Que fera le Front de Gauche de la dynamique Mélenchon ?

Jean-Luc Mélenchon connaît une réelle dynamique dans sa campagne électorale. Mais que fera le Front de Gauche de celle-ci ? Ira-t-il au gouvernement ? Quelles revendications souhaite-t-il avancer ? Le débat est bien entendu relancé à la suite du succès de la manifestation du 18 mars à la Bastille.

Médias et instituts de sondage ne cessent de le souligner, la campagne du candidat du Front de Gauche, Jean-Luc Mélenchon, connaît un certain engouement. Le co-président du Parti de Gauche atteindrait désormais les 14 % dans les intentions de vote selon les dernières enquêtes d’opinion. Cet enthousiasme semble se vérifier par une affluence croissante dans ses meetings. Dimanche 18 mars, il rassemblait plusieurs dizaines de milliers de personnes entre Nation et Bastille (entre 100 et 120 000 personnes selon la direction de la Front de Gauche). La dynamique de Jean-Luc Mélenchon est le fruit d’un mécontentement social envers les politiques d’austérité, mais également du reflux social qu’a connu le pays à la suite de la défaite revendicative sur le mouvement des retraites, en raison de la politique des directions syndicales confédérales qui ont tout fait pour bloquer la progression vers la grève générale qui aurait permis de faire reculer Sarkozy. Cette dynamique électorale existante, qui exprime donc le déplacement sur le terrain électoral de la permanence de la crise sociale latente que vit l’Hexagone, est-elle cependant synonyme d’une réelle défense des intérêts de notre classe ? Que propose Mélenchon pour « changer les choses » ? Analysons les perspectives stratégiques de son orientation électorale.

Si cette dynamique est réelle, il est néanmoins nécessaire de l’apprécier à sa juste valeur. Les candidatures issues du PCF, de la mouvance trotskiste et du mouvement social représentaient 11,23% en 1988 ; 13,94 % en 1995 ; 13,81 % en 2002 et 9 % en 2007. La faiblesse du score de 2007 s’explique par l’impact de la pression pour le vote utile dans un électorat de gauche toujours traumatisé par le syndrome du 21 avril et l’enlisement de la campagne de Ségolène Royal dont la présence au second tour n’était pas assurée. Les sondages accordaient 11 à 12 % au total Besancenot + Arthaud + Mélenchon, jusqu’au retrait de la candidature du premier d’entre eux en mai 2011. L’essentiel de la « dynamique » Mélenchon repose donc sur l’absorption par le candidat du Front de Gauche de l’espace politique de l’extrême-gauche accompagné, semble-t-il d’une mobilisation de l’électorat traditionnel du PCF et des jeunes. Jean-Luc Mélenchon succède ainsi à Arlette Laguiller en 2002 et à Olivier Besancenot en 2007 dans le rôle du candidat le plus « populaire » à la gauche du PS. Le soutien de l’appareil du PCF lui permet d’atteindre des scores que la candidate historique de LO et le facteur de l’ex-LCR n’ont pas pu obtenir. Par ailleurs c’est évidemment regrettable que l’espace électoral à gauche du PS, qui auparavant a été occupé par des représentants de l’extrême gauche et extérieurs au jeu politique institutionnel tels qu’Arlette Laguiller ou Olivier Besancenot, le soit aujourd’hui par un ancien ministre PS ! Néanmoins, le vote pour Mélenchon est-il davantage l’adhésion à un discours politique que le vote pour l’extrême-gauche aux élections précédentes ? Seuls les événements politiques des prochains mois nous permettront de le déterminer. Il sera notamment question de la capacité des dirigeants du Front de Gauche de dépasser le cadre strictement électoral, en surmontant leurs contradictions internes pour aller vers une structure politique plus pérenne.

