L’assassinat de la parole

Antonio Aponte

Quand, dans une société, la parole se détache de son sens, quand la rhétorique vit pour elle-même, quand la fiction contrôle la vie quotidienne, quand la crédulité est propice au mensonge, alors, c’est le signe que la barbarie est proche.

2 Mars 2011 - Les études sur le langage ont fait état de systèmes pervers qui ne reposent que sur les signes de distorsion de la langue, de l’idiome.

Quand les mots perdent leur capacité à communiquer, ou pire, quand ils sont employés pour désorienter et tromper, bien plus que pour communiquer, nous nous approchons de tristes jours.

La perte du sens des mots impose l’usage de la force.

Seule la force peut restituer la correspondance entre le discours et la réalité, fondement de la santé mentale. Un peuple privé de cette cohérence est un peuple rendu fou.

Nous pouvons étudier dans ce cadre la réalité du Vénézuéla. (…)

Le cri agressif se substitue à l’analyse, à l’argument rigoureux. Les mots ne servent pas à représenter la réalité, mais construisent un monde à part, ce qui est le propre de la Schizophrénie.

(…) Cette action de rendre étrangers les mots et leur contenu, le signifiant et le signifié, est pratique, surtout en Politique, mais elle comporte des conséquences dangereuses : le monde déformé qui se constitue ainsi, les situations qu’il masque, sont un terrain propice pour que resurgissent les passions les plus basses de l’être humain. L’aliénation est en germe, elle se réalise dans les soubassements, dans les tréfonds de l’âme, dans le subconscient, là où l’homme est un reptile.

On crée ainsi les conditions qui soutiennent le fascisme. Les masses fascistes acceptent quoi que ce soit d’absurde s’il y a une récompense au bout, et elles sont capables de n’importe quelle brutalité pour chercher à apaiser une âme qui souffre le brutal déséquilibre émotionnel du déracinement dans un monde incompréhensible. Les masses sont capables de condamner des secteurs entiers à l’extinction dans les fours crématoires, et, fatalement, elles chercheront des coupables pour rendre leur angoisse plus propre.

La Révolution doit protéger le langage de la déformation capitaliste, lui rendre son lien avec la réalité, restituer aux mots leur contenu, le discours doit refléter la vie et jamais une fiction. Ce qu’expriment les Révolutionnaires doit être, toujours, un monument de crédibilité.

Le jour où la société se mobilisera pour protéger l’honneur d’un mot et de son contenu, par exemple « Amour », « Socialisme » ou « Patrie », ce jour-là nous seront en train de commencer la construction d’un monde nouveau. Ce jour-là l’humain triomphe, il trouvé ce qu’il signifie, son attache avec la réalité.

On peut croire Chavez !

www.aporrea.org/ideologia/n118741.html

COMMENTAIRES  

14/02/2012 09:53 par Anonyme

Antonio Aponte, merci !

La valeur d’un texte ne se mesure pas par le nombre de mots qu’il contient. Vous venez, à mon avis, d’écrire un grand texte que je vais conserver. Vous avez exprimé avec des mots une impression qui était en moi et que je n’arrivais pas à formuler.

Le capitalisme international par sa propagande, par le contrôle des États, donc, de l’Éducation, contrôle la pensée. Pour y arriver, il assassine les mots comme vous le dites si bien. Les nazis lors de la dernière guerre mondiale avaient commencé à utiliser les médias à leurs fins. Au XXIe siècle, la bourgeoisie capitaliste, profitant des progrès de la psychologie des masses ainsi que de ceux de la technologie en est arrivée à contrôler la pensée des citoyens... de ceux qui en étaient. Comme à la fin de l’Antiquité avec la montée du christianisme, nous entrons avec le contrôle de la pensée par la bourgeoisie, dans un nouveau Moyen à‚ge, dans un obscurantisme dont nous risquons de ne pas sortir de sitôt.

Pourquoi dire qu’on est « de gauche » plutôt que d’affirmer qu’on est socialiste ? Je suis socialiste au sens du dictionnaire : « je privilégie les intérêts de la collectivité, contrôlés par l’État, plutôt que ceux de l’individu ». Ce mot semble banni du langage des progressistes. Certains en sont venus à se définir « de gauche » parce qu’ils sont favorables au libre choix (avortement) ou pour le mariage gai. Ces mesures progressistes ne sont pas proprement du socialisme. Sur ce sujet, même les néo libéraux sont d’accord. Il faut, à mon sens, s’identifier au socialisme vrai et de se dire en tout, favorable une intervention marquée de l’État en faveur des intérêts de la collectivité, donc, se définir clairement ennemi de « l’ordre » établi.

Peut-être pourrons-nous entrevoir un peu d’espoir de recouvrer la parole, lorsque les progressistes dans leur langage courant remplaceront le terme de « gauche » par celui de socialiste ou de communiste...

Michel Rolland

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