La première guerre civile mondiale

Photo par Jayel Aheram
Lionel Dricot

Chaque jour qui passe apporte son lot de confirmation sur une vérité que beaucoup voudraient ignorer : nous sommes en guerre. Une guerre larvée, relativement calme mais une guerre tout de même.

Contrairement à une guerre traditionnelle, une guerre civile n’a pas de front bien tracé, de belligérants clairement identifiables à la couleur de leur uniforme. Chaque camp est partout, au sein d’une même ville, d’un même quartier, d’une même famille.

D’un côté, nous avons une classe de pouvoir. Riches, puissants, ils ont l’habitude de contrôler, ils ne connaissent pas le doute. Ils décident et sont intimement persuadés de le faire dans l’intérêt général. Beaucoup, ni riches ni puissants, les soutiennent. Par peur du changement. Par habitude. Par intérêt personnel. Par crainte de perdre certains acquis. Ou par incapacité intellectuelle de comprendre la révolution à l’œuvre.

De l’autre, voici la génération numérique. Issus de tous les sexes, tous les âges, toutes les cultures, tous les emplacements géographiques. Ils discutent entre eux, s’échangent des expériences. Découvrant leurs différences, ils se cherchent des points communs en remettant tout en question, jusqu’à la foi et aux valeurs profondes de leurs parents.

Cette population a développé des valeurs qui lui sont propres mais également une intelligence analytique hors du commun. Les outils dont elle dispose lui permettent de pointer très vite les contradictions, de poser les questions pertinentes, de soulever le voile des apparences. À travers des milliers de kilomètres de distance, ses membres peuvent ressentir de l’empathie pour tous les humains.

Un fossé grandissant

Longtemps, j’ai été persuadé qu’il ne s’agissait que d’une question de temps. Que la culture numérique imprégnerait de plus en plus chaque individu et que les plus réfractaires finiraient par disparaître, au fil des générations et du renouvellement naturel.

Malgré la popularisation des outils tels que le smartphone ou Twitter, cette fracture ne s’est pas résorbée. Au contraire, elle n’a fait que s’empirer. L’ancienne génération n’a pas adopté la culture numérique. Elle s’est contentée de manipuler aveuglement les outils sans les comprendre, en une parodie désespérée du culte du cargo. Résultats : des musiciens qui insultent leurs propres fans, des journaux dont le site web, envahi de publicités, semble être une copie conforme de la version papier, des jeunes politiciens qui utilisent Facebook ou Twitter comme une machine à publier des communiqués de presse sans jamais tenter de communiquer avec leur électorat.

Il y a 40 ans, deux journalistes révélaient au monde que le président de la nation la plus puissante utilisait les services secrets pour mettre sur écoute ses adversaires politiques. Ce travail d’investigation leur vaudra le prix Pulitzer et mènera à la démission du président.

Aujourd’hui, des acteurs imprégnés de culture numérique révèlent au monde que le président à mis le monde entier sur écoute ! Qu’il envoie des hommes massacrer cyniquement des civils. Ces révélations leur vaudront 35 ans de prison pour l’un et une traque à travers le monde entier pour l’autre. Le président en question est, quant à lui, titulaire d’un prix Nobel de la paix.

La mort du journalisme

Contrairement au Watergate, il n’est plus possible de compter sur la presse. Une grand partie des journalistes ont tout simplement cessé tout travail de fond ou d’analyse. Les journaux sont devenus des organes de divertissement ou de propagande. Un esprit un peu critique est capable de démonter la majorité des articles en quelques minutes de recherches sur le web.

Et lorsque certains journalistes commencent à creuser, ils voient leur famille se faire arrêter et détenir sans raison, ils reçoivent des menaces politiques et sont forcés de détruire leur matériel. Le site Groklaw, qui fut un site déterminant dans la publication d’actualités liées à des grands procès industriels, vient de fermer car sa créatrice a pris peur.

La classe dirigeante a décidé que le journalisme devait se contenter de deux choses : faire craindre le terrorisme, afin de justifier le contrôle total, et agiter le spectre de la perte d’emplois, afin de donner une impression d’inéluctabilité face aux choix personnels.

Bien sûr, tout cela n’a pas été mis en place consciemment. La plupart des acteurs sont intiment persuadés d’œuvrer pour le bien collectif, de savoir ce qui est bon pour l’humanité.

On vous fera croire que l’espionnage des mails ou l’affaire Wikileaks sont des détails, que les questions importantes sont l’économie, l’emploi ou les résultats sportifs. Mais ces questions dépendent directement de l’issue du combat qui est en train de se jouer. Les grandes crises financières et les guerres actuelles ont été créées de toutes pièces par la classe actuellement au pouvoir. La génération numérique, porteuse de propositions nouvelles, est bâillonnée, étouffée, moquée ou persécutée.