Intéressons-nous maintenant aux perspectives politiques de Jean-Luc Mélenchon. Quel débouché politique envisage-t-il de donner à cette embellie électorale ? Clémentine Autain, membre du Comité de campagne de Jean-Luc Mélenchon, nous donne un premier élément de réponse : « Ce n’est pas pareil d’être une force rassemblée : un bon score émietté entre 3 ou 4 partis ne pèse rien. Seul et rassemblé, on devient une force politique et un interlocuteur reconnu. » Un interlocuteur reconnu ? Auprès de qui ? S’il ne s’agit que d’être reconnu auprès de la base, une implication militante et une participation aux espaces médiatiques ouverts en temps de campagne électorale devrait suffire. Cette reconnaissance est-elle la même que celle que recherche Bernard Thibault pour s’asseoir à la table des négociations ? Le Front de Gauche aurait-il besoin d’être reconnu auprès d’un parti puissant pour ouvrir des négociations gouvernementales ?

Ambiguïtés gouvernementales

Ne tournons pas davantage autour de la question. Le parti puissant auprès duquel le Front de Gauche veut être « un interlocuteur reconnu », c’est le Parti Socialiste. Pourtant, Jean-Luc Mélenchon a précisé à maintes reprises dernièrement, de façon beaucoup plus explicite que par le passé, qu’il ne participerait pas à un autre gouvernement que celui qu’il dirigerait. Nos soupçons de ministérialisme seraient donc infondés ? D’autres déclarations sont plus ambigües. Ainsi, sur France 5, le 11 mars, invité de l’émission C Politique, interrogé sur une éventuelle participation à un gouvernement Hollande, le candidat du Front de Gauche répond : « Déjà , moi, je n’irai pas ». Cela signifierait-il que quelqu’un d’autre irait à sa place ? Un second qui cautionnerait la politique gouvernementale en laissant le panache de la pureté au leader ? Des représentants du PCF ?

Les propos de Pierre Laurent, secrétaire national du PCF, au JDD montre que cette hypothèse est en cours de discussion : « C’est la qualité des projets qui déterminera cela. S’il y a une vraie rupture avec les politiques d’austérité, on examinera la question. ». Si François Hollande répète les propos qu’il a tenus au Bourget selon lequel l’adversaire est « le monde de la finance », le PCF irait-t-il au gouvernement en espérant très fort qu’il ne déclare pas exactement l’inverse quelques semaines plus tard à la City ?

Des ministres Front de Gauche dans le prochain gouvernement Hollande ?

Ces ambiguïtés ne sont pas propres au Parti Communiste. Eric Coquerel, membre du Bureau National du Parti de Gauche, la plus haute instance dirigeante du parti de Jean-Luc Mélenchon, a ainsi déclaré à propos de François Hollande : « Il ne peut pas s’adresser à la fois au MoDem et à toute la gauche. Ce sera Bayrou ou nous ». S’adresser à Bayrou ou « à nous » ? Pour quoi faire ? S’il s’agit uniquement de discussions, chacun peut converser avec qui bon lui semble. Ce type de déclarations, « Bayrou ou nous », avaient également été tenues par Jean-Luc Mélenchon à la veille des élections régionales. Le résultat avait été la fusion entre les deux tours des listes du Front de Gauche et du Parti Socialiste dans 10 régions. Si on ajoute, à celles-ci, les 6 régions dans lesquelles le PCF s’était présenté dès le 1er tour sur les listes du Parti Socialiste, le Front de Gauche participe aujourd’hui à 16 des 22 exécutifs régionaux de France métropolitaine. On a déjà vu mieux en termes « d’indépendance » par rapport aux « sociaux libéraux ». Aussi, si le Front de Gauche fait, avant les présidentielles, les mêmes déclarations qu’avant les élections régionales, qu’est-ce qui l’empêcherait de participer à l’exécutif national s’il participe déjà à des exécutifs régionaux ? Si le Front de Gauche n’a pas de complexes pour subventionner, depuis les Conseils Régionaux, des entreprises qui licencient, participer à la précarisation de la fonction publique territoriale, voter des budgets à la baisse pour l’éducation secondaire, etc., pourquoi aurait-il des complexes à cautionner les plans d’austérité d’un prochain gouvernement socialiste ?

