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André Comte-Sponville et le dalaï-lama

Dans Le Soir du vendredi 4 mai 2018, paraissait une excellente interview faite par le journaliste William Bourton du philosophe André Comte-Sponville sous le titre « Il faut protéger la laïcité comme la prunelle de nos yeux » (1). Il s’agit d’un remarquable plaidoyer en faveur d’ « une civilisation commune, qui nous permette de vivre ensemble, quelle que soit la religion ou l’irréligion des uns et des autres. » On aimerait être d’accord à 100% avec les réflexions de cet intellectuel qui se définit comme « un athée non dogmatique et fidèle ». Il est toutefois un passage qui mérite une analyse critique : « Le Dalaï-lama, dit Comte-Sponville, m’importe au moins autant que le pape François – et Nelson Mandela, beaucoup plus que Donald Trump. Quel démocrate, dans nos pays, qui ne se sente plus proche d’un démocrate musulman que d’un fasciste judéo-chrétien ? (2) »

Église catholique et démocratie

Ce qui pose question, ce n’est pas la référence un peu facile à Trump comme repoussoir. Ce n’est pas non plus la référence au dalaï-lama et au pape François, dont maints écrits et maintes déclarations plaideraient en faveur d’une globalisation apaisée, souhaitée par l’athée Comte-Sponville. Ce qui fait problème, c’est la comparaison convenue entre Nelson Mandela et le dalaï-lama (nous y reviendrons plus loin) ; c’est aussi et premièrement l’étonnante attribution à ces deux autorités spirituelles que sont le pape de Rome et le « pape de Dharamsala » de la qualité de « démocrate » qui semble leur être conférée par le début de la phrase suivante, même si cette dernière a trait à une nouvelle interrogation.

Que l’Église catholique soit aujourd’hui perçue comme compatible avec la démocratie, c’est plutôt récent. Même si le Jésus des Évangiles apparaît comme tolérant, fraternel, et favorable à la séparation du spirituel et du temporel (3), et même si la foi chrétienne a incontestablement inspiré l’avènement en Occident d’une société où les hommes sont égaux en dignité (4), on doit bien constater que les aspirations démocratiques, semées par la Renaissance, développées par les Lumières et mises en œuvre par les Révolutions, ont été globalement combattues pendant des siècles par l’establishment ecclésial.

Il faudra attendre Vatican II pour que s’amorce un aggiornamento pro-démocratique qui se poursuit tant bien que mal aujourd’hui avec l’Argentin François, après les courbes rentrantes enregistrées sous les pontificats précédents, depuis l’hésitant Italien Paul VI, le fonceur Polonais Jean-Paul II et le rigoureux Allemand Benoît XVI.

Mais le chemin semble encore long – songeons à la composition de la Curie, à l’infaillibilité pontificale, au statut de la femme – pour que, à supposer que ce soit possible ou souhaitable, l’Église catholique épouse l’idéal démocratique. Même si nous connaissons tous des chrétiens qui, à la suite d’Emmanuel Mounier, dénoncent le « désordre établi » et luttent effectivement pour l’instauration d’un monde moins inégalitaire, les contradictions du PPE auraient plutôt tendance à démontrer que l’appellation « démocratie chrétienne » s’apparente davantage à un paradoxe, voire à un oxymore.

Dalaï-lama et démocratie

A fortiori, quand, dans une interview tournant autour du thème de la laïcité ouverte, André Comte-Sponville déclare : « Le dalaï-lama m’importe au moins autant que le pape François », cela ne peut que faire réagir un lecteur tant soit peu informé de la réalité du lamaïsme. Ne faut-il pas que l’intelligentsia française soit terriblement imprégnée de pensée unique et manque à ce point d’esprit critique à propos du Tibet pour qu’un de ses plus remarquables représentants ferme ici les yeux sur la dimension théocratique du Tibet d’Ancien Régime dont le dalaï-lama est le symbole et le fer de lance ?

Comment un philosophe de l’envergure d’André Comte-Sponville peut-il encore se contenter de l’image d’Épinal du dalaï-lama, sans voir que le bouddhisme en général, et le bouddhisme tibétain en particulier, n’est pas seulement une école de la compassion et de la sérénité, mais qu’il comporte aussi une dimension religieuse, encourageant au prosélytisme et même parfois à la guerre sainte, comme dans les cérémonies d’initiation au kalachakra que le 14e dalaï-lama ne cesse de multiplier, cérémonies qui se terminent toutes par une exhortation à suivre la « Voie du guerrier » et à éliminer tous les ennemis de la « Bonne doctrine » (5) ?

Ceux qui, comme moi, apprécient la pensée de Comte-Sponville, sont peinés de constater qu’il ne retient du dalaï-lama que l’image souriante d’un sage délivrant des sentences iréniques – qui souvent d’ailleurs « ne mangent pas de pain » – sans voir que ce « pape du bouddhisme » est aussi un pion, probablement consentant, sur un échiquier géopolitique qui le dépasse. Le philosophe français sait-il seulement que la fuite du jeune dalaï-lama en 1959 a été programmée et organisée par la CIA ? Sait-il seulement que le dalaï-lama a reçu et continue de recevoir d’importantes subventions provenant de fonds publics et privés états-uniens ? Ignorerait-il qu’avec Margaret Thatcher et Jean-Paul II il a plaidé pour la libération de Pinochet et qu’il a approuvé l’invasion de l’Irak par son ami George W. Bush ? Ne serait-il pas au courant des mauvaises fréquentations que Sa Sainteté n’a cessé d’entretenir avec des personnalités éminemment contestables (6) ?

Le dalaï-lama et Nelson Mandela

On peut comprendre que Comte-Sponville soit plus intéressé par Nelson Mandela que par Donald Trump : il ne faut pas être un grand philosophe pour partager cette préférence. Quant à la suggestion d’un rapprochement entre le dalaï-lama et Nelson Mandela, elle mérite au moins quelques commentaires.

Bien sûr, il s’agit de deux leaders charismatiques qui auront marqué les dernières décennies du 20e siècle. C’est incontestable. On sait aussi que Nelson Mandela, alors président d’Afrique du Sud, a reçu le dalaï-lama au Cap le 21 août 1996 et qu’il l’a revu une seconde fois à Johannesburg le 5 novembre 2004, quand il n’était plus en fonction. On sait aussi que nombre de leurs déclarations et de leurs écrits ne cessent de délivrer un message de paix. Mais cela suffit-il, comme semble le faire la comparaison induite par Comte-Sponville, pour confondre leurs destinées respectives ? Comment comprendre que le dalaï-lama n’ait jamais, à notre connaissance, demandé la libération de Nelson Mandela ? En se basant sur les faits, on est forcé de constater que Nelson Mandela, alias Madiba, et Tenzin Gyatso, alias le 14e dalaï-lama, s’opposent sur plus d’un plan, quant à leur histoire personnelle et à leur philosophie politique.

Le jeune dalaï-lama, avec l’appui de la CIA, a fui son pays en 1959. En cette année-là, Nelson Mandela participait déjà sur place à la lutte contre l’apartheid, ce qui allait déboucher, en 1964, sur un emprisonnement de vingt-sept ans jusqu’à sa libération en 1990. Tout autre assurément apparaît le parcours du dalaï-lama : établissement à Dharamsala, formation d’un « gouvernement en exil », tension croissante des relations avec la Chine aux prises avec la Révolution culturelle. Après la mort de Mao Zedong en 1976 et l’arrivée au pouvoir d’un Deng Xiaoping bien décidé à mettre la question tibétaine derrière lui, s’ouvrent des négociations entre des émissaires du dalaï-lama et des représentants de Pékin, négociations qui auraient pu permettre le retour du dalaï-lama à Lhassa ; si elles échouent, c’est notamment à cause de la revendication des envoyés de Dharamsala de créer un « Grand Tibet » qui aurait privé la Chine d’un quart de son territoire... Frustré par la fin de non recevoir de la Chine, le dalaï-lama entame en 1986 une campagne internationale et va plaider sa cause devant le Congrès des États-Unis, suscitant ainsi au Tibet des espoirs d’indépendance et des émeutes, auxquelles Pékin mettra fin en imposant la loi martiale en 1989. Résultat pour le moins paradoxal : le dalaï-lama reçoit le prix Nobel de ... la Paix !

1989, c’est aussi l’année de Tian’anmen et de la chute du Mur de Berlin. Dans un climat d’anticommunisme triomphant, l’occasion était belle d’honorer une personnalité chérie du « monde libre », en faisant l’impasse sur les velléités militaires et revanchardes de l’ « Océan de Sagesse » – qu’il n’est plus permis aujourd’hui d’ignorer, après l’ouverture des archives de la Grande-Bretagne et des États-Unis. 1989 : ce n’était pas la première fois (et ce ne serait pas la dernière) que le Comité Nobel norvégien se laissait griser par le parfum entêtant du soft power états-unien, au point d’accorder son prix prestigieux à des familiers de l’Oncle Sam, dont on peut se demander, avec le recul de l’histoire, quelle a été leur contribution à la paix dans le monde. Tout récemment certains Républicains ont même proposé la candidature au Nobel de la Paix d’un certain Donald Trump !

S’il est, en revanche, un Nobel de la Paix incontestable, c’est bien celui qu’ont reçu ensemble Frederik De Klerk et Nelson Mandela en 1993, pour s’être engagés dans un processus de négociation dans leur pays constituant “ un modèle de résolution des conflits à travers le monde ”, qui allait permettre la naissance d’une nation arc-en-ciel. Pendant tout son mandat de Président d’Afrique du Sud, Nelson Mandela a su résister à ses frères de couleur qui le pressaient de faire payer aux Afrikaners des décennies d’humiliation, comme le montre le remarquable film de Clint Eastwood Invictus. La grandeur de Nelson Mandela réside essentiellement dans son refus catégorique de toute dérive raciste.

On aimerait pouvoir en dire autant du dalaï-lama. Hélas ‒ André Comte Sponville semble l’ignorer – en cette même année 1993 où Mandela recevait le Nobel de la Paix, le dalaï-lama affirmait, lors de la Conférence des religions du Monde à Chicago, − sans provoquer le moindre haussement de sourcils − que « les frontières séparant les différents peuples à travers le monde n’étaient pas mauvaises si elles préservaient et définissaient les identités génétiques et culturelles » (7). Simple dérapage passager ? Hélas, non. N’a-t-il pas exhorté les Tibétaines en exil à épouser des Tibétains afin que les enfants qu’elles mettent au monde « soient tibétains aussi » ? Ne voit-il pas dans les personnes d’ethnie différente qui vivent dans le Grand Tibet, revendiqué par son « gouvernement en exil », une « menace... pour la race tibétaine », en expliquant que, pour « que les Tibétains survivent en tant que peuple, [...] il est impératif que l’on autorise les colons chinois à rentrer chez eux » (8) ? Et Samdhong Rinpoché, qui fut, de 2001 à 2011, son « premier ministre », ne s’est-il pas insurgé contre les mariages mixtes entre Tibétains et non-Tibétains en déclarant : « un des défis pour notre nation est de garder pure la race tibétaine » (9) ?

Récemment encore, se croyant autorisé à intervenir dans le débat sur l’immigration en Europe, le dalaï-lama a déclaré : « l’Allemagne, ne peut pas devenir un pays arabe (...) l’Allemagne est l’Allemagne » (10) ; pas besoin d’être docteur en psychologie pour comprendre qu’il ne faisait que transposer dans un contexte européen sa vieille grille d’analyse : « le Tibet ne peut pas devenir (un pays) chinois. Le Tibet est le Tibet », permettant à ses admirateurs inconditionnels de reprendre les slogans xénophobes : « L’Allemagne aux Allemands ! », « La France aux Français ! » ou « Le Tibet aux Tibétains ! »

Sa Sainteté ne fait d’ailleurs qu’appliquer en matière raciale les dispositions de la « Charte des Tibétains en exil » stipulant qu’en cas de mariage mixte, le conjoint doit faire une demande de naturalisation, alors qu’en RAT (Région autonome du Tibet) il y a déjà des milliers de couples mixtes sans que cela pose le moindre problème ni de nationalité, ni d’ethnie, ni de naturalisation (11).

Au-delà du fantasme

On aurait aimé que le philosophe attachant qu’est André Comte-Sponville se démarque du mainstream qui emprisonne une bonne partie de l’intelligentsia française, fascinée, voire hypnotisée, par le dalaï-lama et le bouddhisme tibétain.

Si comparaison devait être faite entre Mandela et une personnalité tibétaine, je conseillerais plutôt qu’on s’intéresse à Tashi Tsering (1929-2014), ce grand promoteur de la culture tibétaine au sein de la République populaire de Chine (12). Quand, en août 2009, devant la porte de son modeste appartement à Lhassa, je lui ai dit : « C’est vous qui auriez mérité de recevoir le Nobel de la Paix », il est parti d’un immense éclat de rire et m’a répondu : « Ce qui compte, c’est ce que j’ai fait pour le Tibet », à savoir la scolarisation des milliers de petits Tibétains et de de petites Tibétaines.

(1) www.lesoir.be/.../2018...04/andre-comte-sponville-il-faut-proteger-la-laicite-comme-la-p...
(2) C’est nous qui soulignons.
(3) Rendez à César ce qui appartient à César, et à Dieu ce qui appartient à Dieu (Marc, 12, 17 ; Matthieu, 22, 21 ; Luc, 20, 25)
(4) Comme le dit très bien Comte-Sponville, « ce n’est pas parce que je ne crois pas en Dieu que je vais refuser de voir la grandeur morale et humaine des Évangiles. »
(5) Voir
* http://tibetdoc.org/index.php/religion/bouddhisme-tibetain-au-tibet/447-le-systeme-de-kalachakra
* http://tibetdoc.org/index.php/religion/bouddhisme-tibetain-au-tibet/448-l-initiation-de-kalachakra
(6) Voir
* http://tibetdoc.org/index.php/politique/exil-et-dalai-lama/76-l-etrange-cercle-d-amis-du-14eme-dalai-lama
* http://tibetdoc.org/index.php/politique/exil-et-dalai-lama/240-dalai-lama-mauvaises-frequentations
(7) D’après Ahmed Saïfi Benziane, La bouillabaisse tibétaine, site « Le Grand Soir », 07/04/2008. (C’est nous qui soulignons).
(8) Cf. son autobiographie Au loin la liberté, pages 244, 349 et 350. (C’est nous qui soulignons).
(9) Interview au South China Morning Post, 30/08/2003. (C’est nous qui soulignons).
(10) Voir http://tibetdoc.org/index.php/politique/exil-et-dalai-lama/198-le-dalai-lama-et-l-immigration-en-europe
(11) Voir http://tibetdoc.org/index.php/politique/exil-et-dalai-lama/66-une-ethnie-pure-pour-un-tibet-libre-dixit-la-charte-des-tibetains-en-exil.
(12) Voir http://tibetdoc.org/index.php/politique/geopolitique/252-tashi-tsering-un-nelson-mandela-tibetain.

COMMENTAIRES  

23/05/2018 10:18 par calame julia

J’ai toujours un peu de mal lorsqu’on parle du Dalaï-Lama.
J’avoue mieux connaître la religion catholique et donc mieux pouvoir la cerner
avec ses nombreux points d’ombre.
Le Tibet aux Tibétains serait davantage une auto-protection qu’une règle
puisque les mariages mixtes se pratiquent... et sous cet angle le bouddhisme
prend une claque.

25/05/2018 22:12 par Kang Youwei

Il est fort juste de reconnaître que, de nos jours, l’Eglise catholique est un vecteur de progrès démocratique, encore que cela date plutôt du pontificat de Léon XIII (le toast d’Alger, l’encyclique Inter Sollicitudines) que de Vatican II.
En ce qui concerne Sa Sainteté, l’avis d’André Lacroix est, à mon avis, biaisée. Je me permets donc de reprendre quelques lignes de l’article et de les commenter.
« Le jeune dalaï-lama, avec l’appui de la CIA, a fui son pays en 1959. » Certes, mais ne l’a-t-il pas fui pour échapper à un enlèvement des Chinois et organiser la Résistance de l’extérieur ? Reprocherait-on au Général de Gaulle d’avoir "abandonné" la France en juin 1940 ?
« c’est notamment à cause de la revendication des envoyés de Dharamsala de créer un « Grand Tibet » qui aurait privé la Chine d’un quart de son territoire... » Oh il est certain que retirer la Pologne et l’Autriche du IIIème Reich l’eût privé d’une grande partie de son territoire. Les envoyés de Dharamsala ont toujours été très conciliants, mais leur but est avant tout de libérer leur pays occupé.
« N’a-t-il pas exhorté les Tibétaines en exil à épouser des Tibétains afin que les enfants qu’elles mettent au monde « soient tibétains aussi » ? » Vous traduisez le mot "race" en Européen et non en Asiatique, pour qui l’appartenance ethnique ne revêt pas la même connotation que chez nous. En outre, il est naturel de songer à préserver son ethnie quand les Hans colonisent le Tibet.
Enfin : « la dimension théocratique du Tibet d’Ancien Régime » cette comparaison nie toute la grandeur de l’Histoire du Tibet, cette province barbare libérée et instruite par les communistes Chinois n’est-ce pas ? Le Tibet est - et demeure - un état confessionnel, basé sur des structures spirituelles qui doivent être prises en compte, que l’on y croit ou non.
Bien à vous.

26/05/2018 02:05 par Georges SPORRI

Le Tibet est un haut lieu de l’oppression théocratique inacceptable ... Lorsqu’une famille pauvre ne pouvait pas payer l’impôt religieux elle devait fournir en contrepartie un ... jeune garçon à ces gentils lamas férocement spirituels, marchands de moulins à prières et qui ouvrent le chakra N° 3 des petits garçons en passant par le chakra N° 2 . C’est pour ça que les jeunes initiés en voie de sainte sérénité se balancent d’avant en arrière inlassablement comme des psychotiques !

