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Le visage du recentrage : Jean-Christophe Le Duigou

illustrations : Mathieu Colloghan

Le journal Fakir vient de paraître avec un long dossier intitulé "Mais que font les syndicats ?" Dedans, des reportages de l’usine Goodyear au procès des Continental, jusqu’à une carte postale apportée à Bernard Thibault. Cet article trace le portrait du méconnu, et néanmoins influent, n°2 de la CGT, Jean-Christophe Le Duigou.

« Bonne nouvelle » se réjouit Valeurs actuelles, « le premier hebdomadaire libéral de droite » : « Le secrétaire confédéral de la CGT, Jean-Christophe Le Duigou vient de rejoindre son corps d’origine, l’administration des impôts, avec une promotion : il sera conservateur des hypothèques. (…) Tout cela montre quand même une formidable capacité de récupération de notre système. »

Rares sont les syndicalistes, luttant dans leur entreprise, à obtenir ainsi une « promotion ». D’autant plus après trente années d’absence comme permanent. A moins que l’Etat ne délivre ici une récompense.

« Confrontations » feutrées

Peu d’hommes, en effet, auront autant oeuvré pour l’abandon, à la CGT, du syndicalisme de lutte. Pour l’acceptation, en 2003, de la réforme des retraites - puis des régimes spéciaux en 2007. Pour le « Oui », évidemment, au Traité Constitutionnel Européen. Pour la transformation de l’ « adversaire patronal » en « partenaire social » - et pas seulement à la table des négociations.

Il a ainsi co-fondé, en 1991, le « lobby d’intérêt général » « Confrontations Europe ». Où il côtoie Jean Gandois (ex-n°1 du CNPF, ancêtre du MEDEF), Jean Peyrelevade (ancien PDG du Crédit Lyonnais), Michel Pébereau (PDG de BNP-Paribas), Franck Riboud (PDG de Danone), Francis Mer (ex-PDG d’Usinor, ministre de l’Economie de Raffarin). Nul doute que ce « mouvement civique », financé par l’Union Européenne, contribue à une violente « confrontation » des points de vue…

La preuve : siégeant au Fonds de Réforme des Retraites, Le Duigou a approuvé, sans tiquer, que cet argent public soit placé sur les marchés financiers : « Le choix, dès 2002, a été d’investir dans des entreprises cotées pour soutenir l’économie », explique-t-il. Spéculer en bourse devient « soutenir l’économie » : Christine Lagarde ou Laurence Parisot ne diraient pas mieux. Grâce à ce choix judicieux, le FRR vient de perdre 7 milliards d’euros. Notre avenir est assuré…

Direction intellectuelle

Sa pensée sociale-libérale n’est pas isolée. Elle irrigue tout l’appareil.

« Pourquoi Bernard Thibault n’est pas venu à Goodyear ? »

Je questionne Christophe Saguez, cette fois. Le secrétaire de l’Union Départementale de la Somme.

« On l’a sollicité, mais son emploi du temps ne le permettait pas. Et l’objectif, pour la CGT, c’est d’être dans la proposition, plus que dans la contestation - qui est bien souvent une fausse radicalité. »

Il me tend un quatre pages, «  Défendre et développer l’emploi et l’industrie. »

Ancien salarié de Procter, Christophe est un gars sympa.
Qui ne veut se fâcher ni avec la base ni avec le boss.
Qui n’affirme rien de trop tranché.
Qui prête sa voix à l’appareil.
Je le titille sur ma marotte :
« Qu’est-ce que tu penses du protectionnisme ?

- Les hommes ont toujours tenté de développer le commerce avec d’autres pays, ce qu’il faut c’est un développement harmonieux… Les choses se jouent dans le cadre de la Confédération Européenne des Syndicats, c’est au niveau européen qu’on peut gagner des droits…

- Mais c’est du vent, la CES ! je le brusque.

