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17 commentaires 

L’occident et sa mythologie du progrès

Fethi GHARBI

Une attitude critique originale du rapport centre-périphérie se développe depuis déjà une vingtaines d’années chez des penseurs latino-américains tels qu’Enrique Dussel et Anibal Quijano. Ces derniers mettent en évidence le fait que malgré la généralisation de la décolonisation, la dépendance et l’exploitation des anciennes colonies perdurent. Pour Quijano, la colonialité, au-delà du colonialisme est un ensemble de "valeurs" constitutives d’une idéologie née avec le monde moderne colonial depuis le 16eme siècle. C’est un principe et une stratégie de contrôle qui présente une configuration de traits caractéristiques. La colonialité dépasse de loin la pure exploitation économique pour mieux la servir. Elle institue l’eurocentrisme qui devient ainsi le moteur d’une ségrégation religieuse, ethnique et surtout épistémologique. Cette vision du monde est d’autant plus pernicieuse qu’elle aura façonné non seulement la pensée et le comportement du dominateur mais aussi les idées et la conduite du colonisé et du post-colonisé. L’idée de race ou de pureté du sang est devenue le principe de base de la classification des peuples sur toute la planète, redéfinissant des identités, justifiant l’esclavage et le travail assujetti. Le tétrapode ethno-racial de Kant (noirs d’Afrique, rouges d’Amérique, jaunes d’Asie et blancs d’Europe) créant des entités géo-historiques et établissant une hiérarchie entre Européens et non-Européens constitue une illustration de l’un des aspects de la colonialité.

Un autre aspect de la colonialité réside dans la représentation linéaire du temps. L’historicisme née bien avant le 16eme siècle, constituera une caractéristique fondamentale de la modernité. Il faut remonter aux origines du christianisme pour en trouver les premières traces, lors d’un concile qui a posé les fondements du dogme chrétien. Pour marquer la différence entre les « croyances païennes » et la « foi chrétienne », les Pères de l’Église ont décidé que devaient être abandonnées l’hypothèse de la renaissance et l’interprétation cyclique du temps, croyances qui étaient pourtant admises par les premiers chrétiens. Dès lors, le temps apparaissait dans la représentation chrétienne comme une ligne sur laquelle sont marqués des événements : la genèse, la chute, révélation faite à Moïse, la naissance du Christ, la montée au Calvaire, la Résurrection et dans les temps à venir, l’avènement de la Cité de Dieu, comme le dit Saint Augustin.

L’extraordinaire est que La croyance rationaliste en un futur orienté vers le progrès, composante majeure de l’idéal du siècle des Lumières n’est en fait qu’une reconfiguration de l’interprétation chrétienne de l’histoire : Après les débuts héroïques de la pensée en Grèce, après l’obscurantisme du Moyen Âge, voici le renouveau de la modernité et l’apparition des Lumières de la science moderne, accompagnée du cortège grandiose de ses techniques. A l’image du Christ la techno-science se présente en tant qu’incarnation du Sauveur garantissant l’avènement futur d’un monde paradisiaque. La majeure partie des philosophies de l’Histoire occidentales vont reproduire cette linéarité temporelle. Pour Condorcet, l’humanité avance d’un seul pas vers l’avènement de la raison, par l’instruction du genre humain dans les sciences. Pour Auguste Comte, on va de « l’état théologique » de la société, vers « l’état métaphysique », puis enfin on parvient à « l’état positif ». Pour Hegel, l’Histoire avance vers l’avènement de l’Etat-Dieu, manifestation suprême de l’Esprit. Pour Marx, le terme de l’Histoire sera la société sans classe et le mouvement du progrès s’accomplit dans la lutte des classes. Depuis la renaissance, sur cette ligne du temps, cette voie de l’accomplissement ne s’inscrivent cependant que des espaces élus. L’Histoire est ainsi épuré de tout ce qui peut entacher son homogénéité, son harmonie. Seules les ethnies européennes sont les acteurs privilégiés de cette marche vers le progrès. Toutes les autres entités géo-historiques se retrouvent figées dans leur immobilité barbare, reléguées au néant de l’atemporalité. Comme le dit si bien Walter Mignolo : "Depuis la Renaissance, le temps a fonctionné comme un principe ordonnant de façon croissante les lieux, les reléguant avant ou en dessous en fonction des principes des maîtres du temps". Des civilisations africaines et amérindiennes sont d’autant plus facilement exclues de l’Histoire qu’elles étaient peu connues des européens avant la renaissance. Mais la chose s’avère plus ardue avec la civilisation arabo-musulmane qui vient s’immiscer sournoisement dans la diachronie de cette linéarité idéale. Que faire ? sinon la faire basculer dans le gouffre de la barbarie qu’est le Moyen-âge ! Une autre invention, un autre espace d’exclusion ! La prétendue nuit médiévale sert ainsi à enterrer une civilisation qui a brillé pendant plus de sept siècles, s’étendant des Indes au sud de l’Europe. Le mythe d’un moyen-âge obscur, vallée des larmes de la modernité n’a pu totalement éclipser des savants de l’envergure d’Ibn Rûchd (Averroès comme on dit) ou d’Alkhawarizmi . On a beau lester le cadavre, il s’entête à refaire surface. Alors on s’évertue à le diminuer : les arabo-musulmans n’ont été somme toute que de simples copistes des philosophes et savants grecs, que de vulgaires plagiaires du zéro indien... encore un peu et on les traiterait de petits voleurs à la tire, des Ali Baba... Sauf qu’on oublie que l’occident , en bon receleur s’est construit grâce aux apports de la civilisation arabo-musulmane. Ceci, bien entendu, ne constitue nullement un fait exceptionnel puisque toutes les civilisations échangent entre elles. L’ahurissant est que depuis le moyen-âge, en passant par la renaissance et le siècle des "Lumières" à nos jours la cabale n’a pas l’air de s’essouffler, tout au contraire. En 2008, un certain Sylvain Gouguenheim, dans son livre "Aristote au Mont Saint-Michel, Les racines grecques de l’Europe chrétienne" va jusqu’à prétendre que les caractéristiques linguistiques de l’arabe rendraient la civilisation musulmane inapte à recevoir la culture antique du fait d’une incompatibilité linguistique entre l’arabe et le grec ! L’héritage antique aurait été préservé et retransmis à l’Europe par les chrétiens orientaux, les Syriaques... Voila que l’intrus est définitivement délogé ! L’indignation des universitaires qui ont rejeté en bloc ce tissu de mensonges n’a pas fait le poids face à l’islamophobie régnante et aux grands médias qui ont applaudi le chef d’oeuvre.