26/05/2018 09:29 par Assimbonanga

... de nos jours, l’Eglise catholique est un vecteur de progrès démocratique ????? Vous plaisantez, @Kang Youwei ? L’église essaie juste de se réactualiser à la lumière de l’avancée sociale obtenue par d’infinies luttes. Il a du boulot, le Pape, avant d’avoir rattrapé le retard et, au Vatican, ça freine des quatre fers. Entre l’homophobie du clergé et les habitudes pédophiles, là aussi, y a du boulot ! L’Eglise, toutes les Eglises, jouent un rôle dans la soumission féminine, interdisant l’accès à l’IVG.

26/05/2018 10:09 par Assimbonanga

... et pour se persuader du rayonnement intellectuel de l’Eglise dans ce qu’elle a de plus charmant, je conseille une nouvelle fois de visiter les différentes pages de ce site publicitaire pour un internat catholique au Puy-en-Velay. Observer l’introduction subreptice de l’uniforme à l’anglo-saxonne : le diable se cache dans les détails ! http://www.internatnotredamedupuy.fr/ . Ce genre de "nouveauté" montre un retour en arrière qui tiendra le pape dans les clous de sa majorité réactionnaire, et la mode des établissements "d’exception" ne fait que commencer. Dans les banlieues, des écoles privées ont déjà bien investi les lieux, avec le même amour de l’ordre et de l’uniforme.

26/05/2018 10:34 par Kang Youwei

Ce que vous dites est faux. Les Tibétains, pour survivre à leur environnement, ont dû développer un mode de vie particulier, basé sur la polyandrie et sur le départ d’au moins un fils de chaque famille pour un monastère, afin d’économiser des ressources peu nombreuses.
Quant à l’Eglise, je n’ai parlé que d’un progrès démocratique (aux Philippines par exemple, où elle s’oppose au très fou Duterte) et je n’ai rien dit des femmes ou de l’homosexualité.

26/05/2018 17:53 par babelouest

@Kang Youwei
"le fou" Duterte est certainement l’un des sages de cette planète, à la différence du dalaïlaïlaïlama....

Je plains les Philippines pour l’influence qu’a encore le catholicisme là-bas.

27/05/2018 11:05 par Assimbonanga

@Kang Youwei. Il existe des catholiques de gauche, des gens héroïques. On ne va pas le nier. En Amérique Latine, ils sont dans la théologie de la Libération, mais l’actuel pape n’appartenait pas à ce courant dont pourtant aujourd’hui, il semble s’inspirer. Mais l’Eglise, sa hiérarchie, son clergé, sont régulièrement attachés aux classes dominantes, répressives, et systématiquement, rigoureusement, fanatiquement anti-communistes. C’est peut-être cela que vous prenez pour du "progrès démocratique" ?
(Hé non, vous n’avez pas parlé des femmes ni des homosexuels puisque c’est moi qui les mets sur le tapis ! Mais, je vous en prie, parlez-en ! C’est un sujet démocratique.)

27/05/2018 12:50 par Kang Youwei

L’Eglise catholique n’est pas attachée aux classes dirigeantes répressives, on sait que la diplomatie vaticane a joué un rôle important de pacificateur dans plusieurs dossiers sensibles, du soutien de Jean-Paul II à Solidarnosc au rapprochement Cuba-USA opérée sous le pontificat du Pape François, et j’ajouterai l’opposition à Duterte qui est fou, nul ne peut le nier. Et puis l’Eglise soutient le Dalaï-lama, ce qui est aussi rare que courageux. Elle est aujourd’hui un facteur de paix et de démocratie. Si elle est anti-communiste, cela se comprend aisément puisque cette (votre) idéologie la condamne comme "l’opium du peuple".
Quant aux femmes et aux homosexuels, je ne peux bien sûr pas vous dire que la position actuelle du Saint-Siège me satisfasse. Mais les doctrines changent, le Pape François a déjà déclaré " si une personne est homosexuelle et cherche le Seigneur, fait preuve de bonne volonté, qui suis-je pour la juger ?" et " il faut encore élargir les espaces pour une présence féminine plus incisive dans l’Église".

27/05/2018 19:48 par babelouest

Décidément certains récitent leur catéchisme avec candeur, n’est-ce pas Youwhei ? Il suffit de voir tout près de chez nous, combien le haut clergé a soutenu, ET soutient encore, les franquistes contre le peuple. Pareil en Colombie, et ailleurs...

27/05/2018 23:28 par Feufollet

L’article et le débat sont intéressants
Mais peut-on tout croire sans voir
En tous les cas on peut se poser les questions sur les suggestions/informations
Mais classer Duterte parmi les fous, sans autre forme de procès
Cela me paraît un peu court d’explications
Pour le peu que j’en sache, Duterte est peut-être plus "anti-système" et moins américanophile
Que le spirituel Dalaï.Lama

28/05/2018 07:13 par Emilio

Ben non Babelouest , tu oublies que les médias te wash le brain comme dirait un français new :)
pas forçément pareil en Colombie !
regarde :
https://youtu.be/JSWkqDQTd_0

et la Colombie est en ébullition de partout , en ce moment , le peuple commence à croire de nouveau en sa liberté possible !!
LA ESPERANZA LE GANO AL MIEDO ..PETRO PRESIDENTE 2018-2022 !!

Voilà ce qu’on entend de partout en Colombia , des fincas campesinas aux barrios populares !
https://youtu.be/YygW1ZvEgyM

28/05/2018 11:54 par Assimbonanga

Et à l’évêché, monsieur l’évêque reçoit à dîner des chefs d’entreprises qui comptent dans la préfecture. Il est vraiment charmant et d’une grande culture. D’ailleurs il est issu d’une grande famille. Tout s’explique !
Et d’ailleurs, que ce soit Macron ou Wauquiez, l’on courtise ces prélats dont la compagnie est si apaisante. Et quelle bienveillance ! Un havre.

28/05/2018 12:23 par André LACROIX

Une réponse au message de Kang Youwei du 25 mai

Cher Monsieur,
Je ne conteste pas que l’Église catholique ait pu cultiver en son sein des germes démocratiques avant Vatican 2 : j’évoquais d’ailleurs la figure d’Emmanuel Mounier (décédé en 1950).
L’essentiel de mon article visait, à partir de l’exemple d’André Comte-Sponville, à dénoncer l’alignement assez généralisé de l’intelligentsia française sur la pensée unique à propos de la question tibétaine. Cet alignement s’explique notamment par le charisme du dalaï-lama aboutissant à ce curieux paradoxe dans le pays de Lumières de confondre hagiographie et historiographie.
1) La fuite du dalaï-lama
Vous répétez, sans doute de bonne foi, un récit de la fuite du dalaï-lama qui ne correspond pas à la réalité historique, telle qu’elle aujourd’hui établie par les plus grands tibétologues, comme Melvyn Goldstein. Les Chinois n’avaient aucun intérêt à « enlever » le jeune dalaï-lama sur lequel ils comptaient pour faire évoluer le Tibet ; c’est dans ce but qu’ils l’avaient reçu en grand pompe à Pékin et qu’ils l’avaient même nommé vice-président de l’Assemblée du Peuple. Les Chinois espéraient bien que le dalaï-lama, impressionné par le dynamisme de la toute nouvelle république de Chine, aurait à cœur, une fois rentré à Lhassa, de faciliter la modernisation du Tibet. Hélas, les espoirs de Pékin – et de la masse des Tibétains ‒ ont été déçus : le dalaï-lama ‒ qui s’est pourtant qualifié plus tard de « marxiste en robe de moine » ‒ n’a pas pu ou pas voulu s’opposer aux anciens dignitaires et à ses frères aînés bien décidés à maintenir le régime féodal qui leur octroyait de très substantiels privilèges. Après avoir planqué le trésor du Potala dans les caves du Maharadja du Sikkim, la vieille garde tibétaine s’était abouchée avec la CIA pour préparer, organiser et assurer la fuite du dalaï-lama, en profitant des troubles causés à Lhassa par les riches exilés tibétains du Sichuan opposés à la réforme agraire. La suite, on la connaît : à peine arrivé en Inde, le dalaï-lama s’est empressé de dénoncer l’accord en 17 points conclu avec Pékin en 1951. On l’a vu aussi cultiver des rêves revanchards, à la tête de commandos tibétains formés au Colorado. Et après l’échec de ces opérations militaires ‒ ne bénéficiant d’aucun appui populaire au Tibet ‒, le Gouvernement états-unien s’est résolu à utiliser la « question tibétaine » comme un abcès de fixation sur les flancs de la Chine communiste et à faire du dalaï-lama le champion du « monde libre ».
2) Un pays occupé ?
Après la chute de la dynastie Tubo en 842 et des siècles d’instabilité politique, ça fait maintenant trois quarts de millénaire que le Tibet fait partie de la Chine, avec des liens de dépendance plus ou moins étroits selon les périodes. Si de 1911 et 1950 le Tibet a joui d’une espèce d’indépendance de fait – en fait un protectorat britannique ‒, c’est parce que la jeune république de Chine était empêtrée dans des problèmes majeurs (seigneurs de la guerre, lutte entre le Guomindang et les communistes, et invasion japonaise), mais dès que l’État chinois eut retrouvé sa puissance publique avec la proclamation de la RPC, c’est tout naturellement qu’il a repris le contrôle de sa lointaine province.
La comparaison que vous faites entre la Chine et le 3e Reich n’a aucune base historique. C’est une injure grossière au peuple chinois dont la contribution à l’écrasement de l’Axe Berlin-Tokyo lors de la 2e guerre mondiale s’est soldée par un nombre de victimes chinoises plus de vingt fois supérieur à celui des pertes états-uniennes.
3) Culture et race
Tous les peuples de la terre, y compris les Tibétains, ont, bien sûr, le droit de se battre pour défendre leur langue et leur culture. Mais il y a un fossé ‒ que le dalaï-lama et son entourage n’auraient jamais dû franchir ‒ entre ce combat légitime et le discrédit, voire l’interdiction, des mariages mixtes. Toute culture, par définition, transcende la nature. Prétendre enfermer la culture dans la génétique, ne serait-ce pas un aveu de faiblesse ? Bien des observateurs font remarquer que la culture tibétaine est assez riche et dynamique pour pouvoir continuer à se maintenir et même à se développer sans le recours à des barrières raciales, en tirant parti du régime politique actuel qui impose notamment l’apprentissage du tibétain dans toutes les écoles primaires du Tibet, alors que sous l’Ancien Régime le taux d’analphabétisme dépassait largement les 90%. En accusant le gouvernement chinois tantôt de génocide culturel, tantôt d’ethnocide, le dalaï-lama, outre qu’il s’agit là d’une accusation sans fondement, porte une lourde responsabilité dans la dérive sémantique consistant à confondre ethnie (entité fermée) et culture (c.-à-d. ouverte). En marge de cette mise au point, il est intéressant de constater que, d’un strict point de vue génétique, les Tibétains ont développé, au cours des millénaires, une aptitude physique héréditaire à supporter les hautes altitudes. À lire à ce sujet l’intéressant article :
http://tibetdoc.org/index.php/societe/population/121-un-gene-tibetain-le-epas1
4) Théocratie
On peut très bien pointer du doigt « la dimension théocratique du Tibet d’Ancien Régime » sans pour autant nier « toute la grandeur de l’Histoire du Tibet », comme on peut très bien pointer du doigt la féodalité théocratique occidentale tout en admirant les cathédrales gothiques. Mais si dans nos pays la séparation de l’Église et de l’État commence à s’imposer partout (même tout récemment en Irlande), il n’en va pas de même sous d’autres latitudes, que ce soit dans les républiques islamiques régentées par la charia, ou en Israël qui se définit comme un État juif, ou dans des pays bouddhistes inspirés par le dharma (Birmanie, Bhoutan, Sri Lanka). Dans tous ces pays, il ne fait pas nécessairement bon vivre quand on ne professe pas la foi imposée, au contraire des États laïcs, comme nos pays occidentaux et la Chine où, moyennant certaines restrictions liées à l’ordre public, tous les cultes sont autorisés, et même l’absence de religion. Savez-vous qu’il y a deux mosquées à Lhassa, la verte et la rose, et que les musulmans tibétains peuvent librement exercer leur culte, et cela grâce au fait qu’ils sont citoyens de la RPC, qui est un État laïc ?
De quoi parlez-vous en disant que « Le Tibet est - et demeure - un état confessionnel (...) » ? Ce ne peut être ni la Région autonome du Tibet ni les Préfectures et cantons autonomes tibétains du Qinghai, du Gansu, du Sichuan ou du Yunnan, toutes entités qui sont soumises à la constitution laïque de la RPC. Ce que vous visez, ce ne peut donc être que la minorité des exilés sur laquelle le « gouvernement » de Dharamsala entend exercer son pouvoir. Je suis certain que M. Lobsang Sangay, l’actuel « premier ministre » du « gouvernement en exil » ‒ qui parcourt le monde en essayant de persuader ses interlocuteurs que la « charte des Tibétains en exil » est une constitution démocratique ‒ ne serait pas très heureux de vous voir avouer que le Tibet est bien un État confessionnel. CQFD.
Bien à vous.

28/05/2018 18:53 par Kang Youwei

Monsieur Lacroix,
Je vous remercie de m’avoir répondu. Je n’arguerai pas contre vos opinions indéfiniment, et l’essentiel de nos différentes positions sur le sujet tibétain me semblent avoir été présentées. Je commenterai seulement certains points de votre réponse avec concision, non par manque d’arguments mais pour éviter de me répéter. 1) Vous croyez vos sources et je croirai quant à moi le Dalaï-lama qui affirme dans Ma terre et mon peuple que les Chinois - et non les Tibétains - bloquèrent toutes ses initiatives de développement de 51 à 59, et fomentèrent un enlèvement parce que Sa Sainteté commençait à refuser de coopérer. 2) Le Tibet n’a jamais été un protectorat à part entière, comme le souligne l’Universalis : "Les relations du Tibet avec la Chine qui se développèrent à partir du milieu du XVIIe siècle furent toujours considérées par les Tibétains comme ayant un caractère religieux et non politique. " 3) et 4) Vous ne pouvez nier que Pékin encourage l’installation des Hans au Tibet afin de renverser les proportions ethniques ! C’est pour éviter cela que le Dalaï-lama préconise des mariages entre Tibétains. Ma comparaison avec le IIIème Reich peut vous choquer, mais je ne trouve pas de très bon goût celle que vous établissez avec l’Ancien Régime. En effet, cet Ancien Régime a été le seul Tibet. Après 59, il n’y a plus eu de Tibet, où sinon des vestiges - la RAT - et des territoires perdus pour de bon - l’Amdo et le Kham. Le Tibet en tant qu’entité nationale demeure confessionnel, malgré le travail de sape des Chinois.
Bien à vous.

28/05/2018 21:54 par Feufollet

On protège bien les chevaux
La protection génétique des espèces animales et végétales
Fait l’objet depuis longtemps d’une attention particulière dans le but d’une préservation génétique
Sauver les diverses espèces de la biodiversité de leur disparition supposée possible
M’est toujours apparu comme un devoir et un but prioritaire que l’humanité devait ou devrait se fixer
Mais pourquoi ? La diversité ethnique et culturelle des composantes de l’humanité ne devrait pas être sauvegardée
A ce même titre de préservation dans le temps long ?
Nazi. raciste, eugéniste sont les euphémismes qui excluent ce genre de questions
L’entropisation génétique des divers peuples qui composent l’humanité n’a pas à être imposée
Par des pouvoirs politiques, eugénistes sans le dire, et par force de colonisation
L’entropisation forcée qui déséquilibre maintenant les sociétés
N’est pas due aux mariages mixtes, qui pourraient mêmes s’avérer, être du ressort insondable de l’amour
Non, ce forçage au multiculturalisme provient de nos ingénieur en génie social et sociétal
Dans un but capitaliste en et/ou colonialiste et d’expropriation territorial
La guerre reste le moyen le plus efficace pour forcer la migration de masse
Nazi, raciste, eugéniste, t’es contre les migrations de masses ?
Non, je suis contre les guerres qui les provoquent
Et il faut clairement désigner les fauteurs de guerres que sont les anglos-sionnistes et les suiveurs de l’OTAN
Une forme de colonialisme à l’envers. Vous ne connaissiez pas ?
Les pauvres qui colonisent les pays riches
L’Europe industrielle et capitaliste globaliste à besoin d’un sous prolétariat corvéable
Soros et ses amis se chargent du reste dans les couloirs de Bruxelles

29/05/2018 10:03 par Albert Ettinger

Albert Ettinger
Kang Youwei, vous répondez à André Lacroix : « Vous croyez vos sources et je croirai quant à moi le Dalaï-lama ». Vous admettez de la sorte qu’en fait, c’est votre position à vous qui est biaisée. Le dalaï-lama étant le principal représentant de l’une des deux parties du conflit, il n’est évidemment pas du tout impartial. On ne peut raisonnablement accorder à ses propos le même crédit qu’on doit accorder aux recherches des historiens occidentaux spécialistes du Tibet. Or, André Lacroix se réfère justement au plus éminent d’entre eux, le professeur Melwyn Goldstein. (Voir : https://fr.wikipedia.org/wiki/Melvyn_Goldstein )
Vous soulignez que les relations du Tibet avec la Chine « furent toujours considérées par les Tibétains comme ayant un caractère religieux et non politique. » Les Tibétains ? D’abord, dans l’ancienne société tibétaine, personne n’a jamais demandé son avis à l’écrasante majorité des Tibétains qui étaient serfs ou bergers nomades. Et puis, ce qui importe, c’est encore une fois la recherche historique sérieuse plutôt que l’avis des aristocrates et des lamas tibétains en exil. D’ailleurs il arrive même aux plus farouches partisans du dalaï-lama parmi les tibétologues d’admettre que les affirmations des Tibétains en exil, affirmations que vous ne faites que répéter, ne sont pas vraies. « Les rapports entre le Tibet et les souverains mongols de la dynastie Yuan ne se limitaient pas aux relations maître religieux et protecteur laïc (chöyön), comme le soutiennent parfois les Tibétains », écrivent A.-M. Blondeau et K. Buffetrille dans Le Tibet est-il chinois ? (Albin Michel, 2002, p. 35) Et p. 56 : « En 1721, le sort du Tibet était scellé pour longtemps, comme Desideri le faisait justement remarquer. De pays tributaire, extérieur au territoire chinois proprement dit, il allait être défini comme partie intégrante de la Chine. »
Enfin, vous parlez « des territoires perdus » du Tibet « - l’Amdo et le Kham. » Vous semblez ignorer qu’il s’agit là de territoires habités depuis des siècles par des populations d’ethnies différentes et, aussi depuis des siècles, sous administration chinoise ; la plupart de ces territoires avaient été brièvement conquis par les Tibétains (dynastie des Tubo) au 8e siècle. Revendiquer ces territoires, comme le fait le dalaï-lama, c’est comme si la France revendiquait tous les territoires sur lesquels avait régné jadis un certain Charlemagne. (Voir dans ce contexte, p. ex., http://www.tibetdoc.org/index.php/accueil/recension/285-l-etrange-tibet-de-mme-levenson )

29/05/2018 12:23 par Emilio

L’invasion massive des Hans au Tibet , c’est bien un programme décidé par une aristocratie de Pékin, un nouveau féodalisme de nouveaux seigneurs de pouvoirs .
Une colonisation par le nombre qui a bien pour but de noyer les tibétains et de gommer le bouddhisme (celui du DL) du Tibet .
Par magie idéologique , cela devient .. "c’est pour propager la démocratie dans un peuple de barbares "... autre formulation , du "devoir de civilisation des peuples inférieurs " d’un laïque tricolore , et vénéré par des démocrates du jour .. En France uniquement pour le nom du moins ,,

les valeurs des nouveaux conquérants sont celles des vainqueurs, et ce sont eux qui écrivent l’histoire , leurs histoires avec beaucoup d’oublis volontaires et d’occultations .. Il n’y a jamais eu de massacres de lamas par les Hans en expédition commanditée par une élite de Pékin ..aux valeurs " démocratiques " ???

