Mais quels principes guident Hollande en politique étrangère ?

DR

François Hollande vient d’appeler « l’opposition syrienne à créer un gouvernement provisoire, inclusif et représentatif ». Et il se dit prêt à en reconnaître la légitimité.

Ces quelques mots soulèvent de nombreuses questions. D’abord, au nom de quoi un chef de gouvernement peut-il décider qu’un autre gouvernement est illégitime ? C’est contraire à toutes les règles internationales : ce sont les pays qui sont reconnus et non les gouvernements. Par exemple, lorsque le général de Gaulle reconnaît la République populaire de Chine en 1964, était-il devenu subitement marxiste-léniniste ? Eh bien, pas du tout ! Simplement, il y a vu une évidence : cette chine-là existait vraiment, et Taïwan n’était qu’un appendice US.

Imaginez un monde où l’on reconnaît non pas les pays, mais les gouvernements de ces pays. à chaque changement de gouvernement, il faudrait redéfinir les relations diplomatiques ? L’instabilité deviendrait la règle.

La Syrie existe bel et bien. Elle a un gouvernement légitime, parce que constitué légalement selon les dispositions syriennes. Les choix sont du ressort exclusif des Syriens. S’ils veulent changer de gouvernement, c’est leur affaire, et s’ils ne veulent pas, ce n’est toujours pas notre problème.

Cela s’appelle la « non-ingérence », principe de base des relations internationales. La France l’exige pour elle-même, elle doit s’y tenir pour les autres.

Mais plus encore, sur quels critères François Hollande va-t-il juger ce gouvernement « inclusif », c’est-à -dire ne laissant personne de côté ? Il va vérifier que les hommes de main des Turcs, du Qatar, de l’Arabie Saoudite, les services spéciaux français, anglais, étasuniens, et tutti quanti, ont bien la place qu’ils méritent ? Et pire encore, par quel miracle va-t-il s’assurer de la « représentativité » de cette chose qu’il attend ? En suçant son pouce ? Ce qui semble la méthode la plus scientifique, vu le contexte !

Mais selon ces pseudo-principes, on se demande pourquoi il faudrait se limiter à la Syrie ? Le gouvernement de Bahreïn lui convient, comme celui du Qatar ? Et le prince Saoud, qui fait décapiter au sabre des condamnés selon une moyenne de deux par semaine, ça lui va ? Et rien à dire sur la Jordanie ? J’allais oublier, et Israël, tout baigne ? La colonisation de territoires occupés c’est super, pas vrai ! L’asphyxie de Gaza, ça c’est de la gouvernance, mon pote !
Ce trépignement n’est que ridicule. Mais imaginons la suite. Voilà que la mer s’écarte, et un « gouvernement provisoire » tout droit sorti des poches étasuniennes vient se présenter devant l’invocateur. Comment fait-il pour le conduire à Damas ? Il fait la guerre ?

Un ancien chef d’état-major de l’armée de l’air, le général Fleury, fait benoîtement remarquer que ça va être dur. Parce que l’armée syrienne compterait deux fois plus d’avions de combat (environ 500 selon cette source) que l’armée française, restrictions budgétaires obligent. Ce même général explique que, même si ces avions ne sont pas tous « modernes », ils sont servis par des pilotes entraînés, expérimentés et préparés à une confrontation avec Israël. De plus, puisque ce serait une agression en terre étrangère, il faut compter avec la défense anti-aérienne syrienne. François Hollande devrait se souvenir que les Turcs ont testé la défense anti-aérienne syrienne pour lui : leur avion a tenu environ deux minutes au-dessus des eaux territoriales avant d’être abattu : c’est-à -dire qu’il n’a même pas pu survoler le territoire syrien ! Il devrait aussi se tenir au courant de l’actualité : les Russes et les Chinois ont déjà dit qu’ils ne toléreraient aucune intervention militaire en Syrie. Et l’agence Russe RIA Novosti fait presque un papier par semaine sur le système de défense anti-aérienne S-400, qui est décrit comme performant. Il pense peut-être que la DCA syrienne se limite à des pétoires de bédouins ?

François Hollande, par cette déclaration stupide, ridiculise notre pays, et se range sottement dans le mauvais camp, celui qui est méchant et cupide, celui qui est sans avenir !

D.R.