- Pas du tout : malgré des limites, on trouve là des points d’appuis importants. »

La vulgate, encore.
Tant mieux : preuve que l’organisation fonctionne.
Qu’elle tient un discours, de ses dirigeants à ses permanents.

Mais d’où lui viennent ces idées ? Je lui demande :
« On a plein de littérature syndicale, notre revue d’abord. » Il me montre « Analyses et documents économiques, n°111-112 ». « Tu peux l’emporter. »
Merci.

Je le feuillette.

En page 2, « Analyses et documents économiques est placé sous la direction de Jean-Christophe Le Duigou. »

En page 9, le dossier « Face à la crise, quelle politique de relance ? » offre un papier du même Jean-Christophe Le Duigou : « Cinq priorités pour une politique industrielle » : 1, « Donner la priorité au développement des emplois et des qualifications » ; 2, « Accroître l’effort de recherche et d’innovation » ; 3, « Une politique de l’énergie cohérente » ; 4, « Assurer le financement de la croissance des entreprises » ; 5, « Recréer les conditions d’une démocratie économique en France et en Europe. »

Je survole, maintenant, le quatre pages « Défendre et développer l’emploi et l’industrie », avec ses « Cinq priorités pour une politique industrielle et de développement de l’emploi ». Les mêmes que dans la revue (« reconnaissance des qualifications », « recherche et innovation », etc.), sauf que la 4 et la 5 sont inversées. Aucune proposition « démagogique », par exemple sur des « taxes douanières contre le libre-échange », ou sur « la confiscation des profits », etc.

C’est un levier discret, mais essentiel : la fraction la plus centriste détient, à la CGT, l’outil intellectuel. Qui maintient le débat économique dans les limites convenues. Dont les propositions mesurées sont reprises dans des tracts, sur des affiches. Bref, qui orientent la réflexion des militants.

Représentatif

L’ironie, bien sûr, c’est que Le Duigou a, sur les retraites, accompagné les reculs successifs. Tandis que la sienne, fin 2009, s’annonce dorée : « Sa promotion lui permettra de partir dans de bonnes conditions, relate Le Monde, la pension des fonctionnaires étant calculée sur les six derniers mois de salaire » - qui s’effectuent, pour lui, dans « un des postes les mieux payés de Bercy ».

C’est un indice, à coup sûr, d’une évolution de la CGT : centrale ouvrière désormais guidée par un haut fonctionnaire - qui ne saborde pas sa carrière. La confédération est désormais truffée d’« experts » : depuis 1965, le nombre de permanents au sommet était multiplié par cinq - tandis que les adhérents étaient divisés par trois. Et cette CGT respectable se tourne vers les cadres supérieurs - plus volontiers qu’elle ne cause de « prolétaires »…

François Ruffin

Le journal Fakir est un journal papier, en vente chez tous les bons kiosquiers ou sur abonnement. Il ne peut réaliser des enquêtes, des reportages, que parce qu’il est acheté.

http://www.fakirpresse.info/

COMMENTAIRES  

12/10/2009 10:13 par slylechou

salut à tous

je pense cet article très intéressant mais vous oublier deux choses
en un : a la cgt on est acteur,auteur,et décideur donc on est pas censé s’attendre a quoi que ce soit de la haut les luttes on les mènes au pied des usines si on peut au coeur de nos villes et villages .(et oui tout ne se passe pas à paris)

en deux je tiens à rappeler tout particulièrement a mr ruffin (car tirer sur la cgt c’est bien,mais après qu’est ce qu’on fait ? ,on va se vendre avec les autres OS )qu’a la cgt il y a deux courants les réformistes et les anarchistes. forcement on ne peut contenter tout le monde.
quand a moi je n’attend rien d’en haut et sachez que les cours d’économie c’est pas duigou qui me les donnes
(n’oublions pas l’évènement du referendum pour la constitution européenne,on a vote non malgre le mot d’ordre)
à bon entendeur salut

