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La nounou de l’Europe, Angela Merkel, est isolée - Les vents sont désormais contraires à l’austérité (Counterpunch)

Deepack TRIPATHI

Après les élections récentes en France et en Grèce beaucoup de commentateurs ont suggéré que les années de pouvoir du centre droit en l’Europe touchaient à leur fin. La défaite du président Nicolas Sarkozy et la victoire du candidat socialiste François Hollande en France, et l’effondrement, en Grèce, des partis politiques qui ont laissé le capitalisme sauvage se déchaîner et le chaos s’installer, sont des événements majeurs. Mais on ne peut pas encore être certain qu’ils constituent un tournant vers le retour de la démocratie sociale en Europe occidentale.

L’opinion publique s’est certainement radicalisée d’une manière inquiétante. Les sociétés européennes sont en train de s’atomiser à cause de leur perte de confiance dans les partis politiques principaux et leurs leaders. Alors que le continent vit une grave crise, des millions de gens ont l’impression que leurs leaders sont à la fois incapables et non désireux de chercher des solutions pour aider les plus vulnérables.

Les masses sont dégoûtées des politiciens professionnels à qui elles ont fait confiance encore et encore. Les récentes élections nationales et régionales en France, en Grèce et en Allemagne montrent que les électeurs quittent les partis principaux parce que leurs programmes et leurs lignes politiques les ont déçus. La même chose s’est produite dans les récentes élections locales en Angleterre. Malheureusement quand un gouvernement est battu, le vainqueur continue dans le même sens que le gouvernement sortant. Un total mépris des masses et l’obsession comptable "d’équilibrer les comptes" sont à l’origine de l’austérité qui est imposée aux citoyens ordinaires dans tout le continent européen. Avec comme résultat l’effondrement des politiques traditionnelles et la montée de groupes extrémistes.

Le phénomène en Europe reflète ce qui se produit aux Etats-Unis depuis des années. La différence est qu’en Europe le pouvoir coercitif d’institutions financières supranationales soutenues par les Etats-Unis se distingue par une hâte et une férocité extraordinaires. Il va à l’encontre du consensus libéral de l’après-guerre qui s’est construit sur les ruines des deux guerres mondiales du siècle dernier.

Les évènements les plus traumatisants ont lieu en Grèce. L’effondrement du Mouvement Socialiste Panhellénique (PASOK) qui est passé du pouvoir à quelques pour cents de votes, et la perte d’une tiers de son électorat par le Nouveau Parti Démocratique aux dernières élections sont dramatiques. Le résultat est l’émergence de nouveaux groupes politiques, dont le plus notable est Syriza, qui sont catégoriquement opposés aux mesures d’austérité auxquelles l’Allemagne, le plus riche pays d’Europe, tient absolument.

La chancelière allemande, Angela Merkel, a ses propres contraintes intérieures. L’opinion publique allemande s’oppose à l’idée d’aider d’autres pays à sortir de la crise. Mais en refusant de céder sur les coupes drastiques et de promouvoir la croissance économique, elle a donné le sentiment qu’elle ne prenait pas en considération le choix démocratique des Grecs. L’impression que Bonn impose son diktat est particulièrement mal ressentie en Grèce à cause du souvenir toujours vivace de l’occupation nazie du pays pendant la seconde guerre mondiale. Les grecs sont peut-être les membres les plus pauvres de l’Union Européenne mais ils sont fiers de leur histoire et de leur civilisation.

Le refus de l’électorat grec d’accepter davantage de coupures drastiques se reflète dans le clivage extraordinaire du pays qui a rendu impossible la formation d’une coalition gouvernementale. L’annonce que la chancelière allemande avait dit que la Grèce devait faire un référendum pour savoir si elle voulait garder ou non l’euro a échauffé encore davantage les esprits et l’Allemagne a du la démentir. Toutefois, la prochaine élection de juin sera bien un référendum sur le maintien de la Grèce dans la zone euro. Dans le cas contraire, la Grèce sortira du carcan qu’est devenu la zone euro, se déclarera en faillite et engendrera une "catastrophe" financière comme de nombreux adeptes du libre-échange l’ont prédit avec passion.