Résistance (http://www.resistance-politique.fr/article-mais-quels-principes-guident-hollande-en-politique-etrangere-109510218.html)

COMMENTAIRES  

30/08/2012 12:43 par BOB

La soumission des sociaux-démocrates aux intérêts des puissants à l’intérieur du pays, se reflète plus nettement encore dans leur politique extérieure et dans leur vision guerrière du monde. Voir :
http://2ccr.unblog.fr/2012/06/22/le-ps-et-la-politique-exterieure-de-la-france/

30/08/2012 17:08 par Gluth

Mais quels principes guident Hollande en politique étrangère ?

A mon sens la réponse est claire, dans ce domaine comme dans tous les autres, il veut caresser l’opinion publique française la plus crasse dans le sens du poil et pour ce faire fait strictement la même politique que son prédécesseur avec des différences cosmétiques et un enrobage de communication plus soft.
N’ayant aucune envie de faire une politique de gauche, il sait qu’il ne pourra être réélu que par un électorat de droite voire également d’extrême droite.
Alors il martyrise soigneusement les Roms, mais en disant que c’est pour leur bien, il courtise le patronat, fait des demi mesures sociale pour faire mine d’honorer ses maigres promesses électorales, fait aboyer son sinistre de l’intérieur, bastonne Bachar al-Assad histoire de contenter les décérébrés du JT de 20 heures, fait mine de contrarier Merkel tout en la laissant finir de saborder la zone euro, quitte l’Afghanistan tout en ne le quittant pas vraiment, etc.
C’est un homme intelligent … et cynique surtout, comme son sinistre des affaires étrangères et d’autres de sa petite équipe.

30/08/2012 18:32 par Anonyme

Ah… Hollande va-t-il faire comme son prédécesseur, et « reconnaître » les gouvernements fantoches qu’il aura aidés (armés et financés) à mettre au pouvoir ? Toujours est-il qu’il n’est pas revenu sur cette décision d’un gouvernement auquel il se dit opposé :

 

« la décision de la France, le 19 mars, de reconnaître le CNT comme seul représentant du peuple libyen, »

 

La Libye a connu l’ingérence de la France, très précisément : la Libye, par exemple, avait un chef d’Etat auquel le nôtre, à l’époque c’était Sarkozy, a rendu les honneurs…. Or, est-il écrit dans cet article : « la « non-ingérence »,(est un) principe de base des relations internationales. La France l’exige pour elle-même, elle doit s’y tenir pour les autres. ».

03/09/2012 00:20 par chb

100 et quelques jours après son accession au Palais de l’Elysée, F. Hollande a-t-il déjà quitté la planète des hommes ? A défaut de créer sa propre réalité, il nage dans le virtuel et la propagande brodée par l’OTAN et le CCG, son discours du 27 devant tous ses Ambassadeurs en témoigne.
Qui d’autre que le peuple syrien a légitimité à se donner un nouveau gouvernement, voire un nouveau «  régime » ? Sûrement pas Monsieur Hollande, qui a pourtant décidé par avance de reconnaître le gouvernement en exil que, suite au efforts infructueux de l’équipe Juppé, il essaye de constituer avec ses «  Amis du peuple syrien » baladés d’un 5 étoiles à un autre 5 étoiles.
Que le Président «  de changement » Hollande achète des coussins de luxe à sa nouvelle amie si ça lui chante, qu’il s’occupe du chômage s’il en a la capacité, mais qu’il ne poursuive plus en notre nom les projets cyniques, bellicistes (et irréalistes) de son prédécesseur pour la Syrie, l’Iran et le reste du monde !
Finalement, son hommage de victoire aux mânes du colonialiste Ferry n’était pas une bourde, mais plutôt un reniement de tout l’humanisme dont on espérait (en votant pour lui) que le socialisme était porteur : ce serait un président tout à fait illégitime s’il continuait dans les pas de son adversaire, dont ni le bilan ni les projets n’ont été légitimés par les urnes.
Son «  faux pas » en politique étrangère, on craint fort de le voir dupliquer sur d’autres thèmes (les prestations sociales et salaires, la chasse aux étrangers, le pouvoir des multinationales et des banques, l’abandon des choix budgétaires via le TSCG sans référendum, etc.) !
Faudra-t-il rejouer autrement le printemps 2012 français pour obtenir le changement promis ?

(Commentaires désactivés)