Ce temps linéaire mythique, découpant et recollant les évènements historiques selon les besoins de la cause va comme par magie permettre d’accoler une antiquité grecque, vieille de plus de deux mille ans, à la renaissance.

Pourtant dieu sait combien la pensée et la civilisation grecques sont éloignées de la pensée judéo-chrétienne. Les grecs ont du temps plutôt une représentation cyclique. Déjà Platon l’affirmait nettement : le Temps se meut en cercle. Dans la cosmogonie des stoïciens, Zeus se nourrit du monde. L’univers est consumé périodiquement par le feu qui l’a engendré et renaît de ses cendres pour revivre la même histoire. La pensée grecque est plus proche de la sagesse orientale, d’une représentation cyclique d’un univers en perpétuel recommencement comme dans la philosophie indienne. L’homme vit ainsi pleinement son présent sans regret du temps qui fuit ni faux espoirs. Nietzsche est parmi les rares philosophes occidentaux à avoir saisi la profondeur de cette pensée qui oblige l’homme à s’assumer et à se prendre en charge.

La linéarité mythique du temps va permettre à l’occident, dès la renaissance, de présenter l’évolution des connaissances comme une exclusivité européenne. Ce savoir occidental se présente au monde sans localisation géographique, ethnique, raciale, ou de classe . Les sciences occidentales deviennent ainsi "Les Sciences" dans l’absolu. Cela a permis à l’homme blanc et occidental de se représenter son savoir comme le seul à même d’atteindre l’universalité et ainsi d’écarter les connaissances non-occidentales comme particularistes et, donc, incapables d’accéder à l’universalité. Lorsque on dit " La médecine" il faut entendre par là "la médecine occidentale", ce n’est nullement le cas par exemple de la médecine pratiquée en Chine qu’on désigne automatiquement sous le vocable de "médecine chinoise" donc particulière, traditionnelle, folklorique etc...

L’épistémologie eurocentrique se pense hors du temps et de l’espace, s’octroyant une position démiurgique, reléguant le reste du savoir humain au rang de folklore.

Cette mythologie du progrès caractérisant la modernité, combine des hiérarchies ethniques, historiques et épistémologiques. Selon l’école sud américaine parmi ce conglomérat de facteurs l’infrastructure ne constitue pas un facteur déterminant par rapport à la superstructure comme dans la théorie marxiste. Tous les facteurs s’enchevêtrent et forment un ensemble qui constitue en même temps la fin et le moyen de la domination impériale. Tout au long de l’histoire du système-monde moderne, la culture, la connaissance et l’épistémologie produites en Occident ont été constamment privilégiées, construisant leurs relations avec les autres cultures et les autres peuples à partir de positions de supériorité et restent totalement sourdes aux cosmologies et aux épistémologies du monde non-occidental. C’est bien à partir de cette position que l’Europe s’est crue en droit d’imposer aux non-blancs, selon les époques, sa chrétienneté, sa mission civilisatrice, son développement et tout dernièrement sa démocratie et ses droits de l’homme.

