13 

Les athées prient pour Chavez

John Brown

Hier j’ai eu l’occasion de participer à une activité vraiment émouvante. Il s’agissait d’une réunion organisée à l’appel de l’ambassade de la République Bolivarienne du Venezuela à Bruxelles, en solidarité avec le président Hugo Chávez en convalescence à Cuba et qui rentrera probablement dans quelques semaines au Venezuela.

« Le Prince étant défini uniquement, exclusivement, par la fonction qu’il doit accomplir, c’est-à -dire par le vide historique qu’il doit remplir, est une forme vide, un pur possible-impossible aléatoire » - Louis Althusser, Machiavel et nous

La solidarité avec la personne du président s’étendait à l’ensemble du processus révolutionnaire bolivarien. Le public était composé de membres de la communauté latino-américaine bruxelloise et d’autres personnes qui appuient le processus bolivarien et, en général, la vague transformatrice qui change radicalement une bonne partie de l’Amérique Latine. Les participants, dont les diplomates des pays membres de l’ALBA, étaient tous des gens simples, politisés, attentifs. Sur un écran, en direct, apparaissaient les images de l’immense manifestation de Caracas où la population, en l’absence de Hugo Chávez, prit elle-même possession du mandat présidentiel (1). Une scène émouvante : face à une "opposition" qui organisa des feux d’artifice il y a quelques semaines dès qu’elle crut le président mort et qui aujourd’hui encore compte plus sur le cancer que sur son propre potentiel électoral pour mettre fin au processus bolivarien, une marée bigarrée mais aussi très rouge, de personnes en tout genre et de tous les âges, entourait le palais présdentiel de Miraflores pour défendre la démocratie, leur démocratie. Face aux coups d’État, face à la mort. Aujourd’hui même nous, les athées, prions pour Chavez et élevons notre prière à un Dieu que nous savons inexistant.

Beaucoup de choses sont en jeu dans cette conjoncture difficile marquée par l’état de santé de Chávez. L’opposition a tenté de profiter de ce moment pour déstabiliser le pays en générant, entre autres, des pénuries alimentaires, du chaos, de l’incertitude. Pour l’heure sa tactique semble vouée à l’échec. Au contraire, une immense majorité de la population, plus nombreuse encore que celle qui l’a réélu, souhaite selon les enquêtes (2) que le président Chavez reprenne son travail et que se poursuive le processus qu’il a initié. Chávez n’est pas seulement un président de la République, il est autre chose : le symbole vivant d’un changement social qui a impulsé l’existence politique de millions de vénézuéliens qui avant « n’existaient pas » et qui ne possédaient aucun type de droit.

Le Venezuela d’aujourd’hui est un pays où les politiques sociales du gouvernement bolivarien ont réduit drastiquement la pauvreté, où est garanti l’accès à l’enseignement gratuit pour tous, non seulement pour les niveaux primaire et secondaire mais universitaire. Sur 27 millions de vénézuéliens il y avait 300.000 universitaires avant la révolution ; ils sont aujourd’hui plus de deux millions. On peut affirmer la même chose en ce qui concerne la santé et la culture. Un des objectifs du gouvernement du Venezuela est que 2 millions d’enfants accèdent à l’alphabétisation musicale, c’est-à -dire qu’ils aprennent la musique et sachent jouer d’un instrument que leur donne gratuitement l’État. Les théâtres et les salles de concert ne sont plus le patrimoine exclusif de l’oligarchie. Le changement social est palpable dans le développement des services publics et dans la distribution de la richesse, ainsi qu’en termes de politisation et de participation directe de la population. C’est la force majeure de Chávez et la base de la légitimité du processus. Comme disent les vénézuéliens, « Chávez nous a donné une Patrie », en d’autres termes il les a fait membres effectifs d’une communauté politique et a ouvert l’accès aux biens communs d’un pays dont la grande richesse était jusqu’ici réservée à quelques uns.

