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Pour une lecture profane des conflits

Georges Corm, économiste et historien, est l’auteur de nombreux ouvrages consacrés aux problèmes du développement et du monde arabe. Il répond à nos questions alors que paraît son dernier ouvrage : « Pour une lecture profane des conflits - Sur le « retour du religieux » dans les conflits contemporains du Moyen-Orient » (Editions la Découverte - 2012).

Vous appelez à une lecture profane des conflits. Qu’entendez-vous par là  ?

Il s’agit de revenir à une politologie classique et multifactorielle qui ne tient pas compte de la mode idéologique à travers laquelle on justifie un conflit. Cette dernière a changé au cours des deux, trois derniers siècles. Au XIXe siècle, les conflits étaient analysés en termes de luttes nationales, par exemple en Europe, qui déboucheront sur les deux grands conflits mondiaux. Par la suite, on a eu tendance à tout analyser en termes de lutte des classes et en termes de lutte contre le capitalisme-impérialisme. Enfin, dernière étape dans laquelle nous sommes aujourd’hui, on invoque l’anthropologie politico-religieuse, soit les valeurs judéo-chrétiennes quand il s’agit de l’Occident, et à l’opposé les valeurs arabo-musulmanes. On a donc des vapeurs religieuses, émotionnelles, qui empêchent de faire une analyse objective de la complexité du réel. J’appelle lecture ou approche profane d’un conflit le fait de regarder toutes les données d’un conflit, qui sont à facettes multiples, et non pas de s’arrêter sur une grille de lecture du type : « Il y a des bons et il y a des méchants ».

La religion -l’islam en particulier- tient une grande place dans votre livre. S’agit-il ici d’un ennemi « utile » depuis l’effondrement du bloc soviétique dans l’imaginaire collectif ?

J’essaie justement de montrer que si on fait appel au religieux, celui-ci n’est pas la source du conflit. Nous avons toute cette idéologie débilitante de conflit des civilisations, de non-dialogue des civilisations, qui brouille tout regard sur les ambitions de puissance et les hégémonies d’Etats très puissants, qui sont normales. Il y a également le fait qu’aujourd’hui, aussi, des Etats à prétention religieuse prétendent défendre une religion ou des valeurs religieuses à l’échelle internationale, tels Israël, le Pakistan, ou encore l’Arabie Saoudite qui se prétend défenseur des musulmans dans le monde entier. Ceci est une aberration : si l’on accepte que des Etats se servent de religions pour affirmer, en réalité, des hégémonies qui leur sont propres, c’est toute la vie internationale qui devient absolument insupportable, et c’est ainsi que l’on attise des conflits. Alors, effectivement, on a assisté à un glissement. Autrefois dans cette lutte supposée entre le Bien et le Mal, l’URSS était l’Empire du mal ; aujourd’hui, l’Empire du mal, ce sont les radicalismes islamiques qui s’expriment par des actes de violence sur le terrain. Le plus souvent d’ailleurs, ces actes de violence frappent d’autres musulmans, plus qu’ils ne frappent des armées occidentales occupantes.

Vous faites grand cas de l’héritage révolutionnaire français au Proche-Orient. A partir de quand peut-on dater cet « héritage » révolutionnaire et lesquelles de ses conséquences se font encore sentir aujourd’hui ?

Aussi bien dans la Turquie ottomane que dans le monde arabe, qui s’appelait à l’époque les Provinces arabes de l’Empire ottoman, la révolution française a eu un impact extrêmement rapide. En Egypte, Méhémet Ali, qui était le dirigeant au début du XIXe siècle, envoya en mission, à Paris, de 1826 à 1831, des étudiants égyptiens et leur imâm dont résultera un livre, devenu un classique de la Renaissance moderne arabe, « L’or de Paris » (qui a eu une traduction française), et dans lequel tous les concepts républicains qu’a apporté la révolution française sont exposés de façon très positive.

Ainsi, le concept de citoyenneté rentre déjà , dès les années 1830, dans le monde arabe. Ensuite, on oublie combien, dans les luttes anticoloniales il a été fait appel à l’esprit citoyen et républicain, à un nationalisme laïc. Tout cela est finalement arrivé à maturité au moment du mouvement des non-alignés, qui a un langage totalement laïc. Il y a notamment Nasser en Egypte, qui sera ce dirigeant adulé dans tout le monde arabe. A ce moment-là , les forces coloniales et impériales, anglaises comme françaises, vont avoir pour souci principal de liquider ce type de discours et vont chercher à favoriser, déjà à l’époque, la montée d’un discours islamique.

On observe cette conjonction très bizarre qui se manifeste à nouveau aujourd’hui consistant à dévoyer les révolutions arabes de leurs aspirations libertaires, où des Etats occidentaux sont alliés avec les pétromonarchies, lesquelles diffusent une idéologie très autoritaire en se basant sur une interprétation très spécieuse de l’islam, alors que, jusqu’au début des années 50-60, l’islam présentait un visage de libéralisme tout à fait exceptionnel. C’est le développement d’une Arabie Saoudite wahhabite et d’un Pakistan tendant vers un islam de même tendance, qui fait qu’on se retrouve aujourd’hui avec une force contre-révolutionnaire, qui a permis aux mouvances islamiques diverses de gagner des élections libres, en Egypte ou en Tunisie par exemple.

Georges Corm

Source : Affaires stratégiques http://www.affaires-strategiques.info/spip.php?article7327

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LA TYRANNIE DU BIEN VIEILLIR
Martz Didier, Michel Billé
La tyrannie du Bien Vieillir, voilà bien un paradoxe ! Il faut être un peu iconoclaste pour aller s’en prendre à une si belle idée, qui fait si largement consensus : « bien vieillir ». Bien vieillir, qui pourrait être contre ? Qui ne le souhaiterait pas pour soi-même et pour autrui ? Qui oserait affirmer préférer vieillir mal ? C’est que le désir de bien vieillir de chacun sans trop d’inconvénients est devenu un slogan qui anime les cercles politiques, court dans les maisons de retraite, envahit les (...)
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John Swinton, célèbre journaliste, le 25 septembre 1880, lors d’un banquet à New York quand on lui propose de porter un toast à la liberté de la presse

(Cité dans : Labor’s Untold Story, de Richard O. Boyer and Herbert M. Morais, NY, 1955/1979.)

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