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1 commentaire
3 janvier 2008
Textiles et capital globalisé : l’environnement pris en otage.
Jean BATOU


solidaritéS, 19 décembre 2007.
Il est aujourd’hui possible d’acheter des vêtements au kilo à des prix comparables à ceux des produits agricoles de base. Cette évolution se traduit par une explosion de la consommation de textiles à l’échelle mondiale, en particulier dans les pays du Nord. Les habits sont désormais mis au rebut de plus en plus vite, avant même d’être usagés, parce qu’ils sont « démodés » ou que la place manque pour les stocker. Les conséquences écologiques de ce consumérisme effreiné sont alarmantes et pénalisent avant tout les pays du Sud. Elles dressent un véritable acte d’accusation contre le mode de production et de consommation capitaliste.
Aux Etats-Unis, l’habillement arrive en seconde position, après l’alimentation, dans la consommation des ménages. De 1992 à 2002, la valeur totale des vêtements vendus est passée de 162 à 282 milliards de dollars, tandis que leurs prix moyens ont diminué de 25%, en raison de la baisse des salaires réels des travailleurs-euses, de la mécanisation accrue de l’industrie et de l’accroissement de la demande de produits bon marché. Ainsi, le foyer US moyen achète 40 T-shirts par an, dont 94% sont importés. Pour faire de la place dans ses placards, chaque individu se débarrasse aussi de 31 kilos de vêtements par an (10 millions de tonnes en tout). En effet, les difficultés de stockage constituent le principal obstacle à l’accroissement de la consommation textile. Dans les nouveaux logements « classes moyennes », chaque chambre dispose ainsi d’un dressing de 1,80 x 2,40 m.
Fibres du productivisme.
La production de fibres synthétiques, comme le nylon et le polyester, fait appel à des ressources non-renouvelables, principalement le pétrole. Elle contribue à l’émission de gaz à effet de serre, comme l’oxyde d’azote, ainsi qu’à la pollution des eaux (rejets de solvents organiques, métaux lourds, colorants, produits de traitement, etc.). [1] Le nylon se recycle difficilement, tandis que que le polyester recyclé est de moindre qualité.
Les fibres issues de matériaux renouvelables n’ont pas vraiment un meilleur impact sur la nature. La production de rayonne, par exemple, à partir de pulpe de bois, est très polluante pour l’air et les eaux. De même, les élevages industriels de moutons menacent la bio- diversité et sont responsables de l’érosion accélérée des sols, ainsi que de la pollution des eaux. Le traitement de la laine fait aussi appel à de nombreux composés pour lessiver les fibres, prévenir leur rétrécissement et améliorer leur aptitude au lavage. La production du cuir et des peaux requiert également de nombreux produits toxiques (composés organiques et métaux lourds).
Coton contre nature
Les Etats-Unis cultivent 20% du coton brut mondial. En revanche, ils ne produisaient que 5% des cotonnades (contre 10-12% en 1996-97), alors qu’ils en consomment un bon tiers, essentiellement importé. [2]Or, aux Etats-Unis les cultures de coton absorbent 11% des insecticides agricoles, contre près de la moitié dans les pays du Sud. Modifié génétiquement pour sécréter une toxine, la variété Bt réduit certes, pendant un temps – avant que les parasites ne s’y adaptent –, l’usage de pesticides. Mais le coton reste un énorme consommateur d’herbicides (10 millions de tonnes par an aux Etats-Unis), sans compter les défoliants utilisés pour faciliter la récolte. Pour l’ensemble de ces raisons, on a pu prétendre qu’il valait mieux transformer directement du pétrole en polyester, que de le brûler comme combustible pour cultiver, fertiliser, irriguer, récolter et traiter le coton. [3]
Par ailleurs, quel que soit le mode de culture choisi, l’industrie du coton fait appel à de nombreux produits (soude caustique pour nettoyer les fibres, agents blanchisseurs avant la teinture, formaldehyde contre le froissage, etc.). Il faut ainsi 60 litres d’eau pour blanchir les fibres nécessaires à une seule chemise, sans compter la teinture, qui fait appel, elle aussi, à beaucoup d’eau, mélangée à des centaines d’agents colorants et de produits auxiliaires. Une nouvelle génération de teintures qui réagit au contact des fibres, donne des coloris plus vifs et tenaces ; elle est aussi plus toxique, plus difficile à séparer de l’eau et moins biodégradable.