12/10/2009 18:04 par pfro35

Bonjour.
Tout à fait d’accord avec le contenu de cet article et je pense que la CGT, au sein de laquelle j’ai milité de longues années, a progressivement perdu son âme et c’est un euphémisme.
Je vois que les militants ont beaucoup de mal à se séparer de leur direction comme cela a été mon cas. En bas de la pyramide nous gardons une très grande naïveté et n’imaginons que difficilement à quel point l’individu peut se compromettre pour arriver à ses fins de bien être personnel et non à celui de l’humanité.
Et de plus ils se permettent de verrouiller le système pour éviter la concurrence.
Pour que les choses changent il n’a pas d’autre solution que montrer que nous ne sommes pas que des moutons et encourager d’autres organisations tels que "Solidaires" dont les positions sont plus dans la confrontation que dans le réformisme.
Pour convaincre encore, je conseillerais le livre "l’argent noir des syndicats" qui pourraient faire perdre leurs illusions à beaucoup.
C’est le travail qui est nécessaire à la société et non l’argent qui ne devrait que faciliter les échanges. Ce qui enrichit les actionnaires n’est qu’un détournement de la force du travail, un vol pharamineux et légalisé.

12/10/2009 20:51 par roaringriri

Il devient évident pour tout le monde que les outils, syndicaux ou politiques que le monde ouvrier avait forgé dans les luttes, sont devenus des boulets.
La CGT, en tant qu’appareil, suit simplement le même mouvement que tous les autres.
Ces outils ont été créés pour obtenir des conditions décentes, et dans une période ou c’était possible, ils n’ont pas résisté à leur succès.
Aujourd’hui, ils sont gouvernés par des gens qui n’ont rien connu d’autre que la négociation, et ils sont parfaitement incapables de retrouver la pêche qu’avaient les anciens qui avaient connu le pire de la guerre de classe.
La situation ne peut pas s’améliorer calmement.
Les syndicats jeunistes, ou les partis strapontainistes, nous refont simplement le coup de la CFDT ou du PC, avec des décénnies de retard. C’est bien dans dans les vieilles marmites qu’on fait les meilleures soupes.
Mais qui veut encore de ce genre de soupe ?
Le problème ne se pose pas en terme d’opposition entre le syndicat, voir un parti, et une spontanéité mythique des travailleurs qui s’en passeraient.
On fait ce qu’on peut avec ce qu’on a sous la main, si ça peut servir tant mieux, sinon on s’en passe.
Reste ensuite à se faire respecter.

12/10/2009 22:00 par janmali

Tout a fait d’accord, je dénonce le Duigou depuis des années. Exactement depuis la campagne anti-TCE, date à laquelle j’ai découvert " ->www.confrontations.org " que certains lecteur feraient bien de le découvrir pour y voir comment les syndicats et les partis de gauche, alain Olive y est aussi ainsi que Martine Aubry et bien d’autres, se compromettent avec le capitalisme et le patronat.
Des traitres et des collabos, pas moins.

janmali->http://.janmali.spaces.live.com

12/10/2009 23:12 par SuperDupont

Monsieur J-C Le Duigou s’est il expliqué pour sa logique et ses convictions ultra libérales dans un syndicat ouvrier, si oui il faut le lire et juger.
Si non c’est une taupe ou un infiltré comme vous voulez, ça arrive souvent aussi dans les organisations sociales .
Mais je vous rappelle qu’un syndicat n’est rien (a part un diffuseur d’info) sans la volonté et la détermination de ses adhérents.

SD

12/10/2009 23:56 par Anonyme

Ce qui est rapporté est sans doute vrai, mais je note une obsession anti-CGT chez Fakir, comme on trouve une obsession anti-Joffrin chez Plan B (là , je préfère).

Les apparatichks profitent ? C’est vrai ailleurs et depuis des décennies.

On se souvient du Secrétaire général de la CFDT, Edmond Maire, héritant des centres VVF. Ah, non ! On a oublié, pas trop parlé, à vrai dire. Et Notat ? Vous savez ce qu’elle est devenue, Notat ?