Après montrer la grandeur de ces valeurs , de l’alpha.bétis.ation du peuple , c’est ce que font toujours les nouveaux colonialistes pour mélanger éducation et endoctrinement . Le nouveau modèle devient la norme , un clergé républicain remplace l’ancien .. avec dans le cas français de naissance de république à vocation de modèle du jour , mondiale , des références évidentes et multiples à la religion de Mithra , ce qu’avait également fait plus que largement , le christiannisme dans sa forme catholique .. A force de révolutionner on en revient au même point .

Oui , il y a eu et encore aujourd’hui, invasion coloniale des Hans au Tibet , une invasion raciale et politique. Accuser le DL de le dire , pour défendre ses valeurs , c’est faire de l’inversion accusatrice . Les bouddhistes tibétains sont les peaux rouges de l’histoire américaine ... Leur résistance devient rebellion , parce que c’est criminel d’oser vouloir résister à un nouvel ordre ..des " libérateurs" des peuples ..qui ne veulent que le bien .. bien évidemment !

29/05/2018 13:40 par Maxime Vivas

Pour avoir étudié le sujet, pour m’être rendu sur place avec deux grands reporters de "grands" journaux français (Le Monde, le Figaro) qui n’oseraient jamais écrire comme vous, sous peine de se décrédibiliser, je peux dire que la publication de commentaires comme le vôtre (catéchisme du D L, ce despote cruel) engendrent une perte de temps pour le lecteur, pour le modérateur et pour l’auteur s’il veut argumenter en retour.
Un auteur qui a eu récemment un commentaire de ce genre sur un autre article m’a écrit qu’il ne voulait pas répondre : inutile, chronophage, nourriture pour les trolls.
J’ai écrit un livre sur le D L. Empruntez-le en biblio ou téléchargez-le et discutons. Sinon, ciao !
Maxime Vivas

29/05/2018 14:15 par Emilio

Inutiles peut-être , demi vérités peut-être , n’empêche que ... c’est ce qui fédèrent les dalaïstes du monde , et ils sont très nombreux dans les élites . Un flot d’argent énorme et de partout dans le monde .. Même dans mon coin de Colombie , un nouveau temple à 2 pas de chez moi , de retraite et méditation dans la nature , superbe il est vrai .. de ce bouddhisme là , tibétain de bonnets jaunes , inauguré et finançé ( ! ) par un lama , en direct connection avec le DL .

Le Tibet est une chose , mais , en lien, la propagation mondiale de ce type très particulier de bouddhisme en est une autre.

Je connais l’Inde et ses philosophies , pour y avoir vécu un temps, à New Delhi surtout, dans un quartier très pauvre ... Et oui , indéniable que le comportement élitiste et d’affichage de richesses, ostentatoires , des moines tibétains réfugiés en Inde est ..anachronique pour le moins !

Maxime je ne conteste pas tes observations sur place , mais il y a au-delà de la politique , une recherche d’aspirations spirituelles des élites de ce monde ( contre rançons des élites .. un truc du genre acheter son éternité et des pouvoirs occultes ..) . Les liens souvent mentionnés et prouvés avec l’occultisme nazi sont de cet ordre ! Et c’est bien au delà ( ! ) de juste un aspect politique des choses en vision .
Il y a double face de ce DL , et de sa secte de bouddhisme , un aspect souriant , généreux et de compassion ... et l’aspect de méditations particulières , avec des recherches de pouvoirs occultes très... magie noires , de type chamanique , d’où est issu ce type de pratique bouddhiste .. Pourquoi crois-tu que ce DL est si proche des élites du monde , et pas des moindres ?

Les vraies vérités sont là , occultes ! Tu comprends ce que je veux dire ? ( et en connaissance de causes , pour expérimenter ces mondes là , dans mes méditations ...autres , mais surtout pas de ce type DL ..! )

29/05/2018 14:46 par Vinceremos

Quand on voit les derniers échanges Maxime Vivas/Emilio, on comprend ce qu’est un troll : il balance férocement n’importe quoi et, s’il est contesté, il passe à autre chose, il caresse gentiment, trois tons en dessous. La prochaine fois, il reviendra mordre, il provoquera un débat inutile. Faut-il répondre aussi à un lecteur qui jurerait que la terre est plate ?
Emilio est un troll.

29/05/2018 19:37 par André LACROIX

Une réponse au message de Kang Youwei du 28 mai

Cher Monsieur,
Permettez-moi de commenter avec concision certaines de vos affirmations.
1) « Vous croyez vos sources et je croirai quant à moi le dalaï-lama »
Il ne s’agit pas de croire, mais de s’approcher de la vérité à partir d’études sérieuses, comme celles de Goldstein, Grunfeld, French, etc., qui s’appuient sur des documents originaux et des témoignages recoupés par la critique historique. Pour une approche de la problématique tibétaine du Tibet au 20e siècle, les documents états-uniens et britanniques déclasssifiés sont du plus haut intérêt.
2) « Le Tibet n’a jamais été un protectorat à part entière »
S’il est vrai qu’existait une relation sui generis entre l’Empire chinois et sa province tibétaine, relation connue sous le nom de chö-yön (chapelain-protecteur), il n’en demeure pas moins vrai que le pouvoir politique à Lhassa était exercé par Pékin grâce à ses gouverneurs ou ambans.
3) « (…) Pékin encourage l’installation de Hans au Tibet afin de renverser les proportions ethniques »
Même s’ils sont bien présents dans les grandes villes, les Han ne représentent que 7% de la population totale de la RAT.
Quant aux territoires du Qinghai, du Gansu, du Sichuan et du Yunnan, jouxtant la RAT, revendiqués comme faisant partie d’un soi-disant « Grand Tibet » ou « Tibet historique », c’est un vaste’ patchwork, dont les Tibétains, constituant la minorité la plus importante, ont depuis des siècles cohabité avec d’autres minorités (Han, Qiang, Hui, Yi, Mongol , Lisu, Naxi, Nu, Monba, etc.).
L’accusation de « génocide démographique » a beau être ressassée dans toutes les langues occidentales ; ça reste une farce statistique (a statistical trick) selon la formule de Barry Sautman (Tibet : Myths and Realities, p. 280).
4) « Ma comparaison avec le IIIème Reich peut vous choquer, mais je ne trouve pas de très bon goût celle que vous établissez avec l’Ancien Régime »
Je ne crois pas avoir heurté le bon goût en comparant, comme l’avait fait avant moi le Tibétain Tashi Tsering (voir Mon combat pour un Tibet moderne, Golias 2010, pp.89 et ss.), l’Ancien Régime tibétain et l’Ancien Régime occidental, deux régimes heureusement abolis : les nostalgies passéistes n’y changeront rien.
Bien à vous.

29/05/2018 19:43 par Kang Youwei

Albert Ettinger,
Le protectorat du Tibet, établi militairement au début du XVIIIème siècle par Pékin, n’a entraîné que très peu de changements effectifs au Pays des Neiges - quelques ambans dirigeaient la politique étrangère, et alors ? c’est peu pour un peuple principalement tourné vers la religion. Comprenez-moi : le protectorat était réel, mais son impact n’est jamais apparu aux Tibétains comme insupportable - hormis lors de certaines crises graves. En 1913, en proclamant l’indépendance, le XIIIème Dalaï-lama a mis fin à la question. Cette déclaration unilatérale est valide. Les histoires de Chö-yon sont dès lors obsolètes.
L’Amdo et le Kham ne sont pas comparables aux territoires de l’empire de Charlemagne. Peuplés essentiellement de Tibétains, ils seraient plus comparables à l’Alsace-Moselle en 1914. Nul plus que les Khampas ne s’opposa à l’APL en 1959, pour défendre le Tibet.
Le Tibet a le droit culturel, civilisationnel d’être indépendant. Et la politique chinoise est extrêmement tyrannique.
Bien à vous.

30/05/2018 00:06 par Emilio

Merci André LACROIX , très intéressant « s’approcher de la vérité à partir d’études sérieuses.. « Au temps de nos tweets qui régnent sur le monde , heureusement il existe encore des personnes comme toi !

Kang Youwei , je ne sais pas si mon message sur ce fil "Dalaï-Lama : pas si zen". De Maxime Vivas
sera publié , mais j’ai d’autres questions sur le DL , de sa collusion avec les nazis , de ses déclarations , puisque tu es un adepte tu peux répondre .. ? question tyrannique on ne peut pas mieux dire ..

30/05/2018 00:31 par Kang Youwei

M. Lacroix,
1) Goldstein est un chercheur intéressant qui a le mérite d’avoir démystifié le Tibet - j’ai beau le préférer avant 1950, ce n’est pas une raison pour l’idéaliser. Mais il s’est compromis politiquement - en parlant de "libération pacifique", libération de qui ? Quand en 1793, les Révolutionnaires français envahirent l’Italie pour en chasser les rois, fut-elle pour autant libérée ? Idem pour Grunfeld. Quant à French, il a été président de Free Tibet Campaign et s’est converti au bouddhisme tibétain, permettez-moi donc de ne pas comprendre pourquoi vous le citez. 2) il n’en demeure pas moins vrai que le pouvoir politique à Lhassa était exercé par Pékin grâce à ses gouverneurs ou ambans. je ne comprends pas que cela ne vous rappelle pas l’Indochine française ou les Indes britanniques... 3) Même s’ils sont bien présents dans les grandes villes, les Han ne représentent que 7% de la population totale de la RAT. Dans les villes, ces Hans monopolisent les emplois importants que les Tibétains ne peuvent occuper "faute de qualifications" (ce qui est comique après 70 ans de "libération pacifique") et s’érigent en "ethnie dominante". En outre, j’entends mal ce terme de "minorité la plus importante" qui veut bien dire que ces territoires sont tibétains n’est-ce pas ? 4) enfin, je ne vous attaquerai pas sur l’emploi malheureux d’un terme que je déplore. Mais le Dalaï-lama était le dirigeant légitime du Tibet (je n’ajouterai pas "comme le roi de France", cela vous vexerait), c’est lui qui a démocratisé le Tibet en exil, lui qui a organisé la diaspora de son peuple. A ce propos, les 150.000 Tibétains qui la composent sont-ils tous, selon vous, d’ex-privilégiés de la "théocratie des lamas" ? Ou alors, pourriez-vous reconnaître que les Tibétains fuient depuis plus d’un siècle et demi leur pays "libéré" ?
Bien à vous.

30/05/2018 16:13 par Kang Youwei

Erratum
Un demi-siècle voulais-je dire.

30/05/2018 20:31 par Emilio

Demission de Patrick French, directeur de la Free Tibet Campain

Patrick French, alors qu’il était directeur de la « Free Tibet Campaign » (Campagne pour l’indépendance du Tibet) en Angleterre, a été le premier à pouvoir consulter les archives du gouvernement du Dalaï-Lama en exil. Il en a tiré des conclusions étonnantes.
Il en est arrivé à la conclusion dégrisante que les preuves du génocide tibétain par les Chinois avaient été falsifiées et il a aussitôt donné sa démission en tant que directeur de la campagne pour l’indépendance du Tibet

https://blog.mondediplo.net/2008-04-30-Chine-Tibet-des-identites-communes

31/05/2018 19:40 par André LACROIX

Une réponse au message de Kang Youwei du 30 mai

1) Oui, la récupération de sa province tibétaine par la RPC a bien été une libération  : de la féodalité, du servage, de l’analphabétisme, de la mortalité infantile, des châtiments corporels (fouettement, amputation, énucléation)… Ce fut aussi au début une libération pacifique dans le respect de l’Accord en 17 points de 1951, comme en témoigne le Tibétain Tashi Tsering présent à Lhassa lors de l’arrivée des premiers soldats de l’APL : « Les cinq ou six premières années après l’entrée des Chinois au Tibet en 1951 avaient été une sorte de lune de miel » (Mon combat pour un Tibet moderne, p. 69). Les choses se sont gâtées lorsque Pékin a imposé une réforme agraire au Sichuan (non concerné par l’Accord en 17 points), provoquant ainsi la révolte des grands propriétaires laïcs et religieux, soutenue militairement par les Khampas à l’agressivité légendaire. Nombre de ces gens, furieux de perdre leurs privilèges, émigrèrent alors à Lhassa où ils alimentèrent le mécontentement de la population, entraînant ainsi les émeutes de 1959 et la répression.
Selon vous, Goldstein, tout comme Grunfeld, se seraient « compromis politiquement » en révélant ces faits…Quant à moi, je réserverais plutôt l’accusation de compromission politique à ceux qui, comme le dalaï-lama, ont entretenu des relations amicales avec des personnages très peu recommandables (voir notamment : http://tibetdoc.org/index.php/politique/exil-et-dalai-lama/240-dalai-lama-mauvaises-frequentations) ou ont trop longtemps fermé les yeux sur des agissements inqualifiables de lamas et autres rinpochés (voir plusieurs articles à ce sujet sur le site tibedoc.org, rubrique « Religion », sous-rubrique « Bouddhisme tibétain dans le monde »).
Quant à Patrick French, comme le rappelle Emilio dans son second commentaire du 30/05/2018, vous ne pouvez pas ignorer qu’il a démissionné de la présidence de l’association Free Tibet Campaign après avoir notamment constaté que les chiffres des victimes tibétaines avaient été scandaleusement gonflés par Dharamsala.
2) Comparer le Tibet à l’Indochine française et à l’Inde britannique n’a pas beaucoup de sens, étant donné que le Tibet a fait partie, peu ou prou, de l’Empire chinois pendant plus de six cents ans, sous les dynasties Yuan, Ming et Qing. On ne peut pas comparer la cohabitation séculaire des Han et des nombreuses minorités ethniques présentes sur le sol de la Chine avec les aventures coloniales tardives des Français et des Britanniques partis soumettre et exploiter des pays situés à des milliers de kilomètres de chez eux.
3) Si aujourd’hui il peut arriver encore que des travailleurs tibétains manquent de qualification, il faut en chercher la cause principale dans le fait que, pour beaucoup de familles tibétaines, l’école n’a jamais été une priorité, si bien que l’analphabétisme est encore aujourd’hui plus présent au Tibet que dans le reste de la Chine. Comme le dit justement Tashi Tsering, « de bien des façons, cette attitude s’est effectivement perpétuée jusque dans le Tibet d’aujourd’hui, dans lequel, c’est triste à dire, beaucoup de parents tibétains, paysans et ouvriers, ne voient pas dans une bonne éducation quelque chose de spécialement important » (Mon combat pour un Tibet moderne, p. 220). On ne comble pas en quelques décennies des siècles, sinon des millénaires, d’obscurantisme.
Mais la situation évolue rapidement. En nombre croissant, les jeunes Tibétains diplômés prennent leur sort en main, bien décidés à collaborer loyalement avec leurs collègues chinois et à utiliser les larges subventions octroyées par Pékin pour assurer à leurs enfants une aisance que leurs arrière-grands-parents n’auraient même pas pu imaginer. En décembre 2012, j’ai eu le plaisir de visiter, à une cinquantaine de kilomètres au nord-est de Shigatse (la deuxième ville de la RAT), l’école professionnelle d’Emagang fondée dix ans plus tôt par Tashi Tsering ; j’ai pu constater que, parmi les 32 (jeunes) professeurs, il y avait 29 Tibétains (dont 8 femmes) et 3 Chinois – l’un d’entre eux y avait construit une énorme serre, au fonctionnement géré électroniquement. J’ai aussi appris que les 230 élèves inscrits (garçons et filles, tous internes) étaient heureux d’y suivre, outre les cours pratiques, des cours de tibétain écrit et de chinois élémentaire, et que de bons emplois leur étaient promis au terme de leur scolarité.
4) Dans les territoires contigus à la RAT (presque tout le Qinghai, une frange du Gansu, un bon tiers du Sichuan, le Nord-Ouest du Yunnan), les Tibétains représentent quelque 40% de la population, les 60% restants étant constitués de nombreuses autres minorités (Han, Qiang, Hui, Yi, Mongol , Lisu, Naxi, Nu, Monba, etc.). Quand vous écrivez " (…) j’entends mal ce terme de ‘minorité la plus importante’ qui veut bien dire que ces territoires sont tibétains n’est-ce pas ? », effectivement vous entendez mal : prendre la partie pour le tout, ça s’appelle une métonymie ; c’est un procédé qui convient à la poésie, mais pas à l’analyse géopolitique.
5) Je ne m’attarderai pas sur le caractère prétendument démocratique de la charte des Tibétains en exil, qui consacre en son article 3 la soumission de l’État au Dharma et qui est loin d’assurer la dépendance des pouvoirs exécutif (art. 19) et législatif (art. 36).
Je n’ai jamais dit que les 150 000 Tibétains de la diaspora sont tous d’ « ex-privilégiés de la ‘théocratie des lamas’ ». Comme le note, une fois encore avec justesse, Tashi Tsering qui se trouvait en Inde en 1959 et qui a travaillé avec Gyalo, un des frères aînés du dalaï-lama, à l’accueil des réfugiés : « Beaucoup [de fuyards] n’avaient même pas vu les opérations de l’armée chinoise à Lhassa. Ils n’avaient été qu’un élément de la panique générale qui s’était emparée du pays, et leurs récits portaient sur les souffrances endurées au cours du voyage à travers les montagnes, et non par la faute des Chinois » (op. cit., p. 72). Et un grand nombre de ces manants sont restés en Inde et y ont fait souche.
Vous m’interrogez enfin sur les Tibétains qui « fuient depuis plus d’un demi-siècle [un siècle et demi dans la première version] leur pays ‘libéré’ ». Vous n’auriez pas dû corriger « un siècle et demi » par « un demi-siècle », car ça fait très longtemps que des Tibétains fuient leurs difficiles conditions de vie et tentent de trouver sous des cieux plus cléments une vie moins inconfortable. Mais, avec les nouvelles perspectives qu’offre aujourd’hui le développement de la RAT, ces émigrations se font rares. C’est que l’herbe qui paraissait plus verte ailleurs en a déçu plus d’un ; comme le faisait remarquer en 2012 Jean-Paul Desimpelaere, ce grand connaisseur du Tibet, décédé hélas en 2013, The Observatory for Statelessness estime que 3000 Tibétains rentrent dans leur pays natal chaque année, sans spécifier cependant de quel groupe ils sont originaires (résidents permanents au Népal, ou transitant par le Népal, ou originaires d’autres pays) (voir http://tibetdoc.org/index.php/politique/exil-et-dalai-lama/74-des-refugies-tibetains-au-nepal).
Bien à vous.

