faire. Cet événement constitue-il réellement ce « catalyseur de progrès dans le pays » évoqué sur le site internet de la FIFA ? Au-delà de la rhétorique convenue sur ce « langage universel qu’est le football », « seul sport qui rassemble toutes les cultures », la grande messe cathodique a-t-elle profité aux Sud-Africains ? Et si oui, auxquels ?

La mémoire collective retiendra peut-être de la dernière édition de la coupe du monde ce bourdonnement ayant accompagné les matches et dont on a tant parlé : la vuvuzela, trompette traditionnelle locale. En France, et jusqu’aux plus hauts sommets de l’Etat, c’est de la contre-performance de l’équipe nationale et de l’attitude de quelques joueurs millionnaires et capricieux dont il a beaucoup été question. Dans une autre perspective, trois mois après le dernier coup de sifflet, il est possible de commencer à dresser un bilan social et politique de l’événement. Avant cela, il est nécessaire de donner quelques repères à propos de ce pays singulier à bien des égards.

Dans un contexte de libéralisation de l’économie, l’Afrique du Sud s’est fortement développée depuis l’instauration de la démocratie, au début des années 1990. Son PIB la place aujourd’hui en tête des économies du continent et la situe au 32ème rang mondial, devant le Portugal ou la Thaïlande. Autre indicateur significatif, son taux de croissance s’est situé en moyenne à 3.1% entre 1996 et 2004 - un résultat qui donnerait le vertige à la plupart des dirigeants occidentaux - alors qu’il n’était que de 1% avant 1994. Malgré ces bons résultats, le pays est confronté à un défi majeur : les chiffres ne se traduisent pas en progrès social. Les inégalités héritées de l’Apartheid n’ont pas disparues, loin s’en faut, le SIDA fait des ravages parmi les plus pauvres, la précarité et le chômage, déjà endémiques, progressent. Pareils résultats économiques n’ont peu être obtenus que par une politique de stricte rigueur budgétaire ayant aggravé les énormes disparités sociales entre citoyens sud-africains. Alors qu’une élite dispose de salaires confortables, beaucoup n’en ont simplement pas : le chômage concerne 40% de la population active, et celui-ci touche principalement la majorité noire et peu qualifiée, c’est-à -dire le 80% des habitants du pays. Le chômage des blancs ne dépassant pas les 3%, c’est un véritable Apartheid social qui mine la société sud-africaine. Sur le plan sanitaire, la situation n’est guère meilleure. Alors qu’en 1993, l’espérance de vie à la naissance était de près de 62 ans, elle a est en chute libre depuis, ne devant pas dépasser pour 2010 l’âge de 49 ans, selon l’Université de Sherbrooke. Dans un schéma qui n’est pas sans rappeler la Chine ou la Russie, les fruits de la croissance ne profitent qu’à une minorité ; aujourd’hui encore, la plus grande partie de la population n’a accès qu’à une éducation rudimentaire, d’un niveau souvent inférieur à celui d’autres pays d’Afrique sub-saharienne. Par ailleurs, la croissance est tirée par l’exportation de matières premières : principal producteur mondial d’or, le pays regorge de richesses.

La coupe du monde devait doper l’économie

Si l’attribution des jeux olympiques d’été 2008 à la Chine devait apporter la démocratie dans l’ « Empire du Milieu », celle de la coupe du monde de football à l’Afrique du Sud allait permettre de combattre les inégalités et de renforcer la lutte contre la pauvreté. Or tout laisse à penser que l’impact du « Mundial » sur les problèmes sociaux sera - au mieux - nul.

L’oeuvre suisse d’entraide ouvrière (OSEO) a publié en septembre une étude démontrant que sur le plan de l’emploi, la coupe du monde n’a permis la création d’aucune place de travail durable. A fin juillet 2010, le nombre d’emplois a même diminué de 4.7% par rapport au même mois de l’année précédente. Les commerçants locaux ne semblent pas avoir plus profité de l’événement : au nom des liens noués entre la FIFA et ses principaux sponsors, des zones d’exclusivité commerciale ont été déclarées près des stades. Dans un rayon d’un kilomètre autour de ceux-ci, seuls les partenaires officiels avaient le droit de vendre leur marchandise. Les petits vendeurs en ont fait les frais, subissant un harcèlement policier constant ; écrire « 2010 » sur sa vitrine a même été interdit. Non sans humour, la compagnie aérienne Kulula s’est ainsi déclarée « convoyeur non-officiel de ce-que-vous-savez » ! Certes, des places de travail ont été crées temporairement durant le « Mundial », mais il s’agissait bien souvent d’emplois précaires. Ainsi, quatre jours après le début de la compétition, les employés de l’entreprise Stallion Security Consortium, chargés de la sécurité dans les stades, ont débrayé, ne recevant que 12 euros de salaire par jour ; une grève matée à coup de balles de caoutchouc et de gaz lacrymogènes.

