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Equilibration contre emprise : Pour des minarets et clochers discrets.

tableau : "Minaret" de Simon Bull

Le vote suisse est dangereux pour la dérive haineuse globale qu’il entraine. A question mal posée risque de mauvaise réponse. Car il y a de bonnes raisons de s’opposer à la montée du religieux ici ou là mais pas en Suisse vu le faible nombre de mosquées avec minarets (quatre je crois). Il est possible de reconnaitre le fait architectural religieux tout en affirmant vouloir circonscrire sa trop forte emprise dans l’espace public qu’il s’agisse de minarets, clochers ou autre.

Le premier texte portant sur l’emprise du religieux et du marchand a été complété par un autre qui emporte des précisions d’ordre culturel et idéologique.

I - Autoriser mais limiter l’emprise du religieux sur l’espace public

Le débat sur les minarets donne lieu à des positions radicales opposées alors qu’un compromis est réalisable à partir de principes clairs et cohérents. Les principes ne sont que des indicateurs mais ils doivent être diffusés.

L’espace public devrait être neutre. Cet idéal n’est pas évidemment pas respecté. On peut même dire que c’est utopique. Il subi l’emprise de la marchandisation et celle du religieux. A défaut d’être totalement neutre on devrait limiter cette double emprise. Car qui dit emprise dit dépassement d’une limite. Un peu de religieux çà va trop c’est trop ! On peut en dire autant de la marchandisation : un peu de pub çà va trop c’est trop. On peut à cet égard invoquer la notion d’équilibration qui vient de Proudhon sous le sens "équilibration des contraires" et qui a été exhumée ou réhabilitée par le sociologue altermondialiste Philippe Corcuff.

A) Du côté de l’emprise MARCHANDE

Les tableaux d’affichage associatif (souvent moches certes) disparaissent au profit des grands panneaux publicitaires (très propres évidemment). Cette dynamique va dans le sens de l’emprise de la marchandisation du monde. Une autre dynamique plus respectueuse de la vie locale (mêmes avec ses quelques débordements) viserait à favoriser l’expression associative de quartier avec plus de panneaux et à limiter la prolifération des grands affiches commerciales. Il en va de même pour l’emprise historique du religieux qui est mon propos principal.

B) Du côté de l’emprise RELIGIEUSE

Autoriser des locaux de prière pour les différentes religions ne fait pas problème pour l’immense majorité des gens mais sous certaines conditions. Les religions disposent toutes de locaux sauf l’islam. Ce que l’on nomme "l’islam des caves" qui devient "l’islam à ciel ouvert" - euphémisme d’islam dans la rue - n’est pas une solution. L’exercice du culte doit être privé. Ce qui suppose des locaux. Les religions ont de l’argent pour en construire.

* Reste à examiner les conditions.

Il convient de rassurer la population sur ce point. Si aucune garantie n’est prise sur les conditions d’installation alors on trouve des réactions de protection qui ne font pas dans la nuance Un compromis, un équilibre des tolérances est nécessaire. Il y a besoin que les élites politiques affichent leur sens du compromis dont elles sont par ailleurs coutumières à l’ordinaire. Ce compromis devrait limiter l’emprise forte du religieux dans l’espace public. Autoriser certes mais en donnant des limites. Ce qui pose problème ce n’est pas l’existence de minarets discrets c’est l’existence de grands minarets et de minarets faisant appels bruyants à la prière. C’est pareille pour les grands clochers et les envolées répétés de cloches. Les cloches des églises sonnent d’ailleurs beaucoup moins que jadis. De la même manière que l’appel du muezzin est à brider si l’idée apparait. Mais il semble que ces appels soient rares pour l’instant.

* Que comprendre ?

C’est le caractère ostentatoire et même impérialiste de certaines constructions qui gêne, qui importune. Une castration des phallus religieux est demandée qui n’est pas de l’islamophobie.

Qu’est ce qu’un grand minaret demandera-t-on ? La réponse vient de la commune de Genevilliers - lue dans Ouest France de ce 1/12/09 - c’est un minaret plus haut que la mairie. Autrement dit on prend un bâtiment symbolique de la République et on dit pas plus haut ! Moins de grandiose et plus d’humilité pour les religions ne saurait faire de mal à la tolérance mutuelle.

Si l’on veut bien regarder les choses ainsi, alors on évite l’affrontement et de traiter de racistes et de fascistes des gens qui ne le sont pas.