L’état de panique

En 1974, pour la classe dirigeante il est plus facile de sacrifier Nixon et de faire tomber quelques têtes avec lui. Le parallèle avec la situation actuelle est troublant. La classe dirigeante a peur, elle est dans un état de panique et n’agit plus de manière rationnelle. Elle cherche à faire des exemples à tout prix, à colmater les fuites en espérant qu’il ne s’agit que de quelques cas isolés.

Ils n’hésitent plus à utiliser les lois anti-terroristes de manière inique, contre les journalistes eux-mêmes. Ceux qui prédisaient de telles choses il y a un an étaient traités de paranoïaques. Mais les plus pessimistes ne les avaient probablement pas imaginées aussi rapidement, aussi directement.

La destruction des disques durs du Guardian est certainement l’événement le plus emblématique. Son inutilité, son absurdité totale ne peuvent masquer la violence politique d’un gouvernement qui impose sa volonté par la menace à un organe de presse reconnu et réputé.

Cet épisode illustre la totale incompréhension du monde moderne dont fait preuve la classe dirigeante. Un monde qu’elle pense diriger mais qui échappe à son contrôle. Se drapant dans la ridicule autorité de son ignorance, elle déclare ouvertement la guerre aux citoyens du monde entier.

Une guerre qu’elle ne peut pas gagner, qui est déjà perdue. Mais qu’elle va tenter de faire durer en entraînant dans leur chute de nombreuses victimes qui seront injustement emprisonnées pendant des années, torturées, arrêtées, harcelées, détruites moralement, poussées au suicide, traquées à travers le monde.

C’est déjà le cas aujourd’hui. Et parce que vous aurez eu le malheur d’être sur le mauvais avion ou d’avoir envoyé un email à la mauvaise personne, vous pourriez être le prochain sur la liste. Il n’y a pas de neutralité possible. Nous sommes en guerre.

 http://ploum.net/la-premiere-guerre-civile-mondiale/

COMMENTAIRES  

29/08/2013 12:35 par babelouest

Et celui qui dénonce ces faits pourtant patents depuis longtemps, se fait traiter de conspirationniste, de confusionniste, que sais-je encore, par des agents du Pouvoir, ou simplement par des imbéciles.

Réussirons-nous à faire tomber la forteresse ? Pour être agressive ainsi, elle doit avoir bien des doutes sur sa propre survie à moyen ou long terme.

Washingto delenda est

29/08/2013 14:17 par bob

ça n’a rien a voir avec le conspirationnisme, ce sont des fait averés, c’est la realité que nous vivons. Ceux qui sont dans le delire conspirationniste confondent souvent tout et font le jeux du pouvoir tellement ils arrivent a raconter n’importe quoi...

voir : http://2ccr.unblog.fr/2012/02/23/la-theorie-de-la-theorie-du-complot/

29/08/2013 14:41 par Geb.

On n’est pas "en guerre".

On ne peut pas nommer "guerre" un génocide de classe ou seule la partie côté agresseur a la main sur l’action de guerre.

Nous sommes, (Notre classe est), victime d’un assassinat collectif sans que jusqu’à ce jour nous ayons pu reprendre la main et riposter à la hauteur.

Et si nos assassins n’ont pas encore pu aller plus loin ou s’ils sont si timides c’est, (heureusement pour nous), parce qu’ils ont rencontré des challengers qui ne veulent pas leur laisser la place totalement.

Il es temps de réinventer une type d’analyse stratégique globale au niveau de la classe exploitée. Une stratégie internationaliste dénuée de tout le fatras pleurnichard qui depuis quatre décennies a transformé le Mouvement ouvrier en une succursale de l’antichambre des abattoirs.

Une stratégie qui définisse clairement les buts, (Minimums et communs), à atteindre, les moyens, et les voies pour y parvenir.

En unissant TOUTES les tendances confondues, (C’est à dire les Masses), à partie de la proposition et du constat qu’elles s’opposent concrètement, (Pour n’importe quelle raison), à l’Empire.

On ne combat pas le Totalitarisme global avec des Unités d’action fractionnées, ni avec des stratégies occasionnelles. Même si dans l’urgence on doit et on peut y avoir recours.

Nous avons affaire à une stratégie mondiale, (Un complot mondial) , à tous les niveaux, et la réponse pour être à la hauteur doit être elle-même stratégique et globale.

Surtout il est temps de cesser de tenter de combattre l’ennemi avec les armes, (en bois), qu’il nous fournit dans sa grande mansuétude. Et il est temps de cesser d’écouter les sirènes de ceux qui prétendent nous dicter l’éthique à suivre pour mieux nous enfumer.

La seule éthique à suivre c’est : Faire tout ce qui peut nuire à l’ennemi du plus petit niveau au plus grand en faisant en sorte qu’il ignore d’où ça vient et en tentant de survivre le plus longtemps possible à nos actions.

Nous sommes des milliards et ils n’en représentent pas le dixième, leurs sbires confondus.

Pas la peine de danser la danse du scalp. Pas la peine de faire de la publicité ouverte. Quelques mots entre amis suffisent.

Souriez et pensez chaque matin à comment vous allez pouvoir leur nuire. Physiquement ou psychologiquement, socialement, financièrement, ou économiquement.

