13 

Washington, Madrid, Bogota : Les complots de la Troïka

Selon des sources parfaitement crédibles à Bogota, le président Alvaro Uribe se propose de terminer son mandat en beauté en s’installant au coeur d’une campagne médiatique internationale. Il s’emploie déjà à remettre à plusieurs Commissions rogatoires internationales, en Europe et en Amérique Latine, de soi-disant «  preuves » afin que l’on enquête sur des Colombiens et des ressortissants de ces mêmes pays, en raison de leurs prétendus liens avec des «  groupes terroristes » c’est à dire avec les guérillas colombiennes, et ceci, dans le but de les faire extrader.

Mais ce ne serait là qu’une partie de la stratégie, car l’objectif principal est de «  démontrer » que les activités politiques et de solidarité de ces personnes se font avec la complicité des gouvernements du Venezuela et de Cuba. C’est Washington qui tire les ficelles de cette stratégie, avec le soutien sans faille du gouvernement espagnol.

Une nouvelle campagne massive de discrédit contre les gouvernements de Caracas et de La Havane est en cours de préparation. Nous avons déjà vu le scandale nauséabond organisé contre Cuba après la mort d’un délinquant de droit commun, travesti en «  dissident politique ». Et nous voyons qu’en Espagne, on s’obstine à trouver des liens entre les FARC, l’ETA et la dite complaisance du gouvernement du président Chavez.

C’est pourquoi il ne faudra pas s’étonner si dans quelques jours ou quelques semaines, les médias commencent à publier à la une des articles sur ces connexions, en se fondant sur des informations communiquées par des sources «  dignes de foi ». On peut déjà facilement imaginer leur contenu.

On dira que les «  preuves » proviennent des ordinateurs de Raul Reyes, le chef guérillero assassiné. Evidemment, on omettra de dire que Noël Saez en personne, rien de moins que l’ancien consul de France à Bogota et ancien agent de la Direction Générale de la Sécurité Extérieure Française, DGSE, envoyé par son gouvernement pour négocier la libération d’Ingrid Betancourt, les a qualifiées de «  fausses » dans son livre L’émissaire.

Les grands médias ignoreront que le capitaine Ronald Ayden Coy Ortiz, de l’unité judiciaire antiterroriste de Colombie, la DIJIN, chargé de rédiger le rapport sur les ordinateurs, a déclaré, sous serment, qu’il n’y avait pas de courriers électroniques dans les ordinateurs en question et il a précisé : «  Ce que Reyes gardait, c’étaient des archives Word et Microsoft ». Et comme chacun sait, leur contenu peut sans difficulté être manipulé ou même inventé.

D’autres «  preuves » ne manqueront pas de provenir des confessions de prétendus éléments démobilisés des FARC ou de l’ELN. On ne citera pas leurs noms et à n’en pas douter, même au cours des procès, si procès il y a, on ne le fera pas. Evidemment, sous prétexte de garantir leur «  sécurité ». Une telle pratique était tout à fait courante à l’époque reculée de l’Inquisition, ou pendant les dictatures pas si anciennes que cela, ou encore lors des «  procès » des prisonniers de la base étasunienne de Guantánamo. Une pratique courante aussi en Colombie.

Les articles aux titres ronflants ou à la une des émissions de radio ou de télévision, raconteront aussi que les services de sécurité colombiens ont obtenu telle ou telle preuve «  digne de foi », au terme d’années d’enquête «  minutieuse ».

Voici ce qui risque d’arriver dans quelques jours.

Reste à savoir quels autres gouvernements, outre le gouvernement espagnol, seront disposés à mettre en accusation les résidents colombiens, ou leurs propres citoyens, et à les menacer d’être livrés aux redoutables autorités colombiennes. Pourvu que l’on «  n’oublie » pas que ces «  preuves » sont fournies par un gouvernement qui entretient - cela est prouvé de manière concrète, objective et exhaustive - des relations avec le trafic de drogue et le paramilitarisme, en plus d’être responsable de nombreux crimes de lèse-humanité, et d’être l’un des principaux acteurs des violations des droits de l’homme au monde.

Espérons que les intérêts économiques et la pression de Washington ne passeront pas avant l’éthique judiciaire et la conscience humaine et politique. Et que ces manipulations ne seront pas utilisées contre la souveraineté et la dignité du Venezuela et de Cuba.

Hernando Calvo Ospina
Journaliste et écrivain, collaborateur de Le Monde Diplomatique

(Traduction espagnol-français : Simone Bosveuil-Pertosa)

COMMENTAIRES  

02/04/2010 13:34 par touco

"C’est à madame justice que je vais dédier ce concerto, en l’honneur des trop longues vacances qu’elle semble s’être accordé elle qui est censée défendre les enfant des pauvres et punir les malfaiteurs Et à la gloire des imposteurs qu’elle nouri en son sein..."

Plus besoin de justifier les décisions de justice , les acusations et collaborations , les médias s’en chargent...

