Les Palestiniens ont besoin d’espoir, pas de calme

John V. Whitbeck, The Palestine Chronicle

Le gouvernement israélien ne veut pas leur laisser le moindre espoir et l’Autorité palestinienne n’a pas les moyens de leur en donner.

Depuis le début de l’explosion actuelle de violence en Israël et en Palestine occupée, de nombreux dirigeants étrangers, ainsi que le Conseil de sécurité des Nations unies, ont insisté sur l‘urgence de rétablir le « calme ».

Au lieu d’appels au calme, un euphémisme pour la soumission palestinienne, il faudrait plutôt redonner un véritable espoir de liberté aux Palestiniens par des mesures de justice crédibles et efficaces.

Le gouvernement israélien ne veut pas leur laisser le moindre espoir et l’Autorité palestinienne n’en a pas les moyens.

Le Premier ministre israélien, Benjamin Netanyahu, a promis lors de sa campagne de réélection qu’il n’y aurait jamais d’Etat palestinien indépendant pendant son mandat, tandis que le président palestinien Mahmoud Abbas, après avoir promis qu’il allait larguer une « bombe » lors de son discours à l’Assemblée générale de l’ONU le mois dernier, a, au contraire, lâché un pétard mouillé. Ceux qui ont vécu toute leur la vie sous l’égide d’un « processus de paix » destiné à maintenir le statu quo qui se traduit par un projet de colonisation métastasant qui dévore leurs terres, et une infinité d’humiliations quotidiennes, ont bien des raisons de désespérer.

On peut énumérer de nombreux obstacles à la « paix » israélo-palestinien, mais l’obstacle le plus important à la fin de l’occupation qui est maintenant dans sa 49e année, est tout simplement la nature humaine. Les gens acceptent rarement de voir leur vie changer de manière significative, sauf s’ils croient que ce changement va améliorer grandement la qualité de leur vie.

Comment les Israéliens juifs peuvent-ils être amenés à penser que la fin de l’occupation améliorera leur qualité de vie ?

Ces dernières années, les Israéliens juifs ont, tout naturellement et avec raison, considéré le statut quo comme le meilleur des mondes possibles. Ils ont joui de la paix, de la prospérité, du soutien économique et militaire indéfectible de l’Occident et de la protection diplomatique américaine inconditionnelle, alors que les Palestiniens, hors de vue et loin des pensées, enduraient l’occupation, l’oppression, l’appauvrissement et la violence fréquente, et souvent mortelle, de l’armée israélienne et des colons israéliens.

La situation confortable dont jouissaient les Israéliens juifs, du fait que l’occupation ne leur coûtait pratiquement rien et ne leur causait aucun souci, doit changer. Elle peut changer de deux manières, soit grâce à la pression économique et politique non violente du monde occidental, soit du fait de l’insécurité violente générée par le peuple palestinien occupé.

Les Etats européens pourraient imposer de fortes sanctions économiques à Israël jusqu’à ce qu’il respecte le droit international et les résolutions de l’ONU et se retire complètement de la Palestine occupée. Les Etats européens pourraient aussi appliquer des règles strictes de visa à tous les Israéliens qui veulent venir en Europe, les obligeant à fournir la preuve claire et documentée qu’ils ne vivent, ni ne travaillent, en Palestine occupée.

Si l’on en juge par les années que l’Union européenne a passé à s’angoisser sur l’étiquetage correct des produits des colonies illégales vendus en Europe, on ne peut guère espérer que les politiciens européens trouvent bientôt intérêt à jouer un tel rôle principiel non-violent et constructif.

Malheureusement, cela nous laisse seulement avec l’option de l’insécurité violente. Il est hors de question d’encourager la violence contre les civils, et on ne peut qu’espérer que les violences soient limitées et qu’elles aient des résultats constructifs. La violence « couteaux-et-tournevis » de basse technologie actuelle, qui engendre beaucoup de peur et d’anxiété mais fait relativement peu de victimes israéliennes juives, est peut-être, de toutes les violences capables de produire le changement nécessaire dans la perception des Juifs israéliens de leurs propre intérêt, celle qui est la plus efficace et la moins dangereuse.

Si ces attaques, apparemment aléatoires et imprévisibles, contre les Israéliens juifs devaient se poursuivre sur une longue période de temps, elles pourraient bien pousser un nombre significatif de Juifs israéliens à en conclure que l’occupation et l’oppression perpétuelle ne sont pas le meilleur des mondes possibles pour eux non plus et que leur qualité de vie serait meilleure s’ils mettaient fin à l’occupation et permettaient au peuple palestinien de jouir de la même liberté et de la même dignité humaine - que ce soit dans deux états ou dans un seul - que les Israéliens juifs exigent pour eux-mêmes.

Il est bien triste d’être obligé de se rendre à l’évidence que tant que des vies juives ne sont pas menacées, les Israéliens juifs et le monde occidental ont tendance à penser que l’occupation n’est pas un problème. Maintenant que des Juifs - et bien plus encore de Palestiniens - ont perdu la vie, et que tout laisse à penser que d’autres la perdront dans les semaines qui viennent, il faut absolument profiter de l’attention du monde entier pour promouvoir une nouvelle perception du futur, afin que toutes ces vies n’aient pas été perdues pour rien.

