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Pétain, la vie d’un salaud, la persistance des ordures.

Pétain grand chef de guerre à Verdun : faux. Pétain complotant contre la République dès 1935 : vrai. Pétain complice des banques des financiers, des industriels pour que nous ayons Hitler plutôt sue le Front Populaire : vrai. C'est vrai que ça méritait un éloge.

J’aime beaucoup le Président Macron. Dans cette période où l’on doit chaque soir passer la balayette sous son lit afin de débusquer le terroriste qui doit s’y cacher, avec lui on rigole. Macron c’est, recyclé, le vieux slogan publicitaire d’un grand magasin : « A tout instant il se passe quelque chose aux Galeries Lafayette ». Cette fois le Président a décidé de nous distraire avec Pétain. C’est inattendu, ça fait vieux monde... Mais tant pis. Après avoir fait la guerre aux Russes – par son émanation de RT France – il était logique qu’il louât le Maréchal ; que revoilà.

Pour être juste, car le temps est au certifié, à l’exact, au vérifié, à l’équitable, remarquons que ce malheureux Macron est mal entouré. Autour de lui s’ébat une nuée de jeunes gens qui ne l’aident guère. Paresseux ? Non. Mais le hasard fait que tous ces biens diplômés n’avaient qu’un seul livre d’histoire, et qu’ils ont fini de le colorier. Benalla aurait pu être un rempart en rendant, par l’écran de ses larges épaules, le discours pétainiste inaudible. Mais Benalla, « l’épaule droite », nous manque, j’espère que les prud’hommes vont le réintégrer.

Personne, au Palais, aucun vieux bouc intello, mariné dans le jus des archives, pour indiquer au Président l’emplacement des champs de mines. Et l’histoire de Pétain, son action, sa philosophie sont du TNT. Une bombe à retardement qu’il ne faut pas toucher, pas plus que le sarcophage de Tchernobyl. Réactiver le Maréchal ça pue, ça déchire, ça blesse, ça injurie, ça offense, ça ment, ça met plus de boue qu’une crue de l’Aude. En plus on se demande quelle raison peut-il y avoir de parler de ce sycophante ? Pourtant, sur le ton de l’ancien bon élève de troisième, certains prétendent : « Mais il y a deux bouts au cadavre. Le très au poil des poilus, puis l’horreur de Montoire et des lois anti juives ». Eh non. Le Pétain c’est comme le merlu oublié l’avant-veille sur la table : tout est à jeter. Et que le président de l’Assemblée se nomme Ferrand n’est pas un argument ultime pour louer le Maréchal.

Il y a des lustres – et même des lampadaires, mon merveilleux ami Alain Riou journaliste à l’ancienne – c’est-à-dire ultramoderne – m’avait prêté un livre (qui m’a été ensuite volé) : « L’affaire Pétain », signé Cassius (j’ai appris plus tard que c’était là le pseudo du grand chercheur Henri Guillemin). Ce bouquin avait été publié en Suisse juste après la guerre. C’est dans ses pages que j’ai découvert l’envers d’une histoire qui n’était donc qu’un décor, du Potemkine. Celle qui a conduit la France à la catastrophe de 1940.

La véritable histoire, celle qui n’a pas été écrite à l’encre d’Epinal, nous dit que la défaite est le résultat d’un lent complot. Son ordre de mission, secret, s’inscrivait dans les petits papiers du Comité des Forges et ceux de son outil armé, la Cagoule : « Mieux vaut Hitler que le Front populaire ». Pétain, dans ce putsch, devait être notre Hitler, notre Mussolini, notre Franco français. Le guide gaulois au sein de l’Europe nouvelle. Etonnant pour un petit pépère, héros en retraite, qui, nous a-t-on claironné- n’a accepté le pouvoir qu’en faisant « don de sa personne à la France », pour nous « préserver du pire ».

J’ai ensuite potassé L’étrange défaite de Marc Bloch, un homme qui devrait être au Panthéon. Ou plutôt non. Puisqu’on y trouve maintenant un peu n’importe qui, au gré des livres lus à Emmanuel par sa grand-mère. Bloch fut historien, militant de la paix, torturé et assassiné par la Gestapo le 16 juin 1944.

Le fil de ce complot pétainiste est contenu dans l’ouvrage de Bloch écrit en 1940 mais publié six années plus tard. L’intellectuel résistant a déjà percé le mystère de la défaite d’une France qui, en 1939, avait « la première armée du monde ». Et Bloch de nous expliquer avec calme comment l’élite bancaire et la haute bourgeoise ont livré le pays aux nazis : pourquoi le Maréchal était là.

Le dernier clou dans le cercueil de cette histoire fausse comme un jeton, je l’ai planté en dévorant Le Choix de la défaite d’Annie Lacroix-Riz. Une femme à laquelle, en guise de pardon, Macron devrait envoyer une gerbe de fleurs. Les preuves sur Pétain étirant son crime sont, dans cette Bible, les notes secrètes, les rencontres cachées, les extraits de livres et de journaux, les télégrammes, les arrêtés et lois scélérats. En lisant Lacroix-Riz, en devenant intime avec les bourreaux, on éprouve la honte rétroactive du complice. On devient le secrétaire, le greffier du complot de Laval et Pétain. Puisque ces deux-là ne se sont pas découverts en 1940, puisqu’ils ont préparé leur coup de l’Etat Français bien avant la débâcle. Ainsi c’est un comploteur factieux, un assassin de la République qui a pris le pouvoir. Pas du tout un maréchal gâteux, à moustaches, qui aimait les fleurs les chiens et prendre les petites filles sur ses genoux.

Maintenant, tordons le bâton de ce Pétain « héros de Verdun », qui a fait image d’Epinal dans la pensée du Président. En 1940, alors ministre des Colonies, Georges Mandel écrit : « C’est une erreur que de nommer Pétain au cabinet. Il était défaitiste durant la guerre. Je crois que nous allons vers un armistice. Sa présence en est une preuve ». Tiens, ça coûte pas cher et ça peut éviter des grosses bêtises, abonnons l’Elysée à la revue Historia. Elle n’est pas de niveau universitaire mais écrit souvent juste. L’an dernier le magazine historique publie, sous la signature de Jean-Yves Le Naour, docteur en histoire, un article très clair intitulé : « Pétain l’imposture de Verdun ». Voilà. Au printemps, au moment de préparer les cérémonies de novembre, il suffisait de demander à Benalla (qui était encore au staff) de traverser la rue et de se procurer Historia. Pardon, cher docteur Le Naour, si je cite votre texte à la hache, il s’agit donc de Verdun en1916 :

« ...la situation qui se rétablit in extremis le 26 février ne doit rien à sa présence ni à ses ordres, mais au sacrifice des poilus, d’une part, et aux instructions du général de Castelnau... il multiplie les ordres : il y fait avancer le 20e corps, arrivé en renfort... le 26 février, l’offensive allemande est enrayée. Sans cette intervention énergique de Castelnau, la chute de la rive droite de la Meuse ...était inéluctable.

