« Informer n'est pas une liberté pour la presse mais un devoir »
RSS SyndicationTwitterFacebookFeedBurnerGoogle ReadereBuzz
 
Analyse d’une opération d’enfumage tranquille

France 2 et le Pacte budgétaire européen

Les remarques ci-après se rapportent au deuxième sujet (après les caricatures de Mahomet de Charlie Hebdo) du journal télévisé de 13 h de France 2 du 19 septembre : le Traité (ou Pacte) budgétaire européen.

Élise Lucet : "Le deuxième grand titre de l’actualité, c’est la loi d’application du traité budgétaire européen, qui a été présentée ce matin en conseil des ministres. Les deux textes seront soumis au Parlement début octobre et ça n’est pas gagné pour Jean-Marc Ayrault. Ce qui est paradoxal, c’est que le Premier ministre va bénéficier du soutien de nombreux élus de droite, alors qu’à gauche la grogne monte et que certains députés affirment déjà qu’ils ne voteront pas pour. Sophie Brunn, Pascal Caron."

[Voix off de la journaliste]. "Pas moins de cinq ministres pour accompagner Jean-Marc Ayrault à la tribune. Visiblement il faut faire bloc sur le traité européen. [Présentation du Premier ministre].

Jean-Marc Ayrault : "Le vote du Parlement, que je souhaite massif, sera un vote qui donnera encore plus de force à la voix du président de la République dans les prochains rendez-vous européens. Plus le message parlementaire, plus le vote sera fort, plus la voix de la France sera
forte et plus nous pourrons continuer à la réorientation de l’Europe".

[Reprise de la voix de la journaliste avec vues de A. Merkel et N. Sarkozy"]. "Paradoxalement, c’est à droite que Jean-Marc Ayrault fera le plein de voix. Car le traité européen a été négocié par Nicolas Sarkozy et Angela Merkel. L’UMP et les centristes n’ont aucune hésitation à le voter".

[Vue et propos de F. Fillon]. "C’est le traité que nous avons négocié, qui a été négocié par le gouvernement français dont j’étais le responsable sous l’autorité de Nicolas Sarkozy. Il n’y a pas une ligne qui a changé, il n’y a pas une virgule qui a été modifiée. Donc nous serions totalement incohérents de ne pas le voter. Bien sûr que nous allons le voter".

[Vue et propos de J.-.L. Borloo] "On va évidemment le ratifier. Je ne vois pas où est la difficulté". [Question du journaliste à Borloo : "Pas d’état d’âme ?" Réponse : "Aucun état d’âme !"]

[Vue de F. Hollande et voix de la journaliste] : "C’est bien là le problème pour une partie de la gauche. Même si depuis l’élection de François Hollande un volet croissance a été ajouté au traité, une vingtaine de députés socialistes devrait voter contre, tout comme les communistes et une grande partie des Verts".

[Vue et interview du sénateur vert Jean-Vincent Placé] : "Plus d’austérité, plus de rigueur, qui sera durable, d’ailleurs, avec ce traité. Je crois que ça ne correspond pas aux enjeux. Il devait être renégocié, il ne l’a pas été ou pas suffisamment...].

[Vue du Parlement et voix off de la journaliste]. "Malgré les défections de certaines voix à gauche, le traité devrait être adopté grâce à la droite, sans difficulté".

[Retour à Élise Lucet] "Il faut être honnête : ce traité budgétaire reste un peu obscur pour la plupart d’entre nous. Alors que contiennent ces deux textes qui vont être soumis au Parlement ? Quelles sont les conséquences, les changements qu’ils impliquent pour la France ? Valéry Lerouge nous a rejoints sur ce plateau. Valéry, bonjour, on va essayer d’y voir un petit peu plus clair avec vous. Il y a d’abord le volet discipline budgétaire".

Valéry Lerouge. "Oui, avec l’instauration de la fameuse règle d’or, c’est-à -dire que les pays s’engagent à avoir des budgets à l’équilibre, ça paraît évident, mais ça fait 40 ans que ça n’est pas arrivé en France. Alors, il y a une petite tolérance. Le traité fixe un déficit dit structurel, de 0,5 % de son PIB, de la richesse nationale. Structurel, ça veut dire qu’on ne tient pas compte, qu’on exclut les dépenses un peu extraordinaires qui viennent plomber le budget une année, comme par exemple un plan de sauvetage pour l’automobile. A titre de comparaison, ce déficit structurel est cette année de 3,2 % pour la France, il y a donc du chemin à parcourir. Le traité prévoit, c’est le deuxième point, des sanctions. Si un pays sort des clous, eh bien la cour de justice européenne prévoit une amende allant jusqu’à 0,1 % du PIB. J’ai calculé, pour la France, ça ferait quand même la coquette somme de 2 milliards d’euros".

