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Journalisme indépendant à Cuba : Nestor Baquer, agent de la sécurité infiltré raconte.

reprise d’article



Fondateur de la dite Agence de journalistes indépendants de Cuba, Nestor Baquer était un des agents de la sécurité cubaine qui avait infiltré le groupe de dissidents à la solde de Washington. Jusqu’à ce qu’ il révèle sa véritable identité : agent Octavio, de le sécurité de l’État.

Il fait l’objet d’un chapitre entier dans le nouveau livre Los disidentes.

Suivent deux articles de Granma.



29 Juin 2003


Traduction : CSP


Nestor Baguer


Qui Croit au mythe du journalisme indépendant ?


par PEDRO DE LA HOZ Granma daily staff writer


"Journalisme ? Indépendant ? Écoutez, ce n’est ni l’un l’autre. Ca ne tient pas debout." Il n’y a pas le moindre doute pour Nestor Baguer, un ancien collègue dont les lecteurs de Juventud Rebelde se souviennent pour un article publié dans les années 80, "En defensa del idioma".

Et personne ne le sait aussi bien que lui. Agent de la sécurité d’état infiltré depuis 1960, il a 81 ans aujourd’hui, sa mission consistait à prendre des initiatives dans ce domaine au début des années 90. L’idée fut suggérée par un dirigeant contre-révolutionnaire célèbre qui avait envisagé la possibilité d’encourager un flot d’informations tendancieuses en direction des médias US, particulièrement vers la station de radio qui ose prendre le nom de José Marti et vers l’industrie anti-castriste lucrative de la Floride.

"Cet homme m’a parlé un jour," se souvient Baguer, "alors que je lui avait rendu visite pour découvrir par moi-même le sanctuaire d’un "militant des droits de l’homme". J’y suis allé sous le prétexte de manger et boire les copieuses provisions qui lui étaient fournies par un diplomate européen en phase avec la politique de subversion US. La nouvelle de la création de l’Association des Journalistes Cubains Indépendants avait à peine commencé à circuler que déjà nous avons accueillis les premiers volontaires.

Q-Etaient-ils des journalistes ?

Écoutez, il s’agit là d’un des nombreux mythes qui imprègnent l’histoire de la soi-disant opposition interne. Environ cinq étaient des journalistes, moi inclus. Les autres étaient des débutants, la plupart sans la moindre formation culturelle. J’en connaissais même un qui s’exprimait, si on peut dire, en faisant des fautes de grammaire.

Q-Étaient-ils indépendants ?

Nous savons tous deux que toute analyse sérieuse - dont sont incapables ceux qui se proclament de la liberté d’expression - doit prendre en compte qu’il n’existe pas un seul organe de presse au monde qui ne prenne parti, que ce soit pour des idées ou des impératifs commerciaux. Ils savent que si un journaliste s’écarte trop de la ligne éditoriale tracée par les propriétaires, ils se mettent en position de hors-jeu ; ils doivent partir et emmener leurs idées avec eux. Dans le cas qui nous intéresse, la dépendance est évidente. Dépendance, subordination, et génuflexion devant les intérêts politiques des États-Unis ou devant des gens influents à Miami, c’est la même chose : tout est comme ça. Dans mon témoignage au procès, j’ai raconté comment la Section des Intérêts des États-Unis, avec moi comme avec les autres agences ou groupes, nous conseillait sur ce sujet. Et je vais vous dire autre chose : avant d’envoyer leurs articles à l’étranger, beaucoup y prenaient conseil pour les moindres détails de leur travail.

Q-Pourquoi y’avait-il autant d’agences ?

Lorsque certaines personnes sans scrupules voient une opportunité de se faire facilement de l’argent ou de trouver un moyen pour quitter le pays, elles perdent la tête. N’importe qui pouvait créer une agence de presse et ce fut une prolifération.

Q-Avec autant d’argent en circulation, y’avait-il de la corruption ?

Bien sur. Aussi bien à l’intérieur qu’à l’extérieur. Ils se poignardaient dans le dos les uns les autres. Une dame de Miami qui avait crée le site web Cubanet a débuté en recevant nos informations par le téléphone de sa cuisine. En moins de deux ans, elle avait déménagé pour un quartier chic, avec un bel appartement et un deuxième appartement en guise de bureau. Et elle s’est achetée une voiture à 90.000 dollars.

Q-D’où venait l’argent ?

L’argent venait pratiquement toujours du National Endowment for Democracy, puis était réparti.

Q-Quelles étaient vos relations avec la Section des Intérêts US ?

