... repenser une refondation de la gauche avec le Front de gauche et les écologistes.

Philippe Noguès « Le PS s’est droitisé, je suis resté fidèle à mes convictions »

Entretien réalisé par Frédéric Durand

Philippe Noguès est le premier député socialiste à franchir le pas en quittant le parti. Selon lui, ses amis frondeurs dépensent «  une énergie extraordinaire  », pour aucun résultat au final. Parce que «  le parti de Jaurès est devenu le parti de Manuel Valls et Emmanuel Macron ».

Vous venez de quitter le Parti socialiste, quel a été l’élément déclencheur ?

Philippe Noguès C’est une décision mûrie de longue date. Depuis qu’on avait monté ce mouvement des frondeurs, je disais à mes camarades que je croyais peu à la possibilité de faire bouger les choses de l’intérieur. J’ai voulu jouer le jeu jusqu’au congrès. Le congrès a donné les résultats que j’attendais, avec la prédominance de son légitimisme d’appareil... Ensuite, la loi sur le renseignement, la loi Macron et l’utilisation du 49.3 ont été la goutte d’eau qui a fait débordé le vase. De toute façon, je serais parti avant la fin de l’année.

Vous discutez avec d’autres parlementaires PS, que disent-ils ?

Philippe Noguès Nombre d’entre eux partagent mes convictions et le constat que l’on ne mène pas du tout la politique pour laquelle nous avons été élus. Je pense que quelques-uns vont me rejoindre, mais il faut comprendre que, pour beaucoup, l’attachement au Parti reste très fort, et franchir le pas leur est extrêmement difficile. Malgré tout, si nous étions assez nombreux pour former un groupe au Parlement, je pense que ce serait un acte symbolique important.

C’est votre objectif ?

Philippe Noguès Non, ce n’est pas le premier objectif. Je veux surtout redonner aux citoyens le goût de la politique. Pour ça, il faut partir des territoires, parce que la création d’un énième parti groupusculaire ne me semble pas de nature à faire progresser la gauche. Dans mon territoire, je vais essayer de nouer des contacts. D’abord, avec les forces politiques, mais aussi lancer des initiatives sur les projets de ma circonscription et de mon département, parce qu’il faut initier un grand rassemblement qui aille au-delà des partis.


Il y a des réactions contrastées à votre départ...

Philippe Noguès Oui, je reçois énormément de messages de soutien depuis deux jours, mais aussi des messages plus sévères. Principalement, certains me reprochent de trahir le PS : «  Vous avez été élu par des socialistes...  » Moi, je réponds que si trahison il y a, ce n’est pas Philippe Noguès, le député, qui trahit. Car je considère que je suis resté fidèle à mes convictions, aux projets que l’on avait ensemble, à mes valeurs. Mais le PS, lui, s’est droitisé, social-libéralisé, et n’a plus rien à voir avec le parti de 2012. Il suffit de demander leur avis à nos électeurs et de regarder les résultats, élection après élection... Aujourd’hui, le PS en tant que structure n’est plus du tout en mesure de rassembler l’ensemble des forces de gauche.

Vous auriez pu vous tourner vers le Front de gauche ou les Verts...

Philippe Noguès Quand vous avez milité pendant longtemps dans un parti, pouvoir dire, le lendemain de votre démission, que vous allez adhérer à tel ou tel autre, c’est une nouvelle difficulté. Par contre, je pense qu’il faut que nous ayons des discussions, mais je crois aussi qu’il faut dépasser les partis. Ce système est épuisé et, pour réussir, il faut à tout prix ramener les citoyens à la politique.

Du coup, François Hollande ne sera pas votre candidat en 2017 ?

Philippe Noguès Je me vois assez mal aujourd’hui défendre la candidature et faire la campagne de François Hollande après avoir combattu sa politique pendant cinq ans. Même si, malheureusement, on a du mal à voir émerger, pour l’instant, un candidat de gauche crédible pour 2017.

