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LRU - "Réforme Pécresse-Sarkozy de l’Université : unité pour exiger son abrogation !", par Laure Jinquot.





























2 octobre 2007


Après la mise en place des diplômes à points (réforme LMD) ouvrant la voie à la destruction de la valeur des diplômes nationaux, favorisant ainsi l’embauche et des salaires à la tête, après la mise en place du financement privé de la recherche et de la possibilité de contraindre les jeunes chercheurs à multiplier les CDD (Pacte de la Recherche), le gouvernement de Sarkozy s’attaque à l’autre pendant de la réforme de la recherche et de l’enseignement supérieur, l’"autonomie" des universités : cette réforme votée cet été est une réforme socle qui permettra la privatisation progressive des universités. Quels sont les objectifs de cette loi votée en juillet, et quels sont les éléments qui ont permis sa mise en place ?



Alors que depuis près de quarante ans, les principales tentatives des différents gouvernement d’instaurer la sélection à l’université ont été balayées par des grèves et manifestations, la réforme Précresse-Sarkozy sur l’université revient sur le droit à étudier dans la filière de son choix : jusqu’à maintenant "tout candidat est libre de s’inscrire dans l’établissement de son choix" , cette réforme stipule que l’inscription pourra se faire seulement "sous réserve d’avoir préalablement sollicité une préinscription de façon qu’il puisse bénéficier du dispositif d’information et d’orientation dudit établissement" . Cette préinscription fait écho à la circulaire Goulard présentée en novembre 2006 aux universités. Cette circulaire invite les universités à obliger les éudiants lors de leur préinscription à fournir avec leurs voeux de filières des appréciations sur leur niveau : leurs relevés de notes de première, du premier trimestre de terminale et des bacs blancs. Ce fut le cas lors des préinscriptions 2007 à Lyon3. L’université donne ensuite son avis ; il va sans dire que si celui-ci est défavorable, il sera difficile à l’étudiant d’imposer son choix.

A cette pré-oreintation musclée s’ajoute un autre type de sélection déguisée : la pluridisciplinarité, mise en place lors d’une réforme précédente. En fin de première année, les étudiants doivent choisir une seule des deux matières qu’ils ont suivies ; ce choix peut être influencé par le biais des notes. Une fois l’autonomie des universités acquises, cette "influence" pourra être exercée selon les besoins de l’université et donc du patronat local.

Pourquoi sélectionner ? Sarkozy donne lui-même la réponse : "Vous avez le droit de faire de la littérature ancienne, mais le contribuable n’a pas forcément à payer vos études de littérature ancienne si au bout il y a 1000 étudiants pour deux places." Si la bourgeoisie a besoin d’étudiants, en sciences dures, elle se moque éperdument d’en avoir en sciences humaines et sociales car ces étudiants ne sont pas rentables, coûtent chers (sur les 1,3 millions d’étudiants en université hors IUT, près de 40% sont en sciences humaines et sociales) et sont dangeureux (pensons simplement au rôle des étudiants dans la mobilisation contre le CPE). En outre, les entreprises devant payer plus cher la main d’oeuvre quand il n’y en a pas assez, la sélection a pour objectif de tenter de gérer les flux d’étudiants dans les filières en fonction des besoins des entreprises, pour faire baisser le coût de la main d’oeuvre.

Cette réforme s’attaque également au statut des enseignants-chercheurs : ceux-ci ne seront plus recrutés par une commission de spécialistes mais par un comité, comprenant des non-spécialistes du domaine et établi par le président et le Conseil d’Administration. Le président peut dorénavant recruter en CDD ou en CDI des agents contractuels pour faire le travail des fonctionnaires de catégorie A (fonctions techniques et administratives) et également des enseignants, des chercheurs et des enseignants-chercheurs...sur les postes de fonctionnaires ouverts au concours ! En outre le président pourra attribuer des primes et le CA créer des dispositifs d’intéressement (modalités à préciser par décret). Enfin le président a le droit de veto sur presque toutes les affectations du personnel au sein de son université.