Une confiance absolue. J’avais un laissez-passer permanent. J’étais devenu très proche des patrons de la section des Intérêts et ceux du département de Presse et de la Culture. Le plus agressif de tous est James Cason. Il se prend pour un proconsul, un empereur. Un autre qui n’est pas mieux est l’actuel chef du Département Presse et Culture, Gonzalo Gallegos qui, tout au fond de lui, rejette ses origines hispaniques ; tous les deux nous méprisent.

Q-Pensez-vous que ces procès contre des individus proches de la Section des Intérêts sont aussi des procès contre l’intelligentsia Cubaine et les idées Cubaines ?

Ces gens n’ont rien à voir avec les idées ou la culture cubaines. Je l’ai déjà dit pendant les procès : ce sont des mercenaires. Ils feraient et diraient n’importe quoi pour de l’argent. Un cas regrettable est celui de Raul Rivero, parce qu’il était réellement un journaliste et un poète de grand talent. Mais il a perdu tout repère et s’est laissé tomber aussi bas que tous les autres. Ce dont je suis le plus fier, c’est d’avoir participé à la sauvegarde de la culture de ma patrie. Parce que ce qu’ils ont tenté de faire, à travers leurs activités subversives, c’est de supplanter notre culture et de faire aboutir le vieux plan annexionniste US qui consiste à prendre le contrôle de Cuba.

Q-Que va devenir la vie de Nestor Baguer après la révélation de toutes ces années de dure labeur pour défendre notre sécurité nationale ?

Maintenant que je suis libre de mes obligations de travail clandestin, je vais écrire. J’ai déjà commencé à écrire un livre qui s’intitulera Octavio, mes mémoires sur mon travail clandestin. Et je vais essayer de publier une sélection de poèmes de Gustavo Sánchez Galarraga, un oncle à moi qui fut une figure légendaire des cercles bohèmes (?) cubains.

http://www.granma.cu/ingles/entrevistas/baguer.html

Source : CSP




1er Juillet 2003


Indépendants de quoi ?



[Q-Quand avez-vous fondé l’Agence des « Journalistes Indépendants » de Cuba(APIC) ?

Avec Elizardo. J’ai reçu les félicitations de Miami ainsi que d’autres témoignages d’amour et de sympathie. Ils me considéraient comme le meilleur des patriotes ; Reporters sans Frontières faisait mon éloge partout et m’ envoyait de l’argent.(...)]




Extrait de l’interview accordée aux journalistes Rosa Míriam Elizalde et Luis Baez, pour le livre « Les dissidents »


Granma international


Q-Pourquoi avez-vous choisi le nom d’Octavio ?

À cause de Octavio Sanchez Galarraga, un de mes oncles qui aurait rêvé de faire ce type de travail.

Q-Votre père aussi était journaliste ?

Il avait une rubrique dans El Crisol, un journal qui sortait à la mi-journée. La rédaction se trouvait à Manrique et Vitudes, dans le quartier Centro Habana. Il y écrivait dans la page spectacles. Il s’appelait François Baguer.

Q-Comment avez-vous débuté dans le journalisme ?

J’ai écrit mon premier article à 14 ans. Nous avions fondé avec plusieurs étudiants la revue Siboney. Je me suis chargé bien entendu de la page des spectacles.

Q-Vous êtes diplômé d’une école de journalisme ?

Oui. Quand j’ai commencé le journalisme, les écoles n’existaient pas. Je travaillais et écrivais pour El Crisol. C’était ça mon école. L’école « Marquez Sterling » s’est ensuite ouverte et mon père y a enseigné, mais j’ avais déjà senti l’odeur du plomb et personne n’aurait pu m’arracher à la rotative. Ce que je voulais c’était écrire

Au triomphe de la Révolution, j’ai été appelé par Elio Constantin, un journaliste sportif extraordinaire et également secrétaire de la commission qui avait été créée pour valider les diplômes des journalistes. Il m’a demandé si je voulais passer par l’école ou si je préférais passer un examen. Je lui ai dit de me faire un examen complet. Sans compassion. Le lendemain, je l’ai passé et on m’a donné le diplôme.

Toutefois, dans un article de Reuters reproduit par le New-York Times le 10 avril denier, vous êtes qualifié de « supposé » journaliste. « Alleged journalist Nestor Baguer », plus exactement¼

Comme c’est curieux ! Quand j’étais un « dissident », la presse nord-américaine ne m’a jamais appelé « supposé » journaliste, encore moins « supposé dissident ». Ça ne serait jamais venu à l’esprit de personne. Je vais vous donner une copie de mon diplôme pour que vous puissiez la publier dans le livre et mettre un terme à cette rumeur.