Avez-vous un message à adresser aux frondeurs qui restent au PS ?

Philippe Noguès Nous avions un dîner, mardi soir, je leur ai dit, certes un peu sur le ton de la plaisanterie : «  Je vous lance un appel, rejoignez moi ! Le parti de Jaurès est devenu le parti de Manuel Valls et Emmanuel Macron, et je ne crois plus qu’on soit capable de le réformer de l’intérieur. Il est tombé du mauvais côté de la force...  » Emmanuel Maurel, Laurent Baumel et bien d’autres dépensent une énergie extraordinaire pour quel résultat ? Gagner 4 ou 5 % en interne et, au final, ça ne change rien ! Je crois qu’il faut qu’on se réunisse avec le Front de gauche et les écologistes pour repenser ensemble une refondation de la gauche, et pas forcément sous une forme similaire à celle des partis classiques...

 http://www.humanite.fr/comment/reply/578068

COMMENTAIRES  

30/06/2015 08:42 par benzekri

Au delà de la contestation, des analyses pertinentes et des cris de colère sincère comme vient de le faire F.Lordon dans le blog du Monde Diplo voici un rappel qui date... sur le que faire ici et maintenant ? Rappel pour souhaiter, aussi, la bienvenue à Monsieur P.Noguès...
Autrement…
Comme les riches refusent que l’on touche à leur vie indécente alors faisons payer la classe moyenne et les pauvres (hausses des prix et/ou taxes du Gaz, timbres, redevance TV, diesel…)
Comme il est hors de question de toucher aux taux de rendement des actionnaires et de rentabilité du capital financier ainsi qu’à celui des pensionnaires (détenteurs des fonds de pension) alors prolongeons le temps de travail, dégraissons et supprimons des postes de fonctionnaires, augmentons le taux de TVA et bloquons ou baissons les bas salaires ainsi que ceux des fonctionnaires…
Comme il n’est pas question de s’attaquer aux difficultés de vie des gens modestes : de lutter contre le chômage, de mettre un terme à la pauvreté et à la misère ( un français /cinq trouve des difficultés à payer ses factures GDF/EDF…) alors occupons les citoyens avec le terrorisme et soumettons-les par la peur pour mieux leur faire avaler le coût et les conséquences de la guerre ainsi que les séries de lois liberticides et « sécuritaires ».
Comme il n’est pas question de tirer vers le haut le niveau de vie des citoyens, braquons les projecteurs sur les pseudo-privilégiés de la SNCF, d’EDF, de la Poste, de l’Education Nationale bref de tous ceux qui ont un statut de fonctionnaire : bouc-émissaire idéal …
Comme l’heure est à la collaboration de classes (de certains syndicalistes, intellos et politiques) à la résignation et à l’impuissance, montons les non grévistes contre ces « égoïstes » qui (se) manifestent et résistent pour les contraindre, eux aussi, à cette soumission volontaire que les gouvernants « socialistes » cherchent à imposer…
Comme le contexte est favorable, remettons en cause les rares acquis sociaux au profit des revenus financiers, des baisses des « charges patronales » et de leurs contributions fiscales. Au plan européen passons en douce le TAFTA traité (maltraitant les peuples d’Europe) entre L’Union et les Etats-Unis visant à contourner les choix nationaux…
Et comme les « socialistes » - qui vont jusqu’à assumer ouvertement la punition des frondeurs et la récompense des collaborateurs - se droitisent et que la droite - pour se démarquer- s’extrême-droitise, le FN, lui, rafle la mise et ses idées se banalisent.
Et comme il n’y a rien à attendre de l’alternance « gauche »/droite et des élections « vote et cause toujours », et des faux débats entre un blanc-bonnet et un bonnet-blanc…osons une société humaine qui tournera définitivement le dos au système libéral en se donnant des moyens sûrs et durables pour la faire vivre et évoluer vers un mieux être…
Commençons par une marche sur Paris pour libérer l’Elysée et Matignon des deux escrocs qui les occupent et remettons-les à la Justice pour qu’ils répondent de leurs crimes et mensonges d’Etat.
