La gauche pourra-t-elle un jour se mettre dans la peau d’Hugo Chávez ?

ERNESTO VILLEGAS POLJAK

Un ton de déception est perceptible dans certains textes qui circulent dans les cercles de gauche à la suite de la déportation du colombien Joaquà­n Pérez Becerra, directeur de l’agence Anncol, et de l’arrestation dans l’état de Barinas du commandant Julian Conrado, membre de l’Etat Major des FARC.

On peut critiquer l’envoi de JPB en Colombie et oeuvrer pour le droit de Conrado au statut de réfugié, mais de là à dire « je jette l’éponge et je ne joue plus », il y a une sacrée distance.

Essayer de comprendre les raisons de Chavez avant de le traiter de « traître » demande une certaine dose de compréhension. A peine un pourcentage de la compréhension nécessaire, par exemple, pour tenter de digérer les raisons des FARC d’avoir perpétré quelque chose d’aussi brutal que la prise d’otages civils, militaires et policiers pendant des années et sans jugement.

Il y eut un temps où les groupes révolutionnaires de tout le continent, dont des vénézuéliens, prenaient des avions et les déviaient vers Cuba. Vint le jour où le gouvernement cubain, soumis aux normes internationales, mit fin à cette pratique : il souscrivit une convention selon laquelle les responsables de telles actions seraient remis aux pays qui les réclameraient pour les juger. J’ignore si quelqu’un accusa alors Fidel de trahison. Il y eut, je crois, compréhension.

En septembre dernier, les FARC et l’ELN ont signé un accord pour stopper les combats entre les deux groupes dans l’Arauca colombien. De manière insolite, ils venaient de causer de nombreuses victimes mortelles entre eux et parmi les paysans de la zone. "Nous avons réalisé une profonde réflexion sur les causes qui ont motivé la confrontation et nous travaillerons pour apporter des solutions, mais surtout en évitant de répéter dans l’avenir une aussi grave erreur. Nous sommes autocritiques dans la reconnaissance des dommages et des souffrances subis par la population, ce sont des épisodes douloureux et les conséquences sont lamentables. Nous présentons par conséquent nos sentiments de considération et nos excuses à toutes les victimes" , dit un texte signé par les FARC et par l’ELN, diffusé par Anncol le 14/09/2010.

Pour certains il est plus difficile de se mettre dans la peau de Chávez que de comprendre, par exemple, les erreurs de la guérilla colombienne. Il est possible que cela soit du au manque d’explications à l’intérieur et à l’extérieur du Venezuela, ainsi qu’à la manière brutale avec laquelle sont accomplies certaines décisions. Il ne suffit pas que le leader assume la responsabilité des décisions pour fermer un débat.

Mais, par chance le peuple en général semble comprendre, lui, que Chávez marche en politique interne et externe sur un champ miné, plein de pressions et de guetteurs à l’affût, avec des alliances tactiques qui lui permettent d’avancer lentement dans la stratégie, et avec des passifs tels que la situation des prisons, dont la solution structurelle ne dépend pas de sa volonté exclusive. Ces gens simples prient en ce moment pour que Chávez achève de se rétablir à Cuba et rentre rapidement au palais présidentiel de Miraflores. Il suffit de voir la troupe qui veut le remplacer pour savoir que l’alternative ne lui ressemblerait en rien, pas même à Lula mais à Alvaro Uribe. Cela dresse les cheveux d’imaginer le pétrole vénézuélien au service, non de la paix et de l’intégration, mais de la guerre et de l’impérialisme. Loin de nous, mauvais oeil ! Prompt rétablissement, commandant.

ERNESTO VILLEGAS POLJAK, journaliste vénézuélien.

Traduction (FR) : Thierry Deronne, pour www.larevolucionvive.org.ve

URL de cet article : http://www.larevolucionvive.org.ve/spip.php?article1660&lang=fr

Fuente : Ciudad Caracas, http://www.ciudadccs.info/?p=183925

COMMENTAIRES  

24/06/2011 13:43 par Anonyme

Voici un article sur Philip Agee, datant de 2005. Philip Agee est mort en 2008 à Cuba, mais ce qu’il dit est, hélas, toujours vivant. Et le Vénézuéla et l’Amérique Latine ne sont pas seuls concernés par l’activité de « l’Agence ».