Q-Quand êtes-vous rattaché à la Sécurité de l’État ?

A partir du moment où j’ai commencé à travailler au Commerce extérieur.

Q-Vous êtes resté au Commerce extérieur ?

Non, j’ai quitté ce poste pour travailler à la radio COCO, comme chef d’ équipe. J’ai ensuite travaillé à Radio Metropolitana. Quand j’ai commencé à travailler pour la défense de la langue, Juventud Rebelde m’a demandé de me charger d’une colonne, que j’ai intitulée ainsi : « Pour la défense de la langue » Ensuite, j’ai travaillé à Trabajadores, à Radio Habana Cuba et à Cadena Habana, fort d’une vie active dans le journalisme, jusqu’au moment où je me suis déclaré « dissident

Q-Pourquoi vous êtes-vous déclaré « dissident » ?

La Sécurité m’avait demandé de rentrer en contact avec les mercenaires et je suis allé voir Elizardo Sanchez Santacruz, la porte d’entrée de ce monde.

Q-Comment vous ont-ils accueilli ?

Je suis arrivé chez lui et après avoir demandé s’il était là, la femme m’a dit : « Vous voulez parler de Monsieur le Président ? » « Eh bien », lui ai-je dit, « si c’est le Président, à plus forte raison, oui, je veux lui parler.
Dites-lui que Nestor Baguer est là »

Q-Son ministre de l’information ?

En puissance, ne l’oubliez pas - je suis passé au salon et pendant qu’on avertissait « Monsieur le Président », on m’a apporté un verre de whisky et quelques olives fourrées. Je pensais alors : « Nom de dieu, qu’est-ce qu’on vit bien au Palais présidententiel ! »

Q-On était en 1993.

La pire époque de la Période Spéciale, avec une pénurie terrible.

Elizardo est arrivé, m’a salué et m’a dit : « Sois le bienvenu ! On a bien besoin de toi ici parce que mon beau-frère Yndamiro Restano ne sait pas écrire et j’ai besoin d’un bon journaliste qui se charge de la direction de la Presse indépendante de Cuba. » J’ai accepté aussitôt.

Q-Comme ça, sans réfléchir

J’étais désespéré. Il m’a conseillé d’aller d’abord au Costa Rica avec une bourse pour je ne sais quel institut de journalisme. « Tu pars deux ou trois mois, tous frais payés ». Je lui ai répondu : « Écoute, Elizardo, je ne peux accepter qu’après tant d’années passées à travailler dans la presse cubaine on m’envoie au Costa Rica pour apprendre. Le Costa Rica c’est une merde¼ ; je connais ce pays. Envoie un autre ». C’est ce qu’il a fait et l’homme qui est parti est resté ensuite là-bas.

Il me dit alors qu’il allait d’abord me trouver quelqu’un qui m’achèterait les articles. Il m’a parlé également d’une revue publiée à Porto Rico, Le Dissident, où il avait investi de l’argent -Elizardo a des parts dans cette affaire- ; ensuite, une fois la confiance installée, il m’a demandé, si j’ étais d’accord d’aller tous les jours lire la presse et discuter avec lui pour qu’il puisse m’orienter.

Q-Vous l’avez fait ?

Non. Je n’allais pas les laisser faire avec moi ce qu’ils faisaient avec d’ autres pauvres types.

Q-Qu’est ce qu’ils faisaient ?

Ils les utilisaient aussi bien pour servir le café que pour écrire à la machine.

J’ai dit à Elizardo que je ne pouvais pas faire le trajet en bus tous les jours pour aller chez lui, que j’allais écrire les articles et qu’il fallait qu’il m’indique à qui je devais les envoyer. Ils me payeraient plus tard et tout le monde y trouverait son compte. Vous savez ce qu’il m’a répondu ? « Ça n’est pas possible, parce qu’il faut que je contrôle bien tout ». « Eh bien, Elizardo, je crois qu’on ne peut plus travailler ensemble ».

Q-Elizardo est quelqu’un d’astucieux.

Oui. Il était professeur de philosophie à l’Université. Il tient le même discours depuis 20 ans. Il ne le change pas. C’est un véritable renard, qui déclare publiquement qu’il n’accepte pas d’argent des Nord-Américains à moins qu’ils ne l’envoient d’Europe. Ceux qui lui envoient le plus d’argent, ce sont les Suédois, les Français et les Espagnols. Jamais il ne lui a manqué une bonne réserve d’argent. C’est une personne qui possède un ego sans limite, qui entre et sort du pays chaque fois qu’il le désire. C’est vraiment un cas très bizarre.