Il est donc tout à fait envisageable que des seconds couteaux du Front de Gauche entrent dans un gouvernement Hollande par rapport auquel Jean-Luc Mélenchon resterait extérieur. L’ancien ministre de Lionel Jospin ayant déclaré qu’il ne participerait qu’au gouvernement qu’il dirigerait, des journalistes d’i>Télé lui ont évoqué, le 7 mars dernier, cette hypothèse : que serait un gouvernement Mélenchon ? « Nous aurons des alliés : qui voulez-vous que ce soit ? Il n’y en a pas cinquante : les écologistes, les socialistes », a répondu le candidat du Front de Gauche. Qu’il semble lointain, le temps où le tribun du Parlement Européen voulait en priorité rassembler « l’autre gauche » (NPA compris). Aujourd’hui, l’occupation du terrain électoral de l’extrême-gauche semble lui suffire. Ainsi, les propositions du Front de Gauche pourraient être appliquées par des dirigeants du PS. Comment Jean-Luc Mélenchon pourrait-il augmenter le SMIC à 1 700 € brut avec un ministre des Finances tel que Pierre Moscovici, directeur de campagne de François Hollande et ancien bras droit de Dominique Strauss-Kahn ? Comment Jean-Luc Mélenchon pourrait-il régulariser les travailleurs sans-papiers avec un Ministre de l’Intérieur tel que Manuel Valls, directeur de la communication de François Hollande ?

Trois scénarios pour une trahison

En cas de victoire de François Hollande, trois scénarios se posent à la direction du Front de Gauche. Le premier est celui de la Gauche Plurielle de 1997 à 2002, celui d’une intégration au gouvernement dès l’investiture de François Hollande. Ce scénario semble exclu pour l’heure. Le traumatisme du 21 avril 2002 et la relégation pour la première fois du candidat du PCF, Robert Hue à l’époque, en dessous de la barre des 5 %, derrière Arlette Laguiller et Olivier Besancenot rend cette idée inapplicable aux yeux des militants du Front de Gauche. Durant cinq ans, les ministres du PCF et Jean-Luc Mélenchon, alors ministre délégué à l’Enseignement professionnel, ont cautionné l’ensemble des privatisations menées par le gouvernement Jospin (France Télécom, Air France, les Autoroutes du Sud etc.), l’intervention militaire au Kosovo et en Afghanistan, les plans de licenciements à Danone, Marks&Spencer, Michelin…pour lesquels l’Etat « ne pouvait pas tout » comme le disait, à l’époque, Jospin. Les cheminots se retrouvaient confrontés à la politique de Jean-Claude Gayssot, ministre PCF des transports, qui séparait le réseau ferré (RFF) et le transport ferroviaire (SNCF), prélude à toute tentative de privatisation de ce secteur. Aujourd’hui, aucun groupe de travail PS/PCF ne se réunit pour préparer l’éventualité d’un accord gouvernemental.

Le second scénario est celui de la victoire de l’Union de la Gauche en 1981. A l’époque, le PCF avait attendu l’élection de ses députés pour rejoindre le gouvernement de Pierre Mauroy. C’est le scénario qui semble privilégié par la direction du PCF. Les cadres intermédiaires ou certains élus locaux plaident pour cette option. Pierre Laurent a d’ailleurs déclaré à Mediapart que « les majorités politiques se constituent au moment des législatives. C’est à ce moment-là qu’on tranchera, et pas avant. Comme en 1981 ». Le hic, c’est qu’après deux ans de « redistribution des richesses », le gouvernement Mauroy sera le premier à appliquer l’austérité néo-libérale en France.