La vérité...Pétain attrape mal et se réveille le 26 avec une toux vive, une pneumonie pour les uns, une bronchite pour d’autres. Quoi qu’il en soit, il est contraint de garder le lit... On est, en tout cas, très loin de la légende de l’homme qui, par son seul charisme, redonne confiance à la troupe.

S’il est flatté par la presse, qui lui tresse des lauriers de papier, la raison est purement politique.

Les politiques, exaspérés par Joffre, en ont assez du « grand-père » et rêvent de s’en débarrasser...Le rapport avec Pétain ? En autorisant les éloges sur le général chargé de la défense de Verdun, le gouvernement est tout simplement en train de préparer un successeur à Joffre... Le portrait de Pétain paraît en couleurs dans L’Illustration, puis en noir et blanc dans Le Miroir. Il s’attache en même temps les services des écrivains Henry Bordeaux et Louis Madeleine, ce qui démontre un sens aigu de la publicité. Passé du grade de colonel à celui de général d’armée en seulement deux ans, Pétain se sent pousser des ailes... La gloire de Pétain, qui apparaît en mars 1916, alors que la situation est toujours précaire, est donc une gloire fabriquée ».

Bon, c’est quand même un historien, un chercheur, docteur des Universités, qui écrit ça. Et grand merci à lui. Même si c’est moins bien qu’Éric Zemmour, notre Michelet de BFM University. Je n’ai pas évoqué le sort immonde des « mutins », ces révoltés que Pétain a fait fusiller à la chaîne, pour l’exemple. On ne fait pas Verdun sans aller à rebrousse poilus.

En 1925 ce héros au sourire si doux s’ennuie, et le Chemin des Dames épuise ses nuits. Pour mettre une claque à Lyautey, qui patine au nord du Maroc dans la guerre du Rif, on nomme Pétain à sa place. L’idole accepte, ce qui entraine la démission de son aide de camp, le colonel De Gaulle. Le Rif et ses bougnoules sont un double bonheur pour le Maréchal. La mano en la mano avec son compère fasciste, l’espagnol Antonio Primo de Ribera qui participe au carnage maghrébin pour le compte de Franco, Pétain et son frère d’armes utilisent des armes chimiques. En 1926 les pauvres rifains sont anéantis, Pétain a enfin gagné une guerre. « Chimie, vous avez dit chimie ? », heureusement que Macron n’a jamais appris ça... Il aurait été foutu de donner l’ordre à nos frégates d’aller, à l’Ile d’Yeu, bombarder la tombe du Maréchal.
Eloigné du rififi, le héros s’ennuie. Ses collègues maréchaux qui voient autour d’eux monter en pouvoir trop de rastaquouères plutôt rouges, proposent à Pétain de s’allier dans un projet de putsch. Peu soucieux de mettre son statut et sa statue en danger, il fait le sourd, ce qui est de son âge. Bénéfice, il apparait aux hommes politiques comme un « républicain ». Si bien qu’en 1934 il est adoubé dans le gouvernement Doumergue comme ministre de la Guerre. A partir de cet instant il prépare la victoire de l’Allemagne. Il réduit d’un tiers les crédits alloués à la Défense, refuse la solution d’armée blindée proposée par De Gaulle. Ce choix est politiquement trop dangereux car il implique le recrutement de 40 000 mécaniciens a priori catalogués comme de la graine « rouge ». Après l’assassinat de Louis Barthou, qui prêche la nécessité vitale de signer une alliance avec l’URSS, c’est Pétain qui impose son compère Laval. Alors, le Maréchal n’a plus aucun ennemi. Ni à droite ni à l’extrême droite. Il a aussi appui de ses amis synarques et son Laval en Sancho Pança : la fusée de l’Etat Français est sur sa rampe. Face à ces perspectives heureuses le patronat offre au Maréchal une très jolie villa à Villeneuve Loubet.

Les émeutes fascistes de 1934 ont, dans leur musette, le bâton de ce maréchal déjà prêt à l’offrande de lui-même. Ça ne marche pas et, retour du maudit bâton, voilà le Front populaire avec ses rouges de rouge et le « juif » Blum au gouvernement. Désormais militer aux côtés des nazis, des fascistes, c’est sauver la France de sa racaille cosmopolite. Lors de son court passage comme ambassadeur de France à Madrid, Pétain a toutes les facilités pour pactiser avec les nazis, qui sont là, et les sbires de Mussolini qui sont là aussi. Dans les journaux, le Maréchal continue sa péroraison entamée en 1936 « La France est un bateau sans gouvernail ni pilote ». Il avance, lui et ses sponsors, les banques, les « 200 familles », ceux que l’existence de l’impôt indigne.

Le reste ? C’est un tout plus connu. En juin 1940 le croupion d’un Parlement de lâches vote les pleins pouvoirs à Pétain. La milice, les rafles, les tortures, les tueries, la trahison, l’indignité forment un quotidien qui est son essence et son existence. Entre deux siestes, il rectifie de sa petite main blanche le projet de « Statut des juifs ». Qu’il rature afin de rendre encore plus grand le crime. Le 24 octobre 1940, à Montoire, en serrant la main d’Hitler il signe le pacte de leur association de criminels.

En résumé, voilà le monument inhumain, l’homme sans qualités qu’Emmanuel Macron a célébré lors des hommages de Verdun. C’est une faute d’attention. Et un bégaiement : François Mitterrand s’est fait décorer de la Francique par Pétain, et par inadvertance.

Jacques-Marie BOURGET

 https://blogs.mediapart.fr/jacques-marie-bourget/blog/101118/petain-la-vie-dun-salaud-et-la-persistance-des-ordures

COMMENTAIRES  

11/11/2018 12:01 par Louis St O

Le choix de Macron n’est pas anodin, bien au contraire, il faut avoir lu toute la littérature de l’extrême droite pour savoir à quel point elle dit que Pétain est un héros ou dans toute cette littérature on retrouve les « n’a accepté le pouvoir qu’en faisant « don de sa personne à la France » et autres balivernes. Non macron c’est très bien ce qu’a été Pétain, mais à la clé, il y a toutes ces voix de droite et d’extrême droite qu’il essaye de ramener à lui. Il se sait perdu et il est en train de racler les tiroirs, même si au fond de ces tiroirs c’est la crasse qui pénètre ses ongles.

11/11/2018 12:30 par robess73

rien a ajouter.merci pour ces rappels edifiants

11/11/2018 12:41 par franck-y

PIERRE DAC "Les fils de Pétain" (Ici Londres)
https://www.youtube.com/watch?v=4Qi...

11/11/2018 13:24 par dan

Ouf !!!, merci pour cette mise au point.
J’avais fini, presque, par trouver séduisante la thèse claironnée par Zemmour, celui qui parle le plus fort dans les débats, thèse qui consiste à tenter depuis des années la réhabilitation d’un Pétain en sauveur de la France et des juifs.
Mille fois merci. On comprends ainsi que l’homme de 14/18 n’est en rien contradictoire avec celui de 40, il y a un continuum, qui passe entre autre par la guerre coloniale du Rif.