Il s’est emporté publiquement contre les Nord-Américains à cause de problèmes de financement. Il faut l’entendre parler de ça, lui et ses associés. C’est un carnaval, messieurs, avec des pantins et tout le reste.

Q-Vous aviz donc perdu le contact avec Elizardo ?

Pas tout à fait, mais j’ai pu me libérer de ses toiles car j’étais déjà en relation avec Miami. Les autres « journalistes » me disaient : « Ecoute, ne sois pas stupide, là-bas tu pourras manger tout ce que tu voudras et boire du whisky ».

Q-D’où provenaient-ils ?

De l’ambassade espagnole, elle envoyait tous les mois 100 dollars de vivres, et je peux le certifier, parce qu’une fois que je me trouvais chez lui, un véhicule de cette mission diplomatique est venu lui apporter son quota du mois. Il y avait quelques bouteilles de cognac et de bon vin espagnol. Tous les mois. Rien de tout cela ne lui a manqué depuis qu’il est entrés dans la « dissidence ».

Il recevait également de l’argent provenant d’autres fonds.

Q-Quand avez-vous fondé l’Agence des « Journalistes Indépendants » de Cuba (APIC) ?

Avec Elizardo. J’ai reçu les félicitations de Miami ainsi que d’autres témoignages d’amour et de sympathie. Ils me considéraient comme le meilleur des patriotes ; Reporters sans Frontières faisait mon éloge partout et m’ envoyait de l’argent. C’était incroyable. Dès qu’on a su que j’étais chargé de l’agence et que je donnais de l’argent, les « journalistes » ont commencé à me tomber dessus comme des mouches. Tu sais, je ne savais pas qu’à Cuba il y avait autant de journalistes hypocrites dans le métier. Il y avait un correspondant qui travaillait dans les chemins de fer à Cienfuegos et qui avait passé toute sa vie à frapper la ligne du train à grands coups de marteau. Il est en prison maintenant.

Q-Mais ils savaient sans doute rédiger, car beaucoup de journaux et de pages Internet publiaient leurs notes ?

Si en parlant ils faisaient des fautes d’orthographe, imaginez un peu en écrivant. C’était très pénible pour moi de devoir arranger ces cochonneries.

Q-Pourquoi donc se rendaient-ils dans une agence constituée vraisemblablement de journalistes sérieux ?

Il y avait deux grands avantages.

Premièrement, le visa qui leur était remis immédiatement. Il leur suffisait d’un mois passé là à écrire pour qu’ils partent aux États-Unis dans le premier avion. Ils évitaient les files d’attentes, les ennuis et l’ humiliation de la Section d’intérêts.

Deuxièmement, le salaire. De 20 à 40 dollars mensuels, juste pour gonfler des ballons. Il est arrivé un moment où il en passait tellement que c’était ingérable. Raul Rivero a alors décidé de se séparer de l’APIC et de fonder sa propre Agence.

Q-Comment receviez-vous l’argent ?

Par Transcard. Je n’ai rien voulu recevoir de ces messagers qui arrivaient continuellement de Miami ou d’ailleurs. Voilà pourquoi j’étais celui qui recevait le moins d’argent et de cadeaux.

Q-Pourquoi ?

Mes chroniques dissidentes étaient différentes des autres. J’écrivais toujours avec respect. Par exemple, je me référais toujours au Commandant en disant : « le Président de Cuba, Monsieur Fidel Castro », alors que d’autres écrivaient « le dictateur, et ceci et cela ».

Ça a même attiré l’attention des Nord-Américains : « Monsieur Baguer, vous ne haïssez pas Fidel Castro », et je leur répondais : « Je n’ai aucune raison de le haïr ».

Q-Qui des Nord-Américains vous a dit cela ?

La personne responsable de la presse et de la culture à cette époque, le gros Gene Bigler. Il est devenu un très bon ami. Au moment de partir, Bigler m’a écrit de Rome, me disant de lui demander aussitôt tout ce dont j’aurais besoin.

Q-Qu’avez-vous répondu à Bigler lorsqu’il vous a fait des remarques à propos de vos textes ?

Que j’étais membre de l’Académie de la Langue et que je ne pouvais pas écrire d’insultes. Je n’étais pas disposé à ce qu’on me renvoie. Un « indépendant » m’a reproché de ne jamais dire « gendarme » pour les policiers.
Quel imbécile ! « Écoute, mon vieux, des gendarmes il y en a en France ; ici on dit policier », c’est comme ça que je lui répondais.