Nous en arrivons alors au troisième scénario, celui que le PCF avait appliqué en 1983 ou encore durant le Front Populaire en 1936, celui du soutien sans participation au gouvernement. Dans ce scénario, le Front de Gauche apporterait son soutien parlementaire au gouvernement Hollande, s’abstenant, si besoin est, dans l’Hémicycle (ce qui revient à voter pour) mais sans participer pour autant au gouvernement. Ce choix pourrait être pris si François Hollande s’obstine à ancrer sa campagne au centre et à ne rien vouloir négocier de son programme. De son côté, le Front de Gauche est prêt à conclure un accord de désistement en vue de constituer une majorité parlementaire. Les trois scénarios apportent chacun des nuances dans la politique à suivre mais ils se situent tous les trois dans le cadre d’une stratégie de pression sur le Parti Socialiste et son futur gouvernement et aucun ne s’engage sur la nécessaire opposition frontale que nous devrons mener aux politiques d’austérité du prochain gouvernement, qu’il s’assume de droite ou qu’il se prétende de gauche. C’est ce dont témoigne cette interview de Clémentine Autain, porte-parole du candidat du Front de Gauche où elle affirme : « Plus notre score sera élevé, plus nous pèserons en faveur de la victoire de la gauche et en faveur d’une politique de transformation sociale et écologique. François Hollande ne pourra pas continuer à nous mépriser et à regarder au centre si nous apparaissons dans les urnes comme une force de premier plan. Voter pour le Front de gauche, c’est la garantie que la gauche réussisse si elle accède aux responsabilités. […] La dynamique autour de la candidature de Jean-Luc Mélenchon produit déjà ses effets. Quand François Hollande s’en prend au monde de la finance au Bourget, ou quand il propose une taxe pour les hyper-riches, il vient sur nos terres. C’est heureux. Plus notre influence grandira, plus nous avons des chances de faire bouger le candidat socialiste. » [1]

Mélenchon et le Front de Gauche sont donc à l’opposée d’une alternative des travailleurs indépendante, ils se situent au contraire comme la patte gauche du gouvernement qui tentera de faire payer la crise aux travailleurs. En ce sens il n’est pas inutile de rappeler que dans ses débuts en politique, M. Mélenchon était un fervent défenseur de M. Mitterrand et qu’il continue à défendre jusqu’à nos jours l’héritage de ce gouvernement qui a tout simplement inauguré toutes les politiques libérales en France.

Le vieux visage du réformisme derrière un discours radical

Cette pratique ouvertement conciliatrice se conjugue avec une rhétorique très radicale. L’affiche de campagne est à ce titre très révélatrice. Le slogan « Prenez le pouvoir » semble des plus gauchistes. Les titres du blog de Mélenchon sont de la même teneur : le 11 mars, il titrait « L’insurrection, c’est maintenant » ; le 16, « Avant l’assaut ! ». Bigre ! Le candidat du Front de Gauche serait-il en train de préparer le renversement du capitalisme dans les jours à venir ? Un premier élan nous pousserait à dire : chiche, camarade, prenons le pouvoir, organisons-nous dans les entreprises et convainquons les travailleurs de la nécessaire insurrection pour renverser brutalement le capitalisme et exproprier le grand capital. Puis, le réveil sonne et nous nous rappelons que celui qui nous demande de « prendre le pouvoir » est seulement en train de nous appeler à voter pour lui à l’élection présidentielle à venir ; que « l’insurrection » à laquelle nous sommes invités n’est qu’un référendum pour la VIème République et que l’ « assaut » programmé n’est que l’organisation d’une majorité parlementaire avec le Parti Socialiste. Pourquoi dès lors utiliser un tel vocabulaire outrancier qui va nettement au-delà de revendications telles que l’interdiction de tous les licenciements collectifs ou l’augmentation de tous les revenus de 300 €, revendications pour lesquelles Jean-Luc Mélenchon refuse de se prononcer ? Le vocabulaire outrancier est la condition pour qu’un tel dinosaure de la politique institutionnelle puisse apparaître comme une alternative nouvelle et radicale et sert au bout du compte à canaliser la colère populaire, le mécontentement social vers un projet inoffensif pour les structures de l’économie de marché et dans le cadre du régime politique.