11/11/2018 15:48 par AF30

Merci pour ce texte car l’horreur se pare de nuance. Il suffit d’aller sur certains sites ( agoravox par exemple ) pour constater, sur ce sujet, le nombre de commentaires qui viennent tranquillement nous expliquer que décidément il serait manichéen de ne rien garder de cet homme. Ainsi par petits bouts on serait amené au fil des affirmations de ces " tolérants " à accepter l’horreur.
Comme si tout ça n’avait pas atteind l’extrémité du dégoût nous avons droit ce 11 novembre à des manifestations honteuses à Paris où notre président semble s’amuser follement ainsi d’ailleurs que son épouse ( elle dans le luxe de Versailles ) et où les pauvres martyrs des tranchées sont nul part.

11/11/2018 17:39 par Ellilou

"Et que le président de l’Assemblée se nomme Ferrand n’est pas un argument ultime pour louer le Maréchal."
 :-) Avec toute mon admiration pour votre humour qui nous sauvera, j’en suis sûr, au milieu du naufrage et de la honte qu’une grande partie des journalistes et "intellectuels" français ne cesse de nous infliger :-)

11/11/2018 22:40 par Geb.

Un grand moment que cette "récapitulation" sur le trajet de l’homme de la Capitulation.

Mais le choix du scandale n’était pas anodin. Le "Choix de la Discorde " par Manu n’est pas un hasard.

Quoi de mieux face à un peuple d’exploités qui se rejoint dans l’adversité que de ressortir les vieux clivages.

Merci à Jean-Marie Bourget.

11/11/2018 23:52 par Chrls

Nous pouvons comprendre cette époque car le maréchal ne répondait jamais sur son portable pour ne pas se faire reperer par les lignes ennemies Le aie phone et le net filaire était sensible aux lignes adversaires .Les résistants des années 2000 attablés aux terrasses armés de bougies et de "nounours vous n’aurez pas ma haine" feuilletaient le livre de Caton celui la meme qui finit président ennemi de la finance ;Alors quand mème bon et tout ceci cela ne mérite t’il pas un peu de .....et j’en oublies..

12/11/2018 06:15 par calame julia

L’indignité nationale concernant P. Pétain, n’a pas traversé l’esprit du président
parce qu’à son âge on estime que n’est valable que ce que soi-même l’on pense.

12/11/2018 09:08 par thierry barnole

Cette histoire de Pétain racontée par de gentils professeurs gauchistes
est contre-balancée par l’ »histoire de Vichy » du très sérieux historien
Francois Georges Dreyfus ,juif, qui démonte tous vos arguments fallacieux.
Quant au héros de Verdun ce sont les poilus qui en parlent le mieux et
il suffit de les lire !

12/11/2018 12:22 par JM Bourget

Merci pour vos louanges cher Ellilou. On radote/ "L’humour est la politesse du désespoir". Mais il y a tant de "gens" à "sauver" que tous les Acquarius de la planète ne suffiront pas. Bon courage.

12/11/2018 20:27 par irae

remarquons que ce malheureux Macron est mal entouré

.
On a déjà pointé ici cette merveilleuse qualité, parmi tant d’autres, de recruteur hors pair ! A l’instar des castings des futurs députés godillots en marche sur place dont le niveau d’incompétence le dispute à la paresse et à la venalité, pour ne rien dire des équipes des cabinets ministériels dont les progressions de salaire laissent pantois tout fonctionnaire au point d’indice au congélateur depuis des années.

12/11/2018 20:51 par Mf

Excellent texte. Serait-il possible d’avoir plus de précisions sur le paragraphe concernant verdun ? Je n’ai pas bien compris ce qu’il s’était passé ce 26 février (de quelle année ?).
Pour ce qui concerne annie lacroix riz, je recommande ses conférences sur le choix de la défaite. C’est beaucoup plus facile à suivre que le livre qui est extrêmement détaillé. Ses conférences sont plus susceptibles d’être suivies par un large public. Je pense qu’il est bon de les diffuser le plus possible.

12/11/2018 20:51 par A

À Thierry Banole, nous vivons par certains côtés une époque formidable. Ainsi l’historien qui est évoqué, apprenant par votre commentaire son existence, aujourd’hui passée puisqu’il est décédé, il suffit d’aller sur Wikipedia pour connaître sa vie, son œuvre ( https://fr.m.wikipedia.org/wiki/Fran%C3%A7ois-Georges_Dreyfus). On y découvre que la balance penche plutôt du côté de la contestation de ses œuvres et qu’il y a même eu condamnation pour plagiât. Par conséquent la référence paraît bien fragile, si j’ose dire, pour employer une expression soft. Parce que franchement il faut que, même ici nous devions supporter ce genre de commentaires.

12/11/2018 20:59 par irae

Etrange, je ne sais pas si c’est involontaire ou faussement impensé chez vous, mais dans votre article j’ai l’impression de lire de grands passages de l’histoire d’une accession au pouvoir très récente.

12/11/2018 21:45 par taliondachille

Francois Georges Dreyfus ,juif, qui démonte tous vos arguments fallacieux

, un révisionniste condamné pour plagiat, c’est forcément plus sérieux que le travail d’Annie Lacroix-Riz sur des archives officielles...
Pétain est probablement un des pires personnages de l’Histoire. On voudrait faire croire à un grand blanc entre 18 et 40, alors merci M. Bourget d’en rappeler les grandes lignes, histoire de clouer le bec aux cuistres.

12/11/2018 22:35 par dumontier

Francois Georges Dreyfus j ajoute Raymond Aron comme ça le tableau est complet

12/11/2018 23:53 par Chrls

C’est comme çà la liberté d’expression : En rang et alignés
Merci pour la leçon

13/11/2018 00:02 par Raphaël

Monsieur Bourget,
c’est avec interêt que j’ai lu votre article.
sur un sujet pareil, il est certain que l’on trouvera toujours des références ou dans un sens ou dans l’autre
ce qui met à mal le sérieux de votre papier c’est un manque de sérieux... ça sent le écrit à la va-vite, car je puis affirmer une chose aisément vérifiable par vous comme tout vos lecteurs :
antonio Primo de Rivera n’a pas effectué la guerre du RIF, il n’y a pas mis les pieds, c’est son père Miguel Primo de Rivera qui y était.
une confusion de ce genre ne relève pas de la distraction mais bien d’une faute d’honnêteté
A partir de là, je ne vois pas comment un homme raisonnable peut accorder du crédit au reste de votre article.
c’est fort dommage pour Médiapart .. mais surtout pour les gens qui pensent s’instruire et apprennent des choses fausses.
concernant Pétain et la première guerre mondiale j’attends vos lumières sur la fameuse directive n°4 du 20 décembre 1917 de Pétain dont on sait qu’elle apporta systématiquement le succès à nos armes quand elle fut appliquée, alors que l’échec et l’hécatombe furent la sanction immédiate quand elle ne fut pas respectée ( cf 3ème bataille de l’aisne par exemple). y aurait-il eu un autre auteur ??