II - Laïcité-équilibration contre emprise.

On connaissait deux formes de laïcité : la laïcité-séparation et la laïcité-neutralité voici la laïcité-équilibration. La laïcité équilibration promeut la tolérance réciproque, l’ajustement des intérêts. Ce qui est possible pour la laïcité ne l’est pas nécessairement dans tous les domaines. La laïcité a pour but de créer un espace commun ou il est possible de vivre ensemble en reconnaissant des différences qui sont acceptables non excessives. Telle société va dire que les signes religieux discrets sont acceptables à l’école mais pas les signes ostensibles ou ostentatoires. Ce faisant on peut dire qu’elle tranche un conflit de société en acceptant un peu mais en refusant l’excessif, l’abusif. C’est chaque société en fonction de son histoire qui ajuste ce compromis social.

Ce n’est pas parce que l’autre camp procède à des amalgames que nous devons faire de même. Le gros du vote anti-minarets est sans doute xénophobe mais pas tous loin de là . Il faut chercher à comprendre avant de caractériser à l’emporte-pièce. La vision globalisante, pratiquant la confusion et le campisme constant n’aide pas à gagner ceux qui pensent hors des deux schémas.

Procédons à quelques distinctions qui aident à comprendre et structurer la complexité des visions du monde dans le champ culturel et dans le champ théo-idéologique. Ces distinctions relèvent plus des expériences militantes que d’une analyse savante ou scientifique.

A) Aspects CULTURELS : trois conceptions du monde en présence.

* Certains aiment les villages avec clocher et estiment que c’est là le bon terroir et la ruralité qui forme l’identité de la France (Agoravox le 1/12/09) en différence avec les villages musulmans des pays arabes. Nous sommes différents restons-le ! Ce respect des différences débouche sur un "chacun chez soi" complété marginalement par une acceptation de l’autre sous condition d’assimilation.

* D’autres aiment la pluralité par réaction à ce chauvinisme et veulent un mixte de bâtiments religieux comme paysage de tolérance.

* D’autres encore n’approuvent ni l’un ni l’autre : le premier pour sa préférence catholique séparatiste fondée sur la subculture chrétienne qui perdure, le second car ils se font plus religieux que les religieux en autorisant un envahissement du religieux pluriel. Ici il peut y avoir deux positions l’une laïque radicale plus d’église, synagogue et mosquées (bulldozer à la Pol-Pot) , l’autre plus modérée qui les acceptent mais limitant à l’avenir le caractère ostensible et grandiose tant pour les grands minarets que les grands clochers.

B) Aspects IDEOLOGIQUES : une double dégénérescence qu’il faut critiquer :

* Versus déplacement des acteurs visés : Celle islamistophobe (critique de l’islamiste et de l’islam radical ) qui dégénère vers la musulmanophobie (peur de tous les musulmans assimilés aux islamistes radicaux). Exemple de lecture : En 1998, le premier ministre Turc actuel, M Erdogan, disait : "Les mosquées sont nos casernes, les coupoles nos casques, les minarets nos baïonnettes et les croyants nos soldats." A partir de là on imagine que les "dirigeants" des mosquées sont tous des islamistes radicaux. On ne sait que peu de chose sur le sujet d’ailleurs. Mais la raison impose de penser que la présence-absence de minaret n’est pas très déterminante sur leur activité, activité qu’ils peuvent mener sur les autres lieux de prières, rues ou caves.

* Versus "du texte aux croyants" : Celle islamophobe (entendu ici au sens strict comme simple critique de l’islam pouvant aller jusqu’au blasphème) qui dégénère vers l’islamophobie raciste, la musulmanophobie (de Robert Redeker au clip de Wilder). Ce discours contient en général une part de critique acceptable du texte religieux et de ses pratiques mais aussi une critique in fine des croyants. Autrement dit il opère tôt ou tard un passage de la critique d’une croyance à une stigmatisation des croyants. Le passage peut être plus ou moins net dans "l’incitation" ce qui fait qu’il n’y a pas toujours procès juridique.

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Christian Delarue

Qui exprime ici une conception complémentaire voire différente de celle du MRAP dont il est membre (BE &CA)

COMMENTAIRES  

06/12/2009 08:53 par CN46400

Les musulmans manquent de lieux de prières en France, pourquoi ne pas leur attribuer certaines églises désaffectées (propriétés de l’Etat) ? Cela se pratique déjà au bénéfice des protestants !