01/06/2018 11:00 par Albert Ettinger

Kang Youwei,
Vous écrivez : « Le protectorat du Tibet, établi militairement au début du XVIIIème siècle par Pékin, n’a entraîné que très peu de changements effectifs au Pays des Neiges - quelques ambans dirigeaient la politique étrangère, et alors ? » - Je dois admettre qu’il n’est pas facile d’écrire plus de contre-vérités dans une seule phrase.
1) Le Tibet n’est pas devenu, au début du XVIIIe siècle, un « protectorat » de Pékin, mais bel et bien une « partie intégrante de la Chine  ». Cf. ce que confirment A.-M. Blondeau et K. Buffetrille, « Le Tibet est-il chinois ? » (Albin Michel, 2002, p. 35) Ces dames sont d’ailleurs des admiratrices de « Sa Sainteté » et soutiennent la cause des séparatistes tibétains.
2) « Établi militairement » ? Vous suggérez par là qu’en 1720, la Chine aurait envahi et occupé le Tibet. Ce n’est pas du tout le cas. Une armée chinoise chassa les guerriers des Dzoungars mongols hors du Tibet ; les troupes chinoises furent acclamées avec joie par les Tibétains et de leur côté, elles traitèrent la population « avec une grande modération » comme le rapporte un missionnaire occidental. (Cf. Grunfeld, « The Making of Modern Tibet », p. 45) « Le 24 avril 1721 une légation de l’empereur délivra au dalaï-lama une reconnaissance officielle et lui fit remettre à cette occasion, le grand sceau d’État, » gravé en trois langues, « mandchou, mongol et tibétain ». La fonction de régent (Desi) fut supprimé et un Conseil des ministres (tib. bka ’shag, kashag) instauré. « Son président et le suppléant de celui-ci étaient nommés par l’empereur. Désormais le Tibet était placé directement sous la souveraineté de l’Empire. » (http://de.wikipedia.org/wiki/Dalai_Lama)
3) Les ambans ne dirigeaient que « la politique étrangère, et alors ? », écrivez-vous. – En fait, ils étaient « habilités à diriger les affaires de l’État, à côté du dalaï lama et du panchen lama ». Tous les fonctionnaires tibétains devaient leur soumettre leurs requêtes pour chaque prise de décision. Eux seuls étaient responsables de « la défense des frontières, des impôts, des finances publiques », et eux seuls pouvaient présenter des rapports à l’empereur à Pékin. Ils contrôlaient l’administration locale tibétaine et avaient le commandement des troupes stationnées à Lhassa. L’Empereur décida aussi d’ériger des bornes frontières le long du Népal et de l’Inde. L’amban était chargé de procéder à l’inspection annuelle de ces frontières et des troupes frontalières. Cf. Kollmar-Paulenz, „Kleine Geschichte Tibets“ (Précis d‘Histoire du Tibet), pp. 130 et 126
4) Cela n’aurait « entraîné que très peu de changements effectifs », dites-vous ? – Mais l’administration directe par Pékin « « a apporté au Tibet une rare période de stabilité intérieure », écrit l’historienne suisse Karénina Kollmar-Paulenz (p. 130). Il faut savoir qu’au cours des siècles précédents, les clans de l’aristocratie tibétaine alliés aux différentes sectes lamaïstes et à des tribus guerrières mongoles s’étaient entredéchirés dans d’incessantes luttes de pouvoir. Juste quelques exemples. En 1480, les Karma-Kagyupa entreprennent la construction d’un monastère à Lhassa, ville que leurs rivaux Gelugpa considèrent comme leur chasse gardée. À peine fini, ceux-ci le détruisent ; le septième Karmapa, qui s’y trouve, peut sauver sa peau de justesse. (Deshayes, « Histoire du Tibet », p. 134) En 1498, une armée rivale investit Lhassa et écrase les Gelugpa. Les vainqueurs se querellant ensuite entre eux, c’est l’anarchie complète qui s’installe. (Cf. Deshayes, p. 135-137) Entre 1635 et 1648, les sectes lamaïstes et les aristocrates tibétains s’allient à des tribus de guerriers mongols. Tandis que le seigneur du Tsang incite le prince de Beri à détruire les monastères gelugpa dans le Kham, les Gelugpa peuvent compter sur le puissant chef mongol Gouchri Khan qui détruit à son tour les monastères des Karma-Kagyupa, occupe Lhassa et prend Shigatsé, où le seigneur du Tsang est tué. C’est l’avènement du pouvoir gelugpa et des dalaï-lamas (Deshayes, p. 144-145) qui pourtant ne met pas du tout fin aux luttes fratricides…

Vous écrivez que le « Tibet a le droit culturel, civilisationnel d’être indépendant ». Donc, selon vous, des différences culturelles donnent automatiquement droit à l’établissement d’un État indépendant ? Vous devez alors être un fervent partisan de l’indépendance corse, basque, catalane, occitane, provençale, bretonne, alsacienne, flamande, bavaroise…, et j’en passe. Allez donc appliquer votre logique absurde à un État comme l’Inde moderne, qui compte plus de 1 600 idiomes différents et bon nombre de religions et de traditions différentes !

Enfin, « la politique chinoise est extrêmement tyrannique », dites-vous. Mais vous n’en fournissez aucune preuve. En tout cas, elle ne saurait jamais être aussi répressive et cruelle que celle des lamas-aristocrates au pouvoir avant 1959. Lisez à ce sujet, par exemple, ce qu’écrit le moine japonais Kawaguchi au sujet des peines corporelles dont la flagellation (entre trois cent et sept cent coups de fouet) était la plus répandue, suivie par « l’extraction des globes oculaires », « l’amputation des mains » et « d’autres formes de mutilation qu’on inflige comme punition, parmi lesquelles la coupe des oreilles et celle du nez sont les plus douloureuses. » (Lire : http://tibetdoc.org/index.php/histoire/periode-bouddhiste/412-l-ancien-tibet-selon-kawaguchi-iii-sous-developpement-economique-culturel-et-humain)
Bien à vous

01/06/2018 21:31 par Kang Youwei

Messieurs Lacroix et Ettinger,
1) M. Tsering a l’opinion qui est la sienne, comme M. Zemmour a la sienne sur l’action de Vichy en 1940. Ceci le regarde, mais je ne baserai pas ma vision de l’invasion du Tibet sur son ouvrage. Je lirai plutôt les livres de Sa Sainteté, ou encore Captured in Tibet de Robert Ford ou Sept ans d’aventures au Tibet et plus encore Retour au Tibet de Heinrich Harrer. L’armée n’aurait pas volé une aiguille dites-vous ? Pourtant, ses 10.000 soldats au Tibet provoquèrent de nombreuses disettes dans les années 1950 en s’appropriant les ressources tibétaines, sans parler de la famine causée par le Grand Bond en avant. « Goldstein, tout comme Grunfeld, se seraient « compromis politiquement » en révélant ces faits… » ne déformez pas je vous prie ! J’ai écrit mot pour mot : « Goldstein est un chercheur intéressant qui a le mérite d’avoir démystifié le Tibet - j’ai beau le préférer avant 1950, ce n’est pas une raison pour l’idéaliser. Mais il s’est compromis politiquement - en parlant de "libération « pacifique" ». Que certains faits aient été révélés, tant mieux. Cela ne donne en rien raison à Pékin. Quant à French, sa démission ne s’accompagna pas, que je sache, d’un ralliement aux vues chinoises.
2) Si, le Tibet est bien comparable à nos colonies d’antan. La distance avec la métropole ne change rien : exploitation identique des ressources, destruction identique - non, bien supérieure - de la culture du colonisé...
3) Cette citation « de bien des façons, cette attitude s’est effectivement perpétuée jusque dans le Tibet d’aujourd’hui, dans lequel, c’est triste à dire, beaucoup de parents tibétains, paysans et ouvriers, ne voient pas dans une bonne éducation quelque chose de spécialement important » est fausse M. Lacroix, vous le savez bien... Si les parents refusent de scolariser leurs enfants, c’est pour éviter qu’on ne leur fasse oublier leur langue, leur culture, leur religion...
4) On ne fuyait pas le Tibet avant 1950, ne serait-ce que parce que les frontières étaient fermées par Pékin puis par Londres. Je suis ravi que le retour - prétendu - d’autant de Tibétains vous enthousiasment. A moi, il n’évoque que la difficulté de mener une résistance efficace lorsque le monde vous délaisse.
5) Je poursuis avec le commentaire de M. Ettinger. Protectorat ou partie intégrante de la Chine ? La question peut se poser - on n’intègre pas un territoire simplement en y parachutant deux fonctionnaires, quel que soit l’étendue de leurs pouvoirs.
6) J’ai d’autres souvenirs du XVIIIème siècle cher ami... En 1720, c’es vrai, Pékin chassa les Dzoungars. Mais en 1706, le khan mongol piloté par l’Empereur Kangxi, Lkhazan, envahit le Tibet et emprisonna le VIème Dalaï-lama, Tsangyang Gyatso et imposa un anti-Dalaï-lama, Yeshe Gyatso. Si vous n’appelez pas ça prendre de force le contrôle politique d’un pays...
7) C’est une antienne lancinante et incessante lorsque l’on parle du Tibet : et les Corses ? et les Basques ? Or, le Tibet n’a pas le droit d’être indépendant parce qu’il parle une langue différente du mandarin, ou parce qu’il a une religion différente... Mais parce qu’il est une civilisation. La Corse n’en est pas une, ni le Pays basques, simples particularités culturelles. Voici pourquoi le Royaume d’Italie devait évidemment se séparer de l’Autriche-Hongrie, le Royaume de Grèce ou celui de Roumanie de l’Empire Ottoman. Parce qu’ils formaient une nation. Le Tibet en est une.
8) En ce qui concerne la stabilité intérieure, il est vrai qu’il eût été souhaitable qu’une puissance étrangère établît son autorité en France lors des guerres de religion, et y imposât la paix. Mais cela, voyez-vous, est contraire au droit international le plus élémentaire. Idem pour le système féodal - allons envahir l’Arabie saoudite dans ce cas !, qui aurait disparu au XXème siècle de toute façon, le XIVème Dlaï-lama y aspirant fortement.
Bien à vous.

02/06/2018 15:25 par Albert Ettinger

Kang Youwei,

En lisant votre dernière réponse, on voit bien que le fond du problème, ce sont vos sources.

Vous écrivez qu’aux chercheurs et historiens occidentaux les plus éminents vous préférez, outre « les livres de Sa Sainteté, des livres comme « Captured in Tibet de Robert Ford ou Sept ans d’aventures au Tibet et plus encore Retour au Tibet de Heinrich Harrer. »

Il s’agit là, pour le premier, d’un agent de Londres qui opérait au Tibet comme conseiller militaire, radiotélégraphiste et espion et qui fut en 1950 directement impliqué dans le meurtre de Geda Tulkou, un lama envoyé par le gouvernement chinois pour négocier avec Lhassa. Le second, Heinrich Harrer, fut un nazi de la première heure, traitre à sa patrie autrichienne (tout comme son Führer), membre des SA, du parti et des SS. Vous vous référez à son fameux « Sept ans d’aventures au Tibet », sans savoir sans doute que l’édition française de ce livre a été manipulée, tronquée et faussée parce qu’on prit soin de cacher aussi bien les convictions racistes de son auteur que les tares de l’ancien régime tibétain que, parfois, il mentionne. Comparez donc le titre français avec le titre original allemand (« Sieben Jahre in Tibet : Mein Leben am Hofe des Dalai Lama » se traduit littéralement par « Sept ans au Tibet- Ma vie à la cour du dalaï-lama ») et, pour approfondir, lisez surtout http://www.tibetdoc.org/index.php/politique/mediatisation/280-comment-on-transforme-l-ancien-ss-heinrich-harrer-confident-et-professeur-du-dalai-lama-en-apotre-des-droits-de-l-homme

Je m’étonne que vous n’ayez pas cité parmi vos lectures préférés le livre du frère ainé du dalaï-lama, Norbu. C’est sans doute parce qu’il aurait confirmé l’affirmation de Tashi Tsering, reprise par André Lacroix, que pourtant vous contestez : que ce que vous appelez « la civilisation tibétaine » était caractérisé par une l’hostilité séculière à l’éducation et aux sciences, une hostilité qui n’a pas complètement disparu, même de nos jours. Norbu y affirme : « Une éducation laïque ne sert qu’à des besoins laïques, et ils sont très faibles au Tibet. (...) Lire et écrire sont en fait inutiles car n’y a pas de littérature profane au Tibet. » Et encore : « Ce qui incite un profane à se développer intellectuellement, c’est d’aspirer à une meilleure connaissance et compréhension des Écritures, un chemin qui lui est toujours ouvert. Des connaissances supplémentaires n’ont aucune importance pour celui qui a un sentiment si prononcé pour la bonne Voie ». (Thubten Jigme Norbu/Colin Turnbull, Tibet : Its History…, p. 335-336)

Voilà une excellente base pour moderniser un pays ! Et puis, n’est-ce pas tellement plus civilisé que ce qu’on peut trouver dans des régions barbares telles le pays basque, la Corse ou l’Alsace (où l’État français a vraiment pris soin des langues et cultures locales…)

Que les Tibétains aient été avant 1950 « une nation », homogène de surcroît, est une affirmation hautement contestable. Il n’existait pas de langue parlée ou écrite commune, comprise par tous les Tibétains, ni le sentiment d’appartenance à une nation, à moins qu’on ne prenne le fanatisme religieux ou la xénophobie pour du patriotisme.

Vous affirmez encore que le système féodal tibétain « aurait disparu au XXème siècle de toute façon ». Rien ne permet de le penser, puisqu’il s’est maintenu parfaitement au cours du règne du 13e dalaï-lama anglophile qu’on nous présente pourtant comme un grand réformateur. Le 14e dalaï-lama y aspirait « fortement » ? C’est ce qu’il affirme dans ses mémoires, et vous le croyez toujours sur parole, n’est-ce pas ? Cependant, cette « aspiration » ne s’est pas exprimée dans les faits, comme le confirme Patrick French, l’ex-dirigeant de la Campagne Internationale pour le Tibet, en écrivant que « pendant son mandat entre 1950 et 1959, le gouvernement tibétain agit avec le même mélange de cupidité et d’incompétence que dans les années 1930 et 1940. » Goldstein, que vous n’appréciez guère à cause de ce genre de constatations, confirme que « les abbés protestaient avec véhémence dès que les réformes agraires et fiscales étaient proposées », car elles « nuiraient à la religion ». Et il réfute, de nombreux documents à l’appui, l’affirmation du dalaï-lama et de ses partisans que non pas les réactionnaires tibétains, mais les communistes chinois auraient empêché toute réforme : « L’affirmation de certains Tibétains et auteurs occidentaux, disant que du côté chinois, dans les années 1950, on avait empêché le gouvernement tibétain de procéder à des réformes, ne résiste pas à une analyse sérieuse des faits. » (Goldstein, The Calm before the Storm, pp. 461 et 457) Idem d’ailleurs pour les « disettes dans les années 1950 » provoquées d’après vous par l’Armée Populaire de Libération.