On ne peut discuter ces réussites mais le problème en soi créé par la maladie de Chávez pointe une caractéristique du processus qui peut être à la fois sa force majeure et sa plus grande faiblesse. Il s’agit en effet de la relation très étroite du processus avec la personne de Chávez, qui s’exprime dans des slogans tels que « Chávez est le peuple », « Chávez, coeur du peuple » ou «  Nous sommes tous Chávez ». En marge de la relation affective que peuvent éprouver d’amples secteurs de la population vénézuélienne pour le dirigeant de la révolution bolivarienne, il est inévitable de lire cette relation imaginaire dans le cadre de la tradition politique de la souveraineté.Dans cette tradition, dont le penseur classique est Thomas Hobbes, le souverain est celui qui unifie le peuple. Il l’unifie dans la mesure où il le représente et il le représente en tant que les individus qui composent la multitude faite peuple, renoncent par contrat à tout droit en propre en faveur du droit absolu du souverain. Pour Hobbes, telle est l’unique manière de surmonter les dangers mortels que suppose la guerre de tous contre tous qui caractérise l’état de nature. De cette façon, le peuple et chacun des individus qui le composent agissent par le biais de leur représentant, à travers le souverain ; et par conséquent chaque sujet doit considérer l’action du souverain comme la sienne, en propre. D’un point de vue graphique, Hobbes représentait en couverture de son Léviathan ce fait fondateur de la souveraineté par le biais de l’image d’un Homme Artificiel composé par les petits humains naturels qui transfèrent au souverain leur propre droit, leur propre puissance. Ainsi Hobbes peut-il affirmer que dans une monarchie : « Le Roi est le Peuple » (The King is the People).

Le Léviathan : ou la matière, forme et pouvoir d’une république ecclésiastique et civile, de Thomas Hobbes (1651)

Le leadership de Chavez a été qualifié fréquemment de « populiste ». Dans la majorité des cas par ses détracteurs, qui considèrent qu’une direction politique qui n’est pas aux mains de "ceux qui savent" ne saurait être qu’irrationnelle et tyrannique. Grande est, en effet, l’aversion de la tradition politique occidentale pour le pouvoir du peuple. Cette même tradition politique qui aujourd’hui dénonce le populisme de Chavez est celle qui jusqu’aux débuts du vingtième siècle considérait la « démocratie » de manière négative, et le faisait pour les mêmes motifs qu’aujourd’hui. Il existe cependant un autre courant de pensée qui assume le « populisme » comme un fait positif et qui considère, comme le fait Ernesto Laclau, que le populisme est l’autre nom de la politique face à des conceptions qui la neutralisent, la réduisent à une simple gestion de la société par de supposés experts. La politique ainsi neutralisée se convertit, pour reprendre les termes du philosophe français Jacques Rancière, en simple « police » ou gestion des différences et hiérarchies consolidées. Seul le « populisme » comme importation dans l’espace politique des revendications de la partie non représentée et peut-être jamais totalement représentable peut faire revivre l’antagonisme et avec lui, la politique proprement dite, celle qui coïncide avec la démocratie. C’est ce que Chávez a su faire magistralement.

Le leadership de Chávez est parfaitement anomal. Chávez n’est pas un professionnel de la politique ni un expert, mais un homme du peuple. Ce qui fait que la majorité de la population exclue du pouvoir et de la répartition des richesses s’identifie avec lui. Chávez est pour "ceux d’en bas", dans cet État aux racines coloniale et oligarchique qu’était le Venezuela jusqu’à avant-hier, une personne qui n’appartient pas à la classe ou à la race qui a « toujours » gouverné le pays. Il est, en outre, une personne qui n’a jamais - presque - renoncé à la "décence commune", ce sens moral immédiat basé sur l’égalité et la dignité de tous qu’Orwell attribuait aux clases populaires et dont manquent la grande majorité des gouvernants. Pa surcroît, le président Chávez continue à être président non seulement par son évident courage personnel, non seulement parce que l’a réélu depuis 14 ans une large majorité, mais surtout parce que le peuple vénézuélien l’a libéré des mains de ceux qui l’avaient enlevé et l’a réinstallé à la présidence, faisant échouer un coup d’État de l’oligarchie. Dans un sens diamétralement opposé à la phrase déjà citée de Hobbes : « Chávez est le peuple » parce que la multitude de ceux d’en bas est celle qui a soutenu et soutient l’un des siens à ce poste de responsabilité politique qui n’était pas fait pour eux.

