« Informer n'est pas une liberté pour la presse mais un devoir »
RSS SyndicationTwitterFacebookFeedBurnerGoogle ReadereBuzz
 
Vers un octobre rouge au Venezuela ?

Les stratégies à risque des opposants à Hugo Chavez

La campagne électorale bat son plein au Venezuela. Sept candidats sont en lice pour se disputer, le 7 octobre prochain, la présidence de la République. Parmi eux, Yoel Acosta Chirinos, ancien compagnon d’armes de Chávez lors de la tentative de coup d’Etat du 4 février 1992 ; Orlando Chirinos, syndicaliste trotskyste farouchement opposé aux politiques gouvernementales ; Henrique Capriles Radonski, candidat de la Mesa de Unidad Democratica (MUD), plateforme qui regroupe les partis néolibéraux ; et, bien sûr, Hugo Chavez, qui brigue un nouveau mandat.

Notons d’emblée que les deux derniers candidats mentionnés ci-dessus devraient réunir 99 % des suffrages exprimés. Dans un pays où la politique est aussi bipolarisée, il ne subsiste guère d’espace électoral pour des positions intermédiaires. Des partis politiques comme Patria Para Todos (PPT) ou Podemos qui avaient fait ce pari, ont été laminés lors de scrutins antérieurs où ils se présentèrent comme une « troisième voie ». Leurs dirigeants ont d’ailleurs fini par rejoindre les rangs antichavistes.

Comme lors de la précédente campagne présidentielle, en 2006, l’opposition est prise dans une contradiction. Le candidat Capriles, dans la droite ligne de ses origines sociales et de ses positions constantes à la droite de l’échiquier politique vénézuélien, propose un programme néolibéral classique, même si les médias le maquillent en projet social-démocrate. Mais comme ce programme, s’il est explicité, a peu de chances de séduire la majorité de l’électorat, Capriles a opté pour une stratégie de campagne avant tout émotionnelle, axée sur son opposition aux mesures gouvernementales. Cette posture stratégique diverge radicalement de la clarté idéologique de son projet.

Pour gagner l’adhésion des électeurs, Capriles recourt systématiquement à des stratagèmes. En premier lieu, il décontextualise de manière permanente les problèmes du Venezuela en faisant l’impasse sur les conséquences de plusieurs décennies de politiques néolibérales du pays avant l’arrivée au pouvoir de Hugo Chavez. De plus, il présente les mesures du gouvernement comme une anomalie dans le monde démocratique. Cette stratégie a néanmoins ses limites. Alors que l’opposition accusait le gouvernement d’isoler le Venezuela sur la scène internationale, l’entrée du pays dans le Mercosur, l’appui des partis de gauche de tout le continent lors du Foro de Sao Paulo récemment organisé à Caracas, et surtout le soutien de l’ancien président brésilien Lula da Silva à Chavez, ont pulvérisé cette manoeuvre.

Conséquence de cette décontextualisation, l’opposition s’emploie à nier systématiquement toutes les avancées sociales et économiques du gouvernement. Enfin, prodige de la sémantique, l’unité des partis politiques qui appuient la candidature de Capriles devient l’unité de tous les Vénézuéliens. Disparus les antagonismes entre les ouvriers et le patron, entre les propriétaires fonciers et les mal-logés, entre les paysans exploités et les terratenientes, entre le propriétaire d’une clinique privée et le patient sans le sou…

Face à cette rhétorique, le candidat Chavez a présenté un programme de gouvernement dans la continuité des acquis de la Révolution bolivarienne [1]. A en croire les instituts de sondage, les Vénézuéliens semblent majoritairement adhérer à ce programme. En particulier, une enquête effectuée par l’agence Reuters montre une constante domination du candidat bolivarien [2]. Mais Hugo Chavez demande constamment à ses partisans de ne pas tenir la victoire pour acquise et de convaincre les indécis afin de l’emporter avec le plus large écart possible. Une victoire serrée de l’actuel président ne manquerait pas, en effet, de réveiller les vieux démons anti-démocratiques d’une opposition prête à tout pour s’emparer de l’exécutif. Comme le note Jennifer Lynn McCoy, du Centre Carter, "un résultat étriqué qui ne serait pas accepté déboucherait sur une vague de violence" [3].

L’enjeu des élections du 7 octobre 2012 dépasse donc la simple joute électorale. Si Hugo Chavez et les forces armées vénézuéliennes [4] se sont engagés à respecter les résultats proclamés par le Centre national électoral (CNE), aucun dirigeant de l’opposition n’a fait de même. Plus grave : une campagne médiatique s’est mise en branle pour semer le doute sur l’impartialité du CNE. L’hebdomadaire Zeta a récemment consacré une de ses livraisons à une prétendue fraude électorale qui serait organisée par ce même CNE [5]. En 2006, lors de la précédente élection présidentielle, son rédacteur en chef, Rafael Poleo, avait ouvertement appelé au coup d’Etat coloré, dans le pur style des révolutions « oranges » [6]. Cet appel, lancé en direct sur la chaîne de télévision Globovision, n’avait pas été cautionné par le candidat de l’opposition de l’époque, Manuel Rosales. Qu’en sera-t-il éventuellement de Capriles ?