Je vois tous les jeunes loups des mouvements lycéens et étudiants faire carrière au PS, les éléphants du PS se vendre à l’UMP, etc.

Nettoyer les écuries d’Augias est toujours un travail d’Hercule et je ne crois pas qu’il soit politiquement heureux de commencer ici par l’organisation de masse qui compte le plus de militants exposés, de gens de gauche et même de marxistes.

Commencer par elle, c’est renforcer les autres (rien à dire, vraiment, sur Sud, sur FO… ?).
Je ne vois donc pas l’intérêt politique de cet article. Ou peut-être que je le vois, justement.

Un article plus juste politiquement serait : "Que sont-ils devenus ?" Avec des informations sur les anciens dirigeants syndicaux.

La CGT s’est en effet recentrée, pour les mêmes raisons qui font que la Révolution cubaine s’est durcie et refuse le pluripartisme : pour survivre face au gros.

Dès la première vague d’aggravation du chômage, les premiers à être virés ont été les militants de la CGT, par dizaines de milliers. C’étaient les meilleurs, en plus. Où étaient-ils, les censeurs d’aujourd’hui ? Militaient-ils dans la CGT d’alors, dont ils ont la nostalgie ?

Ou ont-ils assisté depuis la fenêtre aux licenciements des militants, aux mises au placard ?
Facile quand on a assisté au massacre sans bouger, de dire que la silhouette amaigrie n’est pas aussi agressive qu’en 1945 ! On te coupe une jambe et puis on te lance des cailloux parce que tu ne cours plus aussi vite.

Après chaque baffe reçue par la CGT, des ouvriers (si, si, ça existe encore) se retrouvent le cul par terre, un oeil au beurre noir. Vous savez que c’est vrai. C’est toute l’histoire du mouvement ouvrier.

J’aimerais savoir les positions des autres syndicats et de Fakir sur les moyens autres que tripaux (qui ne marchent jamais) pour renverser la vapeur.

En affaiblissant la CGT ? En faisant son procès sans regarder le contexte, sans voir le poids de l’Europe, les conséquences de l’unipolarité du monde ?

Comment en sortir ? Pas grâce à l’Union européenne, ni à la Chine, ni à l’Inde. L’Amérique latine ?

J’aimerais qu’ils me disent comment ils voient l’évolution de l’Amérique latine. A qui les bons points, à qui les cornes, là -bas ?

Certes, cet article contre Jean-Christophe Le Duigou est encadré par de la pub pour Fakir. On comprend qu’il est le rédactionnel qui va valoriser le cadre, mais ce produit d’appel du journal Fakir est frelaté. On le trouve partout. D’abord au MEDEF, quoi qu’insinue l’auteur.

Il est des modes qu’on peut ne pas suivre, comme celle qui sévit dans l’ensemble de la presse et sur de nombreux sites Internet de flinguer la CGT.

Bon, je dis ça, je ne suis pas à la CGT. Mais je suis du syndicat qui est las des auto-flingages à gauche, parce que, si la vérité est révolutionnaire, elle doit être pleine et entière, sinon elle porte en elle l’insidieux mensonge de la troncature.

Longue vie à Fakir, surtout si, dénonciateur impitoyable, il est ouvert à la critique et à l’analyse contextuelle des réalités.

13/10/2009 00:20 par vivretpensercommedesporcs

Je sais pas si on peut dire que Le Duigou était pour la réforme des retraites en 2003...
La réalité est plus complexe, comme on dit chez nos grands débatteurs de partout.
En 2003 la CGT était contre (faudrait quand même pas confondre avec la CFDT) et Le Duigou faisait semblant d’être contre aussi. C’est la raison pour laquelle toutes les manifs n’ont débouché sur rien. Il s’agissait d’épuiser les manifestants, les contenir, et tenir comme ça jusqu’aux vacances.
Pour que Bernard Thibault puisse aller s’exhiber sur le Tour de France et passe à la télé...