Le populisme, dans sa singulière expression chaviste, revêt ainsi un doublée aspect : d’un côté, il adopte les formes de la souveraineté classique en affirmant la représentation du peuple dans et par un leader mais de l’autre côté, la multitude et rien qu’elle a démontré sa capacité de soutenir en même temps un leader et le processus révolutionnaire bolivarien. Face aux oligarques du coup d’État et même face à la maladie, face au cancer qui constitue le triste et indigne espoir des "escualidos" (3), c’est la multitude qui a donné un contenu à l’action du dirigeant et lui a conféré à chaque instant sa puissance, à travers un dialogue ininterrompu. La théologie politique de la matrice hobbesienne faisait du souverain un Dieu mortel qui transcende le peuple dans lequel se fonde son pouvoir et réduisait la multitude à Un.

Le chavisme est une nouvelle théologie politique hérétique, messianique et matérialiste, dans laquelle la multitude se maintient comme telle et comme multitude détermine dans une grande mesure le cours du processus politique. Le souverain cesse d’être dans ce contexte une substance, un absolu. Il est une relation interne à la multitude dont la personne de Chávez, comme défenseur des biens communs matériels et de la décence commune, de la dignité de tous, est une simple expression. Le souverain n’est pas celui qui désactive la multitude mais la figure qui résulte de l’intense politisation de la population et en laquelle seulement elle peut s’appuyer. Hugo Chávez, dans ce navire négrier dirigé par les mutins qu’est le Venezuela bolivarien, est un personnage semblable au Benito Cereno de Melville, même s’il s’agit d’un Benito Cereno différent : un nègre habillé en capitaine et qui assume avec enthousiasme sa fonction.

Chávez est certainement un prince, non pas le prince charmant des contes de fée qui n’apparaît qu’une fois et disparaît ensuite pour ne jamais revenir (à moins que s’accomplisse une condition très difficile à réaliser) mais un authentique prince machiavélien. C’est le prince qui fonde une république nouvelle et une démocratie à partir d’un moment monarchique initial. Althusser rappelait dans son essai Machiavel et nous un texte du Prince de Machiavel : « Un seul homme est capable de constituire un État mais la durée de cet État et de ses lois serait très brève si l’exécution dépendait d’un seul, la manière de le garantir est de la confier aux soins et à la sauvegarde de plusieurs » . Il y a ainsi, comme le commente Althusser dans le texte machiavélien, deux moments dans la fondation d’un nouveau principat : 1) un moment de solitude du prince, celui du « commencement absolu » qui ne peut être que l’oeuvre d’un, d’un individu seul, mais « ce moment est en lui-même instable, car en ultime instance il peut s’incliner davantage du côté de la tyrannie que du côté d’un authentique État », et 2) un second moment qui est celui de la durée, qui ne peut être atteint qu’à travers une double opération : la dotation de lois et la sortie de la solitude, c’est-à -dire du pouvoir absolu d’un seul.

Certes comme nous l’avons vu, le pouvoir absolu d’un seul est une fiction théorique qui sert à penser la rupture avec le passé, avec l’ordre antérieur. Dans le cas de Chavez, depuis le moment de sa « décision » de rompre avec le régime oligarchique et à travers des différentes phases de la révolution bolivarienne, il a toujours compté sur l’appui de mouvement sociaux importants et tendanciellement majoritaires. Mais sa révolution ne peut se comparer avec la création du principat nouveau machiavélien que jusqu’à un certain point. Machiavel pense à la création d’un État moderne, bourgeois, d’un système de domination de classe, certes intelligent et capable de négocier avec "ceux d’en bas" car le prince doit "gagner l’amitié du peuple", mais ce qui est en jeu aujourd’hui au Venezuela est précisément la liquidation de la société de classes, la création d’une démocratie réelle, le socialisme comme transition à une société du bien commun. Cela empêche les deux moments de se distinguer clairement, bien que, sans doute, la décision de Chavez de se rebeller contre le régime oligarchique fut en son temps le catalyseur, à la fois nécessaire et parfaitement imprévisible, qui a permis à l’ensemble du processus de prendre corps et de se mettre en marche.