Réduisons pour commencer et donner l’exemple les indemnités des Ministres, députés (nationaux et européens) et sénateurs d’un tiers et supprimons les fonctions coûteuses et inutiles à commencer par celle de Président de la République.
Nationalisons -au franc symbolique- les Banques, Assurances, autoroutes, industrie pharmaceutique et compagnies pétrolières… pour s’assurer de fonds suffisants et permanents pour la santé, l’Education, le logement et la culture pour tous.
Et puisque tout le monde - de la « gauche » à la droite – s’accorde à dire qu’il est injuste de léguer cette dette/racket estimée à « 2000 milliards d’euros » à nos enfants alors : soumettons sans attendre cette fameuse « dette » à un audit sincère pour liquider sa part légitime et effacer le reste. Que les « créanciers » se retournent contre les escrocs à qui ils ont confié « leurs fonds »…
Mettons au même régime les détenteurs des fonds de pension et ceux du Livret A puisque les primes de « risque », liées à l’instabilité programmée du système, pour justifier les taux de rendement exorbitants n’auront plus lieu d’être ; l’Etat souverain et riche sera le garant de leurs dépôts s’ils acceptent ces nouvelles règles et mesures d’équité.
Organisons une véritable chasse aux fraudeurs (grands et petits) du fisc notamment ; 80 Milliards d’euros au bas mot pour les seuls évadés fiscaux… Et les fraudes dans le domaine social, des professions libérales, du travail au noir, des rentrées de fonds non déclarées… ? Et les niches fiscales pour les riches ? Aucune croissance ou productivité ne pourra remplacer une juste répartition de la richesse et une réforme fiscale corrective des inégalités pour les besoins de solidarité.
Limitons dans un premier temps les revenus annuels à 80000 euros maximum et à pas moins de 20000 euros et interdisons le cumul des fonctions ou mandats/revenus.
Encadrons les prix des biens et services de première nécessité…
Prenons en main les moyens d’information par une présence/occupation non violente pour expliquer et discuter avec les citoyens des fins et moyens de la nouvelle République.
Une République, première du genre :
- Par le respect de la complémentarité hommes/femmes qui leur assurera une parfaite égalité devant la loi : mêmes droits et mêmes devoirs.
- Par le rejet des représentations sur des bases religieuses et/ou communautaires et le respect strict de la Laïcité qui fera de la France une seule entité riche par sa diversité.
Les Députés européens auront pour mission – pendant cette phase - d’expliquer ce nouveau choix du peuple souverain de France qui décidera de son maintien ou départ de l’Union si l’humain n’est pas mis au centre de la nouvelle Europe. Europe qui devrait décider par elle-même et pour elle-même sans ingérence étrangère…
Tout représentant élu pourrait être révoqué - par les citoyens selon des critères démocratiques fixés par des Assemblées de veille sur les fondements de la nouvelle République - s’il s’avère malhonnête ou incompétent.
Cette République sera ouverte à tous ceux qui adhèrent aux valeurs de la nouvelle France. Pas la France du MEDEF et des lobbies en tout genre ni celle des profiteurs du système dit libéral qui fomentent crises, désordres, terreurs, violences, guerres et détruisent le patrimoine culturel et écologique… Ceux qui ne pensent qu’à leur carrière et qui passent leur temps à maltraiter et à manipuler les citoyens en leur promettant à chaque fois un demain sans lendemain.
Puisque le capitalisme par son « laissez faire, laissez passer » est à l’origine du colonialisme, du fascisme, du nazisme, de l’impérialisme et du sionisme et qu’il est responsable du développement, des injustices, des trafics et fraudes en tout genre, de la corruption, de la pauvreté, de la misère, du terrorisme et des guerres que nous avons traversé et continuons à subir…
Puisque le capitalisme n’a rien de libéral ni de moderne et qu’il est plutôt liberticide et réactionnaire…
Osons apporter notre contribution à la mise en place d’une société et d’un monde humain, juste, évolué et solidaire.
« Contre le bruit des bottes et le silence des pantoufles résister, c’est exister… »