En 2005 (referendum) ce fut un peu le même genre de jeu : essayer d’adopter une position neutre en ne donnant pas de consigne de vote, ce qui revenait à voter OUI...
Mais le Thi-Thi s’est montré moins fin que Le Duigou et ça s’est vu puisque son propre comité directeur (je ne sais plus le nom de cette instante dirigeante) l’a désavoué en se prononçant pour le NON.

Depuis il fait payer sa rancoeur à ses propres troupes en les ridiculisant chaque jour davantage à coups de promenades tous les 2/3 mois bras dessus bras dessous avec chereque le jaune, qu’il s’agit de marquer à la culotte avant qu’il file comme un pet sur une toile cirée, la compétition, la concurrence (libre et non faussée) entre ces deux-là consistant à être le premier chez Sarkozy.

A ce jeu Thi-Thi a montré (cheminots 2007) qu’il pouvait gagner l’étape et, qui sait, finir en jaune sur les Champs (manif monstre à la clef)

13/10/2009 14:42 par François Ruffin

Votre commentaire comporte des remarques intéressantes - qui seront reprises dans notre prochain "Courrier des lecteurs" - et d’autres plus injustes.

Vous relevez une "obsession anti-CGT" à Fakir. Ca me paraît une invention, ou une méconnaissance de nos textes : autant nous avons régulièrement critiqué le Parti Socialiste ou la CFDT, par exemple, autant c’est bien la première fois que nous tournons nos interrogations vers la CGT. Et, je dirais, presque à regrets. Parce que nous sommes bien conscients que c’est la dernière organisation de masse, que les militants les plus intéressants se trouvent souvent là , que nous les rencontrons presque chaque semaine dans les boîtes.

D’ailleurs, notre dossier s’ouvre sur ce préliminaire : "Cette enquête sur les syndicats se concentre sur un syndicat, la CGT. Pas par animosité. Au contraire : c’est que les affaires sont déjà pliées pour la CFDT. Tandis que SUD, par ses effectifs, ne peut peser qu’à la marge. Le centre de gravité du syndicalisme français demeure donc la CGT : comment évoluera-t-elle ? Deviendra-t-elle une CFDT-bis ? Ou maintiendra-t-elle sa tradition plus combative ? Le visage des prochaines luttes sociales dépend, en partie, de cette orientation."

A ces questions, nous avons cherché des réponses, me semble-t-il, avec justesse. D’abord auprès des militants de la CGT. Et non pour leur servir en retour une leçon, mais pour construire des arguments acérés.

Vous remerciant pour votre attention.

14/10/2009 12:56 par rodriguez gilbert

Entièrement d’accord avec le contenu de cet article !

Si la pointe de l’argumentation critique est tournée vers B. Thibault et la CGT c’est que l’attente de tous ceux qui luttent pour une véritable alternative au capitalisme est évidement plus grande qu’à l’égard de toute autre organisation syndicale.
Compte-tenu de son histoire et des caractéristiques de sa base militante.

L’affrontement entre une orientation disons d’accompagnement du système et d’une orientation de lutte qui privilégie le rapport de forces ET la lutte des idées face à un adversaire de classe expert en cynisme et en pouvoir de corruption, correspond à une réalité passée et à un affrontement tout ce qu’il y a de plus actuel.

En témoignent les réactions d’en bas dans les entreprises confrontées aux plans sociaux comme la naissance du Front Syndical de Classe regroupant des militants de la CGT et de la FSU qui entendent oeuvrer dans la durée à une réappropriation militante d’outils syndicaux précieux.

L’intervention de François Ruffin comme le contenu de la dernière émission de Daniel Mermet constituent des apports précieux dans la mesure même où le recentrage de la CGT est nié par ceux la mêmes qui procèdent à sa mise en oeuvre.
Salutaire dévoilement de ce qui se présente masqué car bien sûr les jeux ne sont pas faits !