Un projet de décolonisation des esprits et des peuples exige une universalité distincte de l’universel impérial eurocentré qu’il soit de droite ou de gauche. La pensé postmoderne, par exemple, même si elle est critique vis à vis de la modernité, elle n’en demeure pas moins prisonnière de la perspective eurocentrique et reste étrangèreaux préoccupations de la périphérie. D’un autre coté, reproduire la conception globale socialiste eurocentrique du XXe siècle, née d’un centre épistémique s’imposant verticalement au reste du monde, consisterait à répéter les erreurs mêmes qui ont mené la gauche à l’échec. Comme le souligne Ramón Grosfoguel : "Ce nouveau projet combine la « transmodernité » de Dussel et la « socialisation du pouvoir » de Quijano. La transmodernité de Dussel propose la « diversalité » comme projet universel de décolonisation de la modernité eurocentrée, alors que la socialisation du pouvoir de Quijano est une invitation à la formation d’un nouvel imaginaire universel radical anti-systémique qui décolonise les perspectives marxistes / socialistes, les sort de leurs limites eurocentriques."

Il s’agit en somme d’un mouvement de déconstruction/reconstruction qui abolira l’hégémonie verticale de la colonialité en établissant une universalité horizontale et plurielle faite de la "diversalité" des épistémies, de leur rencontre et de leur interaction. C’est à ce moment là que la Renaissance, mais la Renaissance de tous les peuples sonnera le glas de l’hégémonie impériale, ethnique et épistémologique d’une minorité.

Fethi GHARBI

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8597
L’occident et sa mythologie du progrès
19/05/2009 à 13:57, par Julien

Bonjour,

Je suis d’accord avec la première partie de votre texte, l’islamophobie ambiante tend à minimiser le rôle des arabes et des perses dans l’histoire des sciences, alors que leur rôle, sans peut-être avoir été aussi révolutionnaire que la philosophie grecque antique et la Renaissance, a néanmoins apporté sa notable contribution (en optique ou en mathématiques par exemple).

Par contre dans la deuxième partie je voudrais soulever un problème. Quand "on" parle de médecine chinoise c’est uniquement la partie traditionnelle et non-scientifique de celle-ci (ex : acupuncture), comme on pourrait parler de l’huile de foie de morue, des sangsues, des vertus et des vices de la pleine Lune, etc... pour la médecine traditionnelle occidentale. Je suis d’accord que cette expression est à certains égards condescendante mais il s’agit plus d’un raccourci de langage que d’autre chose à mon avis.

Par exemple, nous utilisons internet, qui a été créé par des occidentaux, est-ce pour autant de la "science occidentale" ? Que dire de l’éradication de la variole par exemple ? Les occidentaux ont sans doute affaibli le reste du monde en ayant dans un premier temps pillé ses ressources naturelles (et humaines) et aujourd’hui en pillant ses meilleurs scientifiques (quoique certains ne soient pas insensibles aux grosses rémunérations des universités privées). J’ai peut-être mal compris votre deuxième partie, j’en suis désolé. Mais je suis souvent choqué de voir des personnes non-occidentales rejeter la science en tant qu’"occidentale" alors que celle-ci bien que détenue en grande partie actuellement par les occidentaux, n’en devient pas pour autant fausse.

Je pense que c’est une erreur de s’en couper, elle est à mes yeux un patrimoine commun de l’humanité, bien qu’elle puisse être dans les faits détenue par des monstres (ex : armes nucléaires, chimiques, biologiques, machines industrielles qui deviennent prétexte à licenciement, etc...).

90.***.204.***   #56226 
L’occident et sa mythologie du progrès
19/05/2009 à 18:35, par CAMILLE LOTY MALEBRANCHE

Fethi, Je regardais ce dimanche sur le canal Historia que les chinois ont aussi inventé l’horloge et furent donc les premiers à compter le temps. Les noirs d’Égypte quant à eux, ont créé, bien avant les grecs, plein de canevas techniques, scientifiques, philosophiques, théologiquies que l’occident exploitera à fond. D’ailleurs, il est probable selon de nombreuses sources historiques que des grecs comme Pythagore, Platon aient étudié en Égypte sur la terre des pharaons !

Je dis que le blanc occidental comme d’ailleurs tout colon de toute ethine dans l’histoire, s’est arrangé pour occulter les mérites d’autrui pour mieux les dominer en les persuadant d’une infériorité intellectuelle naturelle et donc d’une nécessité tout aussi naturelle de reconnaître la supériorité et la légitimité de sa domination. C’est une essentialisation classique des contingences historiques par les colons et conquérants afin de régner sur les esprits !