Sud menacé
Avec la suppression de l’Arrangement multi-fibres, négocié par l’OMC (1995- 2005), le commerce mondial des textiles a été libéralisé. La production de cotonnades s’est ainsi petit à petit concentrée dans les pays du Sud – Chine (36%), Inde (14%), Pakistan (10%), Turquie (6%) (données 2006) –, où son impact écologique et sanitaire est extrêmement alarmant. Ainsi, le recours massif à des technologies peu respectueuses de l’environnement et de la santé, en particulier des travailleurs-euses, constitue une menace croissante : surconsommation d’eau douce, pollution des cours d’eau et des nappes phréatiques, pathologies cancéreuses, en particulier parmi les ouvriere-s concernés, etc. Enfin, l’exportation massive de vêtements usagés du Nord vers le Sud contribue à étrangler les derniers producteurs locaux indépendants du tiers-monde, notamment en Afrique. [4]
Depuis la révolution industrielle, la demande de textiles a été de plus en plus dissociéePlus récemment, le vêtement est devenu le marqueur d’une identité dictée de l’extérieur [5] : il fait jeune, mince, cool, trendy, etc. « Comment paraître et se sentir mieux » ? en changeant de look, bien sûr. La mode et la pub n’ont de cesse de favoriser la surconsommation permanente. Au milieu du 19e siècle déjà, un marchand britannique de San Luis Potosi, au Mexique, notait : « Les femmes d’ici, lorsqu’elles voient un nouveau type de calicot imprimé qu’elles aiment, font tout pour en obtenir une coupe, dussentelles souffrir de la faim au cours du mois suivant ». Aujourd’hui, aux Etats-Unis, la directrice du marketing de Cotton Inc. ne dit pas autre chose : « Il y a certainement des femmes qui aiment encore plus faire du shopping lorsqu’elles ont des difficultés financières, parce que cela les force à jouer les consommatrices avisées ».
L’économie globalisée des textiles bon marché révolutionne aujourd’hui de larges secteurs de l’agriculture, de l’industrie, des échanges et de la distribution. Elle témoigne éloquemment de la logique du capitalisme : une expansion sans fin de la production et de la consommation marchandes. Ce système est infiniment plus fort que la résistance de prises de conscience isolées. [6] Une enquête universitaire US montre ainsi que les personnes informées des conséquences environnementales de la surconsommation de textiles n’adoptent pas un comportement plus responsable.
Dans une logique consumériste, les fibres naturelles ne sont pas une panacée par rapport aux fibres synthétiques, ni le coton conventionnel par rapport au coton Bt, ni encore les produits home made par rapport aux produits importés. En réalité, pour rompre ce cercle vicieux, c’est une logique économique et sociale radicalement différente qu’il faut promouvoir : une production de valeurs d’usage répondant aux besoins effectifs des populations, plutôt qu’une production de valeurs d’échange dictée par la demande de valorisation sans fin du capital.
Jean Batou
Source : solidaritéS www.solidarites.ch
Le véritable coût d’une salade : vous payez 99 cts, l’Afrique paye 50 litres d’eau potable, par J. Laurance.
Certes, la catastrophe productiviste ne se serait pas produite sans les producteurs que nous sommes, par leur travail contraint, souvent servile.
Nous avons trop tergiversé entre les « grands soirs » qui devaient se coucher sur une grève générale et les « ouvertures nocturnes » des temples de la consommation factice !
Croissance productiviste, plus dure sera la chute, par François Iselin.
Le riche roule, le pauvre crève, la nature paie, par Léon Taniau.
Le potentiel technique des énergies renouvelables équivaut à six fois la demande mondiale en électricité.
Révolution énergétique et transformation sociale, par Daniel Tanuro.
Oui, l’ agriculture biologique peut nourrir et protéger la planète. Et c’ est la FAO qui l’ affirme.
[1] Hsiou-Lien Chen & Leslie Davis Burns, « Environmental Analysis of Textile Products », Clothing and Textiles Research Journal, vol. 24, n° 3, 2006, pp. 248-261.
[2] Leslie Meyer, Stephen MacDonald & Linda Foreman, « Cotton Backgrounder », Outlook Report from the Economic Research Service, United States Department of Agriculture, mars 2007.