Merci François :)
Gilbert Rodriguez

14/10/2009 19:52 par alain girard

j’aime beaucoup Gilbert Rodrigués et sa rigueur à l’égard de la direction de la Cgt ? j’aime qu’il milite à la cgt, j’aime beaucoup moins cette meute hurlante aux trousses de la cgt, pas un blog de gôche où le militant de la FSU pour le moins ou celui pour qui le syndicat vaudra jamais le parti, donc pas une intervention sur la dérive de la cgt,ou de ses dirigeants.
Comme il est dit plus haut, je suis un de ces militants licencié dans le Nord, exilé pour retrouver du boulot en région parisienne, j’ai vu tomber nos bastions industriels les uns derrière les autres, la bourgeoisie devait casser les lieux de résistance et elle y est parvenue bien souvent les 17 syndiqués cgt de Continental en attestent, 17 syndiqués et un délégué qui fait la morale...
Ou étiez vous tous quand nous prenions tous les coups, absolument tous les coups, j’en ai des cicatrices...
De manière évidente il faut tuer la cgt, non pas parce que réformiste mais parce encore vivante et remuante.
Je suis aterré devant ces enseignants qui exigent que la direction de la cgt déclenche une grève générale que nous ne parvenons pas à organiser, nous dans les boîtes.
le syndiqué moyen vous croyez qu’il a le secrétaire scotché dans son vestiaire, vous nous prenez pour qui, vous qui ne voyez de la cgt qu’en terme de troupe, troupeau étant trop révélateur sans doute.
Les militants de la cgt se cognent le patronat depuis des lustres et souvent bien seuls, alors pour notre naiveté vous repasserez par contre si vous voulez vous syndiquer faut pas vous gêner mais il y a des coups à prendre et c’est moins glorieux que de clavioter.
J’ose affirmer que, volontairement ou non, un feu de Bengale est allumé pour justifier la désertion, la direction de la cgt j’aime pas alors je fais pas.
De fait les attaques de Sarkosy, de Besancenot, et autres groupes convergenet.
Depuis des lustres pas une ligne sur les directions de FO et de la FSU, et l’argument de Gilbert, là est le bon, la cgt est le moteur du mouvement alors pourquoi ces attaques de l’extérieur..
pour en terminer deux exemples : un militant front syndiacl qui me raconte avoir fait sa carrière pro en étant à la rouge Fsu et vivre sa retarite à la cgt, pardonnez-moi mais je suis crispé quand j’entends ce genre de chose hein Gilbert je dis bien vrai là , tu le connais aussi.
quand une autre toute chamboulée me raconte qu’elle interviewé les Conti, et que c’est dégueu mais qui de son arrondissement parisien n’avait pas eu un geste ou un mot pour les travailleurs sans papiers qui luttent dans toute la capitale essentiellement avec la cgt.
Vous croyez nous séduire en attaquant la direction mais vous nous poussez dans ses bras et vous le savez. Cgt attaquée, Cgt rassemblée et le débat réel et utile sera étouffé.
Et maintenant après réflexion n’est ce pas là le but premier.

15/10/2009 07:40 par rodriguez gilbert

Cher Alain, je comprends ta colère. Sincèrement.

L’offensive contre la classe ouvrière et ses forces organisées et donc principalement contre la CGT ne date pas d’hier. Et j’ai toujours pensé que la destruction de pans entiers de l’industrie comme de Renault Billancourt par exemple ne résultait pas seulement de décisions à motivation économique.

Dans les années 80-90 pour la bourgoisie comme pour les sociaux démocrates il fallait démolir les pôles d’organisation , de conquêtes et de résistance qui servaient de référence à la classe ouvrière et bien au-delà  !

Pour dégager la voie à un remodelage en profondeur de la société et en finir avec ce qu’ils appellent l’exception française.