Et souriez leur et compatissez à leurs conneries quand vous en avez l’occasion. Dites leur "Oui, oui" et faites discrètement le contraire.

Informez vos voisins, vos camarades de travail, simplement, sans haine, sans sectarisme, avec des mots simples et sans chercher à les endoctriner.

Tout ce qu’on sème aujourd’hui lèvera demain. C’est les "autres", nos ennemis de classe, qui fourniront l’engrais.

Ca coûte le minimum, mais multiplié par "X" c’est de la bombe atomique en puissance.

Je dis ça parce que selon les événements c’est pas bien sûr que d’ici quelques temps on pourra continuer à communiquer comme on le fait aujourd’hui ici, sur ce site, et ailleurs, sans encourir de graves dommages personnel. ou mêm que ce type de site continuera à exister.

Comme c’est déjà le cas aux USA, le Pays de la Liberté....

Mais il restera toujours le PQ et les stylos pour écrire dessus.

Et les vélos pour transmettre.

Hasta la Vitoria... Siempre !

30/08/2013 04:52 par DeeJay

Ca n’a pas toujours été le cas, mais plus je vieillis, moins je crois a la "démocratie électorale", comme processus de changement réelle.

Malheureusement, même pour un "non-violent", Il est fort probable que la "confrontation ultime" de la lutte des classes se feras que dans la "violence". Car notre "Démocratie électorale" est corrompue par et pour servir les intérêts de nos "élites" ploutocrates, et que ceux-ci n’abandonneront pas leurs privilèges sans utiliser "toute les moyens a leurs disposition" (et elles sont conséquentes), pour les préserver.

La question est ; quand, jusqu’où ils iront, les dégâts et victimes qu’ils sont prêts a "sacrifier" ?.

Tout dépendras d’une "Gauche" forte et organises, prêt a toutes éventualités.

30/08/2013 14:11 par AARRRp

A DeeJay
Je me permets de vous dire en toute humilité que votre pensée est sur la bonne voie. A la question de savoir jusqu’où iront-ils, la réponse est tous les moyens sont bons pour parvenir à leur fin car le pouvoir ne se partage pas (cf le Prince de Machiavel) . Il s’agit donc d’entreprendre la destruction du pouvoir et la façon la moins violente d’y parvenir exige la prise de conscience de chacun. S’ils sont grands c’est parce que nous sommes à genoux. Il y a encore beaucoup de chemin à faire.
Salutations

31/08/2013 11:01 par Jessica

La seule éthique à suivre c’est : Faire tout ce qui peut nuire à l’ennemi du plus petit niveau au plus grand en faisant en sorte qu’il ignore d’où ça vient et en tentant de survivre le plus longtemps possible à nos actions.

Nous sommes des milliards et ils n’en représentent pas le dixième, leurs sbires confondus.

La question, ensuite, c’est : comment mettre hors d’état de nuire les @§#¨wôputainggg de "bombes atomiques" et leurs dérivés - aujourd’hui appelées "armes nucléaires" - que les USA furent les premiers à créer et à utiliser et dont ils ont par la suite couvert le monde entier... Car c’est plus difficile à désamorcer que les obus de la dernière guerre.

Il est évident, pour celui qui use de telles "armes nucléaires", capables d’assassiner de millions de gens - à plus ou moins petit feu - que la vie humaine n’a aucun prix et que "tous les moyens" seront employés - et le sont - pour la destruction, physique et morale, des Résistants à un tel massacre..

16/04/2015 10:18 par Alex

Je me pose une question : Qu’est ce qui leur donne le pouvoir de gouverner puisque nous sommes libres et égaux ? On devrait TOUS voter pour les lois de la "communauté" Française, non (j’aime pas la religion mais par exemple il faut 100% de votes pour élire le pape, après les électeurs sont limités mais bon) ? Pourquoi un pouvoir est-il "légitime", alors que tout le monde n’est pas d’accord, ce ne sont pas forcément les plus nombreux qui ont raison donc on ne devrait pas faire à celui qui obtient le plus de vote, vous ne trouvez pas ? Nous serons tous d’accord pour dire que le gouvernement actuel est incompétent et coule la France, ce ne sont pas les exemples qui manquent, mais la véritable question est : Si nous cessions tous d’obéir à ce gouvernement et déclarions notre indépendance ? Qu’est ce qui nous en empêche ? Nous somme libres je crois ... Cela n’arrangerait bien sur pas les choses, mais c’est intéressant de réflechir à la question, pourquoi on est obliger de payer des impôts (même si je n’en paye pas encore) à un gouvernement qui ne nous correspond pas ? Le problème c’est que sans ce gouvernement pseudo-compétant ce serais l’anarchie, et donc la loi du plus fort, la solution serait-elle un gouvernement non-humain, qui n’aurait donc pas d’intérêts à gouverner donc Justice équitable, Egalité, etc ... (là encore si quequ’un arrive à détourner le système de son côté, bah c’est la caca ...)

(Commentaires désactivés)