Élise Lucet : "Valéry, pourquoi certains craignent-ils une perte de souveraineté ? Qui va contrôler le budget du pays si ces deux textes sont votés ?"

Valéry Lerouge : "Toujours le gouvernement français. Mais désormais, il sera surveillé [Ici, avec deux doigts de chaque main il esquisse comme des guillemets à ce terme "surveillé" qu’il vient de prononcer] , encadré par le Haut conseil des finances publiques, une instance indépendante qui sera nommée pour l’occasion. Huit membres, quatre nommés par la Cour des Comptes, quatre autres par le Parlement et ce conseil, eh bien, devra publier une alerte si un pays dépasse la règle d’or, n’en tient pas compte, et le gouvernement sera obligé d’en tenir compte. En clair, le gouvernement n’a plus tout à fait les mains sur son budget, il sera soumis à ce haut conseil.".

Élise Lucet : "Merci, Valéry Lerouge, pour ces explications et ces précisions tout à fait nécessaires".

Remarque 1. Le mécontentement de la gauche protestataire est qualifié de grogne, terme débouchant sur deux sens péjoratifs. Le premier est connoté au terme "animal" de groin (museau du porc), qui suggère que les protestataires manifestent à l’égard du traité un mécontentement infrahumain, instinctif, non articulé - et donc non raisonné. Ils sont contre, mais ne savent pas pourquoi : ils sont contre, mais bêtement. Le second renvoie aux "grognards" de la Grande Armée, qui grognaient sans arrêt... mais qui marchaient ! [Et qui marchaient de Madrid à Moscou]. Suggestion implicite : tous ces "grognements", c’est de la comédie : les protestataires finiront par voter le traité, comme les copains...

Remarque 2. On ne peut pas dire qu’une part égale ait été laissée aux deux parties. Pour le traité, on nous présente Ayrault, Fillon et Borloo (qui prononcent 133 mots). Contre le traité Jean-Vincent Placé (33 mots). Et, bien entendu, on ne sait pas, à la fin du reportage, pour quelle raison [sûrement pour de la "grogne"...] certains parlementaires ne le voteront pas.

Remarque 3. Valéry Lerouge parle de "budgets à l’équilibre", qui devraient être une "évidence", ce qui est tout... sauf, précisément, évident ! Car, avec cette "évidence", Valéry Lerouge essaie de faire passer ce gros mensonge de la droite, qui présente abusivement le budget national sur le modèle du budget familial. On ne doit pas dépenser plus qu’on ne gagne ! Ce qui, pour le budget de l’État est absurde car, précisément, l’État agit au rebours du ménage : il détermine d’abord ses dépenses et adapte ses recettes en conséquence. Ce que vise la droite, ce n’est pas tant "l’équilibre" que les attributions de l’État dont elle estime qu’elles seraient mieux remplies par le privé : à savoir tout, sauf l’armée. Et encore...

Deuxième "mensonge" : les budgets sont toujours présentés à l’équilibre. Le total des recettes équilibre toujours celui des dépenses. Ce que ne veut pas la droite - et qu’elle ne précise pas - c’est que ce qui n’est pas couvert par l’impôt est couvert par l’emprunt. [Réflexion d’autant plus étonnante qu’une des activités favorites de la droite au pouvoir est de lancer des emprunts (emprunt Pinay, emprunt Giscard...) qui fonctionnent comme une énorme pompe à aspirer l’argent des classes moyennes et populaires vers les classes riches.]

Remarque 4. Lorsque Valéry Lerouge attribue au seul gouvernement français la compétence de surveillance du budget (pour dissimuler la compétence d’instances supranationales), il lâche un gros mensonge... par omission. En effet, c’est non seulement la Cour de justice européenne - comme il l’indique en passant, et comme si de rien n’était - qui surveillera la France (ou n’importe quel pays), mais aussi la Commission européenne, mais aussi le Conseil des ministres, mais aussi tout État qui estime qu’un autre État "sort des clous" et qui peut donc le dénoncer à la Cour de Justice. Valéry Lerouge dissimule sciemment que ce traité représente une perte de souveraineté du pays auprès d’instances non élues car les citoyens des pays d’Europe n’ont élu ni la Commission, ni le Conseil, ni la Cour de Justice...