Et comme toi -exerçant dans une université- j’ai maintes fois eu à ferrailler contre ceux qui en tout militant exerçant une certaine responsabilité suspectent un apparatchik ou un bureaucrate et considèrent les organisations -et la CGT en particulier- comme l’obstacle principal au déploiement des luttes.
Sans voir que sans le patient effort de conviction contre les idées dominantes, sans l’effort de rassemblement, sans l’organisation collective qui stimule l’intelligence des êtres et des situations, ce qui domine en société capitaliste dans l’expression purement spontanée c’est d’abord la concurrence et la division, plus particulièrement en temps de crise.

Et que les grands mouvements imprévisibles par nature ne verraient pas le jour sans ce travail et cette résistance quotidienne organisée.

Je comprends donc ton attachement à la CGT et ton irritation de la voir critiquée.

Mais il y a un MAIS.

Et d’abord l’émergence de la présente critique ne peut être désignée comme extérieure ou émanant d’irresponsables indifférents aux coups portés aux travailleurs.

Nombreux sont à présents les militants et responsables de la CGT même, qui ne songent pas du tout à déserter le navire mais qui entendent agir pour que la grande dame renouent avec ses fondamentaux.
Non pas que les militants de terrain puissent être soupçonnés d’avoir lâché prise !

MAIS parce que depuis plusieurs années les faits s’accumulent qui attestent que les principaux dirigeants de la CGT sont engagés dans une réorientation globale de l’organisation EN RUPTURE avec les principes qui ont présidé à sa création et avec les traditions de lutte qui ont sculpté son profil spécifique dans le paysage syndical français.

Ces preuves ne concernent pas que l’évident échec de la stratégie de conduite des luttes en particulier dans la dernière période.

Mais que dire de l’attitude d’un B. Thibault s’ évertuant à empêcher la CGT de prendre position contre le traité constitutionnel européen en 2005 ?

Mais que dire de l’évident rapprochement avec les dirigeants de la CFDT et François Chérèque dont on connaît les trahisons et l’orientation d’accompagnement du système ?

Mais que dire de l’intégration sans réserve dans la Confédération Européenne des Syndicats dont le principal dirigeant John Monks entend sauver le capitalisme menacé par ses « excès » (« Si nous ne faisons rien pour arrêter ces excès, le capitalisme lui-même sera menacé ».). Dans le même moment où un Daniel Sanchez, membre du bureau confédéral déclare ces derniers jours à François Ruffin « à aucun moment la cgt elle défend l’option d’être un syndicalisme d’accompagnement, on est un syndicalisme de transformation sociale, on se bat pour une autre société, on n’est pas à un carrefour, on s’interroge pas sur l’avenir ... ».
Double langage pour cacher une évolution en profondeur face à une base restée elle attachée à la remise en cause du système et sans illusion sur le dialogue social entre partenaires sociaux ?

Mais que dire de l’appel permanent à la modernisation et à l’adaptation de la CGT aux nouvelles données économico-sociales qui rappelle fâcheusement les arguments de nos « élites » pour justifier toutes les contre-réformes ; tandis que les modifications du mode de financement et demain au 49e congrès les modifications de structure font craindre une mise en cause du fédéralisme et un contrôle bureaucratique des organisations de base.

Il y aurait bien d’autres arguments à évoquer, mais tout cela ne suffit-il pas à conduire la grande majorité des militants à refuser une telle évolution de la CGT qui tourne le dos à son histoire comme aux intérêts des travailleurs ?

Cette approche critique et ce combat, loin d’être une remise en cause de la CGT, de ses combats, de l’engagement désinteressé de ses militants vise au contraire -à mon sens- à replacer l’organisation sous le contrôle de ses adhérents fidèles aux plus hautes traditions qui en ont fait -et de loin- le principal outil de résistance et de conquêtes sociales des travailleurs de ce pays.