Un prince qui fonde une démocratie est un médiateur évanescent, un médiateur dont l’acte même empêche sa perpétuation comme souverain absolu. Chavez est donc indispensable mais en même temps, substituable. Il a lui-même expliqué à de nombreuses reprises que l’objectif du projet bolivarien est d’en finir avec l’État bourgeois et avec ses institutions pour établir une démocratie en accord avec de nouvelles relations sociales post-capitalistes. Dans la présentation de son programme électoral lors des dernières élections présidentielles (4), Hugo Chavez affirmait : « Pour avancer vers le socialisme, nous avons besoin d’un pouvoir populaire capable de désarticuler les trames de l’oppression, de l’exploitation et de la domination qui subsistent dans la société vénézuélienne, qui soit capable de configurer une nouvelle sociabilité depuis la vie quotidienne, où la fraternité et la solidarité vont de pair avec l’émergence permanente de nouveaux modes de planification et de production de la vie matérielle de notre peuple. Ceci suppose de désintégrer complètement la forme bourgeoise de l’État dont nous avons hérité, qui se reproduit à travers ses vieilles et nuisibles pratiques, et de donner une continuité à l’invention de nouvelles formes de gestion politique. »

Ici en Europe, en Amérique Latine et dans d’autres parties du monde, nous sommes nombreux à souhaiter que le président bolivarien se rétablisse rapidement et applique ce programme si nécessaire à l’enracinement de la nouvelle république issue de la révolution et à la sortie définitive de l’imaginaire hobbesien propre à l’État bourgeois.

John Brown

John Brown est l’auteur de La domination libérale. Essai sur le libéralisme comme dispositif de pouvoir, éditions Tierra de Nadie, Madrid 2009.

Original (espagnol) et traduction à l’anglais : TLAXCALA, http://www.tlaxcala-int.org/article.asp?reference=8984

Traduction de l’espagnol : Thierry Deronne
http://venezuelainfos.wordpress.com/2013/01/20/les-athees-prient-pour-chavez-par-john-brown/

Notes :

(1) Lire à ce sujet le reportage « Le jour où Miss Mundo leva le poing », http://venezuelainfos.wordpress.com/2013/01/11/le-jour-ou-miss-mundo-leva-le-poing/

(2) Voir notamment les enquêtes de la firme internationale International Consulting Services : http://www.minci.gob.ve/2012/09/07/encuestadora-ics-69-de-los-venezolanos-aprueba-gestion-del-presidente-chavez/ et http://www.avn.info.ve/contenido/ics-75-poblaci%C3%B3n-conf%C3%ADa-instituciones-del-estado

(3) Terme populaire vénézuélien pour les opposants de droite.

(4) http://venezuelainfos.files.wordpress.com/2012/10/programme-de-chavez-2013-2019-texte-integral1.pdf

COMMENTAIRES  

20/01/2013 17:42 par Safiya

Viva Chavez ! Que Dieu lui Prête longue vie et l’Assiste. Qu’il Fasse plein d’émules du Comandante de par le Monde.

20/01/2013 18:38 par legrandsoir

Rendons à César... : il est lui-même "l’émule" de certains "barbudos"...

20/01/2013 19:37 par Safiya

@ legrandsoir

Rendons à Cesar... : il est lui-même "l’émule" de certains "barbudos" quelque peu abscons comme réponse non ? Je ne comprends vraiment pas cette propension à vouloir insulter et blesser la croyante ou le croyant et surtout l’insanité de prétendre que Dieu est l’émule de certains barbus qui dit surtout l’ignorance totale de ce qu’est Allah pour les musulmans en l’occurrence.

20/01/2013 20:05 par legrandsoir

Les "barbudos" :

Un indice de date : 1er janvier 1959
Un indice de lieu : la Havane
Un indice de noms : Fidel, Raul, Camilo, Che.

Un indice de note attribué à Safiya : 0/20

20/01/2013 21:12 par Sheynat

Très rapidement : parce que je n’ai pas lu l’article en entier, parce que j’ai d’autres choses en tête à l’heure qu’il est mais j’y reviendrai :

Aujourd’hui même nous, les athées, prions pour Chavez et élevons notre prière à un Dieu que nous savons inexistant.

Ca me plaît. Car cela paraît paradoxal mais ça ne l’est pas.