La dernière décennie a vu le recul des politiques démocratiques et sociales en Europe. De la Scandinavie, au nord, à l’Italie et la Grèce au sud, la droite politique a dominé tout le continent. Cependant, juste au moment où les vieux sociaux démocrates semblent complètement vaincus, de nouvelles forces commencent à surgir. Grâce à leur combat la tendance commence à se renverser.

Ces derniers mois, la chancelière allemande Merkel a fait l’effet d’une nounou sans coeur incapable de gérer la crise grecque. Tant qu’elle avait comme allié le président de la France, Nicolas Sarkozy, le couple a dominé. Mais maintenant la Grèce n’est plus le seul pays européen en crise et Merkel est sérieusement affaiblie par au moins deux facteurs. Le premier est la défiance du peuple grec. Le second , encore plus important, est la défaite de Sarkozy aux élections présidentielles au profit de son rival socialiste, François Hollande. Comme la Grèce, la France se prépare à élire son assemblée nationale en juin ce qui mettra presque certainement fin à la domination de la droite en France. Quand à Merkel, la défaite de son parti dans la région la plus peuplée d’Allemagne, la Rhénanie de Nord-Westphalie, par les sociaux démocrates est une revers majeur pour sa coalition de centre droit.

Voilà donc que le courant s’est renversé en Europe et que la gauche sort du bois. Mais on ne sait pas encore si cette nouvelle gauche sera capable d’audace, car elle est divisée et la droite toujours très puissante lui donnera du fil à retordre. On ne peut pas encore être sûr que la gauche gagnera la lutte idéologique qui l’oppose à la droite.

Deepak Tripathi

Deepak Tripathi est un écrivain qui s’intéresse entre autres à l’Europe d’après la guerre froide. Il tient un blog (http://deepaktripathi.wordpress.com) et on peut le joindre à  : dandatripathi@gmail.com.

Pour consulter l’original : http://www.counterpunch.org/2012/05/21/the-tide-is-turning-against-austerity/

Traduction : Dominique Muselet pour LGS

COMMENTAIRES  

23/05/2012 14:34 par Michail

Ceci étant dit en toute sympathie bien entendu, je ne suis pas convaincu que la traduction de "Nanny" dans le titre soit la meilleure et qu’elle reflète le sens que l’auteur voulait y mettre.

23/05/2012 15:30 par Franck

Europe’s Nanny Angela Merkel Feels Isolation ..... quelle autre traduction selon vous ?

23/05/2012 15:52 par Michail

23/05/2012 à 15:30, par Franck

Europe’s Nanny Angela Merkel Feels Isolation ..... quelle autre traduction selon vous ?

Au sens familier, (colloquial) et dans le contexte en particulier, dans le titre et plus bas dans le texte ça se traduit plutôt par "mémé". C’est beaucoup moins valorisant que "nounou" bien sûr !

23/05/2012 18:01 par legrandsoir

Perso, je vote "nounou", donc d’accord avec la traductrice.

23/05/2012 18:21 par Yannik

@23/05/2012 à 18:01, legrandsoir

Moi je voterais "Mamie", l’auteur n’avait certainement pas envie de lui faire des compliments comme on peut le lire dans l’article. Une nounou sans coeur ce serait un oxymore, non ? En plus elle défend une politique antisociale archaïque et martyrise les Grecs, les nounous ne martyrisent pas les mômes généralement, sauf fait divers criminel bien entendu...

23/05/2012 18:56 par Michail

Le regard des Grecs sur la question :

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24/05/2012 02:08 par polo33

les Allemands ne feront pas aller la planche à billets c’est culturellement impossible ,il ne faut pas oublier que l’adaptation de l’Allemagne à l’économie libérale s’est fait sous l’ère Shroder social démocrate qui ne renierait pas son successeur Merkel ,les épargnants qui doivent être très bien informés sur le futur vont tous planquer le butin en Germanie les ,Grecs, Espagnol ,Portugais)en prévision du retour au Mark , 650 milliards d’euros en deutshland
rien que Le Luxembourg a absorbé le double de son Pib dans les Banques venant des pays de l’Europe du Sud en épargne en clair les gens vident les comptes ,vous savez ce que ça signifie quand le peuple n’a plus confiance l’économie n’a plus le sourire

24/05/2012 09:23 par Yannik

23/05/2012 à 14:34, par Michail

Ceci étant dit en toute sympathie bien entendu, je ne suis pas convaincu que la traduction de "Nanny" dans le titre soit la meilleure et qu’elle reflète le sens que l’auteur voulait y mettre.