Inoffensif pour les classes dominantes, Jean-Luc Mélenchon tient à apparaître comme tel dans les journaux de la presse économique. Dans une interview donnée au journal Les Echos, datée du 16 mars, Mélenchon tenait à rassurer les capitalistes : « les investisseurs n’ont aucune raison d’avoir peur de mon programme ». Ainsi, la hausse du SMIC à 1700 euros net n’interviendrait qu’à la fin de son mandat. Pour Mélenchon, la question des augmentations de salaire d’ailleurs n’est pas conçue du point de vue de la lutte entre capital et travail pour renverser le rapport de force mais pour soi-disant relancer la consommation dans l’intérêt du patronat. Dans le même entretien, le candidat du Front de Gauche affirme que « son programme va relancer l’activité et redynamiser tout le tissu industriel » assurant que « les entreprises y trouvent leur compte ». Mélenchon ne remet pas en cause les lois dévastatrices de la concurrence capitaliste internationale.

Au-delà des effets rhétoriques radicaux, Jean-Luc Mélenchon se positionne comme un loyal serviteur de l’Etat. Ainsi, lors de son discours à la Bastille, le 18 mars, il n’a pas hésité une seconde à finir son discours par un vibrant « Vive la France ! ». La France, cette puissance impérialiste, le candidat du Front de Gauche en fait l’objet d’une passion patriote ravivant les plus bas instincts chauvins. Cette envolée lyrique de la place de la Bastille, où on voyait le drapeau rouge mêlé au drapeau tricolore, ne doit rien au hasard. Dans son manifeste, Qu’ils s’en aillent tous, Jean-Luc Mélenchon souhaite le rattachement de la Wallonie à la France [2] et se plaint que « la France a donné à l’Europe 5 milliards d’euros de plus qu’elle n’en a reçu » [3]. Il se félicite que son cher pays soit « la cinquième puissance du monde » [4] « la première population de l’Union dans quinze ans, premier territoire par l’étendue, deuxième PIB du Vieux Continent, puissance nucléaire » [5], une « patrie républicaine » [6]. Jean-Luc Mélenchon ne milite pas pour l’internationalisme des peuples et des travailleurs mais veut défendre le pays dans lequel il vit pour qu’il soit « le peuple le plus éduqué du monde » [7].

Ce chauvinisme forcené conduit le député européen du Front de Gauche a une posture ouvertement réactionnaire à l’égard des peuples colonisés ou ex-colonisés. Lorsqu’il parle « des pays de la façade maghrébine », comme de pays avec qui la France a « une histoire liée, des parentèles et l’usage commun d’une langue » [8] , il ne dit pas un mot des crimes commis par l’Empire français. Au meeting place de la Bastille, il n’a pas hésité à nommer comme « terres françaises », « la Polynésie, la Guyane, Wallis et Futuna, la Nouvelle-Calédonie », oubliant par-là le droit à l’autodétermination des peuples. Le peuple de Nouvelle-Calédonie se prononcera entre 2014 et 2019 sur son indépendance ou son maintien au sein de la République française. Ne préjugeons pas de son résultat mais surtout ne nous faisons pas complices des siècles de massacres, d’humiliations et d’occupation commis par la France dans ce territoire. Faut-il voir le même manque d’internationalisme, lorsqu’il votait, au Parlement Européen, une résolution à propos de la Libye approuvant la zone d’exclusion aérienne et ouvrant ainsi la voie à la guerre que l’on sait ?

Aux trois scénarios de la collaboration plus ou moins proches avec le Parti Socialiste et à la stratégie de pression sur celui-ci, nous en opposons une autre, celle de l’opposition de classe franche et massive à tous les reculs que ne manqueront pas de tenter d’imposer le prochain gouvernement, quel qu’il soit. En privilégiant la voie institutionnelle, Jean-Luc Mélenchon demeure prisonnier de son jeu d’alliances avec le PS pour accéder à des postes divers (conseillers régionaux, députés, sénateurs, ministres..). Un gouvernement dans le cadre de l’économie capitaliste est le protecteur de l’ordre social. Y participer, c’est, à terme, cautionner les politiques de répression sociale et s’interdire de renverser l’ordre établi. Mélenchon reste un homme politique du système, à aucun moment il ne le remet en cause dans sa nature même d’exploitation et de domination.