Pour ce qui est de l’affaire du 6e dalaï-lama, vous oubliez de mentionner que la vie de débauche qu’il menait était en forte contradiction avec ses hautes fonctions, ce qui entraîna une tentative de meurtre et poussa les Mongols qoshots à intervenir en 1705, notamment parce que le régent (un fils naturel du 5e dalai-lama !) flirtait avec leurs rivaux, les Dzoungars. La suite des événements n’est pas moins intéressante. Le « faux » dalaï-lama - le no. 6e bis - était très impopulaire, car le bruit circulait qu’il était un fils naturel de Lhabsang Khan, chef des Qoshots. Quand une rumeur apparut disant que le 7e dalaï-lama avait été « découvert » dans le lointain Kham, les Dzoungars virent là l’occasion de s’immiscer à nouveau au Tibet. En décembre 1717, leurs troupes battirent les Qoshots au nord de Lhassa. Ils tuèrent Lhabsang Khan et destituèrent son 6e dalaï-lama après avoir conquis et pillé Lhassa et le Potala. À cette occasion et dans la suite des évènements, « les moines tibétains s’illustrèrent comme étant les plus cupides et les plus cruels des voleurs  », selon Luciano Petech (voir sa biographie sous https://fr.wikipedia.org/wiki/Luciano_Petech) Les Dzoungars favorisaient la secte des Gelugpa au détriment des autres écoles ; des monastères nyingmapa furent pillés, de hauts dignitaires religieux assassinés et les Kagyupa, les Djonangpa et les Beun persécutés. (Cf. Deshayes, Histoire du Tibet, p. 163) Est-ce que cela aussi fait partie des « autres souvenirs du XVIIIème siècle » que vous avez, M. Kang ?

« On ne fuyait pas le Tibet avant 1950 », écrivez-vous, cette fois à l’attention de mon ami André Lacroix. Votre mémoire semble défaillante en ce qui concerne le 20e siècle. Puis-je vous rappeler le nom de Thubten Kunphel ( thub bstan kun vphel, 1905 – 1963), plus connu sous le nom de Kunphela ou Kumbela. Arrêté après la mort du 13e dalaï-lama, il se réfugia en Inde, tout comme les autres dissidents qui y fondèrent avec lui le Tibet Improvement Party pro-chinois : Gendün Chöphel, Pandatsang Rapga et le poete Canglocen Kung.

Bien à vous

02/06/2018 20:27 par Emilio

« Il est plus difficile de désagréger une croyance qu’un atome. » Einstein

Michel Collon, Mila Marcos

1. « Avant l’invasion chinoise, le peuple tibétain vivait en harmonie avec ses seigneurs dans un ordre social inspiré par les enseignements religieux. »

La bonne réponse est FAUX ! Explication :

La doctrine religieuse imposait la supériorité du riche seigneur et l’infériorité du paysan misérable, du moine inférieur, de l’esclave et de la femme. Présentées comme le résultat inéluctable de la succession karmique des vertus et des vices des vies passées.

En fait, cette idéologie justifiait un ordre de classe féodal : les serfs devaient travailler gratuitement et à vie les terres du seigneur ou du monastère. Ils ne pouvaient se déplacer sans autorisation. Tout était prétexte à de lourdes taxes : mariage, décès, naissance, une fête religieuse, posséder un animal, planter un arbre, danser, entrer ou sortir de prison. Ces dettes passaient du père au fils et au petit-fils, et si on ne payait pas, on était réduit en esclavage.

Les fugitifs et les voleurs étaient traqués par une petite armée professionnelle. Punitions favorites : arracher la langue ou l’oeil, sectionner le tendon du genou etc. Ces tortures n’ont été supprimées qu’en 1959, lors des réformes décidées à Pékin.

2. « En 1951, la Chine a envahi le Tibet. »

La bonne réponse est FAUX ! Explication :

Le terme ‘invasion’ suppose qu’il y ait deux pays. Or, dès le 13ème siècle, le Tibet est annexé à la Chine par les Mongols. Dès le 17ème siècle, il est une des dix-huit provinces de l’empire chinois. Et chaque nouveau dalaï-lama reçoit de l’Empereur de Chine ses ‘sceaux’ de légitimation.

Fin 19ème, l’empire britannique envahit le Tibet et y installe ses comptoirs de commerce. Le treizième dalaï-lama en profite pour revendiquer l’indépendance. Cette demande ne sera prise au sérieux par aucun parti chinois et aucun pays au monde. En 1949 encore, le Département d’Etat US déclare le Tibet et Taiwan parties intégrantes de la Chine.

Tout change quand la Chine devient socialiste avec Mao Zedong. Le même Département d’Etat US écrit alors : « Le Tibet devient stratégiquement et idéologiquement important. Puisque l’indépendance du Tibet peut servir la lutte contre le communisme, il est de notre intérêt de le reconnaître comme indépendant au lieu de le considérer comme faisant partie de la Chine. » Mais il ajoute : « La situation change si un gouvernement en exil se crée. Dans ce cas-là, il est dans notre intérêt de le soutenir sans reconnaître l’indépendance du Tibet. Reconnaître l’indépendance du Tibet, oui ou non, n’est pas la vraie question. Il s’agit de notre attitude envers la Chine »

3. « Dès que la Chine socialiste a repris la direction du Tibet, en 1951, le dalaï-lama et les seigneurs tibétains ont perdu tout leur pouvoir politique. »

La bonne réponse est FAUX ! Explication :

En 1951, un Accord sur la libération pacifique du Tibet est signé entre Pékin et le gouvernement local du Tibet. Le dalaï-lama écrit un poème à la gloire du président Mao Zedong. Et il lui télégraphie : « Le gouvernement local, les lamas et les populations laïques du Tibet soutiennent à l’unanimité l’Accord en 17 articles. » C’est dans ce cadre que l’Armée Populaire de Libération entre au Tibet.

L’accord prévoit le maintien du servage au Tibet sous l’autorité du dalaï-lama. Les monastères, le dalaï-lama et les officiels garderont leurs possessions : 70% des terres. Pékin gèrera les questions militaires et les relations internationales. Le gouvernement local tibétain, composé de lamas et de seigneurs, a négocié et accepté l’accord. Le dalaï-lama reçoit le poste de vice-président du parlement de toute la Chine, qu’il occupera sans problème.

4. « Le dalaï-lama est une sorte de pape du bouddhisme mondial. »

La bonne réponse est FAUX ! Explication :

Le dalaï-lama ne représente ni le bouddhisme zen (Japon), ni le bouddhisme d’Asie du Sud-Est, ni le bouddhisme chinois. En fait, le bouddhisme tibétain représente moins de 2% des bouddhistes du monde. Et même au Tibet, il existe quatre écoles bouddhistes séparées, le Dalaï-lama appartenant à l’une d’elles, la gelugpa (les ‘vertueux’ aux bonnets jaunes).

Lors de sa visite à Londres, en 1992, il a été accusé par la plus grande organisation bouddhiste britannique d’être un « dictateur sans pitié » et un « oppresseur de la liberté religieuse ». Ce ‘pape’ semble avoir peu de disciples religieux, mais beaucoup de suiveurs politiques…

5. « Le dalaï-lama revendique un quart du territoire de la Chine. »

La bonne réponse est VRAI ! Explication :

Bien qu’il ait récemment déclaré se contenter d’une sorte d’autonomie, dans ses livres, il réclame un ‘Grand Tibet’ : le double de celui où les dalaï-lamas exerçaient le pouvoir politique local dans le passé. Ce territoire incorporerait la province entière du Qinghai et des parties des provinces Gansu, Yunnan et Sichuan, dans lesquelles on trouve des minorités tibétaines mêlées à d’autres nationalités.

Par quelles méthodes ? En chassant les populations non tibétaines ? En pratiquant la purification ethnique ? Oui. Le dalaï-lama a déclaré textuellement au Congrès américain en 1987 : « 7,5 millions de colons doivent partir ». Il ne s’agit pas de colons, car la population de ces régions est mixte depuis des siècles. En tout cas, ce projet expansionniste réaliserait ce que toutes les puissances coloniales ont cherché à faire depuis 150 ans : démembrer la Chine.

6. « Le financement du mouvement tibétain provient de donations d’ONG caritatives et humanitaires. »

La bonne réponse est FAUX ! Explication :

Le mouvement tibétain reçoit effectivement de tels dons, mais son principal financier est le gouvernement des Etats-Unis. Entre 1959 et 1972, la CIA a versé 1,7 million de dollars au ‘gouvernement tibétain en exil’ et 180.000 dollars par an au dalaï-lama. Celui-ci a longtemps nié, mais a fini par le reconnaître.

Par la suite, et aujourd’hui encore, les versements ont été plus discrets, à travers des organisations de couverture comme le National Endowment for Democracy, le Tibet Fund, le State Department’s Bureau of Democracy… Autre sponsor important : George Soros à travers l’Albert Einstein Institution, récemment encore dirigée par l’ex-colonel Robert Helvey des services secrets US.

7. « Le soutien des Etats-Unis au dalaï-lama est motivé par des objectifs stratégiques. »

La bonne réponse est VRAI ! Explication :

Les milieux dirigeants US voient en la Chine leur principal ennemi. Partenaire économique indispensable certes, mais aussi, à terme, principal facteur de résistance à leur domination sur le monde. Or, les USA prévoient que la puissance de la Chine rattrapera la leur vers 2030. Il faut donc absolument empêcher que l’Asie crée un marché commun lié à la Chine et qui échapperait au contrôle des Etats-Unis.

Ceux-ci rêvent de faire éclater la Chine comme ils ont fait éclater l’URSS. Objectif : contrôler les richesses économiques, la main d’œuvre et le plus grand marché du monde. Pour affaiblir la Chine, la stratégie US est double. D’une part, l’encercler de bases militaires. D’autre part, encourager les séparatismes et toutes sortes d’oppositions, en commençant par des campagnes médiatiques de diabolisation. C’est pour ça qu’ils investissent d’importantes sommes d’argent sur la question du Tibet.

8. « Le dalaï-lama a défendu publiquement l’ancien dictateur fasciste du Chili Augusto Pinochet. »

La bonne réponse est VRAI ! Explication :

En 1998, Pinochet a été arrêté en Angleterre par la police britannique sur base du mandat d’arrêt international pour crimes contre l’humanité, lancé par le juge espagnol Garzón. Le dalaï-lama a vivement recommandé au gouvernement britannique de le libérer et d’empêcher qu’il soit jugé. Pinochet aussi était un employé de longue date de la CIA.

Le dalaï-lama est bel et bien un pion des Etats-Unis. En 2007, George Bush a remis au dalaï-lama la Médaille d’Or, la plus haute distinction décernée par le Congrès US. Sa Sainteté a loué Bush pour ses efforts dans le monde entier en faveur de la liberté, de la démocratie et des droits de l’homme. Elle a qualifié les États-Unis de « champions de la démocratie et de la liberté ».

9. « Reporters Sans Frontières soutient le dalaï-lama de façon désintéressée. »

La bonne réponse est FAUX ! Explication :

Reporters Sans Frontières (RSF) se présente comme défenseur de la liberté des journalistes, et de nombreux petits donateurs croient soutenir une organisation indépendante et objective. Mais le fonds d’assistance aux journalistes opprimés ne reçoit que 7 % du budget global. Le reste va à des campagnes politiques.

Derrière ces campagnes, on trouve de l’argent sale. En réalité, le patron de RSF, Robert Ménard, est un défenseur des droits de l’homme à géométrie variable. Il critique le Venezuela et Cuba en déformant les faits ? Logique : il a reçu des financements de la maffia cubaine à Miami. Il critique la Chine pour sa politique au Tibet ? Logique : il a reçu 100.000 dollars des anticommunistes de Taiwan. Par contre, il est plus que timide envers les Etats-Unis dont l’armée a tué le plus grand nombre de journalistes ces dernières années (en Irak). Logique : il est financé par la CIA à travers le NED déjà évoqué.

De même, Ménard a imposé à RSF de cesser de critiquer les médias français ? Logique : il est soutenu financièrement par les plus grands médias français et quelques grosses multinationales. En outre, les Messageries de la Presse (propriété partielle de Lagardère) distribuent gratuitement ses albums-photos. On ne crache pas dans une soupe si généreusement servie, Ménard a bien dû le reconnaître en 2001 : « Comment, par exemple, organiser un débat sur la concentration de la presse et demander ensuite à Havas ou à Hachette de sponsoriser un événement ? »

Malgré tous ces financements suspects, la majorité des grands médias continuent de relayer massivement la prose de Ménard. Par contre, l’UNESCO a cessé de le soutenir en expliquant que « RSF avait fait preuve à plusieurs reprises d’une absence d’éthique en traitant certains pays de façon très peu objective. »

10. « La Chine commet un génocide culturel au Tibet. »

La bonne réponse est FAUX ! Explication :

En réalité, le Tibet est depuis longtemps une région autonome. Depuis les années 80, la culture et la religion du Tibet se pratiquent librement, les enfants sont bilingues, des instituts de tibétologie ont été ouverts, les monastères regorgent de lamas, y compris de jeunes enfants. En rue, les fidèles font allègrement tourner leurs moulins à prière. La langue tibétaine est parlée et écrite par bien plus de gens qu’avant la révolution. Il existe une centaine de magazines littéraires au Tibet. Même la revue Foreign Office, proche du Département d’Etat US, a reconnu que 60 à 70% des fonctionnaires sont d’ethnie tibétaine et que la pratique du bilinguisme est courante.

Par ailleurs, la culture tibétaine a aussi connu de nouveaux développements dans le reste de la Chine, spécialement dans les domaines de la langue, la littérature, les études de la vie quotidienne et de l’architecture traditionnelle. La Chine a publié d’importantes collections de livres, des journaux et des magazines en langue tibétaine. De nombreuses maisons d’édition sont présentes non seulement au Tibet mais aussi à Beijing. Le ‘génocide culturel’ est un mythe de la propagande politique.

11. « Les violences du 14 mars 2008 à Lhassa sont dues au fait que la police et l’armée chinoise ont violemment réprimé une manifestation pacifique. »

La bonne réponse est FAUX ! Explication :

Tous les témoins occidentaux présents sur place, dont le journaliste James Miles (The Economist) et de nombreux touristes l’attestent : les violences ont été déclenchées par de jeunes Tibétains que des lamas encourageaient à commettre des actes destructeurs.

Il s’agissait d’actes criminels programmés à caractère raciste. Plusieurs groupes, tous armés de la même manière (cocktails Molotov, pierres, barres d’acier, et couteaux de boucher), tous opérant de la même manière, se sont répandus dans Lhassa, et ont semé la panique en attaquant les Han (Chinois) et les Hui (musulmans). Des civils ont été brûlés vifs, d’autres battus à mort ou lapidés. On a dénombré dix-neuf morts et plus de trois cent blessés. Des écoles, des hôpitaux et des hôtels ont été attaqués. De nombreux Tibétains plus âgés ont porté secours aux victimes et sauvé des vies.

Quand ces violences racistes ont été révélées, les partisans du Dalaï-lama ont prétendu que tout cela était l’œuvre de soldats chinois déguisés en moines, faisant circuler une prétendue photo-’satellite’ censée le prouver. Nous avons démontré que cette photo était un faux grossier.

La police et l’armée chinoise sont d’abord restées extrêmement passives avant d’intervenir en force pour mettre fin aux émeutes. Combien y a-t-il eu de victimes à ce moment ? Les médias occidentaux diffusent les chiffres (« des centaines ») avancés par les partisans du dalaï-lama.

Certains ‘morts’ cités par le gouvernement tibétain en exil sont aujourd’hui bien vivants au Tibet. D’autres s’appellent « Dupont, Charleroi », sans autre précision. D’autres noms avancés n’existent pas. La polémique n’est pas terminée.

Source

michelcollon.info

02/06/2018 21:17 par legrandsoir

Les impôts sous le règne des d l ? Je complète la liste donnée par Emilio, car on touchait au délire ubuesque : "sur les mariages, sur les naissances, sur les décès, sur la plantation d’un arbre devant leur masure, sur leurs animaux, sur les fêtes religieuses, sur le chant, la danse, le tambourinage, la sonnerie de cloches, sur la traversée d’un village, sur l’entrée en prison, sur la sortie de prison, sur le chômage, etc". Etonnez-vous après de l’existence de "dettes héréditaires".
Extrait de mon livre "le dalaï lama pas si zen" (Max Milo 2011).
MV

02/06/2018 21:17 par legrandsoir

Les impôts sous le règne des d l ? Je complète la liste donnée par Emilio, car on touchait au délire ubuesque : "sur les mariages, sur les naissances, sur les décès, sur la plantation d’un arbre devant leur masure, sur leurs animaux, sur les fêtes religieuses, sur le chant, la danse, le tambourinage, la sonnerie de cloches, sur la traversée d’un village, sur l’entrée en prison, sur la sortie de prison, sur le chômage, etc". Etonnez-vous après de l’existence de "dettes héréditaires".
Extrait de mon livre "le dalaï lama pas si zen" (Max Milo 2011).
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03/06/2018 02:15 par Emilio

INFORMATIONS IMPORTANTES SUR LE DALAÏ LAMA
http://transmissionsmedia.com/the-dark-side-of-dalai-lama/

The Dalai Lama’s Wikileaks Shame

Recent Wikileaks releases of US Embassy cables reveal more shameful behaviour by the Dalai Lama.

Je n’ai pas le temps pour l’instant de traduire ce document très important , en anglais , de sources de la CIA divulguées par WIKILEAKS , mais à le lire rapidement , je vous assure que ces informations sont énormes , >>> les enfants orphelins des camps de réfugiés tibétains en Inde ( camps finançés par les dons des adeptes et sympathisants mondiaux du DL ) , utilisés dès la fin de leurs études.. comme PARAMILITAIRES , dans la guerre Inde Pakistan , des centaines furent blessés ou tués , et l’accord essentiel pour ces missions secrètes avait été données par SA SAINTETÉ DL , dès 1968 .. et en 1989 DL reçoit le prix Nobel DE PAIX ! Les lois internationales interdisent le recrutement forçés d’enfants soldats …

Aussi , dans ce lien Wikileaks , la connection sur preuves , des nazis du monde avec le DL .. qui devient par l’article de blanchiement magique du journal Libération de 2008 , co-écrit par des « tibétologues « de réputation française …un simple alpiniste : Heinrich Harrer ! Même Wikipedia a une autre version , plus indigeste pour les serviteurs de Sa Sainteté DALAÏ LAMA..

