Obama, nouveau George W. Bush ?

Mikhaïl Rostovski

Par un simple claquement de doigts Barack Obama se transforme aujourd’hui, sous nos yeux, en George W. Bush.

Grâce à Edward Snowden cela ne fait plus aucun doute : quand il est question d’accorder aux renseignements américains la marge de manœuvre la plus large possible pour leurs activités, le président américain actuel n’a rien à envier à son prédécesseur. Cependant, est-ce que le destin, cruel, se limitera à une seule plaisanterie ironique ? La Syrie se transformera-t-elle pour Obama en ce que l’Irak était devenu pour Bush ?

A votre avis, peut-on se sentir rajeuni de 10 ans grâce au secrétaire d’Etat américain ? Vous en doutez ? Vous avez tort. Moi, j’ai réussi. Récemment, je me suis forcé à regarder le discours du secrétaire d’Etat John Kerry sur la situation en Syrie. Et, ô miracle ! La "machine à voyager dans le temps", c’est-à-dire ma propre mémoire, m’a projeté plus de dix ans en arrière.

Février 2003. Avec un groupe de journalistes je suis assis dans une grande salle au ministère de l’Information irakien, à Bagdad. La retransmission de l’intervention du secrétaire d’Etat américain Colin Powell sera diffusée sur grand écran d’une minute à l’autre. En attendant, les journalistes russes tuent le temps en mangeant les bananes et les sandwichs distribués par les Irakiens (d’ailleurs, les journalistes américains n’ont pas eu droit aux bananes, réservées uniquement aux journalistes des "pays amis"). Et voilà que ça commence. Sur l’écran le visage viril et honnête du général Powell, avec son éprouvette…

En 2013, évoquant la situation en Syrie, Kerry n’avait évidemment pas d’éprouvette entre les mains. Cela aurait été comme une auto-parodie. Mais les parallèles entre les deux discours des secrétaires d’Etat sont flagrants.

En fait, pourquoi parler seulement de l’intervention de Kerry ? Tous les porte-paroles occidentaux annoncent la même chose à la télé : "Assad est méchant ! Il utilise l’arme chimique contre sa propre population. Nous – les nations civilisées – ne pouvons pas le tolérer ! Nous devons prendre des mesures militaires contre le dictateur ! Toute autre politique serait amorale !". Un remake intégral de 2003, de mon point de vue ignorant et profondément cynique.

Et ce remake est loin d’être convaincant, ce qui le rend particulièrement dépressif. Je veux bien croire qu’al-Assad est méchant. Que la gentillesse est une merveilleuse qualité humaine. Mais pour diriger une puissance du Moyen-Orient aussi complexe que la Syrie depuis plus d’une décennie il faut être capable de prendre des décisions extrêmement fermes, voire cruelles.

Ce qui me semble faux et théâtral, c’est la conviction absolue des Occidentaux selon laquelle l’arme chimique a été utilisée par al-Assad et non l’opposition. Comme si c’était un axiome n’ayant besoin d’aucune preuve.

Une fois encore, je veux bien croire que Bachar al-Assad est capable d’utiliser une arme contre sa population désobéissante. Mais pourquoi utiliser l’arme chimique au moment où il remporte la victoire dans la guerre civile ? Pourquoi fournirait-il à l’Occident un prétexte pour s’ingérer si c’est précisément ce que l’Occident attend ? Ce serait un comportement de politicien méchant, mais surtout stupide. Or personne n’a encore traité al-Assad d’homme stupide.

Bref, je n’y crois pas. Peut-être que plus tard, en présence de preuves irréfutables, je changerai d’avis. Mais tant que ces preuves seront absentes, je suis enclin à considérer les "contes sur les atrocités chimiques d’Assad" comme des élans de guerre propagandiste et psychologique, rien de plus.

De toute façon, tout le monde a parfaitement conscience que l’utilisation de l’arme chimique n’est qu’un prétexte. Je pense qu’il serait plus bénéfique de se concentrer non pas sur la ressemblance mais sur les différences entre la situation irakienne de 2003 et la situation syrienne de 2013. Ces différences existent et sont primordiales.

La guerre en Irak était le résultat de l’obsession d’un petit groupe de politiciens américains. En simplifiant un peu, la genèse de cette opération militaire pourrait être réduite aux fameux propos de Bush junior concernant les dirigeants irakiens : "Ils voulaient tuer mon père !".

Les principaux lobbyistes qui poussent à l’intervention occidentale dans le conflit syrien sont, au contraire, les puissances qui partagent la région avec la Syrie. Obama est sous pression de l’Arabie saoudite, du Qatar, de la Turquie et bien d’autres.