Extraits :

La nature de l’intervention de la CIA au Venezuela
par Jonah Gindin
Article publié le 25 mars 2005

Philip Agee est un ancien agent de la CIA [Central Intelligence Agency] qui a quitté l’agence en 1967 après avoir perdu ses illusions en constatant que la CIA oeuvrait pour un statu quo dans la région. "J’ai commencé à réaliser que ce que nous faisions, mes collègues et moi, au sein de la CIA en Amérique latine n’était rien de plus que la continuation de pratiquement 500 ans d’exploitation et de génocide et ainsi de suite. J’ai commencé alors à penser à écrire un livre - chose impensable auparavant - pour expliquer les rouages." Le livre, "Inside the Company : CIA Diary" devint immédiatement un best-seller et fut publié dans plus de 30 langues [en français : journal d’un agent secret]. En 1978, trois ans après la publication du livre, Agee et un groupe de journalistes ont commencé à publier un bulletin "Covert Operations Information Bulletin" (bulletin des opérations clandestines" - appelé désormais Covert Action Quarterly ) dans le cadre d’une "guérilla journalistique" visant à déstabiliser la CIA et à révéler ses activités.

(…)Comme pour le Nicaragua dans les années 80, un certain nombre de fondations distribuent des millions de dollars à l’opposition vénézuélienne, sous la supervision d’une société privée de conseil contractée par l’[[USAID (United States Agency for International Development). Le secrétaire d’Etat adjoint aux affaires du continent américain, Roger Noriega, a récemment réaffirmé la détermination du Département d’Etat dans sa stratégie, en déclarant devant la commission des Affaires étrangères du Sénat le 2 mars 2005, que "nous soutiendrons les éléments démocratiques au Venezuela afin qu’ils puissent continuer à occuper l’espace politique auquel ils ont droit". Le financement de ces "élements démocratiques" a pour objectif la réunification de l’opposition vénézuélienne ( jusque-là regroupée dans une organisation informelle appelée la Coordination démocratique) pour l’élection présidentielle de 2006.
En cas d’échec aux élections de 2006, prévient Agee, la CIA et consorts se concentreront sur les élections suivantes de 2012, puis de 2018, et ainsi de suite, "parce que ce qui est en jeu est la stabilité du système politique aux Etats-Unis, et la sécurité de la classe politique aux Etats-Unis."

(…)Pratiquement tout ce que j’avais écrit s’est réalisé parce que ces techniques, de la CIA, de l’USAID et du Département d’Etat, et depuis 1984 de la National Endowment for Democracy suivent tous le même schéma.

(…)Lorsque je travaillais pour l’agence (CIA) à la fin des années 50 et jusqu’à la fin des années 60, l’agence menait des opérations à l’échelle internationale, régionale et nationale pour infiltrer et manipuler les organes de pouvoir dans des pays à travers le monde, et ça faisait partie de mon travail à la CIA - l’infiltration et la manipulation des partis politiques, des syndicats, des mouvements de jeunes et d’étudiants, des milieux intellectuels, professionnels et culturels, des groupes religieux et des groupes féministes et surtout des médias. Par exemple, nous rémunérions des journalistes pour publier nos informations comme s’il s’agissait de leurs propres informations. Les opérations de propagande n’arrêtaient jamais.

(…) Un ancien membre de la CIA, Felix Rodrà­guez, a récemment déclaré à la télévision de Miami que les Etats-Unis cherchaient à provoquer un changement au Venezuela, peut-être par la violence. Il a donné comme exemple la tentative d’assassinat par l’administration Reagan du dirigeant lybien Kadhafi. Est-ce un scénario envisageable au Venezuela ?

(…)Dans 45 ans, les Etats-Unis seront toujours en train de tenter de détruire le processus en cours au Venezuela, s’il suit le même chemin qu’aujourd’hui, tout comme ils essayent toujours de détruire la Révolution cubaine. Un président sera remplacé par un autre, Fidel a survécu à neuf présidents. Je pense donc qu’il est très important pour les Vénézuéliens de comprendre que cela va continuer et que la vigilance, l’organisation et l’unité seront indispensables pour échapper aux programmes des Etats-unis, pour ne pas jouer leur jeu qui est essentiellement celui de diviser pour régner.

Tout l’article : http://risal.collectifs.net/article.php3?id_article=1305

Prompt rétablissement, Commandant !

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