Enfin vous reprenez à votre compte le fait que Pétain était un pessimiste... laissons le s’exprimer : le 8 mai 1917, son état major :" Il arrivera un moment où l’on pourra livrer ce qu’on appelle la bataille décisive et où l’on ne trouvera plus de réserves disponibles (chez l’ennemi), mais ce moment n’est pas encore venu. Par conséquent il faut revenir aux principes généraux de la bataille, c’est-à-dire l’usure, puisque l’ennemi n’est pas usé. Quand l’ennemi sera usé… nous ferons alors de l’exploitation (de la percée) mais pas avant…" est ce une parole de pessimiste.... c’est Clémenceau qui dira après Guerre "cet homme plein de raison qu’était Pétain"

Je ne saurai trop vous recommander de lire les écrits du Maréchal Fayolle, en particuliers ses cahiers secrets dont il existe aujourd’hui une version numérique dont il sera aisé de profiter à chacun de vos lecteurs

bien charitablement à vous Raphaël

13/11/2018 08:00 par legrandsoir

une confusion de ce genre ne relève pas de la distraction mais bien d’une faute d’honnêteté

Allons bon...

13/11/2018 08:52 par Raphaël

Vous dites " allons donc" , mais si je puis dire le détail est de taille car il suffit à rendre l’affirmation "Mano à Mano avec son compère fasciste " comme absolument fausse d’un point de vue historien.

13/11/2018 09:23 par JM Bourget

Tres cher Rafael,
Vous avez raison. En plus de ne savoir ni lire ni ecrire je ne sais pas m informer. En plus je suis sourd et pour étre certain de dire n importe quoi j ecris les yeux fermés.
Il est vrai que Miguel n est pad Antonio et qu il y a impossibilite de la chose. En fait, en tant que phalangiste qui ait préte fidélité a Franco j ai passe tellement dans temps dans la Valle de les caidos a pleurer sur la tombe de Ribera que son seul prénom m obséde. D ailleurs je file à l Ile d Yeu pour fleurir le Maréchal. Serez-vous là ?

13/11/2018 09:31 par Gros Mytho

Tout cela me ramène toujours à Alain et ses Propos sur les pouvoirs : pourquoi ce sont toujours les pires qui dirigent. Excellente mise au point en effet, surtout après les balivernes officielles entretenues par Macron et Zemmour. Peut-être un peu excessif à son tour, mais c’est dans l’espace qu’ouvre la contradiction que se trouve la vérité, et non pas dans l’extrême acuité d’un point de vue. Merci Jacques-Marie pour ce point de vue extrêmement enrichissant. "Bombarder l’île d’Yeu" ! J’ai adoré cette saillie !

13/11/2018 09:38 par Serge F.

@"thierry barnole" Dans son recueil intitulé « Vichy, l’évènement, la mémoire, l’histoire », Henry Rousso écrivit en note suite à la mention de la thèse du Colonel Rémy : « Caractéristique de cette tendance, et complètement isolé dans le champ scientifique, l’ouvrage de François-Georges Dreyfus, militant RPR et habitué du Club de l’horloge, Histoire de Vichy, Paris, Perrin, 1990, ouvrage dont la crédibilité et la rigueur intellectuelle (voire la simple déontologie universitaire) sont inversement proportionnelles à ses partis pris idéologiques." (page 438)

Robert Owen Paxton écrit dans l’édition mise à jour (1997) de son Vichy France, Old Guard and New Order, 1940-1944 : « Le livre de François-Georges Dreyfus, Histoire de Vichy, Perrin, 1990, est une tentative pour ressusciter la thèse du "bouclier" et du "double jeu" développé par Robert Aron dans les années 50. Quand bien même ce livre n’aurait pas été l’objet d’une condamnation judiciaire pour plagiat, son usage tendancieux des preuves documentaires en fait un ouvrage plus polémique que scientifique. » (page 446)

L’historienne Michèle Cointet a dressé un compte-rendu de l’ouvrage, soulignant que l’ouvrage n’est pas un travail de recherche universitaire mais plutôt un ouvrage destiné au grand public cultivé. Son Histoire de la Résistance, parue en 1996 et préfacée par l’abbé de Naurois a également été critiquée par certains, l’ouvrage étant qualifié d’« apologie de Vichy » par l’historien britannique Julian T. Jackson, ou encore de « livre hâtif et partisan » par l’historien français Olivier Wieviorka.

En outre, certains des livres de François-Georges Dreyfus ont été décriés par Jacques Ridé pour leurs « inexactitudes » (il relève ainsi 258 erreurs sur les titres en allemand dans un seul ouvrage, ainsi que des « chiffres erronés » et des erreurs de dates), et leur biais idéologique. Selon l’historien Henry Rousso, François-Georges Dreyfus est caractéristique des révisions « infondées » de l’Histoire par le courant national-populiste. Pour Vingtième Siècle. Revue d’histoire, il est « parfois plus polémiste qu’historien », et « des erreurs surprenantes traduisent un manque de familiarité avec le sujet traité et une hâte préjudiciable à la qualité de l’ouvrage. »

François-Georges Dreyfus fut condamné en 1992 pour « contrefaçon partielle » (qualification juridique du plagiat d’auteur) de l’historien Pascal Ory : François-Georges Dreyfus avait recopié mot pour mot des passages d’un ouvrage de ce dernier. Plusieurs historiens ont relevé, preuves à l’appui, de nombreux autres plagiats, y compris dans d’autres ouvrages de François-Georges Dreyfus. L’écrivain Pierre Assouline parlera à ce propos de « cynisme de la photocopie ». En conséquence, les Presses universitaires de France ont décidé de mettre fin à leurs relations avec lui.

Enfin, concernant la période des années 1930, Francois-Georges Dreyfus n’a pas pu avoir accès, pour la rédaction de son ouvrage, à certains documents d’archive importants pour comprendre le régime de Vichy puisque ceux n’ont été déclassifiés qu’en 1999.

François-Georges Dreyfus était chroniqueur à La Nef, une revue catholique traditionaliste, et avait son émission sur la station d’extrême droite Radio Courtoisie. Il était également sympathisant du mouvement royaliste (en particulier de Restauration nationale), au sein duquel il a prononcé des conférences. François-Georges Dreyfus participa aussi, jusqu’à la fin de sa vie, au Club de l’horloge, un club de réflexion regroupant des intellectuels de droite et d’extrême droite et qui vise à l’union de "toutes les droites".