La "mère juive" de l’Europe ce serait moins littéral mais plus fidèle au sens peut-être, parce que c’est vrai que "nounou" c’est un concept sympathique qui ne colle pas du tout à mon avis aussi... Il faudrait éventuellement lui poser la question :dandatripathi@gmail.com ?

24/05/2012 10:05 par dominique

Ayant des petits-enfants et connaissant bien les parcs de Vincennes où elle sont très nombreuses je peux vous assurer qu’il y a beaucoup de nounous extrêmement peu sympathiques, voire toxiques. Mon petit-fils lui-même a eu à souffrir d’une nounou qui l’a tramatisé.

Je me suis engueulée avec un certain nombre que je voyais maltraiter des petits enfants (La pire d’entre elles avait posé par terre un bébé et le laissait hurler à l’infini. j’ai pris le petit dans mes bras, il était en nage et tout tremblant, j’ai eu du mal à le calmer et sa nounou m’a insultée un bon moment). J’ai même écrit à l’organisme qui leur donne leur autorisation d’exercer pour leur dire de mieux les surveiller. J’ai essayé de demander en douce aux enfants leurs noms pour essayer de retrouver leurs parents mais ils ne savent pas leur nom de famille ni leur adresse. J’ai vu à Montreuil une affiche donnant le signalement d’un enfant de deux ans insulté et maltraité par sa nounou.

Le problème est que les petits enfants ne peuvent pas se plaindre, même ceux de 6/7 ans on ne les croit pas toujours et que les nounous refusent bien sûr de donner leur nom et les coordonnées des parents aux gens qui voudraient leur rapporter ce qu’ils ont vu. Elle sont donc assurées de l’impunité.

Une maman de St Mandé m’a aussi raconté qu’il y avait maintenant des réseaux organisés de nounous. Elles ont en somme un "protecteur" qui leur donne des faux papiers et permis d’exercer, qui les place et prélève une partie de leurs gains.

Les nounous sans coeur existent bien et elle sont plus nombreuses qu’on ne croit. Si vous en avez une je vous conseille de bien la surveiller...

24/05/2012 12:30 par Yannik

@24/05/2012 à 10:05, par dominique

Vous pourriez peut-être conseiller à votre "maman de St Mandé" de se documenter ailleurs que sur le blog de Jean-Marie, elle dormira mieux...

24/05/2012 15:31 par vm

Une imagerie particulière accompagne ce texte.
L’auteur dit (vers la fin) : "Ces derniers mois, la chancelière allemande Merkel a fait l’effet d’une nounou sans coeur incapable de gérer la crise grecque. "
Cela évoque une scène où l’on voit un bébé fatigué, affamé et en colère, et une nourrice incapable de "gérer" la situation, c’est-à -dire de calmer, rassurer et satisfaire le bébé.
Donc dans le titre on peut considérer que "nounou" comporte une intonation fortement et amèrement ironique.
(C’est Bakhtine qui est l’as de l’analyse des "intonations" dans la polyphonie énonciative : lisez tous ses oeuvres complètes, c’est passionnant et très utile pour décoder les malfaisants . Et puis tout le monde le pille et personne n’en parle plus car il sent le soufre, et les linguistes made in Uessa se contentent souvent de faire de l’entrisme bibliométrique. Sauf Chomsky bien sûr qui est lui aussi un géant, mais honni par son pays et par les bien-pensants.)

Revenons à notre "nounou", dont le point de vue est bien ironiquement montré comme idéologique et égoïste : c’est en réalité le peuple grec qui est adulte ("Voilà donc que le courant s’est renversé en Europe et que la gauche sort du bois"), et Angela, la petite fille trop gâtée (bien que née à l’Est) qui fait des caprices pour accaparer toutes les tirelires et se manger toutes les fraises des bois. Attention au loup !

Et il y a peut-être une ironie de plus dans cette appellation de "nounou de l’Europe". Car l’Europe de Giscard, de Barroso, de Junker, de Draghi et du FMI n’est pas un nourrisson ordinaire, c’est une espèce de monstre vampirique dont le commun des mortels n’ose même pas soulever la couverture pour voir la vraie tête qu’il a dans son berceau.