Je prépare un autre commentaire sur AUM la secte japonaise au gaz sarin dans le métro de Tokyo , le gourou Shoko Asahara de la secte fanatique AUM qui fit du terrorisme au Japon avec des armes chimiques ! Le Dalaï Lama fut le seul à le protéger et soutenir ses actions radicales, jusqu’à dire de ce terroriste qu’il fut un SAINT

Note d’Emilio en robe d’Avocat du Diable .. Ce Guru avait été baptisé SAINT par le DL , certes , mais le Guru sanglant avait versé, avant son massacre , 1 million de $ en donation au DL , DES HISTOIRES DE SAINTS qui s’aiment et s’entraident .. donc !

03/06/2018 13:58 par André LACROIX

Une réponse au message de Kang Youwei du 1er juin

Ça n’a pas beaucoup de sens de comparer Tashi Tsering, un témoin de première main – dont les mémoires ont été méticuleusement vérifiés par MM. Goldstein et Siebenschuh (voir la préface des coauteurs aux pp. 5 -10 de Mon combat pour un Tibet moderne. Récit de vie de Tashi Tsering, Golias, 2010) ‒ et un polémiste provocateur comme Zemmour. Tashi Tsering est un témoin particulièrement crédible du fait qu’il a connu tant les humiliations de l’Ancien Régime que les mauvais traitements de la Révolution culturelle et qu’il parle de ce qu’il a vu et vécu sine ira et studio, comme disait Tacite. Peut-on en dire autant des souvenirs du dalaï-lama, dont l’appellation « Sa Sainteté » ne garantit en rien l’infaillibilité ? Et quel crédit accorder à Robert Ford et à Heinrich Harrer ? Relisez ce que dit de ces deux personnages mon ami Albert Ettinger, auteur de deux ouvrages remarquables (que je vous recommande) parus récemment aux éditions Zambon (Francfort-sur-le-Main) : Freies Tibet ? (2014) et Kampf um Tibet (2015). En passant, je vous recommande aussi la lecture de la longue mise au point, signée Emilio, du 02/06/2018.
Je ne déforme en rien vos propos en affirmant que vous si vous accusez Goldstein de s’être « compromis politiquement », c’est précisément en raison du fait qu’il a établi rigoureusement un certain nombre de réalités historiques, dont le fait que au début (ne déformez pas mes propos) la révolution a été pacifique. Je n’ai jamais dit et je ne dirai jamais que la gestion par Pékin de la question tibétaine a été en tout point irréprochable ni que la politique du « Grand Bond en avant » et plus tard la Révolution culturelle n’ont pas eu des conséquences dramatiques dans toute la Chine, y compris en RAT et aux alentours. Mais de là à verser dans l’accusation de colonialisme, il y a un fossé que vous auriez été mieux inspiré de ne pas franchir, étant donné le développement incontestable de la RAT et l’élévation constante du niveau de vie des Tibétains. Outre qu’il est absurde d’accuser un État de coloniser une de ses parties constituantes, qu’est-ce qui vous permet de tenir des propos méprisants sur les Corses et les Basques ? Où situez-vous le curseur entre civilisation et particularités culturelles ? Imaginez-vous un seul instant qu’un ethnologue sérieux puisse cautionner une telle dichotomie ?
Bien sûr que le Tibet est une nation : dans la liste des 55 minorités nationales reconnues par la Chine, le Tibet occupe la 8e ou la 9e place en nombre de ressortissants. Mais en quoi le fait de constituer une nation empêcherait-il l’appartenance à un État ? S’il en était ainsi, la carte politique du monde serait tout à fait différente de celle qui a cours aujourd’hui.
Que Patrick French ne se soit pas, à votre connaissance, rallié aux vues chinoises ne devrait que rendre plus crédible encore à vos yeux sa dénonciation des mensonges forgés par l’entourage du dalaï-lama à propos du nombre de victimes tibétaines.
L’accusation de fausseté portée à l’endroit de Tashi Tsering (qui n’est plus là pour vous répondre) m’a spécialement choqué. Lui qui s’est battu le dernier tiers de sa vie à implanter des écoles sur le Haut Plateau a personnellement rencontré l’’opposition et parfois même l’hostilité de ses proches, préférant garder leurs enfants à la maison pour servir aux travaux des champs ou garder les troupeaux, comme cela s’était toujours fait (op. cit., pp. 225-226) : « Les forces puissantes du conservatisme dans la société tibétaine, écrit-il, spécialement l’establishment religieux, considéraient clairement l’éducation moderne comme quelque chose qui menaçait directement la domination du bouddhisme et les structures de pouvoir de l’ancienne théocratie » (op. cit., p. 219). Votre allégation selon laquelle « si la parents refusent de scolariser leurs enfants, c’est pour éviter qu’on ne leur fasse oublier leur langue, leur culture, leur religion… » ressortit clairement à la propagande "dalaïste" ; ces propos sont indécents quand on se rappelle l’analphabétisme crasse qui prévalait sous l’Ancien Régime et que le gouvernement actuel s’efforce d’éradiquer. Et d’ailleurs, « si, comme vous le laissez entendre, la culture tibétaine à l’intérieur du Tibet était en train d’être prestement annihilée, comment se fait-il, écrit Robert Barnett, que tant de Tibétains de l’intérieur paraissent malgré tout avoir une vie culturelle plus dynamique – à preuve la centaine de revues littéraires en tibétain – que celle de leurs homologues exilés ? » (Thunder for Tibet, compte rendu du livre de Pico Iyer, The Open Road : The Global Journey of the Fourteenth Dalai Lama, Knopf, in The New York Review of Books, vol. 55, number 9, May 29, 2008). Cette question émane de Robert Barnett, qu’on peut difficilement suspecter de complaisance envers le gouvernement chinois. À lire aussi l’interview que l’historien tibétain Tsering Shakya a donnée en 2008 à la New Left Review : il y dresse un tableau détaillé de la vitalité de la culture tibétaine du Tibet (peinture, littérature, historiographie, presse, télévision, éducation). C’est d’autant plus impressionnant que Tsering Shakya fait partie de la diaspora des exilés tibétains. Il enseigne actuellement à l’Université de Colombie Britannique à Vancouver (voir http://tibetdoc.org/index.php/societe/enseignement/129-langues-et-education-au-tibet).
Anecdote personnelle qui remonte à décembre 2012 : nous nous promenions dans une rue de Lhassa à proximité du Barkhor quand ma femme a été interpellée par une jeune Tibétaine en uniforme scolaire tout heureuse de pouvoir exercer son anglais. À la question de ma femme : « Qu’apprends-tu à l’école ? », la réponse a fusé : « le tibétain, le chinois, l’anglais, et aussi les mathématiques et les sciences. » À environ deux mètres se tenait un Tibétain d’une quarantaine d’années, imposant dans son costume traditionnel, dont les yeux brillaient de fierté : c’était son père, qui n’avait sûrement pas eu la même chance que sa fille.
Bien à vous.

05/06/2018 00:38 par Kang Youwei

Messieurs,
Dans l’ordre de réponse : 1) Robert Ford (paix à son âme) a aidé à développer le Tibet durant l’intervalle heureux de l’indépendance, en conseillant le gouvernement du Dalaï-lama. Sa participation à l’assassinat du tülkou Géda est une accusation fausse qu’il faut être bien naïf pour croire... Quant à Heinrich Harrer, il a fait amende honorable.
2) Je maintiens plusieurs choses que vous ne démontez pas réellement : c’est bien l’APL qui a entraîné plusieurs disettes à Lhassa, en occupant une ville de 26.000 habitants avec 10.000 soldats, et vous ne nierez pas que la famine de 60-62 est une conséquence directe de la politique désastreuse du Grand Bond en Avant. Je maintiens également que le servage eût disparu, le Grand XIIIème n’avait-il pas dès la déclaration d’indépendance, initié une réforme agraire ("Certains fonctionnaires et propriétaires fonciers font jalousement obstruction à d’autres désireux de développer des terres vacantes, même si eux n’en font pas autant. Ceux qui manifestent pareilles intentions sont les ennemis de l’État et de notre progrès. À partir de maintenant, nul n’a le droit de faire obstacle à quiconque souhaite cultiver des terres vacantes.") et fermement combattu la corruption ainsi que le pressurage des paysans ("Lors de la perception d’impôts ou lorsqu’ils traitent avec les citoyens, les fonctionnaires civils et militaires du gouvernement tibétain doivent accomplir leurs devoirs de manière équitable et honnête, pour le bénéficie du gouvernement, sans nuire aux intérêts des sujets-citoyens.") textes issus de la Proclamation d’Indépendance. Que des lamas aient protesté, c’est une évidence, comme protesta le clergé chiite en Iran lorsque le Shah mit en place une réforme agraire qui les dépossédait de leurs terres. Mais une autre évidence est qu’il y avait de la part des plus hautes élites une réelle volonté de changement.
3) Le VIème que vous attaquez pour sa vie de débauche est depuis longtemps reconnu comme une véritable émanation d’Avalokiteshvara (mettez ce que vous voudrez sur ce concept), n’a-t-il pas prédit que sa réincarnation naîtrait au Litang dans son poëme fameux sur la Grue blanche ? Quant à la suite des événements que vous relatez fort subjectivement, ne montre-t-elle pas une ingérence intolérable des Mongols soutenus par Pékin dans les affaires intérieures du Tibet ? "notamment parce que le régent [...] flirtait avec leurs rivaux, les Dzoungars." est-il moral d’envahir un pays, de tuer son régent et de déporter son chef religieux parce qu’ils vous ont préféré vos rivaux ? Votre conception des relations internationales est, pour le coup, très américaine.
4) Thubten Kunphel a été exilé suite à des luttes politiques que tous les pays connaissent, cela n’a rien de comparable avec l’exode massif de Tibétains issus de toutes les classes depuis 1950.
5) M. Emilio, vos questions-réponses sont fort ludiques mais je crains que vous n’ayez été emporté par votre fougue, et que vous ne répétiez d’ailleurs des sujets déjà abordés. Je serai donc très concis : 1- ces tortures étaient de plus en plus rares, on n’énucléait si peu que la méthode avait été oubliée par les bourreaux de Lhassa. Et croyez-vous que les Chinois n’utilisent pas la torture dans l’abominable prison de Drapchi (cf Le Feu sous la neige de Palden Gyatso). Tortures favorites : électrocutions, bastonnades, sans parler des exécutions sommaires... Ah quel gain pour l’Humanité que l’abolition des peines corporelles en 59 ! 2- On a déjà discuté du Chö-yon et de la souveraineté tibétaine dans ces commentaires. Relisez-les ou lisez-les simplement. 3- L’Accord en 17 points fut signé sous la contrainte (voir Philippe Cornu par exemple). Et le Dalaï-lama perdit tout pouvoir, lisez son autobiographie. 4- Je ne vois absolument pas le rapport avec la situation du Tibet, le Dalaï-lama est le pape (si le terme vous plait tant) des bouddhistes tibétains, et cela lui suffit. Mais c’est un résumé si profane que je rougis de l’écrire ainsi. 5- Bien sûr que les 7,5 millions de colons doivent partir, puisque ce sont des COLONS et non des minorités ethniques. Voyez la Palestine par exemple, les Israéliens ne devraient-ils pas quitter les territoires situés au-delà de la ligne verte ? 6- Les financements sont aujourd’hui pour les réfugiés tibétains, non pour des organisations de résistance (hélas de mon point de vue). 7- Vrai ! comme vous dîtes. Et alors ? Il faut priver le Tibet de sa souveraineté parce que ça servirait les Américains ? Je le répète : c’est ce que firent les mêmes Américains au Viet-nam. 8- Pinochet est une erreur politique, je l’admets. Il y en eut de pire. 9- Ménard était un grand défenseur des droits de la presse. Et puis il s’est perdu... Ca ne met pas en cause Dharamsala et les Tibétains qui n’en n’ont rien à faire des dérives de nos hommes politiques français. 10- La culture est folklorisée au Tibet ! Lisez donc l’excellent National Geographic d’Octobre 2017.11- Bien sûr que 2008 a été déclenché par des jeunes Tibétains. Pourquoi ? Parce que cela ne va pas si bien que cela au Tibet...
6) M. lacroix, j’ai lu et répondu aux mises au point plus haut. Ma comparaison tenait au propos et non à l’homme. Je la retire si cela peut faciliter un débat compliqué du point de vue historique et géopolitique.
7) Le mot "révolution" que vous employez, à quoi se réfère-t-il ? Il n’y a jamais eu de révolution au Tibet.Simplement une invasion extérieure. Je ne suis pas plus méprisant envers les minorités que vous citez que vous lorsque vous appelez séparatistes des Résistants. La nuance est intrinsèque, peu quantifiable en étendue de territoire ou en particularités culturelles. Mais encore une fois, eussiez-vous en 1870, refusé son indépendance au Royaume d’Italie parce que ce n’était qu’un amas de provinces sans unité depuis mille cinq cents ans ?
8) Je vous recommande donc le même National Géographic d’Octobre 2017 qu’à M. EMilio. Je vous ne cite un extrait :"Opéra "tibétain" ? En tout cas officiellement. "Costumes, musique, tout a été changé depuis mon dernier passage, remarque Marie, tibétologue européenne [...] qui fréquente depuis vingt ans le Tibet central et préfère [...] s’exprimer anonymement. "Le Shoton n’est plus qu’une fête folklorique qui sert de vitrine à Pékin et lui permet d’attirer touristes et investisseurs chinois vers Lhassa".
8) L’anecdote que vous citez me conduit à re-franchir le fossé : il y a toujours eu des externalités positives à la colonisation. L’éducation "à l’européenne" permit l’émergence d’élites locales qui arrachèrent l’indépendance (Nehru, Gandhi, S.M. Bao Dai...). Je souhaite que l’éducation "à la chinoise" reçut par la petite fille que vous rencontrâtes lui permette de se rendre compte que tout ne va pas si bien au Tibet, et de se battre pour son indépendance.
Sur cette note d’espoir, je conclus ce (trop) long commentaire.
Bien à vous et bonne nuit.

05/06/2018 09:05 par Assimbonanga

A propos des religions, des clergés, des théocraties, l’actualité tourne en ce moment les projecteurs sur les agissements de l’Eglise en Irlande avec , enfin, l’autorisation de l’avortement jusque-là condamné par l’Eglise. Et là, on peut se rendre compte que c’est pire que le goulag. Les filles-mères incarcérées, des trafics de nouveaux-nés pour l’adoption, des mauvais traitements institutionnels dans des orphelinats, beaucoup de décès par mauvais traitements ou malnutrition, l’horreur totale et tout cela avec des bonnes sœurs pour exécutantes. Hors, on peut faire un parallèle avec l’Espagne franquiste qui volait leurs bébés aux mères républicaines et les donnaient en adoption à des familles dans la ligne franquiste. Et dans combien de pays cela s’est-il produit ! Le rôle des religions et leur pouvoir sur la condition féminine est incommensurable. Un asservissement, un assujettissement, une main-mise sur les corps des femmes, quelques soient ces religions.

05/06/2018 13:35 par Emilio

https://fr.wikipedia.org/wiki/Famille_Mohn
" La fortune de la famille Mohn est évaluée à 3,5 milliards de dollars "

