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Pour que le Printemps revienne, Modernistes tunisiens rangez vos égos et rassemblez-vous !

A entendre les dirigeants du Parti Islamiste Tunisien au pouvoir Ennahdha, y compris leur Guide Suprême, le Cheikh Rached Ghannouchi, parler de la Volonté du Peuple dont ils se croient investis, on donnerait raison à Jonathan Swift quand il a écrit, voilà bientôt trois siècles, dans son Manuel « L’art du mensonge politique » :

« Il n’y a point d’homme qui débite et répande un mensonge avec autant de grâce que celui qui le croit »

Montrons, tout d’abord, que, lors des élections pour l’Assemblée Nationale Constituante (ANC), qui ont eu lieu le 23 octobre 2011, Ennahdha a réalisé le maximum des maxima en faisant le plein des voix de tous ses sympathisants potentiels. Pour ce faire, il suffit d’examiner son électorat. D’après les analystes les plus avertis, cet électorat, qui n’est pas nécessairement Islamiste, peut être classifié, grosso modo, selon cinq types de vote : un vote réellement Islamiste, probablement minoritaire, un vote de sympathisant, un vote de compassion pour les nahdhaouis (partisans du Parti Islamiste Ennahdha) qui ont, réellement, souffert sous Zinochet ou sous Bourguiba, un vote sécuritaire ou de restauration de, soi-disant, valeurs et, enfin, un vote de remerciements pour l’agneau offert, lors de l’Aïd-el Kabîr, pour la prise en charge des frais de mariage, circoncision, rentrée scolaire, factures impayées,… Ce vote de remerciements aurait été financé, entre autres, par certains pays du Golf, dont le plus généreux serait le Qatar, et ce, principalement, à travers d’Associations humanitaires ou de bienfaisance. En outre, malgré la répression subie et la clandestinité de leurs activités sous l’ancien régime, les Islamistes sont restés, contrairement aux Modernistes, unis, structurés et présents dans les quartiers déshérités et dans la Tunisie profonde et proches de leurs habitants ; ce qui a permis à leur campagne électorale de couvrir, dès le départ, beaucoup de citoyens, campagne qu’ils ont orientée, en particulier, vers les valeurs identitaires, jusqu’à présenter les candidats Modernistes comme étant des athées, des occidentalisés, des débauchés, des buveurs de bière et de vin,…, et, aussi, des résidus du Régime de Zinochet, des sionistes,… et j’en passe et des meilleures. Même leur Guide Suprême s’y est mis, en taxant les modernistes d’ « anarchistes staliniens » (sic), comme on peut le lire sur le Nouvel Observateur du 10 avril 2012.

Quant aux Modernistes, ils ont réalisé, lors de ces élections, le minimum des minima, à cause, principalement, du gaspillage de centaines de milliers de voix démocrates dû aux centaines de Listes Modernistes, présentées par des dizaines de Partis ou d’Organisations indépendantes, contenant des milliers de Candidats pour les 217 sièges de l’ANC mis en compétition.

En dépit de ces atouts et stratagèmes, l’assise populaire d’Ennahdha est loin d’être majoritaire. En effet, sur le total du nombre de sièges à l’ANC, Ennahdha en possède, environ, 41% ; ce qui implique que les affirmations du type « Nous sommes majoritaires » ou bien « Le peuple nous a choisi, on est investi par la volonté populaire », réitérées, en tout temps, en toute occurrence et en toutes circonstances, par ses dirigeants, sont des affirmations fausses, tendancieuses et mensongères, relevant de l’intox. Si l’on considère, maintenant, les électeurs inscrits volontairement : 36%, environ, d’entre eux ont voté Ennahdha ; ce qui entraîne que les deux dites affirmations sont encore, un peu plus, fausses. Et, pour terminer, considérons les électeurs potentiels : le pourcentage de ces électeurs qui ont voté Ennahdha n’est égal ni à 30%, ni à 25%, il est égal à , environ, 20% ; ce qui montre que les affirmations en question sont, en vérité, archi-fausses.

Ennahdha aurait-elle décidé de reproduire le Régime d’Etat-Parti ? D’asseoir son pouvoir par l’infiltration des Institutions et des rouages de l’Etat, en y plaçant ses hommes, par les mensonges et les intimidations, à travers ses « Milices et Barb(o)u(ze)s », dérives et dérèglements de plus en plus perceptibles et de plus en plus fréquents dans le pilotage actuel des affaires du pays ? Ne sont-ce pas là les symptômes des systèmes totalitaires ?

La faiblesse de son assise populaire devrait conduire Ennahdha à gouverner autrement, à se rendre compte qu’elle est, en réalité, politiquement minoritaire et qu’elle ne représente nullement la Volonté du Peuple, étant donné que le Peuple n’a pas voté, majoritairement, pour elle, car la majorité c’est (50+x)%, avec « x » un nombre, mathématiquement, strictement positif : elle est, simplement, le premier vainqueur des dites élections. Cette faiblesse devrait la conduire, aussi, à être moins arrogante, moins agressive et un peu plus modeste, aussi bien dans le cadre de l’élaboration de la nouvelle Constitution que dans celui de la conduite provisoire des affaires courantes de la Nation. Cette faiblesse, jointe à la veille avérée de la Société Civile, Société plus vigilante que jamais, et à la carence, aussi avérée, de compétences nahdhaouis pour la gestion des Intérêts de l’Etat, devrait, également, conduire Ennahdha à , enfin, comprendre que le consensus dans le champ politique est l’unique démarche permettant au pays d’atteindre les objectifs de sa Révolution, et que toute autre tentative de sa part d’imposer son idéologie, plutôt ses dogmes, est vouée, à priori, à l’échec. Tout en précisant que ce consensus ne doit pas se limiter aux forces politiques présentes dans l’enceinte de l’ANC, mais englober toutes les composantes de la Société Civile, Société d’où est partie la Révolution, Société qui demeure, quoi qu’il arrive, l’Initiateur de tout Progrès, du moins le Garde-fou suprême de toutes les dérives, Société qui, dès la première réunion des Constituants, a occupé la rue pour leur rappeler la Feuille de Route des objectifs de notre Révolution, Société qui a prouvé, plus d’une fois, sa capacité de mobilisation, quand les fondamentaux sont menacés, et sa force d’influence sur les grands choix de société et les décisions politiques, Société dont la pression s’exerce, de façon permanente, aussi bien sur le pouvoir que sur son opposition.

C’est pourquoi, il est grand temps pour le salut du pays, et avant qu’il ne soit trop tard, qu’Ennahdha fasse sa Révolution Culturelle. Y parviendra-t-elle, avec l’inexpérience et l’amateurisme qui caractérisent, de plus en plus, sa gouvernance, avec le fanatisme de ses extrêmes et les relations ambiguës qu’elle entretient avec les Salafistes ?

Pour conclure, la faiblesse de l’assise populaire d’Ennahdha, son refus obstiné d’opter pour un gouvernement d’union nationale fondé sur les compétences, gouvernement de nature à rassurer le citoyen et le partenaire étranger, les dérives et dérèglements de son Pouvoir, observés ci-dessus, inquiétants prémices des Coups d’Etat et des Guerres Civiles, la « Complot-phobie » entretenue par ses Ministres les plus incompétents pour justifier leur échec, tout cela, joint à la formidable et perpétuelle mobilisation de la Société Civile, devrait conduire les Forces Modernistes à comprendre que l’heure du rassemblement des Démocrates de tous bords, sans distinction, a sonné, à renouer avec les valeurs et les objectifs de la Révolution, et à croire que le Printemps peut être de retour.

Salah HORCHANI

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