Remarque 5. Il m’avait semblé entendre, avant les élections présidentielle et législative, que le Parti socialiste refusait de voter la règle d’or. Mais je devais avoir mal entendu...

Remarque 6. Ce traité représente, pour tous les pays d’Europe, une considérable diminution de leurs puissances souveraines. Il est une atteinte à la démocratie. Il va se traduire par une austérité féroce pour les salariés, les retraités, les assurés sociaux. Et une austérité féroce, qui durera des années... et ne fera qu’aggraver encore plus la situation à laquelle il est censé remédier ! [Comme Gribouille qui se jette à l’eau pour ne pas être mouillé]. Mais France 2 ne semble pas faire de grands efforts pour en dévoiler les tenants et aboutissants. Il est vrai que les caricatures de Mahomet ou les seins de la duchesse de Cambridge sont des sujets autrement importants...

Philippe Arnaud

URL de cet article 17766
 
 

ARTICLES ASSOCIES
 

La provocation est une façon de remettre la réalité sur ses pieds.

Bertolt Brecht

 

La Tiers-Mondialisation de la planète - Bernard Conte

La Tiers-Mondialisation de la planète, c’est le laminage des classes moyennes et la polarisation riches-pauvres de l’ensemble des sociétés, les ramenant toutes à l’état du Tiers-monde d’avant les « miracles ».
On peut diversement décrire ce phénomène : « prolétarisation des classes moyennes », « classes moyennes à la dérive », « déclassement »… Bernard Conte analyse le caractère universel de cette transformation sociale comme résultat des politiques économiques néolibérales mises en oeuvre depuis le milieu des (...)

Commentaires
France 2 et le Pacte budgétaire européen
22/09/2012 à 09:12, par BOB

Le Pacte de stabilité et de croissance renforcée est une directive qui donne à la Commission des outils de contrôle et de sanction en cas de dépassement du plafonnement des dépenses publiques. Elle peut ainsi imposer à un État de réduire sa dette publique, sauf s’il s’agit de « "‰sauver"‰ » les banques.

Les principales dates de la construction de l’Union européenne montre que les objectifs"‰sont de stimuler la compétitivité, stimuler l’emploi, contribuer à la stabilité des finances publiques, renforcer la stabilité financière, et pour cela il est préconisé notamment de « "‰rendre le travail plus attractif"‰ » et de « "‰réformer les retraites"‰ » aboutissant à un véritable recul en matière de droit du travail et de protection sociale.

Voir une analyse du TSCG ici :
http://2ccr.unblog.fr/2012/09/13/la-regle-dor-pas-lage-dor/

#86144 
France 2 et le Pacte budgétaire européen
22/09/2012 à 12:03, par Clyde Barrow

Très bon travail de décryptage.

Malheureusement ce sera comme ça sur toutes les chaines de télé, toutes les radios et tous les journaux (sauf L’Humanité et Politis).

En URSS ils avaient la Pravda, nous on en a 1000 de Pravda.

#86149 
France 2 et le Pacte budgétaire européen
22/09/2012 à 14:29, par Anonyme

Analyse intéressante du fonctionnement de l’objectivité d’un JT.
Cependant on ne voit pas très bien ce qu’on devait attendre de France 2 dans ce cas précis, où la droite dans l’opposition et la majorité socialiste démocratiquement élue il y a quelques mois votent pour l’austérité.

#86154 
France 2 et le Pacte budgétaire européen
22/09/2012 à 16:22, par CN46400

Même démarche sur Radio-Solférino, pardon France Inter,. On commence par pester contre la pseudo-complexité du sujet, "qui favorise ceux, les populistes, qui sont opposés" ; puis un commando de "spécialistes", les "élites" oui-ouistes de 2005 en général, accaparent l’antenne pendant de longues minutes pour nous expliquer qu’après la ratification du traité "Merkozy", pardon, excusez moi, du Pacte Budgétaire Européen, le PBE, ça ira tellement mieux. Aujourd’hui on paye, mais demain, avec le PBE, c’est gratis qu’on rasera....ouais.