Après les élections de 1997, il regretta publiquement que l’« on [ait] diabolisé l’extrême droite », et écrit que « faire élire un socialiste ou un communiste pour barrer la voie au FN, c’est accélérer la marche de la France vers la soviétisation » reprochant, dans le même texte, à Jacques Chirac son discours de juillet 1995 où il reconnaissait le rôle du régime de Vichy dans la rafle du Vélodrome d’Hiver.

13/11/2018 09:41 par Assimbonanga

Raphaël DIXIT : " Par conséquent il faut revenir aux principes généraux de la bataille, c’est-à-dire l’usure, puisque l’ennemi n’est pas usé. Quand l’ennemi sera usé… nous ferons alors de l’exploitation (de la percée) mais pas avant…" est ce une parole de pessimiste ?
C’est édifiant ! Quand on sait que le matériau utilisé pour pratiquer l’usure c’est la chair à canon, la viande humaine.
Pétain, il aurait pas tant fait le malin s’il y avait eu L214 dans les tranchées !!!!

13/11/2018 17:26 par Raphaël

A assimbonanga
Justement Pétain a fait une guerre de matériel qui tranchait (jeu de mots) avec la guerre humaine pratiquée jusque-là. La directive 4 citée plus haut répond parfaitement à votre remarque
Je tiens aussi d’un officier russe , issu du corps expéditionnaire russe et par suite des mutineries reversés dans une légion de volontaires que Pétain était un des rares officiers supérieurs à risquer sa tête par dessus le parapet lors d’une visite en première ligne alors que les allés ennemies crépitaient .
Je suis le fil au sujet de l’auteur Dreyfus ( que je n’ai jamais lu) et je ne comprends pas pourquoi ses idées politiques EN SOI le disqualifieraient sur un sujet d’histoire.... car sinon le même genre d’arguments disqualifié d’office Mandel comme beaucoup d’autres auteurs cités ici : il est dommage d’utiliser des arguments ad hominem. Confrontée plutôt faits et idees

13/11/2018 18:02 par Xiao Pignouf

@Raphaël

Confrontée plutôt faits et idees

C’est exactement ce que fait l’auteur, par la voix d’historiens et d’historiennes reconnus.

C’est exactement ce que vous ne faites pas en rapportant une anecdote invérifiable. Cela dit, savoir que Pétain risquait une tête sous le feu adverse, quoique cela puisse susciter quelque regret mal placé, ça ne fait pas de lui autre chose que ce que le titre de cet article dit avec justesse.

je ne comprends pas pourquoi ses idées politiques EN SOI le disqualifieraient sur un sujet d’histoire

Effectivement, que Dreyfus ait été proche de l’extrême-droite catho ne devrait pas avoir orienté sa vision de l’histoire, dans le même genre il y a Lorànt Deutsch aujourd’hui... mais enfin, on peut toujours rêver... être aussi pétaino-compatible, on se demande d’où ça vient...

13/11/2018 20:46 par eris

@ Jacques-Marie BOURGET
Dites moi pas que l’on a,au pouvoir,un résidus de fond de capote de Pétain !!?
Je dis ça car je trouve qu’il y a beaucoup de similitudes avec le parcours du pote à benalla et évidemment ça nous montre comment pète hein ?(oui c’est l’artillerie ça rend sourd) a su en son temps libérer les énergies face à la compétitivité,à la concurrence libre et...faussée oui tranchés,hachés,pulvérisés,humiliés,fusillés les combattants,trompés dans leurs candeurs,leurs naïveté de l’exploit.

La réalité est que l’on traîne toujours la vermine qui a détruit la commune ;thiers pour ne citer que lui n’a pas hésiter à tirer aux canons sur des femmes et des enfants,et ensuite : la même clique toujours ; pour moi le cas petain ne mérite même pas d’être analysé,il était comme la majorité de ceux qui nous dirigent,un médiocre d’un point de vue humain s’entend car comment comprendre quelqu’un qui fait l’effort,il faut l’admettre,d’aller sur le front qui a dû croiser des colonnes de blessés,de morts avec toute l’ambiance,la puanteur,le bruit,les cris,les râles,comment peut-il revenir moralement indemne de ça ?

Comment,dans ce contexte,ne pas se souvenir des propos de Jaurès déclarant que s’il y avait la guerre ce serait la ruine du peuple .

13/11/2018 22:53 par taliondachille

@ eris
C’est VRAIMENT un résidus de Pétain : https://youtu.be/N7ZGwAnL500
Il ne s’en est donc pas caché.
Une différence quand même avec Pétain : si on envoyait Micron au front (du Yémen par exemple) il ferait dans son froc.

14/11/2018 12:43 par CN46400
14/11/2018 14:07 par JM Bourget

Les trucs "reserve aix abonnés...ça fait club anglais de Pall Mall... Allez au diable.on

14/11/2018 14:42 par Danael

Pétain, en 1915, disait : « pour maintenir l’esprit d’obéissance et la discipline parmi les troupes, une première impression de terreur est indispensable. » 639 citoyens ont ainsi été fusillés pour désobéissance soi-disant à la Patrie (laquelle ?) et 18,6 millions de morts plus tard seront justifiés pour sauver l’Empire au détriment des peuples. Où est l’exemplaire Pétain de 1914 tant vanté par Macron ? Il nous imposera ensuite non pas l’amnistie mais un pacte diabolique avec les nazis pour continuer le massacre des civils et la mise en esclavage des travailleurs au profit de l’Allemagne et de la grande industrie collaboratrice. Résultat 60 à 80 millions de morts lors de la Deuxième Guerre mondiale (si l’on compte les suites de la guerre) dont plus de la moitié sont des civils. Encore aujourd’hui ce sont les mêmes intérêts qui portent l’Europe de la "défense" autrement dit l’Europe de la "guerre" pour compléter l’Europe "anti-travailleurs" au profit de la grande finance vorace. Bruno Le Maire et Macron ne rêvent-ils pas de faire de l’Europe un Empire ( soi-disant "pacifique") pour, rien de moins, selon le ministre des Finances, rivaliser avec la Chine et les États-Unis. Il nous faut tirer des leçons de ces guerres des riches, passer outre les mensonges de la social-démocratie, ceux des libéraux et de l’extrême droite et réfléchir à une unité populaire plus qu’urgente face à l’ennemi de classe de toujours qui aime diviser le peuple, le bâillonner et le mettre en guerre pour son seul profit. Le véritable souvenir est celui-là.
http://www.actioncommuniste.fr/2018/11/fusilles-pour-l-exemple-de-1914-1918-emmanuel-macron-pire-que-nicolas-sarkozy-et-francois-hollande.html
https://www.youtube.com/watch?v=R9j9sfCSvu0
https://fr.sputniknews.com/international/201811121038861406-europe-empire-rivale-ministre-finances/

14/11/2018 17:03 par CN46400

Pour JMBourget, et les non abonnés à l’Huma,

En 1921, Abd El Krim, un Rifain issu d’une grande famille, vivant dans la partie du Maroc sous contrôle de Madrid, lève l’étendard de la révolte contre le colonialisme espagnol. En avril 1925, la guerre se généralise à la partie française, la plus étendue et la plus riche, au sud du pays. Cet épisode, connu sous le nom de guerre du Rif, sera une préfiguration de toutes les guerres de libération nationale du siècle.