En 2003, Washington s’était lancé tête baissée dans le tourbillon de l’aventure militaire. En 2013, l’administration américaine agit très prudemment et cherche à tout prévoir. Tout cela porte à croire qu’on ne peut pas vraiment mettre Obama et George W. Bush sur un pied d’égalité.

Bush faisait ce qui est propre aux politiciens russes : il créait d’abord les problèmes puis les réglait avec des efforts héroïques. Obama doit agir dans une situation foncièrement différente. Tous les problèmes étaient déjà là avant son arrivée au pouvoir et il est contraint de manœuvrer en permanence et de chercher la sortie la moins douloureuse de ce labyrinthe mortellement dangereux.

Cependant, la politique internationale est un jeu cruel. Dans ce jeu, les conditions de départ et les difficultés objectives auxquelles on a été confronté n’intéressent personne. Une seule chose compte : le résultat.

(…) En dépit des tentatives d’Obama de calculer la situation à l’avance, rien ne garantit qu’il prendra la bonne décision. Evidemment, on peut dire la même chose concernant pratiquement toute décision politique importante et complexe. Mais dans le cas de la Syrie, la probabilité de faire une erreur est largement supérieure à la moyenne.

Et je ne suis pas le seul à le penser. Prenez l’ex-directeur adjoint de la CIA Michael Morell. Il pensait alors qu’il était encore en fonction que la chute du régime d’al-Assad était le plus grand risque pour les USA, pas la poursuite de son règne. Un autre professionnel du jeu géopolitique, Zbigniew Brzezinski, appelle Obama à être particulièrement prudent sur la question syrienne.

Bref, je ne voudrais pas être à la place d’Obama aujourd’hui. Sa situation, certes, est meilleure que celle d’al-Assad, mais pas celle de Bush. Bush numéro deux n’a plus à s’occuper de dilemmes géopolitiques complexes. Alors que Bush numéro trois, c’est-à-dire Obama, n’y échappera pas.

 http://fr.rian.ru/discussion/20130828/199134689.html

COMMENTAIRES  

30/08/2013 18:42 par Lionel

Obama n’a pas fait preuve d’intelligence dans cette affaire, ce qui ne le caractérise pas, il s’est trouvé salement empêtré avec les conséquences internes de l’affaire Snowden, a bien failli avoir un vote de censure à quelques voix près, est devenu très impopulaire, se trouve confronté à ( selon les sondages ) 60 à 75% de ses citoyens opposés à une intervention !
Dans tous les cas il est perdant, le rapport de l’ONU lui donne raison ? C’est qu’il se sera dégonflé et aura attendu ce foutu rapport, ou encore qu’il n’est pas en mesure comme il le prétend de lancer une action sans ses partenaires !
Le rapport lui donne tort ? Alors le voilà définitivement discrédité aux yeux des étasuniens.
Il est foutu et il semble que l’ensemble du système impérialiste occidental se fendille comme une baleine échouée meurt de sa disproportion...
Aucune allusion à notre chefaillon, il est sans substance et ne laissera probablement pas de trace dans l’histoire et ne prend certainement aucune initiative qui ne lui ait été soufflée...
Calife à la place du Calife ?...
Va falloir attendre un peu !

30/08/2013 20:09 par Quidam

Barack Obama s’est effectivement fichu dans un sacré guêpier car quelle que soit l’option choisie lui & son pays seront perdants.

- S’il renonçait à agir il décrédibiliserait encore un peu plus les USA & lui-même dans la foulée compte tenu de ses menaces imprudentes des jours passés.

- S’il lance une frappe de missiles de croisière - comme cela semble probable - il le fera sans aucune légitimité, sans jamais pouvoir fournir de preuves indiscutables de ce sur quoi il se fonde, & avec des morts & des destructions qui non seulement lui seront reprochés mais pis encore qui ne changeront peut-être effectivement rien quant à la situation sur le terrain & la suite des événements ... sans oublier bien sûr que nul ne sait quelles seront les réactions des autorités syriennes qui pourraient fort bien frapper les pays voisins en représailles ...

Vraiment mal joué quoi, surtout pour quelqu’un qui n’est pas de toute évidence un crétin !

30/08/2013 23:49 par Adrien Lamprouge

obama n’est ni un crétin ni un incapable , c’est juste une marionnette , alors que la société nord-américaine et européenne partaient en couille , on à agité le petit drapeau étoilé en criant " un président afro-américain à la Maison Blanche ! c’est la révolution mondiale ! "
Et la bourgeoisie impérialiste occidentale continue de plus belle .
Je suis athée mais je crois qu’avec un tel merdier , nous n’avons plus que la prière pour espérer , ou des vociférations inutiles .
Car avec le contrôle total des médias et des pensées , impossible de pouvoir faire ouvrir les yeux aux gens avant qu’on ne soit trop occupé à survivre pour riposter .

