J’ai rasé ta maison …. Je suis un salaud mon frère …

Dédié à Rachel Corrie, écrasée il y aura bientôt dix ans, à Rafah le 16 mars 2003 par un bulldozer .

(La rage et la honte…) (1)

Pardonne moi mon frère
Me suis endormi avec la rage
Suis venu en rêve chez toi
J’ai rasé ta maison
Je suis un salaud mon frère
Pardonne moi…

J’étais accompagné
D’hommes en uniforme
Qui t’ont donné trois minutes
Pour sortir toi et tes enfants
Avant raser ta maison
Je suis un salaud mon frère…

La pelleteuse a effondré le toit
Puis les murs
Sur tes biens et souvenirs
Tu n’avais plus rien
En cinq minutes à peine
Je suis un salaud mon frère…

Ta fille a sauvée sa poupée
Tes illusions et ton passé
Aplatis sous les gravats
Je suis un salaud mon frère
Ce rêve était un cauchemar
Je me croyais maudit me suis éveillé…

+++++

J’ai rasé ta maison
Une nuit pour de faux
Je suis un salaud mon frère
Mais tu es un salaud bien pire
Toi qui dors paisible
Quand je cauchemardise

J’ai rasé ta maison
Par méchanceté virtuelle
Sans songer moi
A voler aussi ta terre
Et habiter là où tu serais né
Tu es un salaud bien pire mon frère…

J’ai rasé ta maison
Dans une folie irréelle
Sans passage à l’acte au matin
Tu gardais ton passé et tes biens
Mais tu es un salaud bien pire
Qui vit sur ce que tu as détruit…

J’ai rasé ta maison
Dans ce délire nocturne
Produit de mon imagination
Tu es un salaud bien pire Colon
Qui évoque Dieu et la Torah
Pour dire que tu es ici chez toi…

J’ai cru raser ta maison
Chasser la mère et les enfants
T’imposer l’exil et clore
Le temps où je n’étais pas là 
Tu es un salaud bien pire qui
T’enorgueillis de l’avoir fait vraiment…

J’ai rasé ta maison
Par méchanceté factice
Tu as arraché les oliviers aussi
Plantés par les aïeux de ceux
Dont tu voles passé et avenir
Tu es un salaud bien pire…

J’ai rasé ta maison
Mais dans mon cauchemar
N’avais osé toucher aux arbres
Tu es un salaud bien pire
Qui prétend aimer une terre
Dont tu arraches la vie…

J’ai rasé ta maison
O pardon pensée impure
Personne ne mérite cela mon frère
Même salaud que tu es
De l’avoir fait subir à 
Des milliers de Palestiniens…

J’ai rasé ta maison
Mon cerveau m’en dit le crime
Dans le tien pelleteuse et bulldozer
Psalmodient l’injonction divine
Tu es un salaud bien pire qui
Invente un cadastre biblique…

J’ai rasé ta maison
Si c’était vrai pour ce crime
J’attendrais le châtiment
Tu es un salaud bien pire
Colon à l’arrogance d’impunité dont
La Torah crois tu serait le passe droit…

J’ai rasé ta maison
Si c’était vrai
J’en devrai expier et réparer
Tu es un salaud bien pire
Qui n’osera jamais dire à tes enfants
La famille qui vivait ici avant toi…

J’ai rasé ta maison
La honte m’envahit
Tu es un salaud bien pire
Qui changera le nom du lieu
Et jurera a ceux qui naîtront ici
Que la Palestine n’existait pas…

J’ai rasé ta maison
Dans cette nuit d’enfer mon frère
Tu es un salaud bien pire
Qui mêle Dieu à tout cela
Et la détruirait pour ne rien laisser
Si tu devais demain repartir…

+++++++

J’ai rasé ta maison je l’ai cru
Une enfant te regarde
Poupée pantelante aux yeux d’étoile
Dans une main pas même vengeresse
Tu es un salaud bien pire
Qui chasse aussi ce miroir…

J’ai rasé ta maison je suis un salaud
Quand nous sommes nés mon frère
A Paris en Russie ou en Pennsylvanie
Nos pères ne disaient pas
Que tu deviendrais voleur de terre
Tu es un salaud bien pire…

J’ai rasé ta maison
Dans un songe de mauvais instant
La honte m’accable mon frère
Tu es un salaud bien pire
Qui piétine une terre non tienne
Et insulte ceux qui le disent…

++++++

Me suis endormi avec la Rage
Pardonne moi mon frère
En rêve j’ai rasé ta maison
En rêve seulement
Me suis réveillé avec la Honte
Sous ton soleil de Sang.

Jacques Richaud

(1) Dédié à Rachel Corrie, écrasée il y aura bientôt dix ans, à Rafah le 16 mars 2003 par un bulldozer . http://www.ibtimes.co.uk/articles/378045/20120828/rachel-corrie-israel-bulldozer-gaza-strip.htm

http://en.wikipedia.org/wiki/Rachel_Corrie

COMMENTAIRES  

20/12/2012 01:46 par ADSkippy

Merci, pour Rachel, ainsi que pour tout ceux, sans noms et sans visages.