[3] Stan Cox, « Dress for Excess : The Cost of Our Clothing Addiction », Alternet, 30 novembre 2007.
[4] Robert Neuwirth, Shadow Cities. A Billion Squatters. A New Urban World, New York, Londres, Routledge, 2006, pp. 67-99.
[5] Dans The Lonely Crowd (1953), David Riesman parle déjà d’une société formée d’individus dont la « conformité est assurée par leur réceptivité aux espoirs et préférences d’autrui », très vulnérables à l’emprise de la mode et de la publicité.
[6] Hye-Shin Kim & Mary Lynn Damhorst, « Environmental Concern and Apparel Consumption », Clothing and Textiles Research Journal, vol. 16.
URL de cet article http://www.legrandsoir.info/Textiles-et-capital-globalise-l.html
5887

Textiles et capital globalisé : l’environnement pris en otage, par Jean Batou.
Bonjour, je crains qu’il y ait encore eu un petit problème technique, l’intégralité de mon message était la suivante (en remplacement si possible, merci !) :
" ( ) David Riesman parle déjà d’une société formée d’individus dont la « conformité est assurée par leur réceptivité aux espoirs et préférences d’autrui », très vulnérables ( ) "
Réceptivité elle même produite, préparée de plus en plus et massivement conditionnée aujourd’hui par la pratique audio visuelle, c à d la consommation (il reste à prouver qu’il s’agit encore d’un "loisir" avec l’idée de libre latitude etc...) du medium télévisuel principalement.
L’idée de Riesman est formidable puisqu’elle permet en matière de comportement de déterminer ce qui dans la libre expression de soi n’en est justement pas. Mais je me demande si cette idée aurait pu naître actuellement, noyée dans un phénomène de masse (media) qui pousse à la rendre inconcevable -ou irréele- comme il rend inconcevable les données latentes contestant que ce mass-medium soit à part entière la réalité) (alternative, nouvelle ou achevée), que ce qu’il montre n’est précsément pas ce qu’il montre, mais une reconstruction particulière dans un langage particulier qui fait précisément tout -en deçà ou au delà de la simple cohérence logique- pour qu’on le prenne pour la chose montrée.
Or, évidemment, ce que ce langage particulier ou forme communicante du medium télévisuel concède, d’un coté en s’alignant sur la dynamique psychique supposée (ou le goût) de son récepteur, l’appel notamment aux émotions les plus élémentaires comme dénominateur commun de la plus large masse possible, il le reprend d’un autre puisque cette adhésion provoquée du téléspectateur au virtuel réalisé correspond chez lui à une identification spontannée de son monde réel à ce réel nouveau auquel il adhère. Le télespectateur devient pour une part une réalité imaginaire : standard, indifférente, moralement décentrée, coercitive, tronquée dans sa bi-dimensionnalité, tendant au degré nul de la signification dans « l’image donnée là immédiatement » etc, etc...
Pourquoi intituler ce soir sur A2 un compte rendu "Tragique naufrage" -l’adjectif devant- ? Y a t-il des naufrages comiques et heureux ? Non, mais pour éviter que le spectateur ne prenne ce reportage pour une explication (intellectuelle et objective en ce sens) et pour occulter justement le fait que le medium le bascule entierement dans son contraire, en quelque chose de commun et d’étranger, de gratifiant pour le voyeurisme-exhibitionisme, tout en profitant du plaisir sûr d’un bon repas du soir.
Le discours médiatique réequilibre son réel bien au delà/en deçà de la cohérence, dans la complexité de l’individu.
M.A
193.***.251.*** #47321
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Jean BATOU
(pas d'autre article)
"Si les gens devaient découvrir ce que nous avons fait, nous serions pourchassés dans les rues et lynchés"
Président George H.W. Bush (père)
cité par Sarah McClendon (reporter à la Maison Blanche) dans sa lettre d’infos datée de Juin 1992. #122
Michel PEYRET
Une façon de dépasser le capitalisme
Le livre de référence
L’essai de l’historien Jean Sève intitulé Un futur présent, l’après-capitalisme (La Dispute, 2006).
Ce livre propose une interprétation du mouvement historique actuel dans le sens du dépassement possible du capitalisme. Il énonce ce qu’il envisage comme des preuves de l’existence actuelle de « futurs présents » qui seraient autant de moyens de ce dépassement du capitalisme déjà à l’œuvre dans le réel.
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