07/06/2018 17:27 par André LACROIX

Une réponse au message de Kang Youwei du 3 juin

Laissant à Albert Ettinger et à Emilio le soin de répondre éventuellement à vos commentaires 1-5, je me bornerai à réagir aux points 6, 7 et 8.
Point 6) Je prends acte du fait que vous retirez, sans la retirer, l’accusation de fausseté portée à l’endroit de Tashi Tsering. Il faudra que vous expliquiez en quoi, s’agissant d’un témoignage, on peut condamner les propos sans viser son auteur. C’est comme si un président de tribunal disait à un témoin : « Monsieur, votre témoignage est un mensonge, mais je respecte le menteur » : cette astuce oratoire ne tient pas la route.
Point 7) Révolution et/ou invasion ? Ici encore, je me référerai au jugement de Tashi Tsering qui, au cours de ses années d’études à l’Université de Washington à Seattle dans les années 1961-1963, a pris peu à peu conscience de la portée des événements du Tibet dont il avait été au début le témoin avant d’en être l’analyste : « C’est pendant cette période, je pense, que j’ai commencé à me penser moi-même comme un nouveau Tibétain, un Tibétain ‘moderne’. Je n’étais plus aveuglé par une idéologie religieuse qui se servait elle-même et qui avait parfaitement réussi à masquer la domination totale d’une petite élite de moines et d’aristocrates sur la masse des paysans pauvres, et à empêcher toute tentative de réforme. J’estimais que le temps était venu pour un type de révolution [c’est moi qui souligne], au Tibet aussi [c-à-d. comme en Europe], même si je ne souhaitais aucune espèce de violence ou de bain de sang, comme j’avais pu en voir dans mes lectures. Je pouvais toutefois difficilement imaginer comment il serait possible, par d’autres voies, d’accomplir de tels changements au sein de notre vieille société. De plus, c’étaient les Chinois qui étaient maintenant aux commandes et installaient au Tibet leurs propres structures gouvernementales. Malgré mes craintes toujours bien réelles quant à la présence des Chinois et à leurs visées politiques à long terme, je commençais à penser que l’expérience vécue par le Tibet pendant les dix dernières années pouvait apporter réellement la réponse, en ce sens que l’invasion de notre pays par les Chinois avait peut-être réalisé quelque chose que nous n’aurions pas été capables de faire par nous-mêmes. Ces événements avaient amené une révolution [c’est moi qui souligne] pour notre bien. Ils avaient balayé la vieille garde et ses institutions exploiteuses, et rendu possible, pour la première fois dans l’histoire du Tibet, la participation au pouvoir de gens ordinaires. Au fur et à mesure que les trimestres passaient à l’Université de Washington, mon esprit se remplissait d’une foule d’idées semblables » (Mon combat pour un Tibet moderne, p. 94).
Séparatistes ou résistants ? Pour vous en tout cas, la réponse est claire, puisque vous souhaitez in fine que la lycéenne tibétaine en arrive à « se battre pour son indépendance ». Vous me paraissez ainsi faire peu de cas de la revendication maintes fois répétée par le dalaï-lama de 3e voie ou « Middle Way Approach » ‒ une autonomie poussée dans le cadre de la RPC : estimeriez-vous donc, comme nombre d’observateurs, que derrière cette proclamation officielle urbi et orbi se cache en réalité une volonté séparatiste ? Comme le note finement Donald S. Lopez, lequel est par ailleurs favorable à la thèse indépendantiste, « il arrive au Dalaï-Lama lui-même de brouiller les cartes, en particulier dans des déclarations destinées à l’Occident, en passant d’un appel à l’indépendance du Tibet à un appel à la préservation de la culture tibétaine » (Fascination tibétaine, Du bouddhisme, de l’Occident et de quelques mythes, éd. Autrement, 2003, p. 226). À lire aussi sur la question, le chapitre VII (Indépendance ou autonomie) du petit livre de Maxime Vivas, Pas si zen. La face cachée du dalaï-lama : c’est vraiment savoureux.
Point 8) Culture ou folklore ?
C’est devenu une idée à la mode de prétendre que la culture au Tibet ne serait plus que du folklore : « Costume, musique, tout a été changé depuis mon dernier passage » : eh ! oui, Mme-Marie-préférant-s’exprimer-anonymement, la scénographie de l’opéra et du théâtre évolue au Tibet comme en Occident, n’en déplaise aux nostalgiques du vieux Tibet comme de Sarah Bernhardt… Je vous conseille d’aller faire un tour sur le site tibetdoc.org où, dans la rubrique « Culture », vous trouverez une trentaine d’articles de longueur variée démontrant, à travers différents modes d’expression, la vitalité de la culture tibétaine au Tibet. Je vous recommande particulièrement, à propos du théâtre traditionnel Ache Lhamo, l’article d’Élisabeth Martens : http://tibetdoc.org/index.php/culture/langue-litterature/369-le-theatre-ache-lhamo-est-il-moribond-en-rat.
À l’appui de vos accusations, vous citez « l’excellent National Geographic d’Octobre 2017 ». Je présume qu’il doit plutôt s’agir du n° 464 du magazine GEO d’octobre 2017 – dont le moins qu’on puisse dire est qu’il n’est pas excellent, tant il regorge d’approximations et de contre-vérités consternantes ; j’en ai fait une critique assez exhaustive en cinq volets que vous pourrez aisément consulter sur le site tibetdoc.org, rubrique « Politique », sous-rubrique « Médiatisation ».
J’étais à Lhassa pendant le festival du Shoton en août 2009 ; j’ai été frappé par le caractère populaire et authentique des festivités dans le parc du Norbulingka : des familles entières y venaient pique-niquer, en costume traditionnel ou en jeans, des groupes musicaux et de danse se produisaient ici ou là dans une atmosphère joyeuse, avec un encadrement policier cent fois moins important que pour les matches de foot chez nous…
Petit retour au point 5 : à l’appui de la thèse voulant que l’Accord en 17 points ait été signé sous la contrainte, vous citez Philippe Cornu. Je ne mets pas en cause sa compétence en matière de textes sacrés, mais pas en matière d’histoire où il est largement distancé par des chercheurs comme Goldstein. J’ai d’ailleurs pu constater que, sans doute du fait de ses options religieuses personnelles et de sa position à la tête de l’Institut d’études bouddhiques, Philippe Cornu a tendance à confondre exégèse et apologétique : il s’est ainsi permis, à propos du livre de Marion Dapsance Les dévots du bouddhisme, des commentaires frisant l’injure : je les ai dénoncés (voir http://tibetdoc.org/index.php/religion/bouddhisme-tibetain-dans-le-monde/368-quand-la-foi-devient-mauvaise-foi-meme-dans-le-bouddhisme) sans provoquer la moindre réaction de sa part..
Bien à vous.

07/06/2018 20:33 par Emilio

J’avais répondu à Kang Youwei , il y a quelques jours , en citant l’excellente réponse déjà faite par André Lacroix , à propos de cet article très " léger" de Géo ( et non pas National Geographic) .
.MAIS le comité directeur de LGS a refusé mon commentaire .. Allez savoir pourquoi ? Peut-être mes documentations fournies en rapport avec les nazis qui ont toujours gravité autour de ce Dalaï Lama ? Il en reste un fragment de Molh , mais là personne ne va comprendre le lien .. !

08/06/2018 15:32 par Albert Ettinger

Kang Youwei,
Des affirmations gratuites, voilà tout ce que peux trouver dans vos réponses. Vous ne vous donnez jamais la peine de les étayer par des sources un tant soit peu sérieuses ou, a fortiori, par d’éventuels aveux de vos adversaires. On doit vous croire sur parole. Et vous recommencez de plus belle…
1) … en affirmant que « Robert Ford (paix à son âme) a aidé à développer le Tibet ».
- « Développement » ? Donc, selon vous, le 13e dalaï-lama et les deux régents qui lui succédèrent avaient « développé le Tibet » ? Étonnant, dans ce cas, que cela n’a guère été remarqué, même pas par le partisan éminent du « Tibet libre » qu’est Laurent Deshayes (l’auteur de la seule histoire du Tibet en langue française). Celui-ci est pourtant assez clair en dressant le bilan du règne du « Grand Treizième » : « Enraciné dans ses croyances, le vieux Tibet a résisté. L’industrie est inexistante dans ce pays pourtant riche en ressources minières. […] le Tibet importe des Indes britanniques le cuivre nécessaire à la frappe de sa monnaie […] Les techniques agricoles sont archaïques : les paysans retournent toujours la terre avec un pieu de bois et l’irrigation reste déficiente. […] La roue, pourtant bien connue, n’est pas utilisée, si bien que le transport des marchandises se fait autant à dos d’homme qu’à dos d’animal. » (p. 296) La situation empira même sous les deux régents après 1933 (date de la mort du 13e dalaï-lama), avec une corruption encore plus prononcée, des luttes de pouvoir acharnées, des assassinats politiques et une guerre civile en règle.
Rolf A. Stein lui aussi constate (dans le livre de référence qu’est La Civilisation tibétaine), en parlant de la première moitié du 20e siècle : « Imperturbablement attaché à ses structures médiévales dans un monde moderne, le gouvernement tibétain ne fit aucun effort pour s’adapter. » (éd. Dunod, 1962, p. 66)
2) ..en appelant la période sous le 13e dalaï-lama « l’intervalle heureux de l’indépendance ». En fait, le Tibet n’était alors ni indépendant ni heureux.
- A. David-Néel, une bouddhiste et amie du Tibet, appela en 1920 à juste titre l’ « indépendance » du Tibet préconisée par certains responsables britanniques un « euphémisme diplomatique signifiant que ce pays deviendra une prolongation de l’Inde, sous le contrôle de l’Angleterre. » (Grand Tibet et vaste Chine, Librairie Plon, 1994, p. 1116)
- Vous n’avez sans doute pas pensé à la sous-nutrition, aux épidémies de variole, à la lèpre, aux maladies vénériennes généralisées et à la mortalité infantile incroyablement élevée (des estimations sérieuses vont jusqu’à 75%) qui faisaient que l’espérance de vie moyenne au Tibet n’atteignait - en plein milieu du XXe siècle et selon les estimations de l’un de vos auteurs préférés - qu’« environ trente ans » ? (Heinrich Harrer, Sieben Jahre in Tibet, éd. Ullstein, 2009, p. 252) Et vous n’avez pas évoqué le problème de l’endettement. Car « les familles paysannes étaient fréquemment endettées depuis longtemps et à perpétuité auprès des monastères ou des Gyalpos », et les « corvées et les impôts » causaient parfois « détresse et désespoir. » ( P.-A. Donnet, Tibet mort ou vif, 1990, p. 82)
3) À propos de Robert Ford, vous affirmez qu’il a « conseillé » le gouvernement de Lhassa. Je ne conteste pas cela. Mais en quoi ? Vous parlez vaguement de développement. En fait, la seule chose qu’aient développé le 13e dalaï-lama et ses successeurs, c’est l’armée, avec l’aide des Britanniques et, dans une moindre mesure, des Japonais. Le dalaï-lama fit cela pour assurer son pouvoir personnel (même Charles Bell voit en lui un « dictateur absolu ») et pour pouvoir mieux guerroyer contre la Chine. C’est dans ce cadre que des spécialistes britanniques comme Reginald Fox et son successeur Robert Ford « aidaient » le « gouvernement tibétain » (tout en servant l’Empire britannique, bien entendu). D’ailleurs, en juin 1947, Fox assista l’armée du régent Tadrak lors du bombardement du monastère de Sera, participant ainsi au massacre de plusieurs centaines de moines rebelles. Ford aurait-il été plus scrupuleux que son prédécesseur ? Quand vous niez sa participation « à l’assassinat du tülkou Géda », sur quoi vous basez-vous sinon sur votre propre crédulité ?
- Ford n’éprouva en tout cas aucun scrupule quand, sur invitation du 14e dalaï-lama, il accepta de se joindre aux nazis Bruno Beger et Heinrich Harrer pour témoigner de « l’indépendance du Tibet » avant 1950. Ce fut à Londres, le 13 septembre 1994, lors d’un déjeuner offert par « Sa Sainteté ». Vous affirmez que le SS Harrer, l’ami de toujours du dalaï-lama, « a fait amende honorable ». Ah bon ? Quand est-ce qu’il l’a fait, où, comment, et en quels mots ? Je crains fort qu’il ne s’agisse encore une fois d’une affirmation gratuite et dans ce cas du moins, d’un mensonge délibéré. Vous savez pertinemment que, du point de vue de la logique formelle, on ne peut prouver l’inexistence de quoi que ce soit - de dieux, d’archanges, de démons, du yeti, de la licorne, de la manticore… ou d’une demande de pardon de la part d’un nazi invétéré. Mais on peut prouver que quelque chose existe ou a existé, et je vous mets au défi de nous citer les paroles de Harrer qui prouvent ce que vous affirmez ! Et pendant que vous y êtes, je vous prierais de faire de même pour la personne de cet autre ami du dalaï-lama et des anciennes élites tibétaines que fut Bruno Beger, un « Rassenkundler » (spécialiste des races humaines) des SS. Il s’agit d’un criminel de guerre condamné pour avoir été impliqué, au camp d’Auschwitz, dans la sélection des victimes juives tuées ultérieurement à Natzweiler-Struthof afin que leurs squelettes fassent partie du cabinet d’horreur de son collègue Strasbourgeois August Hirt.
4) Vous affirmez que « c’est bien l’APL qui a entraîné plusieurs disettes à Lhassa ». C’est faux. Mais pour le savoir, il ne suffit pas de lire et de croire la propagande de Dharamsala. En fait, la disette qu’il y eut fin 1951/ 1952 à Lhassa touchait précisément les soldats de l’APL et obligeait le commandement de réduire de moitié la ration quotidienne des soldats. Le gouvernement chinois avait pourtant prévu toute une série de mesures pour assurer l’approvisionnement de ses troupes. Sur le long terme, les nouvelles routes, immédiatement mises en chantier, ainsi que la production vivrière que l’APL commença d’emblée, devaient servir à assurer le ravitaillement. Dans l’immédiat, l’achat d’une partie des provisions de céréales tibétaines était prévu, en application du no. 16 de l’Accord en 17 points. Goldstein prouve que la pénurie aiguë de céréales qui survint néanmoins à Lhassa était « de toute évidence » provoquée « artificiellement », puisque les réserves de céréales tibétaines stockées dans les entrepôts du gouvernement tibétain, des monastères et des grands propriétaires terriens étaient largement suffisantes pour répondre aux besoins. Ce sont les milieux réactionnaires au pouvoir à Lhassa qui, en empêchant la vente de ces céréales à l’APL, voulaient tirer profit politiquement de la pénurie. (Cf. Goldstein, The Calm before the Storm, pp. 249- 252)
5) Quand vous dites à propos du VIe dalaï-lama noceur qu’il « est depuis longtemps reconnu comme une véritable émanation d’Avalokiteshvara », je pense que vous devez plaisanter. Allez-vous nous raconter encore qu’Alexandre VI, le pape des Borgia, fut une émanation du Saint Esprit ? - Votre sens de l’humour est tout aussi prononcé quand vous parlez de « l’ingérence intolérable des Mongols soutenus par Pékin dans les affaires intérieures du Tibet ». Auriez-vous oublié que le titre même de dalaï-lama est une invention mongole et qu’il fut, au 16e siècle, pour la première fois conféré à Sönam Gyatso, un abbé du monastère de Drepung, par le chef mongol Althan Khan ? Son successeur (connu comme le 4e dalaï-lama) appartenait d’ailleurs à la famille de ce khan mongol. « L’ingérence intolérable » des mongols que vous évoquez était en fait exactement ce que désiraient les lamas des différentes sectes afin de pouvoir triompher de leurs rivaux et afin de gagner ou de sauvegarder privilèges et prébendes.
Bien à vous

11/06/2018 00:38 par Kang Youwei

M. Lacroix,
6 - Je retire ma comparaison avec M. Zemmour et rien d’autre, simplement parce qu’il me semble que d’inutiles parenthèses alourdiraient ce débat.
7 - Révolution Quoi qu’il en soit, le terme de révolution que vous employez sous-entend à tort qu’un soulèvement interne tibétain aurait accompagné l’entrée des troupes de l’APL au Tibet, ce qui est faux, quel que soit le changement d’état d’esprit de Tashi Tsering qui ne concerne que lui. Séparatistes ou résistants ? Je me procurerai cet ouvrage, mais soyez assuré d’une chose : je suis persuadé que seule l’indépendance réelle rétablira vraiment la justice au Tibet. Cela ne m’empêche pas de soutenir l’offre généreuse et sincère du Dalaï-lama que les Chinois ont toujours écartée.
8 - Vous avez dit en jeans ? Ce n’est pas pour me convaincre... Toujours est-il que la tibétologue en question parlait bien entendu d’oubli des traditions et non d’évolution de celle-ci. GEO bien sûr ; excusez cette erreur, il était tard. J’ai consulté vos articles sur tibetdoc.org (Dieu m’est témoin je n’y ai pas mes habitudes) et je n’y ai pas trouvé grand’chose, sinon que la persistance de l’impression des textes sacrés bouddhiques à Dergué Parkhang vous semble être la preuve absolue de la survivance de la culture tibétaine. L’encadrement policier est très important, et vous n’ignorez pas que les forces de l’ordre sont désormais équipées d’extincteurs en cas d’immolation de Tibétain.

M. Ettinger,
1 (et la deuxième partie du 2 qui est liée au 1) - Oui-da, je maintiens développement ! Je vous ai déjà cité deux extraits de la proclamation d’indépendance qui prouvent bien le changement impulsé par le Grand Treizième. La description que vous faites de l’économie, de la politique, de l’industrie et de l’agriculture tibétaine eût pu être plus courte, vous prêchez un convaincu. Certes, le Tibet était terriblement sous-développé et certaines élites protestaient contre les réformes - je répète ma comparaison avec la Révolution Blanche du Shah - mais les difficultés de développement ne justifient pas une invasion ! sinon combien de pays du tiers-monde aurions-nous à envahir ? Une modernisation était initiée, elle se heurtait à des obstacles mais celui qui eût pu la mener à bien mieux que quiconque, le XIVème Dalaï-lama, en a été empêché par l’invasion de 1950.
2 - Le Tibet s’est néanmoins peu à peu affranchi de l’Angleterre - l’Angleterre, combien d’ambans ? pour paraphraser l’un de vos héros - totalement après 1947.
3 - Je ne nie pas que l’aide de Robert Ford fut en partie militaire (mais également dans le domaine des communications). Et alors ? un pays indépendant doit pouvoir se défendre. Le dalaï-lama fit cela pour assurer son pouvoir personnel (même Charles Bell voit en lui un « dictateur absolu ») et pour pouvoir mieux guerroyer contre la Chine Non point guerroyer, mais se défendre des bandes qui proliférèrent à la suite de la Révolution chinoise (lors des conflits de la guerre sino-tibétaine de 1930 et de l’incident Tibet-Qinghai de 1931 notamment). Par ailleurs, quelles sont vos preuves de sa participation à l’assassinat du tülkou Géda ? Heinrich Harrer a fait amende honorable dans les pages de son livre, relisez-le. De toute manière, le Dalaï-lama ne s’est pas acoquiné avec des Nazis mais avec des Européens, que savait-on de la folie de Hitler dans l’Himalaya ?
4 - Si c’est bien l’APL qui a causé ces disettes, et ces rations réduites étaient toujours prises sur les réserves des habitants de Lhassa. Si l’APL construisit des routes, ce fut pour pouvoir intervenir plus rapidement au Tibet, et si elle mit ses soldats aux travaux des champs, c’est parce que les paysans préférèrent fuir plutôt que de mettre en place la collectivisation des terres.
5 - Je vous remercie de louer mon sens de l’humour. Mais en fait, comparer Tsangyang Gyatso à Alexandre Borgia revient à faire un rapprochement biaisé - Le VIème Dalaï-lama était un jeune fils de paysan élevé dans la doctrine Nyingmapa qui a une opinion particulière sur les relations physiques, Borgia était un riche noble débauché. Quant aux Mongols, je n’ai jamais nié leur rôle dans la vie politique tibétaine. Mais dans cette crise précise, le khan Lhazang piloté par Pékin s’est comporté ni plus ni moins en envahisseur.