07/12/2009 18:39 par RedGuff

Bonjour.
Non seulement je suis d’accord avec le commentaire proposant de faire les cultes musulmans dans les églises publiques, mais il faudrait que ces lieux de culte soient communs pour toutes les religions, y compris au "culte" de la non existence divine.

07/12/2009 20:34 par CD

En sommme, des maisons communes pour les croyants et non croyants. Les non croyants y tiennent des réunions citoyennes, syndicales, politiques... ou spirituelles sans Dieu ni appareil religieux.

07/12/2009 20:54 par legrandsoir

Hum... on pourrait appeler ça des "bourses du travail", ou des maisons de quartier ou d’assocs. Je vais proposer ça à la prochaine réunion de cellule.

07/12/2009 21:04 par JOLLY ROGER (aussi)

exilés en Inde nous avons du chercher, et c’est pas facile, un domicile loin des mosquées (5h du matin), des temples (6h du matin), et des églises (7h du matin) qui se font tous concurrences à coup de hauts parleurs mal réglés pour se faire remarquer des "fidèles". Et ici a part pour les plus "éduquées", les femmes restent à la maison toute "religions" confondues. Ce n’est peut être que parce que l’église s’est vue posée des limites en France qu’elle fait moins peur que d’autres "religions"

07/12/2009 22:20 par Irving

Moi, je veux bâtir un temple chrétien à Alger et surtout me promener sur ses places publiques en prêchant le nom de Jésus.

08/12/2009 09:07 par CN46400

J’ai connu un temps où les églises ne manquaient pas à Alger, il doit bien en rester quelques unes !

08/12/2009 11:24 par Agnès

Bonjour Irving,

Moi, je veux bâtir un temple chrétien à Alger et surtout me promener sur ses places publiques en prêchant le nom de Jésus.

Près de Tipaza existe le Tombeau de la Chrétienne, un Véritable Temple qui ne demande qu’à être réactiver, Allez-y !
A St-Eugène(Alger)une merveilleuse Basilique (sur la belle coline de St-Eugène) domine tout Alger, la vue est magnifique ! De toute part, les gens viennent faire des offrandes et allumer des cierges à la Vierge Noire !
Bien à vous

08/12/2009 13:11 par Fethi GHARBI

Ce que vous semblez ignorer cher Irving est que Jésus est pour les musulmans un prophète et que son nom est souvent prêché dans les mosquées.

Quant à votre rêve de voir des églises à Alger, soyez sans crainte, il a déjà été exaucé par les colons qui malheureusement n’ont pas fait que construire des églises !

08/12/2009 15:23 par Agnès

@Irving,
J’ai oublié de vous préciser le nom de la Basilique :
"Notre Dame d’Afrique", et les Pères Blancs se feront un plaisir de vous y accueillir ! Il se peut que vous puissiez être déstabilisé par la Vierge, elle est Noire ! Désolé mais elle correspond à l’Afrique...Alger est en Afrique ;) !

@fETHI
Bien d’accord avec vous à propos de Jésus Christ, mais malheureusement l’ignorance reste le plus GRAND MAL, quelle désolation !

08/12/2009 18:31 par Fethi GHARBI

Chère agnès

L’ignorance n’est pas un mal en soi , nous sommes tous quelque part ignorants de tant et tant de choses.

La catastrophe est que lorsqu’on se croit débarrassé à jamais de l’ignorance et dépositaire du savoir universel !

09/12/2009 07:52 par JOLLY ROGER (aussi)

je pense que l’on entends pas assez les intellectuels de certaines religions, ceux qui auraient un regard critique.
par exemples des juifs au états unis luttent contre la circoncision (blessure, traumatisme, signe distinctif posé sur une personne sans demander son avis...). Entendre ses personnes qui luttent contre la pression des religieux et des "fidèles" sur les autres, pourquoi le ramadan est il si populaire et pas les cinq prières privés à la maison. Ainsi apparaitrai que tous les croyants ne sont pas fanatiques ou montons manipulés. Alors peut on entendre ces critiques internes, ou ces derniers ont ils tout simplement abandonné les religions ?

09/12/2009 17:07 par Mourad

Pourquoi mon commentaire est passé a la poubelle ?

Est ce qu’il choquait d’une façon quelconque ? , je ne crois pas.