Car l’organisation ce n’est pas d’abord la propriété des dirigeants d’un moment et qui ne devraient pas être jugés sur leurs choix et qui ne devraient pas en rendre compte.
Cette responsabilité d’inventaire comme dirait l’autre, incombe bien à tous les adhérents de la CGT.

Gilbert Rodriguez

15/10/2009 08:48 par Anonyme

Paradoxal argument, deux fois lu dans les commentaires : il est juste de taper sur la CGT, non pas parce que c’est le syndicat le plus critiquable, mais parce qu’il est le plus costaud, celui qui a une grande histoire et une base militante respectable.

L’un dit « Si la pointe de l’argumentation critique est tournée vers B. Thibault et la CGT c’est que l’attente de tous ceux qui luttent pour une véritable alternative au capitalisme est évidement plus grande qu’à l’égard de toute autre organisation ».

L’autre assure que si la critique est ciblée sur la CGT, « Ce n’est pas par animosité. Au contraire : c’est que les affaires sont déjà pliées pour la CFDT. Tandis que SUD, par ses effectifs, ne peut peser qu’à la marge. Le centre de gravité du syndicalisme français demeure donc la CGT. Compte-tenu de son histoire et des caractéristiques de sa base militante ».

Ne mettons pas en cause la bonne foi de ceux qui écrivent de telles choses, mais soyons sûrs qu’ils sont abusés, entraînés dans un combat médiatique qui n’est pas le bon, combat qui préfère à une analyse du contexte politico-historique une personnalisation avec désignation à la vindicte prolétarienne d’un ou deux ou trois dirigeants, dûment diabolisés.

Hasard, on veut bien le croire, la caricature de Le Duigou qui illustre l’article est méphistophélique, avec deux petites étoiles noires plantées sur sa tête comme les deux petites cornes noires de diable. Pinaillage ? Si oui, le caricaturiste nous dira ce qu’il a voulu faire et on lui dira qu’un dessin sans malice peut en acquérir une, subliminale, du fait de l’article qu’il illustre. On lui dira aussi que le lecteur n’est pas tenu à la naïveté par crainte de s’entendre rétorquer « N’importe quoi ! ».

Cela dit, il n’est pas a priori erroné de critiquer les grandes organisations, dès lors qu’on n’entre pas dans une entreprise de rééquilibrage qui consisterait, parce que la maison syndicale est bancale, à taper sur le plus gros pilier, les autres étant réputés trop faibles pour soutenir l’édifice.

16/11/2009 23:38 par Anonyme

Decidement, a la cgt il n’y a plus grand monde qui sait voir autre chose que du noir ou du blanc ! devant des critiques serieuses et argumentées (ruffin, rodriguez) n’y a t’il vraiment rien d’autre à dire que : on s’en prend à nous car nous sommes le vrai, l’authentique parti de la classe ouvrière. Ce genre de chose si jamais il existe doit se prouver tous les jours et le moins que l’on puisse dire, c’est que depuis la trahison de 68, on n’apercoit pas beaucoup de preuves et cela ne dejuge en rien les efforts de la base luttante et souffrante. Mais nous ne sommes plus très loin desormais du moment ou, à la CGT, il n’y aura plus de base et vraiment beaucoup, beaucoup trop de sommet

26/02/2010 19:34 par celo

Dénoncer, et bien tardivement et en aparté l’abus de confiance dont se rendent coupables nos élus CGT est la moindre des choses pour les syndiqués qui en sont victime.C’est tout simplement respectueux. Et j’ai encore ma carte depuis 30 ans,il y aura de gros combats à mener pour organiser les révoltes afin de ne pas tomber dans le chaos//répression, c’est au cours de ces luttes qu’émerge de la créativité, que s’affirment de nouvelles personnalités, tous les "vieux" vous le raconteront, combats vécus à l’appui, il n’y a pas des anars d’un côté et des réformistes de l’autre, il n’y a que des gens qui ont plus ou moins le choix des armes et si nous voulons convaincre la jeunesse, il faut être franc du collier.

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