31/08/2013 13:49 par résistant

Je suis désolé d’être désagréable, mais je trouve cette "analyse" complètement creuse. Elle ressemble tellement à ce que les médias mainstream nous donnent à manger tous les jours, pondus par des "journalistes professionnels" qui ne voient pas plus loin que le bout de leur diplôme bidon.

Je suis d’accord avec Adrien : Obama (et tous les politiciens occidentaux) n’est que le bout de chiffon agité devant les yeux des naifs pour les empêcher d’analyser la situation en profondeur.
Obama n’aucun pouvoir. Il n’a pas à penser. C’est juste un comédien qui joue un rôle. Se focaliser sur lui, c’est passer complètement à côté des vrais maitres du jeu. Les états eux-même ne sont plus qu’une illusion, sauf dans le cas d’états qui résistent, et qui se font envahir par l’empire, comme la Syrie.
Si vous voulez commencer à comprendre ce qui se passe, arrêtez de regarder là où on vous dit de regarder.
Entrainez-vous à penser plus large. Ne regardez plus le doigt, ni même ce qu’il pointe. Remontez plutôt le bras pour enfin découvrir quelle tête contient l’esprit qui vous manipule.
Allez plutôt voir du côté des grands banquiers et industriels anglo-saxons. Ce sont eux qui sont entrain de nous faire la guerre, à nous tous, les peuples. Et ce n’est pas une image, c’est littéralement la réalité, aussi bien économique que militaire, sociale, culturelle. C’est eux contre nous sur tous les fronts, aussi bien en Syrie que dans votre pays occidental "démocratique", aussi bien avec leurs bombes qu’avec leur taux de crédits. C’est la même guerre, le même ennemi.
Il est temps de voir les choses en face si l’on ne veut pas perdre notre dernière énergie à combattre des moulins à vent.

31/08/2013 19:01 par Anonyme

Qu’est-ce qui permet de dire qu’Obama est "intelligent" ???
Un Président de la République le serait obligatoirement ????
Un Président de la République élu avec des médias et de l’argent ??? Sur des promesses mensongères ???

Obama a
- des dents apparemment saines,
- une peau semi-noire pour que tous les descendants d’esclaves l’honorent et honorent les États-Unis,
- des costumes bien taillés qui lui donnent l’air d’appartenir à la classe aisée, comme nos rois, et, donc, parmi laquelle on choisi chez ces gens-là les marionnettes présidentielles,
- la corde au cou qui va avec,
- une sveltesse qui n’est pas celle de l’Américain moyen (convenablement culpabilisé de se nourrir de Monsanto, lui),
- suffisamment d’intelligence pour obéir bien et promptement à ses maîtres, et aussi pour comprendre où est son "intérêt", quel qu’il soit. C’est bien suffisant. Plus lui nuirait.

Obama n’est pas assez "intelligent", cependant, et très loin de là, pour mériter le Prix Nobel de la Paix... remporté par ceux qui y ont cru...

L’intelligence est aussi celle du cœur. Les maîtres d’Obama n’ont pas de cœur ni d’âme, ou tout ce qu’on voudra, mais seulement un porte-feuilles qui leur tient lieu, peut-être, allez savoir, d’organes sexuels ?

Si on s’intéressait aux maîtres plutôt qu’aux marionnettes qu’ils agitent dans les médias - pour mieux faire leurs coups en douce pendant que "l’opinion" regarde ailleurs... C’est plus difficile ? Parce-qu’ils sont discrets et jouent au golf tranquilles pendant que leurs esclaves (noirs ou blancs) sont sur le devant de la scène médiatique et prennent les coups ?

01/09/2013 23:13 par Lionel

Si je pars du principe que je suis d’accord avec votre présentation des choses, le postulat est qu’Obama est une cruche et un simple pantin.
Mais des pantins de cette qualité ils n’en ont pas forcément de rechange sous la main, ça demande une certaine mise au point, des années de préparation fort coûteuses, bref, ce pantin les a tous mis dans la mouise, ses maladresses et hésitations lui mettent à dos le Pentagone qui trouve le plan "très léger" et sans la moindre stratégie...
Vous croyez que c’était prévu et que ça aide à embrouiller tous les Flamby de la planète ???
Même si vous avez raison ( je devrais dire si "nous" avons raison car ce que vous dites est basique -faites excuses- ) il y a des tensions au sein même du jeu, "ils" ne sont pas tous amis et complices, chacun tente d’éradiquer les grand mâle pour prendre sa place et les jeux de stratégies sont les plus en pratique dans leurs milieux !

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