Dans un premier temps, la guerre est menée, côté français, par le maréchal Lyautey, qui occupe depuis 1912 le poste de résident général. Mais l’armée française piétine. Lyautey est un administrateur hors pair, mais a-t-il les qualités d’un guerrier impitoyable ? C’est alors que naît au sein du gouvernement (Cartel des gauches) cette prodigieuse idée : faire appel à Pétain. Lequel s’empresse de prendre contact avec le gouvernement espagnol, alors dirigé par le général Miguel Primo de Rivera, dictateur au pouvoir depuis le coup d’État de septembre 1923. À trois reprises, Pétain fera le voyage de Madrid, y rencontrant Primo de Rivera, mais aussi un jeune colonel, Franco, alors patron de la Bandera, la Légion espagnole. Avec ces militaires d’extrême droite, Pétain partage des idées fortes : il fallait défendre la « civilisation » contre les « hordes barbares ».

Le sens de la mission Pétain est net : « Il faut renforcer les effectifs, il faut de l’aviation, il faut intensifier notre action » (le Petit Journal, 17 juillet 1925). C’est le ton de la quasi-totalité de la presse. L’Humanité, qui n’a pas oublié, elle, les combats de Jaurès contre la conquête du Maroc, se distingue une fois de plus : « Pétain et Primo de Rivera ont préparé une liquidation aussi prompte et aussi complète que possible de l’aventure rifaine. De beaux jours en perspective pour les bouchers étoilés et les fabricants de munitions » (10 février 1926).

L’initiative concertée peut commencer : les Espagnols débarquent au nord pendant que les Français attaquent par le sud. Lors de l’hiver 1925-1926, le territoire d’Abd El Krim fait désormais figure de forteresse assiégée. L’offensive finale est déclenchée le 8 mai 1926. La guerre prend une dimension nouvelle. Les armes chimiques font partie de l’arsenal français. Aviation et artillerie lourde contre populations : pas de quoi ajouter à la gloire de Pétain. Finalement, face à la supériorité mécanique des armées française et espagnole, Abd El Krim se soumet, le 26 mai.

Guerre oubliée… Pourtant, les armées espagnole et française ont subi de lourdes pertes (il est vrai qu’ils ont jeté dans le feu des combats des milliers d’auxiliaires marocains, algériens ou sénégalais). On ne connaît pas les chiffres des pertes rifaines. Certaines sources évoquent la mort de 100 000 personnes. Mais, au sein de cette masse, une minorité de combattants. Et combien de civils morts, femmes et enfants compris, sous les bombardements ? Combien atrocement brûlés par les armes chimiques et morts dans d’atroces souffrances ?

Voilà une « glorieuse épopée » à laquelle le nom de Philippe Pétain restera attaché. Entre les fusillés pour l’exemple de 1917 et les juifs envoyés dans les camps en 1942, il y eut les Marocains fauchés par milliers en 1925-1926.

14/11/2018 22:09 par JM Bourget

Merci cette precision esttres utile.

15/11/2018 00:17 par rey

Détail : en 1925, De Gaulle était encore capitaine (pour 2 ans : nommé capitaine très jeune [ 24 ans ], en 1915, il le restera 12 ans, passera commandant en 1927, lieutenant-colonel en 1932 et colonel en 1937. ). Le reste de l’ article m’ a paru juste.

15/11/2018 09:12 par Raphaël

Concernant l’usage du gaz dans la guerre du Rif et afin d’avoir une vision juste de ce qui peut être établi, je renvoie au site
http://www.guerredesgaz.fr/these/chap13/chap13.htm#Entre%20condamnation%20de%20l%27utilisation%20de%20l%27arme%20chimique%20-chap13

Le site est par ailleurs rigoureux
voici ce que l’on peut donc affirmer :
jusqu’en 1922 il n’est pas question coté français d’utiliser l’arme chimique
par contre la France facilite l’accès à cette arme aux espagnols

en 1925 Lyautey demande et obtient des obus à gaz. compte tenu de la séparation des pouvoirs entre le Résident général et Pétain, et compte tenu du lieu d’envoi, il apparaît raisonnable de penser que Lyautey craignant un soulèvement général envisageait l’usage des gaz pour rétablir la situation. par contre strictement rien ne permet d’affirmer que ces obus étaient destinés à mater la révolte en cours (lieu d’affectation des munitions, quantités, commanditaire)
A l’heure actuelle, en l’état des connaissances (y compris des analyses chimiques) tout laisse à penser que seule les espagnols firent usages de l’arme chimique. car si Abd el krim accusa la France de bombardement aérien au gaz moutarde auprès de la SDN, il est établi que ces bombardements aériens ne furent le fait que des espagnols . de plus les seules traces de commande de munitions chimiques ne concernent que des munitions utilisables sur canon et non par avion

quand à l’horreur de la guerre elle est des deux cotés :
"les défenseurs [des postes français], selon la coutume barbare des guerriers d’abd’el Krim, ont le ventre ouvert bourré de pierres et de paille à moitié consumée, les yeux crevés, la langue arrachée" in L’aéronautique militaire française dans la guerre du Rif de Simone Pesquies (livre à lire par ailleurs pour se rendre compte de manière exacte du role et de l’emploide l’aviation française dans la guerre du Rif

cordialement

15/11/2018 09:42 par Serge F.

@Raphaël Ce que vous écrivez ressemble beaucoup à ce qui est écrit dans cet article de la CRC (Contre-Réforme Catholique) :

http://crc-resurrection.org/liens-utiles/archives/il-est-ressuscite/n-177-juillet-2017/1917-petain-sauve-larmee-prepare-victoire/

Voici comment ce document se conclut :

«   Si l’on fait ce que je demande… le monde con­naîtra un certain temps de paix.   » Pétain, en 1917, a préparé les outils nécessaires à la victoire décisive qui donnera la paix. Mais cette paix, en réalité, sera une tromperie   ; elle trahira et nos morts et nos enfants. La paix de 1918 fera le lit des «   erreurs de la Russie qui se répandront dans le monde entier. Des nations entières seront anéanties.   »

Nous verrons, l’an prochain, si Dieu le veut, comment cela a été rendu possible. Mais, sans attendre, disons que 1918 verra encore grandir, s’il était possible, la gloire de Pétain. Honneur à Pétain   !

