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Complainte du Saint Patrick

L’argent qu’ils volent, la cupidité qui est la leur.

C’était incroyable. Tous les articles en première page de l’édition du lundi du New York Times racontaient une histoire sur l’Age de la Cupidité durant laquelle le système connu sous le nom de capitalisme nous tuait lentement mais sûrement.

La cupidité des compagnies d’assurance : « Des millions dépensés pour influencer le vote des Démocrates sur la réforme de santé ».

Les profiteurs de la guerre : « Des sous-traitants participent aux recherches et assassinats de militants »

Il n’y a aucun profit à tirer dans la réparation de nos infrastructures : « Coûts faramineux des réparations alors que le réseau de distribution de l’eau tombe en ruines »

La Chine, la banque : « La Chine utilise les Règles du Commerce mondial à son avantage »

Vous voulez dire que ALENA (accord de libre-échange entre le Mexique et les Etats-Unis - NdT) n’a pas amélioré les conditions de vie à Mexico ? « Deux assassinats liés à la drogue secouent le consulat US à Mexico »

Voici ce qui arrive lorsque l’Agroalimentaire tire profit des dégâts occasionnés à la santé de nos enfants : « Fini de glander. La cour de récréation a trouvé un nouveau patron » (article sur les exercices physiques imposés aux écoliers pour leur faire faire un peu d’exercice... - NdT)

Désormais, c’est un défilé quotidien d’informations de ce genre - en fait, ce ne sont pas vraiment des « informations », mais plutôt une manière pour les divisions médias des grandes sociétés de vous mettre le nez dans la merde que votre vie est devenue. Vous savez déjà que les écoles sont un désastre et que la guerre est une aubaine pour les Halliburton et une ruine pour vous. Vous n’avez pas besoin d’un journal pour apprendre que les routes, les lignes électriques et les égouts de votre quartier sont dans un état lamentable.

Et vous avez fini par comprendre que vous n’aviez pas vraiment votre mot à dire et que ce qu’ils appellent le « processus démocratique » n’est en gros qu’une escroquerie, rien que des mots qui sont répétés dans l’espoir de vous faire tomber une fois de plus dans le panneau. Mais on finit par comprendre et ne plus se laisser avoir. Avouez-le : Wall Street possède « notre » Congrès du sol au plafond, avec une bonne grosse caisse bien remplie pour financer les campagnes électorales. Vous voulez avoir votre mot à dire ? Désolé, mais je ne vois pas votre nom dans la liste de Forbes 400 (liste des 400 plus riches publiée par le magazine Forbes - NdT), alors fermez votre gueule et allez me chercher une autre bouteille de mousseux.

Dans quelques jours, la Chambre des Représentants se prononcera sur la loi de la « réforme de santé ». Cette loi n’a rien à voir avec une « réforme du système de santé. » Elle a tout à voir avec le remplissage des poches des compagnies d’assurance. Elle oblige chaque Américain qui n’est pas assez vieux ou pauvre à acheter une assurance santé si son patron n’en offre pas. Quelle compagnie n’aimerait pas que le gouvernement oblige chaque citoyen à acheter ses produits ? Imaginez une loi qui vous oblige à acheter une garantie étendue pour vos appareils électroménagers ! Imaginez une loi qui rende obligatoire la possession d’un iPhone ! Ou que diriez-vous d’une loi qui rendrait obligatoire d’aller voir votre prochain film ? Wow ! Qui n’aimerait pas un tel robinet à fric ?

Eh bien, les compagnies d’assurance - tenez-vous bien - n’aiment pas cette loi de Démocrates ! Ce qui constitue en soi une raison suffisante pour la voter.

Vous pourriez penser que ces escrocs adorent cette loi - mais en réalité ils la combattent. Pourquoi ? Parce qu’elle ne leur offre pas cent pour cent de ce qu’ils réclament. Elle ne leur en offre que... 90% ! Voyez-vous, la cupidité pure et dure exige tout ou rien.

Les compagnies d’assurance détestent cette loi parce qu’elle prévoit quelques limites. Six mois après son adoption, elles ne pourront plus refuser une assurance aux enfants qui auraient déjà un problème de santé. Quelle horreur ! C’est de l’ingérence gouvernementale ! C’est du socialisme !

Mais bon, elles pourront toujours refuser une assurance aux parents de ces enfants jusqu’en 2014 ! Alors si un parent tombe malade et meure dans les prochaines 4 années, je suis certain que quelqu’un se présentera pour élever ces orphelins qui sont déjà assurés.

Et de quel montant sera l’amende pour la compagnie d’assurance qui refuserait de couvrir quelqu’un qui a déjà un problème de santé ? Vous êtes bien assis ? Cent dollars par jour ! C’est tout ! Alors, si vous êtes une compagnie d’assurances, et que Judith est une de vos clientes, et que Judith a besoin d’une opération qui coûte 100.000 dollars, qu’est-ce que vous faites ? Vous payez l’amende ! Admettons que Judith vive encore un an après que vous l’ayez condamnée à mort, votre amende de 100 dollars par jour vous coûtera 36.500 dollars. Vous réalisez une économie de 63.500 dollars ! Et croyez-moi, mes amis, c’est exactement comme ça que ça va se passer.

Il y a des choses positives dans cette loi. Les parents pourront garder leurs enfants sur leur assurance jusqu’à l’âge de 26 ans. Quelques trucs de ce genre. Alors, oui, votez la.