Cette réforme a donc l’objectif ouvert de casser le statut de fonctionnaire, et ainsi de faire baisser le coût du personnel, d’accroître la concurrence entre enseignants-chercheurs, entre employés de catégorie A. Elle va à l’encontre du principe même de recherche fondamentale (travail le plus souvent en équipe ...), à l’encontre d’un enseignement de qualité (comment effectuer un enseignement précis si l’on n’est pas spécialisé et chercheur ?), à l’encontre de la qualité des services techniques, déjà dégradés par le manque de moyens.

L’orientation forcée, la casse du statut des fonctionnaires à l’universités s’inscrivent et sont permises par l’" autonomie" des universités. Cette autonomie est une autonomie financière : l’Etat ne subventionnera l’université plus que sous forme de contrat pluriannuel, les "fondations universitaires" et "fondations partenariales" permettront le financement privé de (au moins) certaines filières universitaires, les biens mobiliers et immobiliers pourront être obtenus gratuitement par les universités, loués et vendus ! L’autonomie est également administrative : comme une entreprise, à la tête de cette université il y aura un CA dont le nombre de membres est divisé par deux, un président aux pouvoirs accrus. Ainsi, avec l’autonomie il y aura concurrence entre les universités, inégalité des moyens, des financements, des diplômes délivrés et, tôt ou tard, liquidation des diplômes nationaux (amorcée par la réforme LMD) et des statuts des enseignants-chercheurs.

Les universités ne sont ni responsables du chômage ni du manque de moyen qu’elles subissent depuis plusieurs années qui s’ajoutent aux moyens antérieurement retirés en collège et lycées. Ce n’est pas d’une réforme mais de plus de personnel et plus de moyens dont elles ont besoin, distribués nationalement et équitablement entre les universités. Il est déjà prévu que cette loi socle soit complétée par d’autres réformes, qui, il va sans dire accentueront les traits ici présentés, et dont pâtiront personnels et étudiants, avec une baisse du coût et de la qualité de vie pour la plupart du personnel et une augmentation des frais des inscriptions et de la qualité des enseignements pour de nombreux étudiants.

« Cela fait 20 ans que toute la communauté universitaire attend cette réforme » s’est exclamée Valérie Pécresse ! La dame rappelle par ces mots l’échec cuisant de la bourgeoisie qui avait dû, lors de la grève générale de 1986, reculer sur le projet Devaquet qui visait...à instaurer la sélection et l’autonomie à l’université. Mais, depuis 1986, le paysage politique a bien changé...fort de sa victoire à la présidentielle Sarkozy assène le maximum de coup à nos acquis sociaux et les dirigeants syndicaux acceptent des dîners qu’il leur offrent. L’Unef ne fait pas exception. Il est des situation où la discussion syndicale est utile et acceptable (comme par exemple une discussion sur l’augmentation du montant des bourses) mais lorsque l’on sait à quelle sauce on va être mangé et la pugnacité du gouvernement et de Sarkozy la négociation est vaine.