S’il est vrai que la coupe du monde a permis la modernisation indispensable des infrastructures énergétiques et de transport, elle a également rendu possible des réaffectations très importantes d’argent public à des projets moins légitimes. Dans un film intitulé « Farenheit 2010 » et censuré par les trois principaux diffuseurs d’Afrique du Sud, le documentariste Craig Tanner s’interroge : fallait-il construire de nouveaux stades, alors que le pays était déjà doté d’équipements adéquats ayant accueillis la coupe du monde de Rugby 1995, et tandis que la population a un urgent besoin de logements, d’éducation et de soins ? Comme le souligne Tanner, l’Afrique du Sud a été désignée par la FIFA comme organisatrice sur le base d’une mise à niveau des stades existants : ce n’est qu’ensuite que la décision a été prise d’en construire de nouveaux. Qui a profité de ce que le cinéaste considère comme un détournement d’argent public ? En 2008, Jimmy Mohlala, vice-président de la Fédération Sud-Africaine de football, avait révélé de graves irrégularités dans l’appel d’offre pour la construction du stade MBondela : il décédera en 2009 d’une rafale de mitraillette, devant chez lui. Notons que la compétition terminée, les cinq principales entreprises de construction auront vu leur bénéfice augmenter de… 1300%. Aujourd’hui, l’avenir des nouveaux stades n’est pas même assuré ; sur-dimensionnés, on sait désormais qu’au moins trois d’entre eux ne pourront être utilisés, car trop coûteux. La seule maintenance du « Soccer City Stadium » est estimée à 2 millions d’euros par an.

La FIFA veille à sa réputation

Surf le plan des libertés fondamentales, le bilan de la dernière coupe du monde est également problématique. On sait la Fédération internationale de football association (FIFA) très soucieuse de son image : des journalistes locaux en ont fait l’expérience. Au début de l’année, les trois principaux groupes de média du pays ont en effet dénoncé des atteintes importantes à la liberté de la presse commises par la FIFA. Se retranchant derrière la nécessité de réguler les espaces dévolus à la presse, celle-ci a en effet procédé à des modifications ou retraits d’accréditations de journalistes s’étant montrés un peu trop critiques quand à l’organisation du « Mundial ». Ce n’est finalement qu’après le déclenchement d’une vaste campagne de presse dans les médias sud-Africains que la FIFA s’est engagée à ne pas intervenir sur le contenu des articles, comme le révèle le site « Rue 89 ». La télévision publique a également subi des pressions : « Notre travail est évidemment de promouvoir la Coupe du monde. Diffuser des messages négatifs n’est pas dans notre intérêt » a ainsi affirmé le porte-parole de la télévision publique, partenaire officiel de la FIFA. En 2006, en Allemagne, L’association mondiale des supports de presse avait dû menacer la FIFA d’un procès afin de protéger la liberté d’expression. Pour Pierre de Vos, professeur en droit constitutionnel à l’université de Western Cape, « les conditions [posées par la Fifa en matière de couverture médiatique] sont plus que probablement anticonstitutionnelles » ; dans un pays où la démocratie, encore fragile, a été conquise de haute lutte, on ne plaisante pas avec le respect des droits fondamentaux. Dans un autre registre, on se souvient qu’en Chine, les jeux olympiques avaient donné lieu à une véritable campagne de « nettoyage social » des villes hôtes, à commencer par Pékin. Près du Cap, on a également pris soin d’éloigner les pauvres du regard des touristes : au bas-mot, ce sont 6000 personnes qui ont été déplacées - souvent de force - et 3000 taudis rasés, dont un millier partis en fumée le temps d’une nuit. A Zurich, au siège de la FIFA, « [on est] pas au courant de personnes qui auraient été déplacées pour un ’nettoyage’ en vue d’embellir les villes ». Les prostituées et les mendiants ont d’ailleurs subi le même sort : « Les gens sont retirés de la rue et envoyés dans des refuges, mais ce sont des camps de concentration », tonne Warren Whitfield de l’ « Addiction Action Campaign ».