Q-Quelles nouvelles envoyaient vos correspondants à l’APIC ?

Si je ne l’avais pas trop pris à cour, je crois que je me serais davantage amusé. Je me rappelle par exemple qu’un jour un correspondant m’a appelé pour me dicter une soi-disant nouvelle, très urgente. L’homme avait écrit quelques chose comme ça : « À Manzanillo, 10 000 personnes protestent au coin d’une rue contre l’expulsion d’une famille de son logement ». Je me souviens lui avoir crié : « Attends un peu, à quel coin de rue de Manzanillo ou de n’ importe quel autre lieu peut-il y avoir 10 000 personnes ? Et puis dis-moi, pourquoi protestent-ils ? Il me répond alors : « Une famille voulait vivre à Manzanillo et l’autre à Bayamo, et elles ont commencé à déménager les meubles d’un endroit à l’autre sans papiers, ni rien ». « S’il vous plait, cher monsieur, dans quel endroit du monde pouvez-vous entreprendre des démarches légales sans papiers ? Excusez-moi, mais donnez-moi une autre nouvelle. » C’était comme ça tous les jours.

Q-Vous vous rappelez un autre exemple ?

Quelqu’un est venu me dire que son père lui avait raconté que dans la prison, un cousin à lui avait été tabassé. Je lui ai demandé si son père l’ avait vu et cette personne m’a dit que non, qu’on le lui avait raconté.
Alors je lui ai dit : « La première chose que doit faire un journaliste, c’est vérifier la source », avant de lui tourner le dos.

Q-Jamais ces opinions ne vous ont fait remarquer ?

Ils ne faisaient pas le lien entre le gouvernement et moi ; ce qu’ils voyaient, c’est que j’attaquais fermement, mais avec décence. C’est ce qui explique le départ des journalistes dans les agences, qui ont poussé comme des champignons et où on attaquait d’une autre manière, et donc où on était mieux payé.

C’est à ce moment qu’on a annoncé que le gouvernement nord-américain allait donner beaucoup plus d’argent à travers le National Endowment for Democracy (NED). J’ai continué avec mes modestes 50 dollars par mois à la tête de l’ APIC, mais une partie de cet argent a commencé à arriver et les gens se sont emballés, surtout ceux de Miami.

Je peux vous dire que 80% de ce million sont restés en Floride.

Q-Vous en êtes certain ?

Bien sûr. Le flux d’argent faiblissait sur le chemin entre Miami à La Havane et entre La Havane et la province. Nos représentants s’adjugeaient la plus grosse part du gâteau ; puis c’était le tour des chefs de groupuscules, et après des autres...

Pour pouvoir toucher les cent et quelques dollars que me devait Cubanet, j’ ai dû aller à la SINA dénoncer le responsable de l’agence, qui avait empoché l’argent des journalistes.

Q-Comment êtes-vous entré en rapport avec Cubanet ?

C’est une histoire culinaire. Rosa Berre, l’inventrice de Cubanet, enregistrait les notes que je lui dictais. Son téléphone se trouvait dans la cuisine de son appartement, dans le South West. Tout en faisant la cuisine elle recevait les nouvelles et ensuite les transmettait. Elle vivait très modestement, et au début elle recevait tout juste une petite commission. Un jour elle m’a dit qu’elle déménageait dans le centre de Miami, où elle avait acheté deux appartements. L’un serait sa résidence privée et l’autre le bureau de Cubanet. Elle s’était aussi acheté une voiture qui coûtait des milliers de dollars avec « ses petites économies », la pauvre, parce qu’il faut dire qu’elle était très économe...

Q-Vos conditions de travail ont changé, après cela ?

Oui, parce qu’il semble que plus elle recrutait de gens pour la cause de l’ « indépendantisme » plus elle recevait d’argent. Il était si facile de gagner quelques dollars que pratiquement chaque jour j’avais vent d’un nouveau groupe de presse ou d’une nouvelle bagarre pour de l’argent. Ceux qui ont le plus volé sont ceux de La Nueva Prensa Cubana, Prensa Libre, et Rosa Berre.
Tous étaient Cubains et volaient l’argent des journalistes.