En répondant a cet articles, je disais simplement que on nous prend la tête a nous Musulmans d’Europe avec vos débat biaisé, vos polémique sérieusement prise de tête et très hypocrites, sur le sujet de l’Islam, vous pouvez critiquer une religion peut importe laquelle, mais en Europe, aujourd’hui le problème est autre aujourd’hui on pose une question aux européens et ce de façon très confuse, et selon une image de média toujours plus rabaissante pour les croyants musulmans, cette question est : faut t’il oui ou non enlever leurs droits (inaliénable) d’exercer leur foi en liberté et paix, ou doit on les leurs minimiser jusqu’à ce qu’ils ne soient plus visible ? ou que carrément, cela soit a un point ou eux même ne souhaitent plus trop exercer (on les appellera modérés) tellement cela deviendra difficile de déclarer sa foi publiquement sans être tout de suite très mal vus, apostropher de façon xénophobe, et aux pire faire face a des violences...

Je me répète les Minarets on s’en bas les couilles.....
Trouver des sujets plus intéressants, au niveau de notre époque et sur L’Islam il y a surement plus subtil plus contemporain .

Le croyant en Islam peut prier ou il veut il a le choix de l’adaptation, par exemple mon amis poubellier qui conduit le camion, s’arrête pour prier en bordure de route sur de la pelouse, son métier l’y oblige un peu et ça ne le gène pas le moins du monde.

faitent chié avec vos minarets c’est pour les friqués saoudiens ça pas pour le communs de la peuplade.

10/12/2009 13:52 par Fethi GHARBI

@ Mourad

Soyez armé de patience cher ami !

Car après le foulard, la burka, le minaret..d’autres métonymies viendront égayer le peuple...il faut bien diversifier pour divertir !

Les peuples européens ont été habitués depuis des lustres de mordre dans des épouvantails, ça les soulages
de leurs vrais problèmes sans pour autant les résoudre...

Une fois c’est les juifs, une autre c’est les ritals puis c’est les nord’af (ratons, bicauds, bougnouls) aujourd’hui c’est l’islam.

Le problème est que les décideurs occidentaux ont cette fois-ci mal choisi leur épouvantail : la mystification est en train de se transformer en tragédie.

10/12/2009 16:58 par Camille Loty MALEBRANCHE

Je suis pour une vraie laïcité de l’espace public où nulle religion officielle n’étale ses institutions ni n’ouvre boutique. Mais ce tintamarre au sujet des minarets et de l’identité, n’est-il pas une diversion sciemment orchestrée par les ploutocrates au pouvoir afin de détourner le peuple des vraies questions publiques le concernant ? N’est-ce pas une façon de faire oublier les sacrifiés de la "crise économique" qui ne tue que les petits auxquels on fait payer les erreurs des puissants banquiers, financiers, industriels commerçants, spéculateurs qui ont "trop volé" cette fois par le crédit exponentiel, et n’ont pas laissé l’économie réelle se réajuster !

10/12/2009 19:24 par Fethi GHARBI

Bien dit Camille !

11/12/2009 01:57 par emcee

Moi aussi, Fethi, je suis entièrement d’accord avec Camille : tous ces "buzz" autour des minarets, des burqa et autres mosquées sont là pour servir une oligarchie qui assoit son pouvoir en attisant des haines viscérales de façon à détourner les indignations que provoqueraient les véritables problèmes dont elle est entièrement responsable.

En revanche, je ne comprends pas bien ce que veut dire cette phrase : "Je suis pour une vraie laïcité de l’espace public où nulle religion officielle n’étale ses institutions ni n’ouvre boutique".

1) la "laïcité" est le principe de séparation des pouvoirs politique et administratif de l’État du pouvoir religieux - sur lequel s’appuie la Constitution française.

Elle énonce clairement que la République reconnaît à chacun la liberté de conscience et d’expression, mais ne favorise aucun culte en particulier. Donc, "une vraie laïcité de l’espace public" ne signifie rien. Peut-être est-il question de "neutralité", alors ?

Toutefois, dans les textes fondateurs, le devoir de neutralité n’est imposé qu’aux fonctionnaires d’état dans l’exercice de leur fonction et aux établissements publics.

(Rien n’empêcherait donc une entreprise privée d’accrocher des crucifix sur les murs, si tel était le désir du patron - la religion chrétienne ayant cédé le pas à la religion de l’argent, on n’y verra pas plus pour autant, je suppose, et pour d’autres raisons, des billets de banque).