Si la violence actuelle se poursuit assez longtemps pour être considérée comme une « Intifada », il faudra lui donner le nom de « Intifada des enfants ». Désespérant de jamais jouir d’une vie qui ait un sens, les jeunes et même les enfants choisissent, de leur propre initiative, de rechercher ce qu’ils perçoivent comme une mort qui a un sens. Ce désespoir tragique ne peut être dissipé que par l’espoir.

Quand la violence se terminera, cela ne doit pas être parce que le peuple palestinien a été forcé de retourner dans sa cage et de se rabattre sur un « processus de paix » frauduleux qui ne mène nulle part. Cela doit être parce que les jeunes Palestiniens ont enfin des raisons, crédibles et authentiques, d’espérer qu’ils seront bientôt libres et traités avec justice.

John V. Whitbeck est un homme de loi d’envergure internationale qui a conseillé l’équipe de négociation palestinienne dans les négociations avec Israël.

Traduction : Dominique Muselet

 http://www.palestinechronicle.com/palestinians-need-hope-not-calm/

COMMENTAIRES  

20/10/2015 20:40 par D. Vanhove

Ni de "calme" ni "d’espoirs" ! Les Palestiniens ont besoin d’actes concrets ou en d’autres mots, de décisions politiques fermes et intransigeantes de la part des pays tiers... qui aillent enfin dans le sens de la Justice !

Cela fait des décennies que les Palestiniens ont été menés par des promesses qui leur donnaient de "l’espoir"... jusqu’à leurs dirigeants qui les priaient, les suppliaient d’attendre que d’interminables négociations débouchent pour eux sur quelques résultats qui ne sont jamais arrivés... et dont on voit aujourd’hui les dégâts !

ASSEZ de discours, de promesses, de palabres, de sommets internationaux, de tergiversations et de charité pour reconstruire ce que l’Etat israélien se fait un plaisir de démolir régulièrement... ainsi que des mille précautions prises vis-à-vis d’Israël que les Palestiniens doivent subir sans broncher, avec "l’espoir" que cela débouchera sur qq chose d’acceptable pour eux...! On voit le résultat !

Ce dont les Palestiniens ont le plus besoin de la part de l’extérieur, c’est d’une vraie Justice... qui ne soit pas à géométrie variable comme c’est le cas actuellement. Et dès que ces critères seront mis en place, pas besoin de s’inquiéter pour savoir ce dont les Palestiniens ont besoin. Ils le savent très bien eux-mêmes...

21/10/2015 12:27 par dominique

Ah M. Vanhove, je vous admire, j’admire votre inlassable -et fort solitaire, hélas- combat pour que justice soit enfin rendue aux Palestiniens.
Vous avez raison, plus de vaines paroles mais des actes. Je pense que c’est ce que l’auteur veut dire. Il donne d’ailleurs deux exemples de sanctions qui porteraient certainement leurs fruits :

Les Etats européens pourraient imposer de fortes sanctions économiques à Israël jusqu’à ce qu’il respecte le droit international et les résolutions de l’ONU et se retire complètement de la Palestine occupée. Les Etats européens pourraient aussi appliquer des règles strictes de visa à tous les Israéliens qui veulent venir en Europe, les obligeant à fournir la preuve claire et documentée qu’ils ne vivent, ni ne travaillent, en Palestine occupée.

22/10/2015 12:30 par reymans

Toujours autant en phase avec vos paroles, comme avec vos "colères" somme toute légitimes Mr Vanhove

22/10/2015 15:00 par D. Vanhove

@ Dominique : merci pour ce clin d’œil...!

J’ai la chance d’avoir eu des parents qui m’ont transmis certaines valeurs, dont l’une des plus importantes est la justice...

par ailleurs, et comme j’en témoigne dans mes livres, je me suis rendu en Palestine dans le cadre des Missions civiles d’observation, et entre 2001 et 2004 j’ai partagé plusieurs semaines de la vie quotidienne des familles palestiniennes... j’ai donc vu de mes propres yeux ce qu’il en était...

sans verser dans le pathos, je peux vous affirmer que ce qui s’y passe est inimaginable... malgré toutes les tentatives de décrire les choses... il faut vrmt le voir pour le croire comme on dit... et je me suis depuis, senti totalement solidaire de cette population que je ne peux pas oublier... j’y ai tissé des liens... j’y ai reçu un accueil comme nulle part ailleurs de la part de ces familles qui se débattent chq jour pour survivre... elle avaient 3 demandes explicites, comme je l’écris dans mes livres :
1. informez-vous autre part qu’à travers les médias traditionnels ;
2. continuez à venir nous rencontrer pcq les Israéliens nous disent : vous voyez bien que personne ne s’intéresse à votre sort ;
3. et surtout, soyez notre voix, psq’il nous est quasi impossible de venir vous dire nous-mm, ce qu’il en est...

c’est ce que je me suis engagé à faire, tant que j’en aurai la possibilité...

22/10/2015 22:38 par dominique

Oui, je sais, j’ai vécu 7/8 ans en Israël, M. Vanhove, et cela m’a permis d’appréhender la largeur, la hauteur et la profondeur au calvaire des Palestiniens...
Et à mon retour en France, j’ai été effarée par ce que j’appelle l’israélisation de la société française (et surtout de nos élites, évidemment). Je sais qu’il faut aujourd’hui bcp de courage pour défendre les Palestiniens en France aujourd’hui et c’est pourquoi je vous admire, vous et les très rares personnes comme vous Occident...

24/10/2015 11:11 par D. Vanhove

@ Reymans : merci aussi à vous pour votre soutien moral...nos commentaires se sont croisés semble-t-il...

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