99.***.179.***   #56229 
L’occident et sa mythologie du progrès
19/05/2009 à 19:09, par Anonyme

Je rejoins un peu Julien sur la 2ème partie de votre texte (auquel j’adhère toutefois) : la science n’est pas "occidentale", même si l’occidentalisme se l’arroge avec orgueil et esprit de possession (ex ce qui a trait aux brevets exclusifs, et leur marchandisation). N’oublions pas que l’Occidentalisme vole les cerveaux, comme le rappelle Julien. Plutôt que se prononcer en défaveur de la science (même si ce n’est pas votre propos), il faut plutôt dénoncer la prise d’otage de la recherche scientifique, qui fait appel au doute et à l’expérience, plutôt qu’au dogme. Donc dans toutes les civilisations, on a trouvé des esprits qui ont cherché à démonter des certitudes, et je ne me pense pas occidentaliste, en affirmant que cet état d’esprit est universel.

Quant à vos derniers mots sur le marxisme, il y a des formes de rejets de toute ploutocratie qui ne se base pas du tout sur la pensée de l’auteur du Capital. Mais pour moi, le marxisme ou la recherche de justice sociale est aussi une aspiration universelle par tous ceux qui subissent des injustices.

82.***.121.***   #56231 
L’occident et sa mythologie du progrès
19/05/2009 à 19:36, par eric faget
salut fethi, ton texte me surprend en bien des points. Te repondre de but en blanc à la vue de la complexité des thematiques que tu souleve me semble difficile. Cependant, si je suis en partie d’accord avec toi, sur de nombreux points, je crois que tu ecartes trop de données. Par exemple : le role de la chine antique et contemporaine, le prosélethisme islamique des trois siecles qui ont suivit la venue de Abu-l-Qâsim Mouhammed ibn `Abd Allâh ibn `Abd Al-Mouttalib ibn Hâchim, celui de la conquete du bassin méditeranéen, les rapports conflictuels au sein de l’Europe moyenageuse et renaissante, la peste , les mongols... Quant à la perception du temps orientale et occidental, il y a beaucoup à tricoter... A chaque fois qu’une civilisation domine elle s’attribue tout les merites, c’est humain. De plus, je te trouve tres manichéen sur ce coup. bon je vais bricoler une reponse un peu plus construite eric faget clown en retard
90.***.100.***   #56232 
L’occident et sa mythologie du progrès
19/05/2009 à 19:40, par Fethi GHARBI

Mais qui parle de se couper de la science occidentale !

Il s’agit dans cet article de l’hégémonie eurocentrique née avec la renaissance et qui perdure. Cette hégémonie a des facettes multiples qui servent à l’asseoir. L’économique, l’ethnique et l’épistémologique s’associent pour imposer cette domination. Lorsque je parle d’épistémologie ce n’est nullement de la science en tant que telle mais de la philosophie de la science, autrement dit de la vision que se fait l’occident de la science. L’occident a inventé un mythe historique dans lequel il a classé hiérarchiquement les races et les ethnies rendant possible l’esclavage des non-blancs. L’occident a exclu de l’histoire(qu’il a inventé de toute pièce)l’apport des autres civilisations en les plongeant dans la barbarie(une autre invention occidentale)ou en les dénigrant, s’octroyant ainsi le role principal dans la production du savoir et justifiant par ce moyen la domination et l’exploitation des autres peuples.Je crois que le projet de tout intellectuel honnete consistera à décoloniser avant tout autre chose les esprits des blancs et aussi des non-blancs de cette gangrène qu’est l’eurocentrisme.

41.***.245.***   #56233 
L’occident et sa mythologie du progrès
19/05/2009 à 20:48, par mersenne
Pour Quijano, la colonialité, au-delà du colonialisme est un ensemble de "valeurs" constitutives d’une idéologie née avec le monde moderne colonial
- Comment ne pas être d’accord avec cette affirmation superbe de concision ! Je n’ai même pas besoin d’un développement !
86.***.136.***   #56236 
L’occident et sa mythologie du progrès
20/05/2009 à 01:00, par Omar Mazri

Excellent article qui n’est pas ni anti occidental ni discriminateur dans les qualificatifs de sciences occidentales par rapport aux autres. Cela ne nous empêche pas d’introduire plus de rigueur dans le terme science. On peut accepter le mot science comme "universelle" ou comme un aspect des universaux de la civiolisation humaine et de la cogitation de l’homme devant le mysère de l’animé et de l’inerte. De plus en plus on parle d’école islamique, judéochrétienne ou héllenique ou romaine. La science appartient à toute l’humanité mais la démarche scientifique, l’utilisation de la science et la finalité de la science diffèrent d’une civilisation à l’autre même s’il y a un processus ininterrompu de capitalisation et de transfert. Dans la même civilisation au moment de la renaissance par exemple l’école de Pascal diffère des matérialistes qui commençaient à prendre le dessus sur les courants scientifiques.