Cette Europe-là fait penser à Rose-Marys’ baby. Alors, que doit être la nounou...
(Ici, image de film de terreur, chose innomable à demi dissimulée sous un capuchon noir).
Comme quoi la traduction est un art difficile, mais juste !

24/05/2012 15:43 par Altau

Désolé de revenir au sujet mais cet article dans lequel on peut lire "...des partis politiques qui ont laissé le capitalisme sauvage se déchaîner..." - propos que l’on trouve dans maints articles sur LGS - me gêne, et cela de plus en plus.

On peut en conclure que :
1. Avant que le capitalisme ne se déchaîne (c’était quand au fait ?), tout allait bien ou pas trop mal
2. Que le capitalisme peut être sauvage ou non
3. Bref, qu’il existe un bon capitalisme auquel il serait urgent ou en tout cas fort convenable de revenir

Or on oublie un peu trop vite que la crise du système capitalisme date au moins des années 1970 et que la vie était déjà difficile avant, pendant et après pour bon nombre de citoyens. Même les plus dociles du régime nous parlent aujourd’hui de "capitalisme financier" qu’il faudrait humaniser, de taxe Tobin et autres sujets qui fait les délices des alter-mondialistes. Tout cela ne mange pas de pain et ne va pas empêcher de dormir les habitués de Davos.

Non, il faut s’affranchir de ces impasses humanisantes et considérer que ce système, le capitalo-parlementarisme comme dit Badiou, est à abattre. La seule bonne question est de savoir par quoi le remplacer, pas de l’aménager comme cela s’est fait avec les résultats lamentables que l’on sait.

24/05/2012 19:27 par Michail

Un événement presque banal s’est déroulé aujourd’hui dans le centre d’Athènes et a été rapporté par la presse grecque.

Une femme âgée de 90 ans et son fils de 60 ans sont montés aujourd’hui sur le toit de leur immeuble, ils se sont jetés dans le vide se tenant par la main selon des témoins ayant assisté sidérés à la scène.

L’immeuble compte 5 étages et leur vie s’est arrêtée là . Le fils avait récemment détaillé sur le web les difficultés qu’il rencontrait à tenter d’assister sa vieille mère aux prises avec de graves problèmes de santé, compte tenu des restrictions de prestations sociales liées à la crise économique et sociale.

Sans commentaire...

24/05/2012 21:41 par Michail

Illustration à défaut :

637466LetTheStormBreakLoose.jpg

"Wollt Ihr den totalen Krieg ?
Nun, Sturm brich los !"

25/05/2012 05:09 par ADSKIPPY

Mamie, nounou ?.. Moi je dirais "la bonniche", car elle est discrete, efficace, obeissente et gere bien les affaires de son maitre.

@ Altau :

Tu a raison ; cette crise n’est pas le resultat d’une "etat d’ame" du capitalisme, mais le resultat d’une volonte politique delibere, soutenue par les politiciens et technocrats, y compris des Socialistes, tous adepts d’une ideologie capitaliste liberale et globale.

Je suis sure, que ca n’est pas ceux-la meme qui sont responsable de la crise, qui, soudainement changeront leurs "fusil d’epaule". Donc, il ne faut pas s’attendre a des modifications "radicale" du systeme, mais plutot d’injections pour soulager la douleur du malade, temporairement. A longterme, la maladie persisteras.

Il n y a jamais eu du "bon" capitalisme. La seule chose qui varie c’est l’ampleur de la souffrance du malade. Tout est de savoir quand et comment lui prescrire une medicine radicalement alternative.

25/05/2012 07:07 par Yannik

Je ne partage pour ma part pas l’optimisme de Deepack Tripathi, je ne vois pas le mouvement de marée dont il nous parle, je ne vois que des dirigeants irresponsables pathétiquement pétrifiés dans leur acharnement erratique tragique, qui n’agitent au mieux que des nouveaux concepts creux qui ne changeront rien au cours inéluctable des choses.

Pour ce qui est des peuples - tel le peuple martyr grec - que pourront-ils donc y faire, mis à part tenter de gérer les ruines que leur auront laissé une oligarchie criminelle cupide à qui ils ont eu l’imprudence de laisser les rênes du pouvoir ?

Le seul élément optimiste que j’y vois, c’est l’imminence du chaos ; arrivés à ce point, c’est la seule issue possible qu’il nous reste, quelqu’en soit le prix, que la tempête éclate en effet !

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