21/12/2012 13:39 par Jacques Richaud (L'auteur)

Théâtre Majâz...
Un ami (H.C.) qui a diffusé ce texte, me signale ce beau spectacle à Paris :

A la Cartoucherie, le théâtre Majâz résout le conflit israélo-palestinien

J.-P. Thibaudat
chroniqueur
Publié le 20/12/2012 à 11h01

Les acteurs du Théâtre Majâz se préparant à être optimistes (DR)

A la Cartoucherie, le conflit israélo-palestinien trouve une résolution sur un terrain d’entente et de partage : l’imaginaire. Les négociateurs sont des spécialistes de la question : des comédiens. Ceux du Théâtre Majâz, mot qui veut dire métaphore en arabe. La plupart sont nés dans la région. Le titre du spectacle résume leur énergie et leur pouvoir de persuasion : « Les optimistes. »
De l’école Lecoq à l’enquête menée à Jaffa

Tout commence dans ce vivier qu’est l’école Jacques Lecoq à Paris. Quatre l’on fréquentée dont l’Israélien Ido Shaked et la franco-libanaise Lauren Hussein qui fondent ensemble le théâtre Majâz en 2007. Ils signent ensemble le texte et lui seul la mise en scène de « Les Optimistes ». Ils n’en sont pas à leur premier spectacle mais celui-ci prend à bras le corps leur histoire familiale et régionale (la leur et celle de la plupart de leurs acteurs) à travers une chronique qui se passe à Jaffa.

Ido et Lauren ont d’abord séjourné pendant l’été 2010 à Saint-Jean-d’Acre. Le temps de bâtir un canevas sur lequel les membres de la troupe vont improviser tout en menant parallèlement un énorme travail de documentation. Ils fouillent dans des archives, des livres d’histoire, des romans et se shootent aux poèmes de Mahmoud Darwich.

Telle une mama, Ariane Mnouchkine les a accueillis, hébergés, placés sous son aile et c’est dans le local de répétions du Théâtre du soleil que le théâtre Majâz joue « Les optimistes ».
A qui appartient la maison de Beno ?

En 1948, Jaffa, ville palestinienne, vit beaucoup de ses habitants être expulsés dans des camps de réfugiés au Liban et ailleurs. Les maisons vides étant attribuées à des familles fraîchement émigrés en Israël. C’est le cas du personnage pivot du spectacle, Beno, rescapé des camps, et de Malka son épouse.

Beno se lance à corps perdu dans sa nouvelle vie et sa nouvelle maison. Malka ne s’y fait pas. Enceinte, elle repart en Europe, en France, d’où elle vient et où sa famille juive s’est cachée pendant la guerre échappant aux camps contrairement à celle de Beno qui finira dans les chambres à gaz.

Malla et Beno ne se reverront jamais. Bien des années plus tard, le petit-fils de Malka qui n’a jamais mis les pieds en Israël, et n’a jamais vu son grand-père de son vivant, vient pour vendre la maison de Jaffa dont il a hérité. C’est à ce moment-là que le spectacle commence. Et il va moins revivre que rêver ce passé. il s’y plonge en lui tordant le coup. C’est l’idée forte de ce spectacle gonflé d’espoir. Avec ce corollaire ; toute vérité gagne à être connue. Ainsi les acteurs se posent-il cette question : à qui appartient l’âme de la maison de Jaffa ?

Une scène du spectacle « Les optimistes » (DR)

Un jour Beno reçoit une lettre des anciens habitants palestiniens de la maison. Ils demandent des nouvelles de leur logis d’autrefois dans lequel ils vivent en pensée, des orangers du verger, de leur boutique au coin de la rue. Faut-il leur dire que les orangers ont été rasés, la boutique remplacée par autre chose, les noms des rues changés ?

Beno et ses voisins et amis israéliens et palestiniens restés à Jaffa décident de n’en rien faire, de leur raconter un joli bobard, joli comme un conte oriental, de faire comme si. Bref de réinventer l’histoire sous des atours plus tolérants. Ils en viendront à fonder un journal sur le même principe. On peut devenir la suite, les murs à Jaffa ayant aussi des oreilles.
L’aile protectrice et solidaire d’Ariane Mnouchkine

Joué en français, en hébreu et arabe (sous-titrés) par une distribution bigarrée, le spectacle fait des sauts dans le temps et marque des arrêts pour lire au public un document historique oublié ou occulté. Les acteurs viennent d’Israël, de Palestine, du Maroc, d’Iran, d’Espagne et de France. Ils disent :

« Nous mettons à profit nos identités et nos doubles cultures afin de pousser le discours d’une jeune génération d’artistes engagés. A travers une recherche collective, nous nous réapproprions notre mémoire et apprivoisons celle de l’autre. »

Et ils savent traduire cela en jeu et mise en jeu, en plaisirs d’acteurs. A travers un sens de la fable, un art de la saynète que Brecht n’aurait pas renié, une façon fraternelle de s’adresser au public, une habileté à glisser du récit au dialogue et une scénographie efficace et ludique.

Mnouchkine ne les pas seulement accueillis, elle a trouvé dans le théâtre Majâz un enfant adoptif.
Infos pratiques
"Les optimistes"
Par le Théâtre Majâz

A la Cartoucherie de Vincennes, salle de répétition du Théâtre du soleil (en face du Théâtre de la tempête), jeudi, vendredi 20h30, samedi 14 heures et 20h30, dimanche 14 heures, jusqu’au 22 décembre. Tel. 01 43 74 24 08.
http://blogs.rue89.com/balagan/2012/12/20/la-cartoucherie-le-theatre-majaz-resout-le-conflit-israelo-palestinien-229204

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