2) La seconde partie de la phrase est également obscure.
D’abord, on le voit, si on s’appuie sur le principe de laïcité, qu’il n’y a pas de "religion officielle", puisqu’elles sont toutes censées être sur le même pied d’égalité.

Toutes les religions, d’autre part, ont le droit de disposer de lieux de prière si elles le souhaitent.

Dire qu’elles ne doivent pas "étaler leurs institutions ni ouvrir boutique", cela veut-il donc dire que les églises devraient être rasées et que les fidèles de "nouvelles" religions devraient renoncer à la liberté de culte prônée par la loi de 1905 ?

Quant aux diverses "laïcités" indiquées dans le billet de départ, ce sont des aberrations. Il n’y a ni laïcité-séparation, ni laïcité-neutralité, ni laïcité-équilibration. Pas plus que la laïcité ne peut être "positive", concept que voudrait nous fourguer le chanoine de Latran.

Pour ce qui concerne ce billet, il réinvente, dans une pseudo-analyse, la laïcité pour en arriver à dire en filigrane que les musulmans doivent faire des concessions vis-à -vis de leur religion pour ne pas choquer le bon "Français" de souche.

Exemples :

" La laïcité a pour but de créer un espace commun ou il est possible de vivre ensemble en reconnaissant des différences qui sont acceptables non excessives".

"... qu’elle tranche un conflit de société en acceptant un peu mais en refusant l’excessif, l’abusif".

"... l’autre plus modérée qui les acceptent mais limitant à l’avenir le caractère ostensible et grandiose tant pour les grands minarets que les grands clochers".

"Moins de grandiose et plus d’humilité pour les religions ne saurait faire de mal à la tolérance mutuelle".

"Ce compromis devrait limiter l’emprise forte du religieux dans l’espace public. Autoriser certes mais en donnant des limites. Ce qui pose problème ce n’est pas l’existence de minarets discrets c’est l’existence de grands minarets et de minarets faisant appels bruyants à la prière".

En quelque sorte, les minarets doivent être discrets, les appels à la prière muets, les foulards invisibles et les musulmans, eux, seraient bien avisés (dans l’intérêt du "vivre ensemble", nouveau cliché) de "manger du porc et boire de la bière", même si, on le leur concède, on leur reconnaît le droit de pratiquer le ramadan, mais, attention, sans ostentation !

Et Mourad le dit très clairement : ce ne sont pas les minarets que veulent les musulmans dans leur immense majorité. C’est qu’on cesse de les stigmatiser et qu’on les accepte avec leurs différences.

Le principe même de la laïcité.

11/12/2009 13:09 par Camille Loty MALEBRANCHE

Salut Chers Fethi et Emcée.

Je remercie Emcée pour sa nuance car c’est précisément la neutralité religieuse totale de l’espace public que j’appelle "vraie laïcité". On sait que le Christ lui-même s’insurgeait contre les pharisiens à cause de leur ostentation de la religion ainsi subvertie et rendue chose extérieure loin de la vie intérieure, la conscience profonde qu’elle est censée transformer pour rendre l’homme meilleur.

La calotte juive comme la soutane du prêtre devraient aussi être interdites en lieu public non religieux si les insignes musulmans doivent l’être. C’est tout. Vive l’égalité des droits religieux et la laïcité totale dans l’espace public neutre.

Et puis, avec les horreurs du capitalisme qui contourne constamment ses torts pour accuser et gruger le peuple comme par cette taxe sur le carbone après les milliards versés aux banquiers coupables, il est temps qu’on nous foute la paix avec des inepties racistes et sociocentristes comme l’identité nationale, les minarets ou le slip du fils de Sarkozy.

11/12/2009 15:12 par emcee

Merci, Camille, pour ces explications éclairantes.

Il faut le dire haut et fort : le problème ne vient pas d’une religion en particulier, ou d’une "communauté" spécifique, mais de l’idéologie capitaliste qui déroule sa propagande pour s’assurer la pérennité, malgré d’évidentes exactions commises dans le monde entier.

Les épouvantails furent les communistes du bloc de l’est. Ce sont aujourd’hui les "musulmans".

Hélas, on peut regretter que les populations n’aient pas cette lucidité et se laissent embrigader par des ploutocrates toujours plus avides de sang et de pouvoir.