30/06/2015 10:19 par Bob

pour comprendre la derive du ps, je vous propose cet article :
LA TRANSFORMATION BOURGEOISE DU PARTI SOCIALISTE

30/06/2015 12:20 par Pierre M. Boriliens

Bonjour,

C’est quand, la dernière fois que le PS a été le parti de Jaurès ? Le 31 juillet 1914 ?
Parce que depuis, franchement... Ou il n’a pas été aux affaires, ou il était aux affaires... Mais en-dehors des affaires...

30/06/2015 14:10 par reymans

Bravo une fois de plus Mr Benzekri
Limpide, rien à ajouter

01/07/2015 03:44 par Altau

Je suis atterré que l’on puisse encore deviser à propos de phénomènes totalement insignifiants.
Ce PS a toujours, ces dernières décennies, fait la politique du Capital, avec ou sans Noguès et les frondeurs.
Qui peut croire qu’il y a quelque chose a attendre de ces gens-là qui ont soutenu Hollande et ses prédécesseurs alors même que leurs promesses électorales n’avaient rien à voir avec ce dont le peuple a besoin ?

Que "l’Humanité" cherche à faire saliver ses lecteurs avec ces non-événements est rien moins que lamentable.

01/07/2015 10:55 par D. Vanhove

Comme le disent les responsables du parti grec Syriza, il y a longtemps que les PS européens ne sont plus des partis "de gauche" ! Le crier haut et fort permettra p-ê de ne plus les qualifier de cet attribut usurpé, et les renverra au mieux vers le centre, si pas vers la droite... Et sur ce point, Marine Le Pen a raison : UMPS c’est pareil, mais si c’est la mort dans l’âme qu’il faut le constater !

Par ailleurs, quelles brillantes propositions que celles de Mr Benzekri... Voilà une alternative plus qu’intéressante avec tout un programme a élaborer autour de ces propositions... de réelle gauche !

01/07/2015 12:54 par Dwaabala

Les lecteurs de l’Humanité, la seule feuille quotidienne populaire dans les kiosques, ne sont pas tous saisis de ptyalisme devant un entretien banal où un transfuge du PS expose ses raisons

02/07/2015 03:42 par Altau

@Dwabala
Je dis que choisir d’accorder, par cette interview, un sens à ces comportements de gens - dont j’ai la faiblesse de penser que leur avenir d’élus les inquiète - qui ont tous fait allégeance au "social-libéralisme" depuis des années a à l’évidence un but : affirmer comme légitime et souhaitable une alliance avec eux pour de prochaines échéances électorales. On commence à savoir vers quel cul de sac cela ne pourra que mener.

Les dirigeants communistes d’aujourd’hui n’étant même pas en mesure de tenir des propos comme ceux que tenait Mitterrand avant 1981 tellement ils apparaitraient ultra-révolutionnaires aujourd’hui, que penser des pauvres déclarations de Noguès et autres frondeurs de pacotille !

Au lieu d’appeler à des "unions" sans lendemain pour les damnés de la terre, le "seul journal populaire" serait mieux inspiré d’appeler à d’autres renversements un peu plus ambitieux.

02/07/2015 07:46 par Dwaabala

@ Altau
« appeler à d’autres renversements un peu plus ambitieux. »
Aujourd’hui, par exemple dans l’éditorial de Patrick Apel-Muller de l’Humanité :
« Du Monde qui milite dans son numéro d’aujourd’hui pour virer Tsipras à Nicolas Sarkozy qui veut bouter la Grèce hors d’Europe, les clameurs haineuses ont envahi l’univers médiatique. Où seule au quotidien détonne l’Humanité. Donnez de la force aux voix qui disent «  non  ». Notre journal les fait retentir aujourd’hui. »

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