Je me souviens d’un garçon qui avait travaillé dans une imprimerie et se faisait passer pour journaliste, et qui a fini par devenir chef. Il a volé l ’argent de six mois et s’est volatilisé. À ce moment-là il y a eu aussi un changement dans les salaires. De 50 dollars, on est passé à 15 ou 20, même si les « chefs » étaient censés répartir plus ou moins la même quantité d’ argent. Ils recevaient 50 dollars pour chaque journaliste et ne leur en donnaient que 15. C’était un vol éhonté qui provoquait des prises de bec terribles.

Q-N’importe qui ouvrait un bureau de presse ?

Il y a eu jusqu’à trente bureaux. Plus la capacité d’insulter était grande, plus elle était élevée dans l’échelle des valeurs de Miami et de la SINA.
Plus il y avait de groupes de soi-disant journalistes, mieux c’était. Plus ils criaient, mieux c’était...

Q-Vous révisiez les articles et les envoyiez ensuite à Cubanet ?

C’est pour cela que je suis resté sans clients. Une personne dotée d’un minimum de culture et d’expérience du métier qui passe dans une pièce une demi-heure avec ces gens-là en ressort malade.

Q-Comment réagissait la SINA ?

Quand ce n’était pas quelqu’un comme moi, qui déplaçait et bataillait, ils faisaient semblant de ne rien savoir. Ils avaient autre chose à faire.

Q-Quoi ?

Ils conspiraient pour promouvoir devant l’opinion publique les « journalistes indépendants persécuté », les récompensant et leur assurant les meilleures conditions de travail. Et ils s’arrangeaient pour qu’il y ait toujours des visiteurs et des diplomates à qui raconter l’histoire.

Q-Parlez-nous de quelques-unes de ces visites...

L’année 1995, par exemple, a été particulièrement intense. J’ai noté dans mon agenda plus de 60 activités auxquelles j’ai participé, organisées par la SINA pour des rencontres avec des visiteurs nord-américains de presque toutes les tendances ainsi qu’avec des représentants de médias internationaux et d’organisations de journalistes.

Q-De quels autres faits vous souvenez-vous ?

15 janvier : Réunion au domicile du chef de la SINA, Joseph Sullivan.
Entrevue avec des éditeurs nord-américains.

20 juillet : Rencontre avec une délégation nord-américaine venue assister aux conversations migratoires. Je ne vous dis pas de quoi nous avons parlé, car cela va de soi.

12 août : Réunion à la résidence du diplomate Gene Bigler, on a expliqué à un groupe de fonctionnaires de la SINA les incidences de la création du Collège de « Journalistes indépendants », qui avait vu le jour chez moi l’ avant-veille.

30 août : Réunion avec la Commission du Département d’État pour les Affaires migratoires. On y a informé qu’en 1996, 20 000 ont été délivrés, répartis de la façon suivante : 12 000 à des personnes communes ayant demandé à partir ; 7 000 à des réfugiés politiques et 1 000 devant être distribués par la SINA.

20 septembre : Remise d’un don de l’organisation Reporters sans Frontières, qui a son siège en France ; Robert Ménard, son secrétaire général, m’a remis des feuilles, du papier à lettres, des rubans de machine à écrire, une douzaine de stylos bille et 1 000 dollars pour financer le « Bureau de presse ».

20 septembre : J’ai été convoqué par la fonctionnaire Robin Diane Meyer qui m ’a réprimandé, ainsi que Yndamiro Restano, Olance Nogueras, Julio Martinez et d’autres. Elle était furieuse à cause d’un document envoyé sans consulter le Congrès des États-Unis et portant la signature de 127 Cubains.

27 septembre : Le journaliste cubano-américain Roberto Fabricio, à l’époque secrétaire exécutif du Comité Liberté de Presse de la Société interaméricaine de journalisme (SIP), s’est réuni avec un groupe dont je faisais partie. Cet homme fut directeur du Nuevo Herald. Nous nous trouvions chez les parents de Yndimiro Restano, et il nous a demandé d’élaborer une forte dénonciation qui serait présentée formellement devant la SIP.

7 novembre : Robert Witajewski et Robin D. Mayer nous ont convoqués au domicile du premier pour que nous leur expliquions pourquoi quelques-uns d’ entre nous n’avaient pas signé le projet Concilio Cubano, ce que à quoi nous avons répondu, le plus effrontément du monde, que nous étions des « journalistes indépendants » et que nous ne pouvions pas nous mêler de politique. Mayer a trouvé cela raisonnable.

J’arrêterai ici la liste, sinon cette interview sera des plus ennuyeuses. Je suis allé tant de fois à la SINA que ce livre ne suffirait pas pour décrire toutes ces rencontres. Je tiens à avouer une chose : chaque fois que je posais les pieds là-bas, je me demandais : quel genre de journalistes sommes-nous ? Indépendants de quoi ?