Laissons notre Père conclure lui-même   : «   Telle est l’année 1917, où se fit le mauvais choix républicain [Painlevé tombé dans un traquenard parlementaire cède la place à Clemenceau et, par ce dernier, à Foch], où nos destinées furent pourtant scellées. En bien surnaturel, prophétique   : les promesses du Cœur Immaculé de Marie le 13 mai 1917. En chance naturelle, hélas   ! bientôt compromise   : ce même 13 mai, le choix de Pétain par Painlevé pour sauver l’armée française en déliquescence. Au moins, ces péripéties dramatiques de 1917 nous donneront une leçon   : à savoir qu’il faut abattre la République si l’on veut faire le tri et le bon choix des hommes de guerre et des hommes d’État, dont dépend ­l’avenir du pays.   » (CRC n° 302, mai 1994)

Il est clair que la CRC est un mouvement pétainiste et anti-républicain de l’extrême-droite catholique. Son créateur, l’abbé Georges de Nantes, s’était engagé dans les chantiers de jeunesse institués par l’État français du maréchal Pétain, dans le Vercors, en 1942-43.

Puisque vous nous conseillez le lire les écrits du Maréchal Fayolle (abondamment cités dans l’article de la CRC), voici ce qu’il écrivit à la date du 19 mai 1918 de ses Cahiers secrets de la Grande Guerre :

Pentecôte. Déjeuner à Chantilly. J’en reviens sans ordres précis. Il y a toujours désaccord entre Pétain et Foch. Ce dernier voudrait attaquer, le premier ne veut pas. Pétain s’exagère la puissance du Boche, Foch ne l’apprécie pas à sa juste valeur. Ils ont raison et ils ont tort tous les deux. Il faudrait les combiner pour en faire un seul homme, un vrai chef complet.

J’opposerais à l’article de la CRC celui-ci :

http://www.regardconscient.net/archives/0108petain.html

Pour reprendre ce que disait Henri Guillemin, il faudra attendre 50 à 100 ans pour qu’on en finissent avec ce révisionnisme concernant l’affaire Pétain (« quand les passions seront retombées »).

15/11/2018 10:31 par Assimbonanga

Je m’éloigne un peu du sujet... Ils me font rire les journaleux avec leur intelligence niveau école maternelle, lorsqu’ils démontrent la nature dictatoriale de Maduro par le fait que c’est un ancien militaire : de Gaulle aussi l’était !

15/11/2018 13:53 par legrandsoir

On croyait que Maduro avait été chauffeur de bus.
Et Chavez militaire, oui.

15/11/2018 11:53 par JM Bourget

Une precision amicale...les Chantiers de Jeunesse c etait bien en Isere aves Beuve Mérie...mais a Uriage pas le Vercors qui etait un maquis...

15/11/2018 13:53 par Raphaël

@Serge F

Vous avez raison , la citation je l’ai reprise sur le site dont vous parlez(flemme du copier coller et éloignement de ma bibliothèque)... mais je la connaissais d’ailleurs (il me semble que c’est dans le livre du général Serrigny Trente ans avec Pétain)
Je ne partage pas un certain nombre de raccourcis de l’abbé Georges de Nantes vus sur cette page (il doit y en avoir sur les autres pages.. ) qui font que l’on se saurait s’y fier (hors citation vérifiable) (exemple écrire "la méthode c’est Pétain", c’est oublier que le Barrage roulant est une invention de Mangin)
tout a fait d’accord avec le mot de Fayolle : je ne crois d’ailleurs pas au mythe de l’homme providentiel qui fait que depuis le XVème siècle des gens attendent une nouvelle Jeanne d’Arc et chacun la voit dans son poulain... mais les hommes peuvent bousculer l’Histoire ça oui. Fayolle emploie les mots justes : Pétain nétait pas un pessimiste (notion de défaitisme) mais il avait une stratégie qui consistait à n’avancer qu’à coup sûr et avec un minimum de pertes. cela me semble une façon d’agir raisonnable pour un militaire qui est à mes yeux comptable des vies des hommes sous ses ordres.

Guillemin a raison.. mais il était optimiste ! à mon avis dans 50 ans cette guerre de tranchée existera toujours car il existe 4 camps qui ont chacun des arguments à faire valoir en fonction de leurs buts : les gaullistes, les pétainistes, les Résistants, le CRIJF ... et qu’il est très dur de faire entendre une position raisonnable dans ce contexte.... car la position raisonnablement honnête a des aspects Inadmissibles pour le CRIJF (pour lui Pétain a envoyé les juifs à la mort... mais qui savait qu’il y avait politique d’extermination ? même les résistants ne le savaient pas), pour les gaullistes (si l’armistice de 40 est justifié alors De Gaulle perd de sa légitimité), Les résistants (car il est dur de voir une Résistance et que certains de leurs excès seraient mis en reliefs) et même les pétainistes (pour qui Pétain a eu raison sur absolument tout)
au sujet des pétainistes, je ferai cette simple remarque : ils sont comme les partisans de Foch ou Clémenceau : obnubilés par leurs poulains oubliant le rôle de leur entourage.. et ainsi on oublie des hommes remarquables : Serrigny, Weygand et Mordacq

15/11/2018 14:15 par Assimbonanga

@LGS, effectivement ! J’ai foiré sur ce coup-là. Bon enfin, ils vous diront que le Venezuela est gouverné par l’armée... et personne ne songera à réfléchir au comment et pourquoi.

15/11/2018 14:28 par Serge F.

@"JM Bourget" Je n’ai fait que reprendre le résumé biographique de l’abbé Georges de Nantes disponible sur le site de la CRC :

http://crc-resurrection.org/notre-pere-fondateur/labbe-de-nantes-fondateur-de-la-crc/

Je n’ai pas vérifié si l’info était juste.

15/11/2018 14:48 par Serge F.

@Raphaël Au sujet de l’usage d’armes chimiques dans la guerre du Rif, Olivier Lion, lieutenant-colonel, breveté de l’enseignement militaire supérieur, doctorant à l’Ecole pratique des Hautes Études, nous apprend que :

Devant l’insistance de Lyautey, Painlevé céda et, le 20 mai, l’informa qu’il prescrivait l’expédition de ces munitions, mais qu’elles ne pourraient être utilisées sans son autorisation préalable. Néanmoins, les obus spéciaux n’arrivèrent pas au Maroc. Alors que l’offensive d’Abdelkrim se développait, Lyautey renouvela sa demande le 6 juin : “À l’heure actuelle où les manifestations de l’ennemi se font de plus en plus acharnées et où j’ai des preuves toujours plus grandes d’une sauvagerie se manifestant par les actes les plus odieux, j’estime qu’aucune question de sentiment ne devrait être admise si l’emploi de ces munitions dont le pouvoir toxique permet de nous épargner dans nos attaques des vies humaines et en particulier sur un front aussi vaste que je ne peux défendre partout avec les forces dont je dispose, de tenir le coup et redresser enfin la situation”. Pour Lyautey, la conclusion à tirer des combats en cours est que le seul moyen vraiment efficace à opposer aux rebelles, c’est la supériorité en matériel. D’où le besoin en obus à l’ypérite : “Ils sont indispensables. Dans les combats qui viennent de se livrer à Taounat, ils auraient singulièrement allégé la tâche dans les secteurs dont nos troupes n’arrivaient pas à venir à bout et qui leur faisaient subir les plus lourdes pertes. Nos adversaires procèdent avec une telle sauvagerie, une telle cruauté, mutilant les blessés et les prisonniers, razziant et brûlant, que tous les moyens sont justifiés pour leur tenir tête”. Lyautey ajoutera un post-scriptum à cette lettre : “On me communique à l’instant de Rabat qu’il vient d’y arriver une lettre de vous, notifiant que, pour des raisons d’ordre général, l’envoi d’obus n° 20 serait différé jusqu’à nouvel ordre. J’insiste donc plus que jamais pour demander au gouvernement de revenir sur cette décision. Tous les combats récents démontrent à l’évidence que c’est là le seul moyen d’atténuer nos pertes et de soulager l’effort de nos jeunes troupes”. Mais comment, après l’emploi de l’arme chimique, l’ennemi d’hier pourra-t-il être l’ami de demain ? Comment pouvoir continuer l’œuvre de pacification dans de telles conditions ? À l’heure actuelle, il n’est pas établi que des stocks de projectiles spéciaux aient été effectivement mis en place et que les troupes françaises aient employé l’arme chimique au Maroc.