Je ne remets pas en cause l’article mais ma précision va dans le sens que l’occident refusant la notion d’école et de différences par ethnocentrisme a confisqué la science à son profit et pour ses seules sources allant jusqu’à latiniser les noms arabes et musulmans quand il est impossible des les ignorer. L’indifférenciation religieuse puis idéologique a fait l’impasse sur mille ans d’histoire et de progrès scientifiques. Entre le dogme du grec le Galien et l’ecole de medecine de Montpellier ou de Paris du temps est passé qui se compte en siècles d’expérimentation, d’études, d’anatomie, de chimie, de physiologie, de psychologie, d’imagination, de mathématiques etc...

La linéarité, la circularité ou la spiralité du temps posent encore problème et matière à débat dans les grandes écoles françaises dont je suis un produit comme sont posés sans solution les problèmes de Dieu, de l’autre monde et de la colonisation comme agent civilisateur. Personne ne conteste la civilisation occidentale et ses acquis scientifiques. Ce qui lui est reproché est l’ignorance des autres d’une part et l’ingratitude arrogante de construire son prestige en monopole mais surtout de le construire au détriment des autres en stoppant leur développement ou en le rendant impossible du fait de la colonisation.

J’avais eu l’occasion de débattre de la modernité et de la civilisation et j’ai eu du mal à montrer la différence conceptuelle entre socialité et socialisation dans le passage de la modernité à la post modernité. Votre article vient ajouter de l’eau à mon moulin en introduisant le terme de colonialité qui est pertinent mais complexe à manipuler. Il devient par contre un outil d’anlyse performant si, à mon humble avis, on lui adjoint le concept de colonisabilité de malek Benabi. En effet on a d’un côté des peuples et des tribus non seulement en phase de développement moins capitalistique (armement par exemple moins performant) et surtout un état psychologique, social et politique qui les rend des proies faciles vulnérables sur le plan des idées, des techniques, de l’efficacité, de l’organisation, de la mission, de l’idéal (colonisables) qui vend être découverts par le colonisateur, en quête de richesses, d’esclaves, de barbares à évangéliser, de comptoirs commerciaux à piller.

Le colonisateur est mu par une idéologie : le colonialisme cette idée de supériorité ethnique, civilisationnelle et religieuse sur les autres ceux qui sont différents (en culture, en moyens, en finalités, en stade de développement, en couleurs, en croyances). Le système de domination mis en place est la colonisation avec son code éthique et légal pour s’approprier légalement et légitimement par l’implantation territoriale,juridique et militaire des colons et la pacification des colonisables devenus par la colonisation des colons.

La colonialité est à mon avis le stade final de la pacification c’est en quelque sorte le code de l’indigénat où le colonisé et le colonisateur sont tacitement d’accords pour que le colonisé s’appelle l’indigène par le colonisateur et qu’il s’appelle lui même l’indigène. C’est le modèle algérien par excellence. La colonialité serait un état de coexistence entre le colonisable colonisé de fait et de droit et le colonisateur instituant de droit le fait colonial et de droit la colonisation dans sa mentalité qui a perdu toute humanité par le colonialisme comme idéologie.

La colonialité n’est plus le rapport entre le conquérant et le conquis mais une culture esclavagiste qui établit une légitimité dans la hiérachie qui place le colon comme agent civilisateur et le colonisé comme agent barbare inapte à la civilsation car il faut qu’il entre dans un moule de pré civilisation celui de l’indigène.

C’est ce rapport de dépersonnalisation que Malek Bennabi appelle l’union du colonsé et du colonisateur dans la malédiction. Votre article donne un terme à cette malediction. C’est effectivement une culture de deshumanisation tant du colonisé que du colonisateur. C’est effectivement le terme approprié pour comprendre comment un peuple colonisé accepte de prendre les armes contre ses frères qui se rebelle ou contre les ennemis de son colonisateur.

A mon humble avis, par cette colonialité, l’Occident est vraiment un accident de l’histoire. Comme accident il a effacé des siècles de son histoire comme il a effacé la mémoire de ceux qu’il a soumis à son diktat.

Contre la colonialité il faut effectivement un travail de deconstruction reconstruction. La fin de la colonisation n’est pas synonyme de la fin de la colonialité. Il faut mettre en marche un processus plus complexe de libération : mettre fin à la colonisabilité d’un côté et à l’idéologie ethnocentriste de l’Occident et de sa prétention démiurge. Contre la colonialité la bataille est surtout culturelle avec un objectif civilisationnelle. Il faut se libérer de beaucoup de clichés comme celui de la socialisation des rapports car celle-ci signifie l’interaction sociale et politique sur l’échange (force de travail, capital, pouvoir) alors que la socialité signifie la solidarité sociale et politique sur des rapports de partage. Dans un cas comme dans l’autre les rapports à la justice, à la démocratie et à la gouvernance ne sont pas les mêmes. L’idée noble du communisme bolchévique a échoué.