Et quand bien même la vérité éclate..., ils ont le pouvoir de la transformer en omettant de dire certains faits pour orienter la vérité collective (construction symbolique d’une vérité officielle par l’adhésion réelle ou fictve d’une partie (qui se dit ) représentative de la population ; ce qui est officiel).
Avec leur ton officiel, les médias peuvent mentir et ça passera innaperçu....

Comme nous sommes sans voix seul la leur compte.
Pourquoi sommes nous sans voix ? ?

Parcequ’ils la convoitent, la couvent...

Ainsi pour avoir acces à un crénau horraire sur le média le plus consulté il faut payer cash une grosse somme d’argent :
c’est sélectif, c’est élitiste et ça sert à monopoliser la parole donc à monopoliser la pensée et tous ce qu’elle implique ;
les représentations, les croyances , les opinions...

ils fabriquent du rêve...
Ils façonnent notre immaginaire collectif ...donc une partie de notre immaginaire indviduelle...
Notre imaginaire sexuel est colonisé , pollué par l’impérialisme deleur vision...Mais notre histoire l’est aussi... et notre présent surtout avec le contrôle des "actualités" (à 20h...)

Qui contrôle les médias ?
et qui contrôle ceux qui contrôlent les médias ?
Quel est leur(s) dieu(x), leur(s) mécène(s), leur(s) parrain(s), leur(s) garant(s) ??

Combien de temps allons nous laisser nos frères et nous même sans voix ?
Chaque jours nous dégringolons un peu plus, peut-être qu’un de ces jours on va toucher le fond et prendre appuis dessus pour remonter,mais faut-il vraiment attendre patiemment de toucher le fond ?

02/04/2010 18:36 par Vania

C’est MONSTRUEUX, le pouvoir acquis par Uribe et ses "collabos". Il utilise le mensonge, la désinformation et l’astuce (comme par ex : nommer un traître pseudo-gauchiste (A.Garzon)comme candidat à la vice-présidence).

03/04/2010 13:36 par colombiaviva

Ingrid Betancourt, ce qu’elle n’a pas dit !

Une famille Colombienne dans les rouages de la politique française

Les Français voient la Colombie et ses habitants à travers le prisme qu’Ingrid Betancourt a eu l’audace d’imposer par son livre « La Rage au Coeur » et à travers les différentes émissions auxquelles elle a participé. Sa famille et les comités Ingrid Betancourt ont amplifié le message et les médias ont suivi sans oser s’écarter de cette vision. Cette vision correspondait parfaitement à l’idée de liberté pour laquelle les Français se sont battus. Les médias n’ont pas osé vérifier si ce qu’Ingrid racontait correspondait à la réalité. Elle, avec son air fragile, parlant parfaitement le français, a compris comment rédiger son livre pour les émouvoir. Eux qui ont toujours rêvé d’une héroïne, d’une femme demi-déesse, sont tombés sous son charme. Ingrid montre qu’elle s’est battue seule contre le monstre colombien à multiples têtes : la corruption, la drogue, les gouvernements, la mafia… une femme hyper menacée qui devait se déplacer avec des gardes de corps. Les Français se sont émus de l’honnêteté qu’elle dégageait sur les plateaux de télévision.

Sans sa séquestration, Ingrid serait passée inaperçue, son livre aurait été oublié rapidement. Peu à peu, de femme fragile, elle est devenu héroïne. Sa libération a constitué une « affaire d’Etat » pour le gouvernement de Chirac et celui de Sarkozy. Pour ce dernier, la libération d’Ingrid était une affaire de « vie ou de mort », une priorité, presque la priorité des priorités, qui devait passer devant toutes les affaires de la France.

Au point de vue politique, économique et social, la séquestration d’Ingrid a été fatale pour la Colombie. Ses relations avec l’Europe ont été perturbées.

A la parution des livres « Out of Captivity » des trois Américains et « La Captive » de Clara Rojas, les gens doutent du traitement peu élogieux fait à l’égard de l’Icône français. On se rend compte que l’histoire d’Ingrid a commencé en France seulement à la parution de son livre en février 2001. De sa vraie vie politique ou de son caractère, les gens connaissent peu ou rien. Les auteurs français qui ont écrit des livres sur elle se montrent réticents à croire qu’elle ait un côté sombre. Ils n’aiment pas que l’on casse l’image qu’ils ont construite.

L’auteur a consulté plus de 4.000 documents et a décortiqué pas à pas la vie politique d’Ingrid Betancourt, sa séquestration et sa libération. Il montre les implications politiques de la France pour sauver une femme colombienne et l’ingérence de sa famille dans les affaires de ce pays.

www.hermes-editorial.com

info@hermes-editorial.com

ISBN : 978-2-9600889-0-8

03/04/2010 13:41 par colombiaviva

Alors les européens, vous allez vous faire conduire par le bout du nez par les medias du mensonge ? Pour les colombiens, vous passez pour des gens sensés mais apparemment ce n’est pas le cas. Il suffit d’enrober l’information de manipulations pour que ça passe.

05/04/2010 14:29 par anthony

pourquoi l’auteur met des guillemets pour groupe terroriste ??? C’est pas un groupe terrorriste ? Ca décridibilise pas mal la suite

05/04/2010 17:38 par legrandsoir

peut-être parce que les seuls à les qualifier de "terroristes" (guillements) sont les Etats-Unis et l’Union Européenne (et le gouvernement colombien évidemment) ?