Mais ne m’insultez pas, moi et les 300 millions d’américains, en l’appelant « une réforme du système de santé ». Vous ne l’appelez plus « un système de santé universel », c’est déjà ça. Nous n’aurons pas un système de santé universel, ni même quelque chose qui lui ressemble. J’aimerais que le Président et les dirigeants Démocrates se présentent et nous disent tout simplement « Nous sommes désolés. Nous n’avons pas fait le boulot pour lequel nous avons été élus. Nous sommes faibles et nous avons peur et nous sommes incapables de communiquer les messages les plus simples au peuple américain. Par conséquent, notre loi garantira que 12 millions d’Américains ne bénéficieront d’aucune assurance santé. Et tout ça parce que nous avons décidé de laisser les compagnies d’assurances privées et cupides garder le contrôle de notre système. Pardonnez-nous, pour ça et aussi pour continuer de faire du profit le facteur déterminant pour décider si oui ou non un patient recevra les soins nécessaires. »

S’il vous plait, les Démocrates, dites le, puis allez voter votre misérable loi. Votez la, parce que si le Président Obama échoue sur ce coup, je ne sais pas s’il pourra s’en relever. Et ensuite plus rien ne pourra changer. Nous ne pouvons pas nous le permettre. (Et merci à Dennis Kucinich pour avoir bataillé jusqu’au bout et pour avoir été le seul parmi les 435 parlementaires à dire l’affreuse vérité).

Sur la première page du New York Times d’hier, un article, encore une fois malheureusement, titrait « Flint, Michigan » (la ville dont l’auteur est originaire - NdT). Il racontait l’histoire des médecins qui n’acceptent plus les patients couverts par Medicaid (l’assurance santé publique aux Etats-Unis pour les plus démunis - NdT) et qui ont des problèmes aux yeux, aux oreilles, aux pieds ou aux dents. Dans une zone qui s’étend sur 16 comtés au nord de Flint, il n’y aura bientôt plus un seul hôpital pour accoucher si vous êtes couverte par Medicaid. Le taux de chômage officiel à Flint est de 27% (le taux officieux est plus prés des 40%.)

Ceci est une tragédie américaine. Et cela fait des années que je vous mets en garde : le tsunami se dirige vers vous - s’il n’est pas déjà là .

Je viens de consulter mon iPhone qui m’informe de nouvelles applications qu’il me propose d’acheter. Une d’entre elles s’appelle « scanner ». Elle me permet d’écouter les communications de la police à travers tout le pays. J’achète l’application. Je vois que les communications de la police de Flint sont disponibles. Par curiosité, le lance l’application et voici ce que j’entends, à une heure du matin : une femme battue par son mari... une effraction dans une maison (« jeune noir mâle âgé de 16 ans, portant une casquette blanche avec une tête de mort ») ... un enfant est porté disparu depuis hier midi... une autre femme battue pas son compagnon... un homme obèse, diabétique a des problèmes respiratoires et doit être transporté d’urgence à l’hôpital (il y en aura trois de plus de ces diabétiques dans les heures qui suivront, toute la ville est malade)... une autre femme hurle, elle appelle au secours, « les officiers sont priés d’intervenir avec précaution... »

... etc, etc, etc... Voilà ce que j’ai entendu avant d’aller me coucher. Je suis rempli de désespoir et d’impuissance en entendant mes anciens voisins appeler au secours. Je déteste ça. Je suis obligé d’éteindre l’appareil. Je commence à pleurer. Merci iPhone. Merci les Démocrates. Je vais dormir plus tranquille depuis que je sais que vous veillez sur nous.

Bande de salopards.

Michael Moore
http://www.michaelmoore.com/

traduction par le Grand Soir

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Commentaires
L’argent qu’ils volent, la cupidité qui est la leur.
18/03/2010 à 07:08, par Olivia Kroth

Michael Moore, avec sa perspicacité habituelle, l’a bien compris : l’Empire s’écroule.

"The United Slums of America" sont dans un état pitoyable, avec des millions de personnes sans abri et sans ressources, des villes fantomes sans plus aucune activité officielle.

Leurs aéroports sont délabrés par manque d’entretien. Attérir dans un aéroport étatsunien est devenu un jeu de hasard.

Meme leurs petits jouets de guerre, les chasseurs-bombardiers F/A 18 HORNET, montrent des fissures sur le fuselage. Selons Ria Novosti, le commandement des forces navales étatsuniennes a du prendre la décision de suspendre l’exploitation de 104 des chasseurs. Berk !

#60640 
L’argent qu’ils volent, la cupidité qui est la leur.
18/03/2010 à 08:24, par Jolly Roger

Et quand le désespoir vous gagne... vous êtes capable de tout. Qu’attendons-nous pour sortir ces requins de leurs cachettes et de les pendre ? Au diable les lois ! Au diable la non violence !

C’est vrai, la peur des forces de l’ordre, la peur de la prison...

Plus le temps passera, plus la désespérence des peuples grandira, et plus les réactions violentes prendront de l’empleure.

Nous ne sommes pas encore au Bresil, mais c’est tout comme.

#60641 
L’argent qu’ils volent, la cupidité qui est la leur.
18/03/2010 à 09:09, par alexandre libr'

pauvres américains (ex européens pour la plupart)

j’ai parfois l’impression que c’est le peuple qui sait le moins ce qui lui arrive au monde.

#60643 
L’argent qu’ils volent, la cupidité qui est la leur.
18/03/2010 à 17:55, par Nubu

"No, we can’t !"

#60646 
L’argent qu’ils volent, la cupidité qui est la leur.
19/08/2010 à 18:46, par mattice

et oui, on reconnait bien M.Moore mais le pire, c’est qu’il a raison ...
la vieille Europe quand à elle fait peur peut-être encore plus car sous couvert d’une image plus social démocrate que celle des US elle fonctionne sous influence des grands, des riches et des puissants en nous faisant croire qu’elle défend démocratiquement le bien commun ; il faut avoir quelques années de vie pour au fil du temps s’en rendre compte !

#63140 
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