11/12/2009 19:58 par Christian D

Vous dites :

ce ne sont pas les minarets que veulent les musulmans dans leur immense majorité. C’est qu’on cesse de les stigmatiser et qu’on les accepte avec leurs différences.

Je suis d’accord pour que l’on cesse de stigmatiser les musulmans en général mais il en va des musulmans comme de certains chrétiens ou de certains juifs, ils peuvent avoir un gout pour l’affichage ostensible/ostentatoire qui déplait. Vous dites que l’immense majorité de musulmans ne souhaitent pas de minarets. Dont acte. Mais pour la fraction qui en voudrait je propose de chercher un compromis d’équilibration qui évite le grandiose et autorise le modeste. Cela vaut aussi pour les clochers et les autre constructions religieuses élevées.

Toutes les différences ne sont pas aussi acceptables qu’on le dit la bouche en coeur : le religieux envahissant a un aspet oppressant tout autant que les affichages marchands

12/12/2009 01:16 par emcee

Il y en a "certains" qui ... Vous jouez à vous faire peur, là . Qui détient les armes les plus puissantes et impose sa loi partout dans le monde ?

La religion, si on n’en parlait moins, on en entendrait moins parler.

Seulement, on la remet sans cesse sur le tapis pour attiser les rancoeurs, en sautant sur le moindre fait divers pour épier tous les faits et gestes et en faire une généralité d’une infime minorité qui profite de cette agitation pour faire sa propagande et gagner des adeptes.

Quant à mettre sur le même plan les clochers, déjà construits et largement implantés en France, et qui ont peu de chances de devenir une exigence de l’église catholique, et les minarets, c’est juste pour laisser croire que vous traitez les religions sur le même pied d’égalité.

En outre, préconiser qu’il soit décidé (et par qui donc ? une "commission" dont ce gouvernement a le secret ?) si l’édifice religieux a un caractère "ostentatoire ou modeste", là encore, c’est une bien étrange proposition (euphémisme).

Il me semble également qu’il faudrait d’abord et surtout exiger cette rigueur pour toutes ces horreurs qu’on nous impose chaque jour, entre les constructions erratiques, les panneaux publicitaires agressifs et omniprésents, les couleurs criardes de certaines devantures, les milliers de franchises de multinationales, construites sur le même modèle hideux, qui se sont implantées sur tout le territoire, parfois même en s’emparant d’un site naguère remarquable, les "animations" vulgaires diffusées par haut-parleur dans les centres-villes, les zones industrielles sordides, etc.

Alors, avant de vouloir imposer des normes à quelque minaret, je propose qu’on décide d’abord de raser tout ce qui défigure effectivement le paysage actuellement : tous ces temples et ces icônes de la société de consommation qui nous mène depuis des décennies à une indifférence coupable et qui cible pour nous nos indignations et nos peurs.

12/12/2009 12:04 par Fethi GHARBI

@ emcee

Si on construisait en face de chaque clocher un minaret, cela donnerait une symétrie d’une rare originalité !

Quel beau dialogue spirituel, architectural, musical ! ( l’appel à la prière des moazins est chanté sur des gammes musicales orientales, bien entendu)

Une harmonie ô combien émouvante !

Mais arrêtons de faire peur !

Je plaisante les amis !

12/12/2009 13:04 par emcee

Mais quelle bonne idée de "rééquilibration", Fehti !

On demanderait au bedeau, au lieu de bêtement sonner les cloches dont plus personne ne connaît la symbolique, d’appeler à la prière comme le mufti, et que le meilleur gagne ! ;-)

12/12/2009 20:04 par Agnès

Bonsoir à Tous,

Au-delà de tout, c’est sympa de garder le sens de l’humour, c’est pourquoi je vous propose un Bon Moment avec cette vidéo : "Réponse des Guignols aux islamophobes".
http://www.youtube.com/watch?v=iYEs_mhTbK8&feature=player_embedded#

Bon week-end.

14/12/2009 14:55 par yelrah

Et ça vous a réellement fait sourire ?

14/12/2009 16:28 par Agnès

@ yelrah

Et ça vous a réellement fait sourire ?