Et Hollande, bientôt, qui va s’occuper du "monde de la finance".......A Neuilly on stocke déjà les mouchoirs, parceque les larmes, ça va sérieusement dégringoler !

#86159 
France 2 et le Pacte budgétaire européen
24/09/2012 à 14:46, par E.W.

Il fut un temps, pré-électoral, où étaient soupçonnés, par leurs camarades, de jouer les Cassandre ceux qui annonçaient les énièmes trahisons du PS.

Force est de constater les positionnements pour le moins étranges du PS qui ne se donne même plus la peine de pratiquer l’abstention dynamique mais qui appelle ouvertement ses députés à voter en faveur d’un traité élaboré sous la bienveillance (notoirement connue et reconnue) de l’UMP.

On imagine la SFIO accueillir des textes préparés par la Fédération républicaine, ambiance...

#86219 
commenter
AGENDA
vendredi 24 mai 2013
samedi 25 mai 2013
samedi 25 mai 2013
dimanche 26 mai 2013
mercredi 29 mai 2013
mercredi 29 mai 2013
samedi 1er juin 2013
samedi 1er juin 2013
samedi 1er juin 2013
samedi 1er juin 2013
lundi 3 juin 2013
jeudi 20 juin 2013
dimanche 23 juin 2013
Pour les accros des réseaux sociaux

 

A lire

 

A NE PAS MANQUER OU A RELIRE
Médias et Information : il est temps de tourner la page.
« La réalité est ce que nous prenons pour être vrai. Ce que nous prenons pour être vrai est ce que nous croyons. Ce que nous croyons est fondé sur nos perceptions. Ce que nous percevons dépend de ce que nous recherchons. Ce que nous recherchons dépend de ce que nous pensons. Ce que nous pensons dépend de ce que nous percevons. Ce que nous percevons détermine ce que nous croyons. Ce que nous croyons détermine ce que nous prenons pour être vrai. Ce que nous prenons pour être vrai est notre réalité. » (...)
41 
Ces villes gérées par l’extrême-droite.
(L’article est suivi d’un « Complément » : « Le FN et les droits des travailleurs » avec une belle photo du beau château des Le Pen). LGS Des électeurs : « On va voter Front National. Ce sont les seuls qu’on n’a jamais essayés ». Faux ! Sans aller chercher dans un passé lointain, voyons comment le FN a géré les villes que les électeurs français lui ont confiées ces dernières années pour en faire ce qu’il appelait fièrement « des laboratoires du FN ». Arrêtons-nous à ce qu’il advint à Vitrolles, (...)
22 
L’UNESCO et le «  symposium international sur la liberté d’expression » : entre instrumentalisation et nouvelle croisade (il fallait le voir pour le croire)
Le 26 janvier 2011, la presse Cubaine a annoncé l’homologation du premier vaccin thérapeutique au monde contre les stades avancés du cancer du poumon. Vous n’en avez pas entendu parler. Soit la presse cubaine ment, soit notre presse, jouissant de sa liberté d’expression légendaire, a décidé de ne pas vous en parler. (1) Le même jour, à l’initiative de la délégation suédoise à l’UNESCO, s’est tenu au siège de l’organisation à Paris un colloque international intitulé « Symposium international sur la liberté (...)
15 
Reporters Sans Frontières, la liberté de la presse et mon hamster à moi.
Sur le site du magazine états-unien The Nation on trouve l’information suivante : Le 27 juillet 2004, lors de la convention du Parti Démocrate qui se tenait à Boston, les trois principales chaînes de télévision hertziennes des Etats-Unis - ABC, NBC et CBS - n’ont diffusé AUCUNE information sur le déroulement de la convention ce jour-là . Pas une image, pas un seul commentaire sur un événement politique majeur à quelques mois des élections présidentielles aux Etats-Unis. Pour la première fois de (...)
19 
Vos dons sont vitaux pour soutenir notre combat contre cette attaque ainsi que les autres formes de censures, pour les projets de Wikileaks, l'équipe, les serveurs, et les infrastructures de protection. Nous sommes entièrement soutenus par le grand public.
L'opinion des auteurs que nous publions ne reflète pas nécessairement celle du Grand Soir
 
suivez le Grand Soir sur :
RSS Syndication  |  Twitter FACEBOOK FeedBurner NetVibes Google Reader eBuzz
Administrateurs : Viktor Dedaj | Maxime Vivas