https://www.cairn.info/revue-strategique-2009-1-page-491.htm

Bien qu’Olivier Lion affirme que l’on ne peut pas établir à cette heure que des armes chimiques ont été utilisées par la France dans la guerre du Rif, ce n’est pas ce que nous apprend Daniel Cling dans son documentaire intitulé « Abdelkrim et la guerre du Rif » :

Lyautey demande sans succès d’importants moyens militaires pour combattre celui qui cherche aussi à étendre la révolte aux zones sous administration française. Mais en 1925, Philippe Pétain obtient ce qu’on a refusé à son prédécesseur, bombes et armes chimiques comprises : prise en tenaille par le général espagnol Primo de Riveira, la rébellion est écrasée au prix de dizaines de milliers de morts.

https://www.franceinter.fr/culture/documentaire-abdelkrim-et-la-guerre-du-rif

A noter que ce film a reçu le prix international du documentaire et du reportage méditerranéen - Marseille (France) - Prix "Mémoire de la Méditerrannée".

15/11/2018 15:55 par babelouest

@ Raphaël
Mon grand-père, à la bataille de la Marne de 1914, a été sous les ordres du général Lanrezac, homme très fin et soucieux des hommes sous ses ordres. C’est d’ailleurs pourquoi plus tard il a été limogé par Joffre, qui voulait foncer alors que les armées n’étaient pas prêtes. C’est en lisant "La Marne", de Georges Blond, que mon grand-père a compris les manœuvres auxquelles il participait beaucoup plus tard.

Lanrezac a sûrement été l’un des meilleurs. Malheureusement sa façon de voir les choses l’empêcha complètement de s’entendre avec Joffre son supérieur. Ils étaient bons tous les deux, mais pas de la même façon.

15/11/2018 20:05 par Serge F.

Dans leur article intitulé « La guerre chimique dans le Rif (1921-1927) : Etat de la question », les historiens María Rosa de Madariaga et Carlos Lázaro Ávila nous apprennent que :

[Une lettre de Caïd Haddou Ben Hamou adressée à Abderkrim, le 24 juillet 1922,] indique que les premiers gaz toxiques dont disposa l’armée espagnole au Maroc étaient de provenance française. Mais si la France n’avait pas, à ce qui semble, d’inconvénient à fournir à l’Espagne ce matériel belliqueux, comme non plus à donner des instructions au personnel militaire chargé de le manier, elle ne pensait pas, cependant, l’utiliser elle-même, comme cela se dégage d’un autre paragraphe de la lettre mentionnée, dans laquelle le Caïd Haddou Ben Hamou disait ce qui suit : « Les espagnols ont envoyés 300 soldats en France à une fabrique de gaz asphyxiant pour apprendre la manière de l’utiliser dans la guerre. Les espagnols ont adopté cette mesure, alors que les français ont refusé de l’employer eux-mêmes ». En même temps, peut être pour se libérer de toute accusation possible, le Gouvernement français avait fait savoir, « par le biais de la presse, que depuis que la paix avait été signée les principales puissances avaient décidé de prohiber l’emploi de gaz asphyxiants dans les guerres futures ». En fin de compte, la France le fournissait à d’autres pays sous le manteau, déclarant en même temps publiquement son refus à l’utiliser.

Les historiens se sont aussi appuyés sur le rapport du Stockholm International Peace Research Institute (SIPRI) intitulé « The Problem of Chemical and Biological Warfare. A study of the historical, technical, military, legal and political aspects of CBW, and possible disarmament measures », Volume I, The Rise of CB Weapons, pour affirmer que la France a fait usage d’armes chimiques dans la région de Fès pour venir à bout d’une rébellion armée qui s’était déclarée dans cette zone en 1925. Ce rapport s’appuie pour cela sur un article du Times daté du 22 juillet 1925 intitulé « Marshall Petain’s visit to the front », voir page 142 dudit rapport :

https://www.sipri.org/sites/default/files/CBW_VOL1.PDF

D’après le journal Témoignages :

Hubert Lyautey, résident général de la France auprès du souverain alaouite, renforce les postes d’avant-garde pour protéger les villes de Meknès, Taza et Fès. Mais le "maréchal monarchiste", mal vu du gouvernement républicain, n’obtient pas les renforts réclamés.

Quand en avril 1925, Abdelkrim lance son offensive vers le sud, il repousse sans trop de mal les troupes françaises vers Fès et Taza. Lyautey démissionne et le gouvernement français confie alors les opérations au maréchal Philippe Pétain, auréolé de sa victoire à Verdun et bien en cour dans les milieux républicains.

Pétain obtient de Paris les moyens refusés à Lyautey. Il organise une contre-offensive massive précédée de bombardements massifs effectués par l’aviation. Il bénéficie également du concours des Espagnols qui, le 8 septembre 1925, dirigés par le général Primo de Rivera lui-même, débarquent à Alhucemas.

https://www.temoignages.re/culture/culture-et-identite/abdelkrim-le-vaincu-victorieux-symbole-de-la-lutte-anticoloniale,30042

La thèse d’Arnaud Lejaille, citée par Raphaël, nous apprend par ailleurs que :

Les archives françaises conservent la trace de l’envoi de munitions chimiques à Casablanca, à la suite de cette demande. Un document du 23 mai 1925, émanant de Paul Painlevé, alors Président du Conseil et Ministre de la guerre, adressé au commandant de l’ERG de la Ferté Hauterive, demande l’expédition de 2000 obus de 75mm chargés en phosgène et de 2000 obus chargés en Ypérite à destination du Parc d’Artillerie régional de Casablanca. Un deuxième document demande l’expédition urgente de 40 000 masques ARS, 500 paires de moufles et 600 bourgerons, destinés à la protection contre l’Ypérite.

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