Il nous reste a accepter de plus renoncer à l’héritage de mille ans de civilisation islamique pour y puiser le meilleur et le plus authentique et faire la soudure dans notre être idéique, social et ontologique pour notre bien et celui de l’Occident.

85.***.38.***   #56244 
L’occident et sa mythologie du progrès
20/05/2009 à 02:09, par Fethi GHARBI

"...Mais pour moi, le marxisme ou la recherche de justice sociale est aussi une aspiration universelle par tous ceux qui subissent des injustices..."

Qui dit le contraire ?

Mais transformer une philosophie en dogme et la parachuter tel des usines clé en main relève de l’eurocentrisme épistémologique aveugle...et se pose comme éducateur et censeur de populations jugées inférieures pour leur montrer le droit chemin...

41.***.245.***   #56245 
L’occident et sa mythologie du progrès
20/05/2009 à 07:22, par Bakounine
Sur l’Eurocentrisme, la centralité était déjà au début de la renaissance la lutte de Giordano Bruno ce qui lui a valu le bûcher. Giodano Bruno veut renoncer à l’idée de centre. "Il n’y a aucun astre au milieu de l’univers, parce que celui-ci s’étend également dans toutes ses directions." Chaque étoile est un soleil semblable au nôtre, et autour de chacune d’elles tournent d’autres planètes, invisibles à nos yeux, mais qui existent. On pourrait objecter que derrière l’idée de progrès il y a la lutte contre la nature, la nature qui veut notre disparition, une fois les gamètes léguées à la descendance. Le moteur le plus puissant du progrès de mon point de vue, même si notre « civilisation » est judéo-chrétienne dans ses bases c’est indéniable, le moteur c’est la lutte contre la mort cette mort qui hante l’esprit humain.
82.***.241.***   #56246 
L’occident et sa mythologie du progrès
20/05/2009 à 08:42, par Sofiane.
Quid de la religion chretienne qui me semble t-il a "éffacé" ce qui l’a précédé, et rabaissé toutes les autres croyances au rang de la sauvagerie ? Derrière chaque "civilisateur" occidental, il y a toujours eu une mitre et un goupillon.
41.***.16.***   #56247 
L’occident et sa mythologie du progrès
20/05/2009 à 15:05, par Fethi GHARBI

A Omar Mazri

"...La colonialité est à mon avis le stade final de la pacification c’est en quelque sorte le code de l’indigénat où le colonisé et le colonisateur sont tacitement d’accords pour que le colonisé s’appelle l’indigène par le colonisateur et qu’il s’appelle lui même l’indigène..."

Merci pour ce commentaire si enrichissant. Cependant J’aimerai accoler, dans cette citation, le mot néo-colonisé au mot colonisé...

41.***.211.***   #56257 
L’occident et sa mythologie du progrès
20/05/2009 à 15:16, par Fethi GHARBI

Merci cher Camille.

Mais ta tendance à vouloir trop généraliser risque de vider le sujet de sa substance.

Amitiés

41.***.211.***   #56258 
L’occident et sa mythologie du progrès
20/05/2009 à 16:37, par CAMILLE LOTY MALEBRANCHE
Bon, il faut dire que je ne voulais pas vraiment généraliser. Je soulignais un trait caractéristique quant à lui général et sans exception de tout colonialisme. Une autre perception du temps qui fut cathastrophique pour les indigènes du Nouveau Monde, est la palingénésie. Car les mayas - rebaptisés indiens par les espagnols menés par C. Colomb, ce premier colon et criminel occidental contre l’humanité en ce qu’on appellera plus tard l’Amérique - croyaient à l’effondrement cyclique du monde pour son retour également cyclique. Le progrès dans ce sens ne pouvait être éternellement cumulatif pas plus que les civilisations. Toutefois, cette weltanschauug temporelle qui laisse croire à un retour du même, a causé que les indigènes se laissent en quelques sortes massacrer sans opposer toute la résistance qu’ils pouvaient, eux qui dépassaient en science et technique les barbares venus d’Espagne et d’Europe en général.
99.***.179.***   #56261 
L’occident et sa mythologie du progrès
20/05/2009 à 19:08, par Julien

@ Omar Mazri Il n’y a jamais eu d’"école de Pascal".