11/06/2018 22:52 par Albert Ettinger

Anton Goubier alias Kang Youwei alias… ?
Vous dites que vous nous avez « déjà cité deux extraits de la proclamation d’indépendance qui prouvent bien le changement impulsé par le Grand Treizième. »
N’auriez-vous jamais entendu parler de la différence entre les paroles et les actes, entre des proclamations et des mesures effectives, entre des promesses et des changements réels ? Vous poussez la crédulité qu’on vous connait déjà (vous croyez le dalaï-lama sur parole, n’est-ce pas) jusqu’à ne pas faire ces distinctions pourtant élémentaires. Mais surtout : les passages que vous citez ne parlent aucunement de ce que vous voulez y voir. Car il n’y est nulle part question d’une « réforme agraire ».
Concrètement, est-ce que vous oseriez affirmer que sous le 13e dalaï-lama (et sous ses successeurs, les deux régents et le jeune 14e), le servage et le système des corvées aient été abolis ? Laurent Deshayes, pourtant un fervent partisan du dalaï-lama, est explicite à ce sujet : « Ce système féodal reposant sur le servage, le service des nobles à l’État et les corvées se maintiendra sans grand changement jusqu’au milieu du XXe siècle ». ( Histoire du Tibet, Librairie Arthème Fayard, 1997, p. 38) Mais vous préférez lire le nazi Heinrich Harrer ? Alors, il faudrait au moins le lire avec un minimum d’attention (même dans la version française tronquée) ! Resté au Tibet jusqu’au début des années 1950, Harrer raconte avoir visité des domaines « tellement vastes qu’il faut souvent chevaucher pendant deux jours avant d’atteindre leurs limites », des domaines cultivés par « des serfs » et sur lesquels les « intendants » font « figure de potentats ». Une lecture attentive de Harrer pourrait aussi illuminer des gens comme vous au sujet du système politique de l’ancien Tibet. Par exemple, quand il écrit que la classe dirigeante qui domine le pays, lamas compris, compte « deux cents familles qui constituent l’aristocratie tibétaine », et que cette aristocratie « veille jalousement à conserver son ‘sang bleu’ » : « ses membres se marient toujours entre eux ». (Sieben Jahre in Tibet, p. 252 et Sept ans d’aventures…, p. 170) À propos du haut clergé, il soutient que la « domination qu’exercent les moines au Tibet est absolue ; c’est l’exemple type de la dictature cléricale. Ils tiennent le pays à l’écart de toute influence extérieure qui risquerait de saper la leur propre. »
- « Les difficultés de développement ne justifient pas une invasion », dites-vous. En effet, mais l’argument est caduc puisqu’il n’y a pas eu d’invasion. D’abord, parce que l’APL chinoise a été déployée au Tibet suivant les termes de l’Accord en 17 Points signé et ratifié par le dalaï-lama et les autorités de Lhassa. Secundo, parce que le Tibet n’était pas un pays indépendant, son « indépendance n’ayant été reconnue par aucun pays au monde et par aucune organisation internationale (Société des Nations, ONU), même pas par la Grande-Bretagne, les États –Unis ou l’Inde. Tertio, il y a eu beaucoup d’invasions au 20e siècle, mais aucune à propos de laquelle on aurait pu écrire ce que constata A. David-Néel, l’amie du Tibet, en parlant de l’entrée des troupes de l’APL : « Pas un coup de feu n’a été tiré contre eux pendant leur marche à travers les campagnes et les bourgades tibétaines et, souvent, ils ont été accueillis avec joie. Les étrangers qui s’apitoyaient sur le sort des populations victimes d’une odieuse agression étaient bien mal informés. » (Le vieux Tibet face à la Chine nouvelle, dans Grand Tibet et vaste Chine, p. 1036)
- En écrivant à propos de l’APL que « si elle mit ses soldats aux travaux des champs, c’est parce que les paysans préférèrent fuir plutôt que de mettre en place la collectivisation des terres », vous prouvez qu’en fait, vous ignorez tout de l’histoire récente du Tibet et de la Chine en général. C’est de la pénurie aiguë de céréales à Lhassa en 1951/1952 qu’on a discuté. Pas question en ces temps-là d’une « collectivisation des terres ». Votre argument est un anachronisme grossier et parfaitement ridicule qui montre bien que vous écrivez n’importe quoi.
- « Heinrich Harrer a fait amende honorable dans les pages de son livre, relisez-le », vous obstinéz-vous. Vous ne croyez tout de même pas pouvoir vous en tirer aussi facilement ! Je vous ai demandé de nous indiquer les propos exacts auxquels vous vous référez, et vous me répondez comme ça ?
Si vous aviez vraiment lu Sept ans d’aventures au Tibet, même dans l’édition française qui est en quelque sorte une édition ad usum Delphini, vous auriez dû tomber sur des passages révélateurs. Vous auriez dû remarquer l’étrange historique du début de la Seconde guerre mondiale qui précède le récit de l’internement d’Harrer par les Anglais et qui ne contient mot sur l’invasion de la Pologne. (Sans doute un autre détail de l’histoire, comme dirait Jean-Marie.) Ou le passage où Harrer décrit les « Katsaras », une population « fortement mêlée » et métissée et en conséquence bien moins sympa que le « Tibétain de pure race  ». (Sept ans d’aventures…, p. 61)
- « De toute manière, le Dalaï-lama ne s’est pas acoquiné avec des Nazis mais avec des Européens », croyez-vous, et vous posez la question rhétorique : « que savait-on de la folie de Hitler dans l’Himalaya ? »
Eh bien, les milieux dirigeants de Lhassa savaient très bien distinguer « Européens » et Allemands. En témoigne encore votre source favorite qui mentionne l’« admiration » d’’un général de l’« armée tibétaine » pour Rommel, le maréchal préféré d’Hitler. Ce « frère du ministre du Cabinet Surkhang » voulait « tout » savoir du héros de la Wehrmacht et raconta « plein d’enthousiasme » comment il avait « suivi toutes les nouvelles qu’il pouvait trouver sur lui [Rommel] dans les journaux [en provenance d’Inde]. » (Harrer, Sieben Jahre..., p. 170 -171 ; Sept ans d’aventures au Tibet escamote ce passage de l’original, cf. p. 113). Et enfin, le 14e dalaï-lama en personne, sorti à maintes reprises de « l’Himalaya » depuis 1945, expliqua sa longue amitié avec Harrer dans une interview de 1998 (dans l’édition allemande du magazine Playboy, no. 3/1998) comme ceci : « Je savais bien sûr que Harrer était d’origine allemande (sic !) - et cela à une époque où les Allemands, à cause de la Seconde Guerre mondiale, étaient les boucs émissaires du monde entier. Mais nous autres Tibétains, nous avons depuis toujours pris parti pour les opprimés (sic !), et nous étions d’avis qu’à la fin des années 1940, les Allemands avaient été suffisamment humiliés (sic !) par les Alliés. »
Bien à vous

12/06/2018 14:58 par André LACROIX

Une réponse au message du 11 juin d’Anton Goubier, alias Kang Youwei, alias… ?
Vous m’annoncez votre intention de vous procurer Mon combat pour un Tibet moderne, mais cet ouvrage est épuisé malgré deux réimpressions. Heureusement, j’en ai encore une dizaine d’exemplaires chez moi. Je suis tout prêt à vous en envoyer un exemplaire gracieusement, mais pour ce faire, j’aurais besoin de votre nom (le vrai) et de votre adresse postale.
En effet, vu mon manque de foi dans les sciences occultes, j’ai peine à croire que vous soyez une réincarnation de Kang Youwei, le politologue chinois décédé en 1927. Et, vu mon expérience de la critique historique, j’ai aussi peine à croire que la plume aiguisée dont ont été gratifiés les lecteurs du « Grand Soir » ait été tenue par Anton Goubier, un adolescent, certes passablement doué, fréquentant le Collège Joffre à Montpellier. Le seul lien que je peux voir entre ces deux personnages dont vous empruntez l’identité, c’est un penchant pour le système monarchique, Kang Youwei ayant revendiqué en vain pour la Chine une sorte de monarchie constitutionnelle et Anton Goubier, ayant pris la parole, à l’âge de 15 ans, au cours d’une « cérémonie à la fois monarchique et républicaine  » (!) (voir https://www.sudouest.fr, 18/08/2016).
Bien à vous.

15/06/2018 12:43 par Kang Youwei

M. Ettinger,
Les mots réformes agraires ne sont peut-être pas écrits mais comment appelleriez-vous alors la déclaration suivante : "Certains fonctionnaires et propriétaires fonciers font jalousement obstruction à d’autres désireux de développer des terres vacantes, même si eux n’en font pas autant. Ceux qui manifestent pareilles intentions sont les ennemis de l’État et de notre progrès." ? Un rééquilibrage des terres au profit des paysans ? Quelle que soit l’appellation qui vous conviendra, vous ne pouvez pas nier qu’il s’agit d’un progrès visant à développer l’agriculture, progrès effectif mais long à mettre en place. Oui, je crois le Dalaï-lama, je n’ai rien d’autre à ajouter sur ce chapitre.
- Je n’ose prétendre rien du tout. Répondez simplement à ma question M. Ettinger : en dépit de la lenteur de la mise en place des réformes, en dépit des résistances du clergé et de l’aristocratie, n’y avait-il pas alors une volonté de changements ?
l’APL chinoise a été déployée au Tibet suivant les termes de l’Accord en 17 Points signé et ratifié par le dalaï-lama et les autorités de Lhassa Vous nous contez-là une contre-vérité, puisque c’est après l’entrée des troupes de l’APL au Tibet et la défaite tibétaine à Chamdo (pour mémoire, 8.000 Tibétains contre 40.000 Chinois) le 19 Octobre 1950 que l’Accord en 17 points fut conclu un an et demi plus tard ! Il y a donc bien eu une invasion antérieure à cet accord.
- L’indépendance n’a pas été reconnue, certes, mais je vous renvoie à la convention de Montevideo de 1933 qui n’invalide une déclaration d’indépendance pour cause d’unilatéralité.
- Expliquez-moi alors pourquoi les soldats d’une force d’invasion ont troqué leurs fusils pour des bêches ?
Tibétain de pure race Tout ce que vous relevez sur Heinrich Harrer devrait finir par vous rendre crédible ses autres témoignages, ce que vous ne relevez pas.
- L’admiration d’un général tibétain pour Rommel n’engage absolument pas tout le gouvernement - que dire alors du Royaume-Uni dont l’éphémère roi Edouard VIII eut des sympathies nazies ? - , en outre, dans un pays dominé par l’Angleterre, cette force émergente en Europe pouvait représenter un contre-poids face aux Britanniques - il se passa la même chose en Iran lorsque Reza Shâh Pahlavi se rapprocha des Nazis pour défaire son pays de l’influence britannique.

M. Lacroix,
Je vous remercie de votre proposition, que je dois décliner malgré tout.
Kang Youwei fut avant tout un immense réformateur dont vous devriez apprécier l’oeuvre hélas interrompue par les forces réactionnaires de l’impératrice douairière Cixi.

Bien à vous.

16/06/2018 23:19 par Albert Ettinger

(Ultime) réponse à ce M. Kang Youwei qui n’aime pas croiser la plume à visage découvert

- Je ne sais pas s’il faut mettre vos réponses sur le compte de votre mauvaise foi ou sur celui d’une sorte de dyslexie intellectuelle qui vous rend incapable de comprendre des textes écrits :
Quand, dans la phrase que vous citez, le 13e dalaï-lama parle de « fonctionnaires et propriétaires fonciers » qui font « obstruction à d’autres », ces autres, en toute logique, ne peuvent être que d’autres « fonctionnaires et propriétaires fonciers ». Il est donc question d’aristocrates « faisant obstruction » à d’autres aristocrates. Au sujet de quoi ? Au sujet de la mise en culture de « terres vacantes ». (Toutes les terres au Tibet appartenaient, jusqu’en 1959, soit à « l’État », c’est-à-dire au lama-roi qui les donnait en tant que fief à ses favoris, soit aux familles de la haute aristocratie tibétaine.) La phrase n’a donc strictement rien à voir avec une quelconque réforme agraire du type « la terre à ceux qui la cultivent » ou avec l’abolition du servage et du système des corvées. Un « développement de l’agriculture » (qui ne s’est pas produit, cf. le bilan de Deshayes) n’aurait sous ces conditions, sur la base du système féodal, que renforcé l’exploitation et la misère des serfs.

- Une « volonté de changement » ? Le « changement » en soi ne veut rien dire, et on sait bien comment les promesses de « changement » et de « réforme » peuvent désigner aussi bien une amélioration des conditions de vie des travailleurs que son exact contraire…

- « Invasion du Tibet » par l’APL ? Face au refus obstiné de toute négociation de la part du gouvernement de Lhassa (c’est dans ce cadre qu’un émissaire chinois, le tulkou Géda fut assassiné), l’APL franchit la ligne de frontière provisoire près de Chamdo (qui n’était pas une frontière internationalement reconnue, pas plus que le Tibet n’était reconnu comme État). La « bataille de Chamdo » fut une démonstration de force destinée à convaincre Lhassa d’accepter enfin de négocier. Les soldats tibétains faits prisonniers furent bien traités et vite relâchés, et l’APL ne poursuivit pas son avance. « La route de Lhassa fut grande ouverte pour les Chinois », écrit Goldstein, et ils « auraient facilement pu prendre Giamda ». Mais « ils ne choisirent pas cette option. Depuis le début, ils avaient voulu libérer le Tibet ‘pacifiquement’. » (The Demise of the Lamaist State, p. 696) - D’ailleurs, en m’accusant de « conter une contre-vérité », c’est en fait Alexandra David-Néel que j’ai citée à propos de l’accueil « avec joie » de l’APL que vous désavouez.

- Pourquoi les soldats de l’APL ont-ils « troqué leurs fusils pour des bêches » ? Mais parce qu’ils avaient l’habitude de le faire : une armée de libération ne vit pas sur le dos du peuple (renseignez-vous un peu sur l’APL et la Révolution chinoise !), et parce qu’ils avaient le strict ordre de ne pas s’approvisionner auprès de la population tibétaine, même en achetant des denrées (lisez donc ce qu’en rapporte Goldstein).

- Quels sont les « témoignages » de Harrer que vous trouvez crédibles ? Harrer a quitté le Tibet en 1950. Ce qu’il écrit donc au sujet des événements ultérieurs, ce ne sont plus des témoignages, mais plutôt des racontars où il laisse libre cours à ses fantasmes anticommunistes. Je vous rappelle que les nazis étaient les anticommunistes les plus invétérés de tous et que c’est pour cette raison que les Américains les recrutèrent en grand nombre après 1945.

- Vu votre admiration pour ce boucher de Reza Shâh Pahlavi, je ne m’étonne plus de votre indulgence à l’égard de ceux qui, pendant la IIe Guerre mondiale, pactisaient avec l’Allemagne nazie (et avec les criminels de guerre nippons, dans le cas du gouvernement de Lhassa).

- Pas étonnant donc que vous refusez de livrer votre vraie identité et que vous préférez vous cacher sous différents pseudonymes. De toute évidence, ce minimum de courage civique vous fait défaut.

Au plaisir de ne plus vous lire

28/06/2018 01:07 par Kang Youwei

(Ultime) réponse à ce M.Ettinger qui ne semble pas considérer l’anonymat sur Internet comme un droit réel qu’il convient d’affirmer au XXI ème siècle
- Qui que soient "ceux qui la cultivent", cette réforme consiste bel et bien à redistribuer la terre inexploitée dans le but de faire progresser l’agriculture. En outre, toujours le même grand réformateur Thubten Gyatso mit en oeuvre des initiatives pour donner peu à peu des terres aux serfs (la création de l’Office de l’agriculture au début du siècle alla dans ce sens). Ce changement dont vous parlez a été tué ab ovo par l’invasion chinoise, voici pourquoi vous n’avez pas eu l’occasion de le constater.

- Je vous accuse toujours de contre-vérité voire de révisionnisme, car passer une frontière - fût-elle non reconnue - et défaire l’armée ennemie se rapporte à une invasion. Peu importe que celle-ci se poursuive jusqu’à la capitale ou non. Je ne vois guère le lien avec Alexandra David-Néel, en effet, le fait que l’APL ait été accueillie avec joie ne s’oppose pas au terme invasion. Les Français n’acclamèrent-ils pas les Nazis sur les Champs-Elysées après la prise de Paris ?

- Je vous prie de me croire tout à fait renseigné sur la révolution chinoise qui vit la mort d’un régime réformable, l’empire Qing, et l’établissement d’une longue période de chaos.

- Mon indulgence est en fait une vision empathique et moins partisane que la vôtre qui ne voyez de bon que le communisme.La Perse d’alors ou le Tibet virent dans cette nouvelle puissance un moyen de se défaire de la tutelle britannique, avis qui ne fut pas partagé par tous au Tibet - vous ne citez qu’un malheureux général - et qui, en Perse, fut vite abandonné après la destitution de Reza Shâh et le développement par son fils d’une grande politique humaniste, raisonnable et tournée vers l’avenir.

Bien à vous - je ne tiens pas, moi, à me montrer impoli.

28/06/2018 07:16 par legrandsoir

On s’épuiserait à répondre point par point aux contre-vérités des partisans du régime théocratique obscurantiste des dalaï lama. Je l’ai fait dans mon livre « Le dalaï lama pas su zen » (2011, éd. Max Milo). On doit en trouver des exemplaires pas chers sur Internet, voire une version téléchargeable gratuitement.
Dans le commentaire de Kang Youwei (dont le vrai nom est tout à fait français), je me bornerai à relever une perle et un mensonge historique :
- Avant la fuite du dalaï lama, il était envisagé de « donner un peu de terre aux serfs » confesse-t-il. Il y avait donc des serfs en 1959 au Tibet. Et de l’esclavage aussi, d’ailleurs, qui durait depuis des siècles et que le gouvernement chinois a aboli dans les 15 jours qui ont suivi la fuite du dalaï lama.
- Les Français n’ont certes pas acclamé les Nazis sur les Champs-Elysées après la prise de Paris. Comment peut-on proférer de telles énormités ? En tout cas c’est indicatif sur le crédit qu’il faut accorder au reste.
Maxime Vivas

28/06/2018 11:27 par janraff

On trouve le livre de Maxime en epub ici : https://www.bookys-gratuit.com/roman-8419 mais ATTENTION de ne pas vous faire avoir : il ne faut pas cliquer sur télécharger maintenant mais aller sur liens de téléchargements et choisir un lien (uptobox par exemple) et là pareil ne pas aller sur télécharger maintenant mais sur cliquer ici pour aller au téléchargement Une fois là choisir free download 30 secondes après l’ epub est dans la boite :)

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