Cette accusation de fraude est reprise par le quotidien El Nacional [7]. Depuis sa cellule, le général Baduel, ancien ministre de la défense condamné pour corruption, appelle les Vénézuéliens à « étudier les préceptes du professeur Gene Sharp, dont se sont inspirées toutes les révolutions colorées, de la Serbie à l’Ukraine en passant par la Géorgie ou l’Azerbadjian » [8].

Les récents voyages de dirigeants de l’opposition en Espagne, en Israël et en Colombie, ainsi que l’appel du pied de Capriles aux militaires vénézuéliens [9], ont nourri les spéculations du camp chaviste. Le journaliste José Vicente Rangel, toujours très bien renseigné, a révélé l’intention d’une partie de la droite de ne pas accepter les résultats afin de jeter la suspicion sur la transparence démocratique du processus vénézuélien [10]. Le procureur général de la République, Luisa Ortega Dà­az, a même alerté sur la possibilité d’un coup d’Etat post-électoral [11].

Pour mettre en échec le dessein d’une partie de la droite vénézuélienne, Hugo Chavez devra conquérir les suffrages d’une large majorité d’électeurs. Il lui reste un peu plus de deux mois pour y parvenir.

Romain Migus, Journaliste, Caracas.

SOURCE : http://www.medelu.org/Les-strategies-a-risque-des

NOTES :

[1] Propuesta del candidato de la Patria, Comandante Hugo Chávez, para la gestión bolivarianasocialista 2013-2019 :
http://www.chavez.org.ve/Programa-Patria-2013-2019.pdf

[2] Reuters : Hugo Chávez lidera encuestas camino a las elecciones presidenciales : http://www.6topoder.com/.../elecciones-presidenciales-tabla-resultados/

[3] "Centro Carter teme violencia en Venezuela ante posible resultado reñido en las elecciones del 7-O" , Noticias24, 6 mars 2012 : http://www.noticias24.com/venezuela/noticia/95260/observadora-de-ee-uu-teme-violencia-en-venezuela-si-eleccion-es-renida/

[4] "Rangel Silva : La Fanb reconocerá a quien gane las elecciones del 7-0, no a quien diga que ganó" , Noticias24, 6 avril 2012 : http://www.noticias24.com/.../dada-a-su-comandante-en-jefe/

[5] Carlos Julio Peñaloza, "La mecánica del fraude electoral" , Zeta, nº 1860, 6 juillet 2012.

[6] Rafael Poleo explosivo 3, Youtube : http://www.youtube.com/watch?v=Z3q2RRQ_k_s&feature=relmfu

[7] Nailibeth Parra Carvajal, "Miguel Henrique Otero : Hay que tener y cobrar los votos" , La Verdad, 16 juillet 2012 : http://www.laverdad.com/politica/.../votos-hay-que-cobrarlos.html

[8] "En exclusiva : video de Raúl Isaà­as Baduel desde el penal militar de Ramo Verde" , Noticias24, 9 avril 2012 : http://www.noticias24.com/.../baduel-desde-el-penal-militar-de-ramo-verde/

[9] "Capriles ofrece a la Fanb seguridad social, fin del "culto a la personalidad" y rechazo a la injerencia extranjera" , Noticias24, 12 juillet 2012. http://www.noticias24.com/.../militares-y-sus-familias/

[10] "JVR : La oposición apela a todo tipo de recurso para denunciar fraude el 7 de octubre" , Noticias24, 8 juillet 2012 : http://www.noticias24.com/.../denunciar-fraude-el-7-de-octubre/

[11] Fiscal general advierte sobre posible golpe de estado, Youtube, 10 mai 2012 : http://www.youtube.com/watch?v=9BaJfelgt1M


URL de cet article 17297
 
 

ARTICLES ASSOCIES
 

« Les Français savent que la Russie soviétique a joué le rôle principal dans leur libération.
 »

phrase prononcée par De Gaulle à Moscou en 1966.

 

Interventions (1000 articles).
Noam CHOMSKY

à l’occasion de la sortie de "Interventions", Sonali Kolhatkar interview Noam Chomsky. Depuis 2002 le New York Times Syndicate distribue des articles du fameux universitaire Noam Chomsky, spécialiste des affaires étrangères. Le New York Times Syndicate fait partie de la même entreprise que le New York Times. Bien que beaucoup de lecteurs partout dans le monde peuvent lire des articles de Chomsky, le New York Times n’en a jamais publié un seul. Quelques journaux régionaux aux Etats-Unis (...)