Pertes socialisées, bénéfices privatisés

Sur le plan financier, l’heure est à la gueule de bois. A l’issue de la compétition, ce sont 2.1 milliards d’euros de pertes - près de trois milliards de francs suisses - qui pèsent sur les épaules des Sud-Africains, alors qu’un gain de 700 millions de francs suisses leur avait été promis. Du côté de la FIFA, le tableau est un peu moins sombre : selon l’OSEO, la fédération aurait dégagé un bénéfice de 2.2 milliards d’euros à l’issue du « Mundial », en hausse de 50% par rapport à 2006. Des résultats choquants lorsqu’on sait que l’organisation de Sepp Blatter a négocié avec le gouvernement de Pretoria un certain nombre d’avantages, à commencer par l’instauration d’une « bulle fiscale » l’exonérant de tout impôt sur ses gains, ainsi que ceux de ses partenaires. « Les privilèges que nous avons dû octroyer à la FIFA étaient tout simplement excessifs. Ils ont rendu impossible le moindre gain financier pour l’Afrique du Sud » affirme Adrian Lackay, porte-parole du fisc sud-Africain. Il n’est pas inutile de rappeler qu’en Suisse, où elle a son siège, la FIFA est également exemptée d’impôts... Durant les quatre années de préparation, c’est 5% de la richesse nationale qui a été consacrée au football ; en Allemagne, cette proportion était de 0.07%. Cerise sur le gâteau, les sud-Africains devront assumer la dette d’une compétition qu’ils n’ont pratiquement pas vue : seuls 11’300 billets ont été vendus à des habitants locaux, soit 77% de moins que ce qui était prévu.

D’Afrique australe, l’organisation de Sepp Blatter est repartie les poches pleines, laissant une dette que les habitants mettront des dizaines d’années à éponger. Dans le pays, 12 millions de personnes ont besoin d’un logement : les dépenses liées à la coupe du monde auraient permis de construire un toit pour 2.4 millions d’entre elles. Ailleurs, sur un autre continent, les bulldozers ont commencé leur travail : le Brésil accueillera la coupe du monde 2014. Le premiers scandales financiers commencent à sortir dans la presse. Et on a certainement pas fini d’en parler.

Julien Sansonnens

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Chroniques de GAZA 2001-2011
Christophe OBERLIN

L’auteur : Christophe OBERLIN est né en 1952. Chirurgien des hôpitaux et professeur à la faculté Denis Diderot à Paris, il enseigne l’anatomie, la chirurgie de la main et la microchirurgie en France et à l’étranger. Parallèlement à son travail hospitalier et universitaire, il participe depuis 30 ans à des activités de chirurgie humanitaire et d’enseignement en Afrique sub-saharienne, notamment dans le domaine de la chirurgie de la lèpre, au Maghreb et en Asie. Depuis 2001, il dirige régulièrement des (...)

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"De toutes les ironies exprimées par la politique étrangère américaine, notre position vis-à -vis de Cuba est la plus paradoxale. Une forte dégradation de la situation économique a provoqué une poussée du nombre de Cubains entrant illégalement aux Etats-Unis.

Nous faisons tout ce que nous pouvons pour détériorer la situation économique et ainsi accroître le flux. Nous encourageons également cet exode en accordant aux Cubains, qui arrivent illégalement ou qui s’approchent par voie de mer, un statut de résident et une assistance pour s’installer.

Dans le même temps, nous n’avons pas respecté les quotas de visas pour les Cubains désireux d’immigrer aux Etats-Unis [...] quand Castro tente d’empêcher des cubains malheureux de quitter leur pays infortuné, nous l’accusons de violer des droits de l’homme. Mais quand il menace d’ouvrir grand les portes si nous continuons à accueillir sans limites des cubains sans visas - y compris ceux qui ont commis des actes de violence pour aboutir à leurs fins - nous brandissons des menaces imprécises mais aux conséquences terribles. "

Jay Taylor, responsable de la section des intérêts américains à Cuba entre 1987 et 1990, in "Playing into Castro’s hands", the Guardian, Londres, 9 août 1994.

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