Q-Parlons de la dernière fois où vous avez foulé le sol de la Section des Intérêts ou de ses dépendances officielles...

Le Jour de la Presse cubaine, le 14 mars. Il y a eu un atelier à la résidence de James Cason, avec tous les « journalistes indépendants ; on m’a rendu hommage pour ma trajectoire dans la presse « indépendante » et on m’a remis un diplôme. Ils ont eu la mauvaise idée de me charger de conduire la discussion sur l’Éthique. Il y avait des représentants du gouvernement nord-américain. J’ai dit qu’une conférence ne suffirait pas, qu’il faudrait un cours d’éthique car la plupart de ceux qui étaient là se disaient journalistes mais ne possédaient aucune culture. Leurs textes ne valaient pas une rédaction d’enfants du primaire. Je demande pardon aux enfants...

Q-La Section des Intérêts vous disait ce que vous deviez écrire ?

Ils n’osaient pas le faire parce qu’ils me connaissaient bien.

Q-Vous leur suggériez les thèmes ou ce sont eux qui les choisissaient ?

Pas à moi... Ils dictaient les sujets aux handicapés mentaux, pseudo-journalistes... Et pas seulement cela, car lorsque ceux-ci avaient écrit leurs textes, avant de les transmettre ils allaient à la Section des Intérêts pour les faire réviser, au cas où quelque chose ne conviendrait pas politiquement. Lorsqu’ils avaient été approuvés, on les transmettait. Ils se plaignaient de la censure à Cuba et je les voyais se plier à celle des États-Unis. Entre ça et les bêtises qu’ils racontaient, les choses devenaient insupportables. Les Nord-Américains ont fait des efforts pour améliorer un peu le niveau des « indépendants », qui étaient la risée et un motif de disputes dans les « rangs aguerris des dissidents ». On nous a offert, à Raul Rivero et à moi, de créer une école à la Section des Intérêts. Aucun de nous n’a accepté. Après, Ricardo Gonzalez Alfonso m’a demandé la même chose : de donner des cours aux journalistes.

Q-À quel moment ?

Il n’y a pas longtemps. Ricardo était déjà chef de la Société des Journalistes « Manuel Marquez Sterling ».

Q-Une école pour tous ?

Non. Pour ses affiliés. Elle serait installée à Miramar, son quartier de résidence. J’ai accepté et ai voulu savoir combien il me paierait pour donner les cours. Il m’a demandé si je prétendais gagner plus que lui et que Raul Rivero. Et j’ai répliqué : « Pourquoi pas ? Rivero est journaliste mais toi tu ne sais même pas écrire ton nom ». Il m’a promis de me dire combien il me paierait, mais à ce moment-là, comme dit la chanson, « le commandant est arrivé et a dit : arrêtez ! »

Q-Vous est-il arrivé d’interviewer un haut fonctionnaire à la demande de la SINA ?

Le dernier en date a été mon ami James Carter. Je dis « ami » parce que lorsqu ’il était président il m’a invité à me rendre aux États-Unis pour donner des cours d’espagnol à l’Université où il a fait ses études. Quand il est venu à La Havane, il m’a envoyé chercher chez moi pour que je déjeune avec lui.

Q-En privé ?

Non, il y avait d’autres personnes. Il m’a fait l’honneur de me placer près de lui, à seulement un siège de distance, pour converser avec moi. Il m’a interrogé sur le « Projet Varela » et je lui ai parlé en toute franchise.

Q-Qu’est-ce que vous lui avez dit ?

Qu’il était voué à l’échec. Qu’Oswaldo Paya n’était rien d’autre qu’un enfant de choeur repenti. Qu’à Cuba il n’a aucune influence. Qu’à tout moment il se présentait chez moi pour me dire : « S’il vous plaît, Baguer, faites-moi une interview ». Un mois après il revenait avec la même histoire et je l’esquivais. Je l’avais connu dans le quartier du Cerro, où nous vivions tous les deux. Je l’ai vu avec des pantalons troués et maintenant il se déplace dans un microbus, avec des airs de président. Il dit que c’est l’ Église qui lui en a fait cadeau, mais nous savons tous qu’il l’a acheté. Un jour je lui ai dit en pleine figure que la plupart des dissidents commentaient qu’il payait pour obtenir des signatures.

Q-Et qu’est-ce qu’il a répondu ?