Oui pas vous ?
Je suis une bonne vivante, donc en effet j’aime sourire et même rire de la méchante bêtise de tous ces Dupont la Joie et tartempions du PMU, oh pardon... j’ai inversé... de l’UMP !
Je préfère de loin voir "les "infos des guignols", plutôt que de subir les "journaux merdiatiques télévisés" de toutes ces chaînes "toutous" aussi débiles les unes que les autres.
Très récemment (le 8 décembre) lors d’une séance de remise de " légion d’honneur", l’Occupant de l’Elysée n’a pas hésité à régler ses comptes avec Canal+, en affirmant : "qu’à l’époque des Nuls, l’humour ne prenait pas parti et n’offensait personne", il n’a même pas salué Bertrand Méheut, président de la chaîne.

Eh bien oui, j’aime l’émission "Les Guignos" qui prend parti pour les musulmans et qui ne manque jamais une occasion de viser et de ridiculiser ce "Pouvoir" qui me donne envie de gerber toutes les 5secondes !

05/01/2010 10:23 par CD

Quand la liberté de religion devient emprise du religieux, la solution est dans l’équilibration.

Un peu çà va, beaucoup c’est trop n’est pas une question de personnes mais de symboliques, d’emprise de la bondieuserie. A un moment "çà gave ! " Trop c’est l’oppression. Emprise et oppression vont de pair. Le problème est que c’est assez subjectif. C’est donc à la démocratie de dire quand il y a de trop de religieux, de toutes les religions s’entend. Pas sur la base de l’éradication mais de la reconnaissance et de la liberté de religion.

.
1 ) Commençons par le droit et la religion.

La liberté de religion, c’est bien plus que la lberté de conscience. La chose est entendue. C’est aussi une certaine pratique autorisée en privé et en public. C’est là que la discussion commence nous le verrons plus loin.

En France, avec la laïcité reconnue, le droit ne dit rien de la religion hors de ses pratiques. Toutes les convictions même les plus bizarres ou les plus farfelues sont admises. Et l’athée que je suis trouve cela normal puisqu’elles sont à un titre ou à un autre toutes farfelues et bizarres. Aucune ne tient debout. Le législateur n’est pas athée nécessairement mais laïque. En conséquence il ne s’occupe pas une seconde des croyances car il s’interesse exclusivement qu’aux pratiques individuelles et communautaires (de groupe). Le droit dit : chacun a les croyances qu’il veut et chacun peut libremment les critiquer car elles sont contradictoires. Le droit dit surtout : je ne connais que l’extériorisation des convictions notamment sous la forme du "libre exercice des cultes" qui s’effectue en lieu clôt ou à ciel ouvert lorsqu’il s’agit de manifestations. Ces manifestations peuvent être restreintes dans l’intérêt de l’ordre public. La liberté d’extériorisation n’est pas absolue. Le droit apporte des limites à cette liberté de principe.

2) Le conflit des prosélytismes

La liberté de religion reconnait la liberté du prosélytisme. Soit. Cela ne fait pas nécessairement souci quand il s’agit d’un discours car il peut y avoir un contre-discours. Il est bon que l’on ne passe pas son temps à s’échanger nos croyances et nos non croyances car pendant ce temps-là on ne produit pas grand chose en terme de valeur d’usage utile à la société pour les socialistes mais pas plus en terme de valeur d’échange pour les marchands et les capitalistes. Donc quelque part pour les socialistes comme les capitalistes, la philosophie de la laïcité conçut comme la mise en suspension de ce débat - qui n’en est pas un chacun gardant ses convictions- assure la paix et la production.

3) La question de l’emprise du religieux.

Le religieux ici signifie la totalité des manifestations extérieures de toutes les religions. L’emprise du rellgieux peut être sociale et proximale.
Quand sur un territoire donné vous avez profusion de symboles religieux en tout genre des bâtiments divers aux voilles islamiques et kippa il peut y avoir surdose du religieux du fait de cette emprise. L’atmosphère sociale est sous emprise du religieux.
L’emprise peut être proximale si dans un espace restreint un(e) individu affiche ostensiblement et durablement des symboles sacrés. La réponse peut-elle venir du blasphème ? Le blasphème est parfois la réponse à la surcharge de sacré. Mais on ne va pas passer son temps à blasphémer. Vous pour pouvez mettre un panneau qui indique que la religion vous défrise celle-là comme les autres (voir plus encore que les autres) . Certains croyants et certains religieux et même certains spiritualistes n’imagine pas combien l’affichage du sacré peut être pénible et agaçant dans certaines circonstances . L’affichage ostensible et durable de sa religion dans un cadre proximal mérite de plaider pour les affichage discrets de la religion contre les affichages ostensibles.

Christian Delarue

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