Commentaires
Les stratégies à risque des opposants à Hugo Chavez
29/07/2012 à 11:48, par babelouest

Souhaitons ardemment l’effondrement des USA : les tenants de la cause néolibérale dans les autres pays n’y résisteront pas. Cette hypothèse n’est pas si invraisemblable que cela : dans le passé les autres grands empires ont eu le même sort, généralement sapés de l’intérieur même.

De plus en plus confrontés à la pauvreté, les latinos et les autres non-"white" pèseront de plus en plus. Si le programme de sécurité sociale d’Obama finit par être rejeté en raison de l’opposition désespérée des WASP, ceux-ci pourraient bien enregistrer un choc en retour dont ils ne se relèveraient pas. Cela pourrait alors faire basculer l’Amérique tout entière (le continent) dans le camp zapatiste ou assimilé. Ce n’est pas le Canada des jusqu’auboutistes actuels qui pourra soutenir le choc.

Il faut alors imaginer les conséquences dans toutes les parties du monde, en particulier dans cette Europe qui n’est plus que le caniche de Wall Street.

#84319 
commenter
AGENDA
vendredi 24 mai 2013
samedi 25 mai 2013
samedi 25 mai 2013
dimanche 26 mai 2013
mercredi 29 mai 2013
mercredi 29 mai 2013
samedi 1er juin 2013
samedi 1er juin 2013
samedi 1er juin 2013
samedi 1er juin 2013
lundi 3 juin 2013
jeudi 20 juin 2013
dimanche 23 juin 2013
Pour les accros des réseaux sociaux

 

A lire

 

A NE PAS MANQUER OU A RELIRE
Analyse de la culture du mensonge et de la manipulation "à la Marie-Anne Boutoleau/Ornella Guyet" sur un site alter.
Question : Est-il possible de rédiger un article accusateur qui fait un buzz sur internet en fournissant des "sources" et des "documents" qui, une fois vérifiés, prouvent... le contraire de ce qui est affirmé ? Réponse : Oui, c’est possible. Question : Qui peut tomber dans un tel panneau ? Réponse : tout le monde - vous, par exemple. Question : Qui peut faire ça et comment font-ils ? Réponse : Marie-Anne Boutoleau, Article XI et CQFD, en comptant sur un phénomène connu : "l’inertie des (...)
85 
Moyen-Orient : La réorientation de la politique des Etats-Unis (New Yorker)
Voici un article de mars 2007 qui nous avait échappé. Son auteur, Seymour M. Hersh, est une figure importante de la presse US et probablement un des ces journalistes qui jouent le rôle de « garçon de courses » entre différentes factions du pouvoir et à qui on lâche des phrases destinées à qui de droit. Raison de plus pour le lire et, avec le recul, d’en juger. (Le Grand Soir) UN CHANGEMENT DE STRATEGIE Au cours des derniers mois, avec la détérioration de la situation en Irak, l’administration Bush, (...)
Le fascisme reviendra sous couvert d’antifascisme - ou de Charlie Hebdo, ça dépend.
Le 8 août 2012, nous avons eu la surprise de découvrir dans Charlie Hebdo, sous la signature d’un de ses journalistes réguliers traitant de l’international, un article signalé en « une » sous le titre « Cette extrême droite qui soutient Damas », dans lequel (page 11) Le Grand Soir et deux de ses administrateurs sont qualifiés de « bruns » et « rouges bruns ». Pour qui connaît l’histoire des sinistres SA hitlériennes (« les chemises brunes »), c’est une accusation de nazisme et d’antisémitisme qui est ainsi (...)
99 
L’UNESCO et le «  symposium international sur la liberté d’expression » : entre instrumentalisation et nouvelle croisade (il fallait le voir pour le croire)
Le 26 janvier 2011, la presse Cubaine a annoncé l’homologation du premier vaccin thérapeutique au monde contre les stades avancés du cancer du poumon. Vous n’en avez pas entendu parler. Soit la presse cubaine ment, soit notre presse, jouissant de sa liberté d’expression légendaire, a décidé de ne pas vous en parler. (1) Le même jour, à l’initiative de la délégation suédoise à l’UNESCO, s’est tenu au siège de l’organisation à Paris un colloque international intitulé « Symposium international sur la liberté (...)
15 
Vos dons sont vitaux pour soutenir notre combat contre cette attaque ainsi que les autres formes de censures, pour les projets de Wikileaks, l'équipe, les serveurs, et les infrastructures de protection. Nous sommes entièrement soutenus par le grand public.
L'opinion des auteurs que nous publions ne reflète pas nécessairement celle du Grand Soir
 
suivez le Grand Soir sur :
RSS Syndication  |  Twitter FACEBOOK FeedBurner NetVibes Google Reader eBuzz
Administrateurs : Viktor Dedaj | Maxime Vivas