Que c’était faux, que c’était des ragots des communistes. À moi, ce sont les contre-révolutionnaires eux-mêmes qui m’ont dit qu’il l’a fait dans les provinces de l’est du pays. Et en plus je connais des cas de personnes « dissidentes » dont la signature est apparue dans des documents qu’elles n’ avaient jamais signés, parce qu’elles ne supportent pas Paya. Par exemple le cas de Maria Valdés Rosado. Ces gens-là se trompent mutuellement et se disputent pour obtenir la présidence et commencer à distribuer bourses, argent, postes, comme on le voit tous les jours dans presque tous les pays du monde.

Q-Avec Paya, vous connaissez deux « futurs présidents » cubains. Ils sont les seuls à s’être présentés comme tels ?

Non, loin de là. Il faut aussi inclure parmi les candidats à la présidence de la Nouvelle République de Cuba indépendante cet autre mafieux, Ricardo Bofill. En réalité il y beaucoup d’aspirants, beaucoup d’agences de presse et beaucoup de partis. La seule chose qu’il manque à ces gens-là, c’est des adeptes. Comme cette agence de presse que j’ai connue à Santiago et qui n’ avait pour tous membres que la mère et le fils, dont aucun n’était journaliste.

Et que dire des partis. J’ai connu quatre membres du Parti démocrate-chrétien...

Ah ! J’oubliais un autre « président » : Vladimiro Roca

Q-Lorsque vous vous êtes vu en présence des autres agents, après avoir retrouvé votre véritable personnalité, qu’est-ce qui vous a le plus surpris

Tania a été ma grande surprise.

Q-Pourquoi ?

Je n’aurais jamais pu imaginer cela. C’était une amie à moi, mais elle était une des plus anciennes et des plus coriaces « dissidentes ».

Q-Et qui encore ?

Orrio, l’agent Miguel : avant, nous avions des engueulades olympiques, et quand nous nous sommes revus, à l’heure de la vérité, nous sommes tombés dans les bras l’un de l’autre et ce cri m’est sorti du coeur : « Toi ici ? Fils de salaud comme tu l’étais ? »

http://www.granma.cu/frances/2003/julio/mar1/26bague.html


Source : CUBA SOLIDARITY PROJECT
http://viktor.dedaj.perso.neuf.fr/html/




Les USA financent Reporters Sans Frontières, par Diana Barahona.


- [ En mars 2003, 87 personnes furent arrêtées pour conspiration, activités subversives et collaboration avec la mise en place du blocus imposé par Washington.

Parmi ces individus se trouvaient infiltrés douze agents de la sécurité de l’Etat cubain dont Nestor Baguer, considéré comme l’un des plus prééminents leaders de la dissidence par la presse internationale et les organisations non gouvernementales, jusqu’à ce qu’il révèle sa véritable identité. Il était, en réalité, l’agent Octavio de la Sécurité de l’Etat depuis 1962 et avait infiltré depuis 1992 les différentes organisations de « militants des droits de l’homme », financées par les Etats-Unis. De plus, il était le correspondant privilégié de RSF à Cuba. M. Ménard, honteux de s’être laissé berné de la sorte, a passé cette information sous silence mais n’en démord pas, et persiste à qualifier ces gens « d’intellectuels » ou de « poète[s] ».]

Extrait de : Comdamnation de Cuba à Genève : le Honduras et l’histoire d’un terroriste notoire devenu diplomate US, par Salim Lamrani.






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http://www.legrandsoir.info/Journalisme-independant-a-Cuba.html
 
Leur Grande Trouille - journal intime de mes "pulsions protectionnistes"
François RUFFIN
GoodYear, Continental, Whirlpool, Parisot-Sièges... Depuis dix ans, à travers la Picardie d’abord, la France ensuite, j’ai visité des usines de robinets, de pistons, de cacao, de lave-linge, de canapés, de chips ; de yaourts, avec toujours, au bout, la défaite. Ca m’a lassé de pleurnicher. Mieux valait préparer la contre-offensive. C’est quoi, leur grande trouille, en face ? Leur peur bleue ? Il suffit de parcourir le site du MEDEF. Ou de lire leurs journaux, Le Monde, La Tibune, Les Echos : (...) Lire la suite »
LA PUBLICITE POUR AMAZON.COM QUI FIGURAIT ICI A ETE SUPPRIMEE PAR NOS SOINS
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Jolie-môme

Le plus grand crime depuis la deuxième guerre mondiale a été la politique étrangère des Etats-Unis.

Ramsey Clark
Ministre de la Justice des Etats-Unis sous la présidence de Lyndon Johnson

#106
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