Pascal a eu une vision mystique et a laissé tombé la science pour se consacrer au jansénisme. Le matérialisme en science n’est pas un jugement de valeur c’est une nécessité sans laquelle le concept de science ne signifie plus rien. Ce n’est pas en priant que l’homme a réussi à aller sur la Lune ou à créer des vaccins. Après, chacun en tire ses conclusions, ça ne préjuge pas des croyances de tout un chacun mais la connaissance de l’histoire des sciences montre que la religion n’a pas de part concrète au progrès de la science (i.e. des scientifiques peuvent être plus ou moins religieux, des religions peuvent être plus ou moins libérales sur les découvertes scientifiques, mais il n’y a à ma connaissance pas de progrès concret due à telle ou telle religion). Alors le rapprochement science/religion est peut-être à la mode et je ne vise personne ici, je parle juste de ce que j’ai l’habitude d’entendre de religieux qui rejettent (en particulier puisque c’est le plus problématique pour les religions) le darwinisme de façon souveraine en dégainant le relativisme culturel. Pour celui qui connaît un peu la biologie c’est affligeant, d’autant plus que des réactionnaires pro Darwin minent le débat en infériorisant les "arriérés" des autres peuples (j’espère qu’il est visible que ce n’est pas DU TOUT mon point de vue, je déteste la "réaction" en général, et sans doute que beaucoup de personnes du Tiers-Monde ont d’autres chats à fouetter que de débattre de Darwin et que le besoin de religion face à l’horreur humaine et l’horreur coloniale en particulier est complètement compréhensible). (Je rajoute que la misère n’est même pas forcément nécessaire pour avoir cette attitude cf une partie des conservateurs états-uniens, et inversement que beaucoup de personnes dans le Tiers-Monde n’ont pas cette attitude, ce sont des lieux communs mais je préfère le dire car je me méfie de l’interprétation de mes propos).

En plus, je trouve étrange que certaines personnes s’attachent à la religion en tant que culture, sachant que l’apparition de la religion dans une culture la dénature/la fait évoluer (selon ses goûts), il faut être fier de sa culture jusqu’à avant la colonisation ok mais pourquoi accepter les colonisations passées avec tant de joie ? Je vais juste prendre l’exemple de certains occidentaux qui trouvent que le christianisme est l’âme de l’Europe, alors que l’Europe a été chrétienne comme maintenant elle est (ou devrait être) laïque et comme encore avant elle était païenne, et encore avant etc... Je me demande où est la logique dans tout ça. A mon avis chacun y projette ses préférences personnelles, mais c’est bizarre de prétendre qu’il y a une espèce d’identité culturelle immuable pour chacun des peuples. C’est qu’un avis, je trouve juste que la culture est importante mais pas au point de différencier l’"autre", de le considérer comme fondamentalement différent au point que certaines cultures seraient irréductiblement exclusives et incompréhensibles par les autres.

Désolé pour le HS. C’est juste mon avis. On est fondamentalement d’accord. Nous détestons la colonisation des terres, la colonisation des esprits, la propagande, etc... C’est mon avis, et je sais que le problème est, et les débats les plus importants seraient à faire avec des individus qui ne vont pas sur ce site... ou alors pour nous espionner...

Bon courage à tous

90.***.204.***   #56263 
L’occident et sa mythologie du progrès
21/05/2009 à 02:40, par Omar Mazri

A Julien il est évident que l’école de Pascal se comprend comme école de pensée, comme doctrine de vision sur la science et le progrès. Quand il distingue l’esprit de justesse de l’esprit de finesse et l’esprit de géométrie de l’esprit de finesse il a posé les frontières de son école de pensée qui reste scientifique car il y aborde l’épistémologie du scientifique et la finalité de la science dans un monde qui vient de découvrir l’Amérique, ses richesses, la technologie et les arts techniques qui étaient vus comme la panacée du bonheur. Mathématicien et physicien de génie il a donné un sens moral à la science et une inscriptions dans la volonté de Dieu.

Descartes, malgré les reproches faites au cartésianisme et au rationalisme reste un homme de talent produit de son époque qui a pensé et réfléchit, à côté de la plaque car oubliant les finalités ultimes, mais avec une vision qui n’était ni anti clérical ni contre la religion. La récupération laiciste déforme la vie des hommes comme tout totalitarisme qui ni les autres et recours à l’amalgame pour récupérer ou nier ou détruire autrui.

L’autre élément que met en relief l’article est la césure historique inventée par l’Occident entre le monde hellénique partisan des doxa, de la rhétorique et de la casuistique et le monde musulman partisan des sciences expérimentales et des sciences dures répondant à l’impératif religieux de savoir pour mieux adorer Dieu, savoir pour mieux exprimer la gratitude à Dieu qui a donné les organes perceptifs et cognitifs de la connaissance et enfin pour mieux exercer sa vocation de vicaire de Dieu. Le vicariat ne consistait pas être en conflit ou en lutte de domination avec la nature mais en harmonie car elle est assujetti à l’homme soumis à Dieu. Les mille ans de coupure représente le ferment de l’essor de l’esprit scientifique. Pour le musulman sur les mille ans d’apogée que ce soit dans l’étude de la circulation du sang d’al Nafissi ou dans la théorème de Pythagore généralisé aux triangles quelconques par al Qashi, dans les cartes des mers et des étoiles il y avait la quête de la création de Dieu et la réponse à son ordre : Lis et médite, réfléchit et contemple, raisonne et croit. Ce n’est pas de l’apologie mais du temps des médecins musulmans la qualité des soins prenait la globalité de l’homme corps physique, esprit et âme. 2 siècles après l’hégire la première et plus grande école est mise sur place pour apprendre l’art d’imaginer ( at takhayyul) et son application au temporel et au métaphysique.