Je fais aussi un bisou à Safiya : je t’ai vue tenter de te faire comprendre sur d’autres sujets, je ne suis pas intervenue car je n’avais rien de bien utile à apporter, alors je te fais un bisou qui j’espère t’encouragera à continuer de te battre, même si je ne suis pas toujours d’accord avec toi (mais c’est exceptionnel).

20/01/2013 21:45 par Safiya

@legrandsoir

Au temps pour moi et mea culpa. Barbudos, barbus, je me suis emmelée les pinceaux. Il va sans dire que sans les aînés cités auxquels j’ajoute le géant Marti dont ils sont les émules, Chavez ne serait, peut-être, pas.

Tout a fait de même, Sheynat, je ne te suis pas non plus dans pas mal de sujet et trouve même, parfois, dommage une telle "niaque" pour des sujets, à mon sens bateau. Bisou aussi.

Grosse bise à mon legrandsoir bien aimé

21/01/2013 01:26 par Lionel

RAAaaaah ! Magistrale analyse du bolivarisme !
Non, Chavez malgré son charisme et sa grandeur n’est pas irremplaçable et c’est là que réside sans doute sa plus grande réussite.
Ah ce p’tit gars, John Brown, ben y’m’plait bien, tiens...

21/01/2013 08:23 par Eric

bonjour

oui Safiya, votre réponse m’a fait sourire
Chavez a dit qu’il se considérait comme le fils spirituel de Fidel. Cuba est un phare pour les autres pays sud-américains et fort heureusement il n’est plus seul maintenant.
Rappelez vous lors des dernières heures du putsch quand il était assiégé à Miraflores, la personne avec qui Chavez s’était entretenu au tél était Fidel qui lui avait donné de bon conseils dans ses moments très difficiles.

Eric Colonna

21/01/2013 10:01 par L'Inaudible

Ce qui serait extraordinaire, c’est que la Médecine, après un siècle d’échecs, se rende compte qu’elle fait fausse route à propos du cancer.
Mais il faudrait pour cela des scientifiques encore capables de se remettre en question. Je crois savoir que les derniers représentants de cette espèce sont morts voici quelques années.
Le Scientifique moderne s’occupe avant toute chose de faire respecter les dogmes.

21/01/2013 15:50 par Safiya

Bonjour Eric, plus que sourire, j’en ai hoqueté de rire après coup et j’ai beaucoup apprécié le tendre et amical 0/20 attribué par LGS querido de mi corazon. Les guillemets auraient dû mieux m’inspirer, mais l’air ambiant, infesté d’intervention guerrière et autre prise d’otages, m’a faussé le ton juste.

Merci pour la tendresse de votre sourire Eric... Colonna est un nom cher à mon coeur.

21/01/2013 18:41 par Dominique

Pour moi, la comparaison entre Jésus et les barbudos tient tout à fait. Il ne faut pas oublier que Jésus est un véritable révolutionnaire. D’abord comme dieu incarné dans l’homme il renvoie à la poubelle tous les dieux précédents des religions de domination. Pas longtemps car le christianisme se réfère à un cruel retour en arrière, ce Christ guerrier et triomphant de l’apocalypse d’où son nom et sa doctrine. Ensuite car il a chassé les marchands du temple. Les barbudos n’en sont pas encore là , mais ils suivent la même route.

De plus, le christianisme de l’Amérique du sud suit dans bien des case une théologie de la libération, c’est à dire une théologie par les pauvres et pour les pauvres, théologie qui est à l’opposé de la théologie élitiste romaine.