06/04/2010 12:45 par anthony

et donc comment vous les qualifierez ? des combattants de la liberté ? l’opposition ? pour avoir habité en colombie, tout le monde les déteste cordialement.
Amitiés

06/04/2010 19:09 par legrandsoir

et donc comment vous les qualifierez ? des combattants de la liberté ? l’opposition ?

résistance armée, c’est pas mal.

pour avoir habité en colombie, tout le monde les déteste

Sauf ceux qui ne les détestent pas et qui n’oseraient jamais l’avouer un public. Ca nous met le taux de popularité à combien ?

15/07/2010 16:41 par joel

@ le grand soir :
petit conseil, achetez un petit billet pour la colombie et vous comprendrez par vous même ce que anthony veut dire. On peut être de gauche, être révolutionnaire ET condamner le terrorisme fut-il d’une organisation qui se prétend marxiste ou autre.

15/07/2010 17:31 par legrandsoir

"petit conseil, achetez un petit billet pour la colombie"

Pour en faire quoi ? Des interviews dans la rue "bonjour, j’m’appelle Le Grand Soir et j’aimerais savoir si vous êtes pour ou contre les FARC ?"

15/07/2010 17:49 par joel

oui, vous allez l’air de douter de ce que disait anthony. Je connais ce pays et ça fait mal de voir des français qui soutiennent ce groupe qui a fait tant de mal au peuple colombien. Voila pourquoi moi aussi je vous invite à y aller. Vous comprendrez alors ce que disait Anthony.

Soutenir les farc ne fait pas honneur à ce journal. Il y a des articles géniaux mais ignorer ou feindre d’ignorer et ainsi promouvoir indirectement la cruauté et la violence aveugle des farc décrédibilise beaucoup le reste.

merci de me publier
joel

15/07/2010 18:24 par legrandsoir

"vous allez l’air de douter de ce que disait anthony"

On doute de la valeur d’une telle affirmation. Il est possible que "tout le monde" déclare détester les Farc. Comme probablement une semaine avant la Révolution au Nicaragua "tout le monde" aurait déclaré détester le FSLN...

"Soutenir les farc ne fait pas honneur à ce journal"

Si, selon les organisations de défense des droits de l’homme, 80% des atrocités commises en Colombie sont l’oeuvre des autorités, de l’armée ou des paramilitaires et que dans le même temps ce sont les FARC les plus diabolisés dans les médias, avouez qu’il y a là un vrai problème...

D’ailleurs, qui en Amérique latine (et même dans le monde), considère les Farc comme une organisation terroriste (dans le sens stricte du terme et pas dans le sens fourre-tout qu’on lui donne aujourd’hui) ?

Les armes de destruction massive n’ont jamais existé en Irak, et on nous accusait aussi à l’époque de soutenir le régime Irakien... Pour ne pas être qualifié de pro-Saddam, il fallait donc répéter un mensonge et applaudir au massacre ?

Il se passe le même phénomène pour l’Iran. Nous serions des "partisans des mollahs".

Nous avons des doutes sur le Dalai Lama et la volonté du peuple Tibétain à son indépendance ? Hum, du coup, ça fait de nous des prochinois.

L’honneur de ce journal, c’est de refuser le discours dominant, les diabolisations à sens unique, le concert de critiques contre tout ce qui résiste, de pointer du doigt les hypocrisies et les deux-poids deux-mesures, et de donner à lire une "autre information". Si ça passe par ce que vous appelez un soutien aux Farc, soit. Mais publier un communiqué des Farc, est-ce un soutien ou une information ? Attention à la réponse...

Ah, au fait - vous l’aurez deviné - on nous accuse aussi d’être des antisémites.

"Il y a des articles géniaux"

Merci. Alors qu’est-ce qui vous douter de nos articles sur la Colombie ?

15/07/2010 19:07 par joel

vous avez raison, et j’apprécie votre journal car il parle du paramilitarisme (souvent oublié dans les grands journaux), ses atrocités, sa pénétration du pouvoir mais cela ne doit pas exhonérer le camp d’en face. C’est ce que je veux dire. Les farc commettent aussi d’énormes atrocités, et je ne veux pas que cela soit oublié.

je veux juste vus raconter une ou 2 anecdotes. A bogota, j’ai travaillé pour une ong "un techo para mi pais" qui allait dans les quartiers pauvres pour construire un toit décent pour les plus pauvres, des déplacés souvent. J’avais rencontré un vieux père de famille qui vivait dans uen cabane en tolles de 20 m2 avec ses 9 enfants car la guerilla le menaçait et (ça aurait très bien pu être les para) voulait enroler de force ses enfants qui étaient mineurs. Le père avait du fuir avec tous ses enfants de son tolima natal et attérir dans le pire bidonville de bogota. Voila la réalité de la Colombie. Voila pourquoi je hais les farc tout autant que les paras.

Mais continuez avec votre indépendance journalistique, je l’apprécie beaucoup.

toutes mes amitiés

(Commentaires désactivés)