Les grands medecins, astronomes, et autres scientifiques ne distinguaient pas la foi de la raison. Ar Razi ou Ibn Rosh (avérroès) ou Ibn Sinna (avicenne) avaient à leur actif la science comme praticien et théoricien et la théologie comme praticien de la foi, exégète du Coran et théosophe (philosophes qui abordent la relation de l’homme à soi, à Dieu, à la nature, à la l’activité humaine, à l’art, au savoir...) et c’est cette différence avec l’école occidentale matérialiste qui fait que le regard sur l’homme est différent. Dans ce regard, sous le contrôle de Dieu, créateur de l’homme et des communautés comme systèmes différentiel donc en interaction et non comme systèmes indifférenciés donc en mimétisme dicté par le plus fort, le plus opportuniste.

Ces différences ne laissent pas trace dans l’histoire des mille ans de suprématie de la civilisation musulmane ni ethnocentrisme ni monopole ni colonialisme ni colonialité ce qui n’empêche pas des débordements et des excès incomparables aux dérives systématiques des écoles occidentales.

Marx lui-même anti religieux et matéialiste dans l’analyse du mode de production féodale ou précapitaliste pour établir sa théorie de l’aliénation et de l’exploitation s’est trouvé devant une énigme qui ne correspond pas à son schéma. Il l’a appelé le mode de production "asiatique". Il s’agissait du mode islamique qu’il n’ a pas eu le temps ou la volonté d’étudier. Dans la sainte famille ou dans sa conclusion que la religion est l’opium des peuples on oublie deux choses : il vise la bourgeoisie qui a main mise sur l’appareil y compris le clérical ( il n’y avait pas de spirituel). Il précise, en référence à l’islam que dans certaines conditions la religion peut jouer un rôle progressite.

En ce qui concerne la culture, je reste dans la définition la plus simple mais la plus efficace, celle de Malek Bennabi ou celle de Michelle Serres : une ambiance de vie qui donne un canevas éthique et esthétique à nos idées et à nos comportements. La religion comme l’idéologie sont éléments de la culture et non au dessus de la culture même si dans la religion islamique, la religion influe sur la culture mais ne subbit pas d’influence de la culture au point de se réformer et de s’adapter comme le fait le christianisme. Malgré son influence sur la culture, la religion n’est pas déterminante mais la culture qui englobe l’esthétique, les sciences, l’organisation du travail etc...

Nous ne sommes pas contre l’Occident ni jaloux de sa science mais nous sommes aimants et de ce fait nous aimons partager avec lui notre religion, nos valeurs, non pas en conquérant mais tout simplement car nous restons une continuité logique, spirituelle et morale de tous les Prophètes et une unité de l’humanité dans ses conditions matérielles et immatérielle, une contiguïté avec tous les hommes crées originellement du même couple ayant tous les attributs de connaissance, d’honorificat et de vicariat.

Sans cesure historique et sans atomicité de l’être ontologique, social et religieux nous prétendons, comme vocation, de vocarer (faire porter la voix), de témoigner de notre vérité avec sérénité et ouverture d’esprit : la civilisation musulmane relevait de l’universel ? Celle de l’occident relève de la chose, de l’idée et de l’ethnocentrisme qui lui donne les moyens matériels et idéologique de s’imposer comme hégémonie et de se faire voir par les soumis comme admirable, invulnérable, irréversible et invincible. La rencontre et la coexistence pacifique de ces deux regards est la culture produit par la colonisation sur le colonisé et le colonisable.

Cher Ferhi Gharbi continuez d’écrire des choses aussi intéressantes qui soulèvent des débats mutuellement enrichissants. Ce sont ces préoccupations que j’essaye d’aborder dans une série d’articles sur Salomon et la gouvernance : http://liberation-opprimes.net/

85.***.38.***   #56266 
L’occident et sa mythologie du progrès
01/06/2009 à 14:13, par Anonyme
Est-ce que l’auteur veut bien avoir l’amabilité de m’expliquer le lien entre la photo choisie et le thème de l’article. Pourquoi une femme ?
77.***.165.***   #56359 
L’occident et sa mythologie du progrès
01/06/2009 à 15:50, legrandsoir

L’auteur n’est pour rien dans le choix de la photo.

Quant au lien, on ne pensait pas qu’il serait si caché que ça.

#56363 
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