Ce projet est en effet loin d’être nouveau : en novembre 2003, déjà les universités partirent en grève à l’annonce d’un semblable projet d’autonomie, qui fut retiré ; mais l’autre partie des revendications de ce mouvement, l’abrogation de la réforme LMD, resta, car l’UNEF n’avait cessé de demander une « bonne harmonisation européenne », une « bonne » réforme. Avant l’élection même de Sarkozy, la Conférence des Présidents des Universités présentait en février 2007 un rapport, qui avait la même ligne politique que le programme de Sarkozy sur les universités. Nous savions donc depuis longtemps à quelle sauce nous allions être mangés, et cette sauce ne pouvait être négociable. Nous nous étonnons de la naïveté des dirigeants de l’Unef qui, loin de nous expliquer le contenu du rapport de la CPU demandèrent une « bonne réforme » à ... Sarkozy ( !) et attendirent patiemment que le premier projet sorte...à la mi-juin, alors que les bancs des facs étaient déjà bien vides, pour « s’étonner » que le projet ne correspondent pas à leurs attentes et se féliciter que, à leur demande, l’autonomie sera bien appliquée dans toutes les universités en même temps (dans un délai de cinq ans) ! On doit considérer que face à la proposition de Sarko et de Pécresse d’une autonomie des seules universités volontaires, il était faux de demander une autonomie obligatoire pour toutes les universités : parce qu’il n’y a pas de bonne autonomie, et que l’autonomie obligatoire revient à accélérer la mise en oeuvre du projet initial de Sarko.

L’autonomie obligatoire n’est pas un progrès, c’est encore pire. Alors que Sarkozy réunissait les dirigeants syndicaux, les invitait à dîner... autour de simples bières nos amis et camarades désarçonnés nous demandaient en juillet, à nous militants et syndiqués, "Mais que fait l’UNEF ?"

Rapporter ces dires et faits a pour seul objectif de tenter de comprendre la situation politique actuelle, et cette analyse politique passe par l’étude des positions de nos dirigeants syndicaux, qui à travers la concertation, jouent également un rôle politique : les entreprises françaises sont en difficulté économique et Sarkozy utilise sa proche victoire pour nous asséner le maximum de coups ; cependant, Sarkozy et la bourgeoisie sont tout à fait conscients des risques de révoltes des salariés et de la jeunesse, comme a pu le démontrer le mouvement contre le CPE, et ils ont très bien compris que même élus, ils ne pourraient seuls mettre en place leurs réformes. C’est pourquoi, depuis son élection, Sarkozy s’évertue à « l’ouverture », c’est-à -dire essayer de disloquer le PS en associant des « socialistes » à son gouvernement, semant ainsi le trouble parmi les militants et non militants, et pousser la concertation sociale jusqu’au bout, désamorçant ainsi tout conflit social.

Fillon a dit en mai que la réforme sur l’université « est peut-être la plus importante de la législature ». Cette réforme est en effet très importante pour le gouvernement de Sarkozy à cause de son contenu mais également à cause du rôle politique qu’elle joue : elle a permis, avec la loi sur le service minimum, de déblayer le terrain et autorise aujourd’hui Sarkozy à multiplier les attaques en utilisant les mêmes méthodes (calendrier court en associant les syndicats à la discussion alors que tout est déjà décidé). La bataille est plus difficile maintenant que la loi est votée. Le combat pour l’abrogation passe par le combat contre sa mise en oeuvre : aucune « négociation » pour son application.

Lors du mouvement antérieur contre le LMD, l’UNEF avait demandé une "bonne" réforme, et le LMD passa ; lors du mouvement contre la LOPRI, les chercheurs se sont investis pour faire connaître leurs revendications...mais c’est le projet du gouvernement qui fut voté. A l’inverse, lors du mouvement du CPE, aucun "bon" CPE n’a été demandé ; la coordination s’est groupée autour d’un mot d’ordre précis (retrait pur et simple du CPE + revendications de la plate-forme) et a à plusieurs reprises contraint les syndicats à ne pas aller négocier. Forts de ces expériences et alors que les syndicats continuent à négocier sur ...la suite de la réforme, et donc permettent son application, nous appelons :

les dirigeants des syndicats et partis (PS, PCF, LO, LCR...) à se prononcer pour l’abrogation de cette loi

les dirigeants syndicaux à mettre fin aux négociations des projets de Sarkozy et cesser de demander à ce gouvernement une "bonne" réforme.

Laure Jinquot




SNCF, RATP, EDF : une grève pour quoi ? La CGT ne demande pas le retrait de la réforme ! par Jean-François Dignac.




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