Ensuite, la majorité de la population de ce continent est noire, indienne ou métisse. Cela implique que la religion, même quand elle est chrétienne, est le reflet de ce métissage. Ainsi, pour les incas, et toujours aujourd’hui pour les indiens qui en descendent, l’enfer est une notion incompréhensible car pour eux, c’est la région où les morceaux d’âmes égarés suite à des frustrations ou à des chocs vont se réfugier. Quand à l’âme elle est pour eux la partie supérieure de notre esprit, ce que nous appelons le subconscient, et elle vit dans ce que nous appelons je jardin d’Eden. Leurs techniques de méditations comptent 9 chakras, les deux supplémentaires correspondent justement à ces deux mondes, celui des morceaux d’âmes perdus et celui de notre esprit supérieur. Ces deux mondes spirituels sont pour eux aussi réels que celui du présent et, notion carrément quantique, le temps n’est linéaire avec un passé, un présent et un futur, que dans le monde dans lequel nous vivons. Les chamanes seraient capables de voyager dans ces deux mondes, et de faire voyager les autres dans ces deux mondes, le but des ces voyages étant de récupérer les morceaux d’âmes perdues afin de guérir l’âme, et à travers elle, le corps. Voir à ce sujet « L’âme retrouvée » d’Alberto Villoldo, un livre passionnant qui contient entre autre l’essentiel de la représentation animiste du monde des Incas ainsi que de nombreuses correspondances avec la nôtre.

Pour en revenir à l’article, je n’ai pas fini de le lire, 84 pages c’est beaucoup, mais le programme électoral de Chavez qui est en lien dans l’article est une lecture indispensable. J’aime surtout sa notion d’éco-socialisme, ceci car il est impossible de développer une société durable et harmonieuse si ses bases ne sont pas le respect de l’être humain ET le respect de la nature.

Notre rapport avec la nature conditionne notre rapport avec les autres. Les religions organisées ne font rien d’autre que de nous séparer artificiellement de la nature avec toujours la même hiérarchie superstitieuse entre leurs dieux, les hommes et le reste de la création. Les choses sont. Point. Ce sont nous qui avons le choix, et si nous faisons le mauvais choix, celui du mal au lieu du bien, du yin ou lieu du Yang ou vice et versa, du conflit imbécile et criminel ou de l’union béate et naïve au lieu du respect, de la compréhension et de la solidarité, bref quand nous préférons le fatalisme immuable à la transcendance consciente et immédiate, nous faisons la preuve que nous ne comprenons ni notre place dans la nature (nous en sommes dépendant, c’est notre seule source de vie physiologique), ni notre véritable nature transcendantale (nous avons des responsabilités à prendre vis-à -vis des autres comme vis-à -vis de la nature).

22/01/2013 11:45 par babelouest

Disons-le simplement : si ce monde doit être sauvé (je parle : physiquement), c’est à l’Amérique Latine qu’il le devra, à ce creuset bien particulier auquel les Pays du Nord ne comprennent rien. Si les révoltés des années 50 à Cuba ont montré le chemin, désormais c’est la moitié de ce continent qui se dirige dans le bon chemin, malgré la position un peu en retard du Brésil.

Quant à l’Empire du Fric-Dieu, porté à bout de bras par le voisin nauséabond du nord, un jour il tombera. Ce jour n’est peut-être pas si loin, tant les fissures bruissent de toutes parts.

22/01/2013 19:12 par Dominique

@ bableouest

Si les choses étaient si simple, ce serait facile.

Le problème est que l’Empire du fric dieu tient le couteau militaire par le manche, et que par conséquent, une prise de conscience et une mobilisation à large échelle des gens raisonnables est aussi nécessaire ici et maintenant.

Là aussi l’Amérique l’Amérique latine nous montre la voie. C’est un véritable laboratoire de l’action citoyenne qui a su dépasser complètement les vieux clichés et qui sait se réinventer constamment.

L’Amérique latine nous montre la voie, mais si nous ne sommes pas capables de la suivre, ce qui implique de trouver notre propre voie, ce qui à son tour nécessite d’abord de remplacer nos élites guerrières par des gens raisonnables dont le but principal serait d’instaurer la paix et la justice dans une démocratie qui vienne d’en bas, dans une démocratie qui serait capable d’être aux commandes d’un système économique éco-social, d’un système économique qui soit au service des citoyens et de la nature, il ne faut pas être naïf, nous n’y arriverons pas.

Le problème ici et maintenant est donc d’arriver à nous organiser solidairement pour que les gens raisonnables (on pourrait dire normaux, mais Hollande à inversé le sens de ce mot) gagnent et retrouvent ainsi le pouvoir sur leur vie et la liberté qui va avec. Ce n’est qu’ainsi que nous pourrons redonner un sens à l’histoire et à nos vies, et retrouver ainsi un cours normal des choses.

(Commentaires désactivés)