21/03/12

Romain Lamel

Source : Courant Communiste Révolutionnaire du NPA

[1Le Monde, 20 mars 2012.

[2Jean-Luc Mélenchon, op.cit., p.120.

[3ibid., pp. 76-77.

[4ibid., p.11 et p.53.

[5ibid., p.121.

[6ibid., p.13.

[7ibid., p.36.

[8ibid., p.129.


COMMENTAIRES  

26/03/2012 12:45 par Touzensemble

Ce texte se caractérise ains i :

- il comporte un certain nombre de faits avérés où la gauche (hors LCR/NPA) a failli dans le passé,

- il est truffé de semi-vérités (donc de semi-mensonge,)

- il avance un certain nombre de procès d’intention avec imputation à Mélenchon (des communistes pourraient devenir ministres),

- Il ferraille en recul contre une phénomène qui secoue toute la gauche (sauf LO),

- Il sous-entend que les dirigeants du NPA qui l’ont quitté en deux vagues, et une minorité importante des adhérents du NPA qui voteront Mélenchon se sont social-démocratisés.

- il cherche et trouve dans la carrière politique de J-L. Mélenchon des motifs à le critiquer,motifs introuvables dans le parti de l’auteur qui, étant vierge, n’a jamais pris une décision contestable,

- il porte un plaidoyer qui est une erreur historique dont le NPA, déjà mal en point, aura du mal à se remettre pour peser dans l’échiquier politique (et à quoi sert un parti qui se met en situation de museler son discours politique, lequel mérite d’être entendu ?).

26/03/2012 13:14 par Michail

@26/03/2012 à 12:45, par Touzensemble

Ceci d’autant plus qu’il serait cruel mais tentant de leur retourner la question :"Que fera le NPA de la dynamique(*) Poutou ?"

(*) Dynamique flirtant tragiquement un poil à peine au dessus du zéro absolu & s’en rapprochant pathétiquement...

26/03/2012 20:48 par Louise

Poutou ?

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27/03/2012 10:24 par babelouest

Romain Lamel ne veut pas voir une chose.

Le choix Mélenchon n’est pas parfait, j’en conviens. Aucun homme politique ne l’est. En revanche, c’est actuellement la moins mauvaise solution, donc il faut la saisir, mais la saisir complètement. C’est-à -dire qu’il faut porter Mélenchon à la présidence, et dans la foulée lui apporter une majorité à l’assemblée. A partir de là , il pourra mettre en place une assemblée constituante susceptible de donner des institutions acceptables à la place de cet édifice qui avait été conçu pour De Gaulle, et est mort avec lui.

Oui, c’est d’un acceptable relatif. En politique, tout est affaire de compromis, justement pour ne pas tomber dans la compromission. Si ce scénario se met en place, patiemment il sera possible alors d’oeuvrer pour aller plus loin. Chaque chose en son temps. Et pourtant, les contributeurs habituels savent combien il reste à parcourir selon mes idées.

Quant au NPA maintenu, il est effectivement en pleine maintenance, mais je ne suis pas certain qu’on trouve encore les pièces de rechange.

27/03/2012 13:36 par BOB

lorsqu’il n’y aura plus "d’extreme gauche" il n’y aura plus d’avenir pour la gauche....Si le NPA n’avait pas été créé le Front de GAUCHE N’AURAIT JAMAIS VU LE JOUR !

Et comme le NPA est voué a disparaitre, le Front de Gauche pourra retourner tranquillement dans le giron du PS. Les français n’ont que ce qu’ils meritent , rien de plus, rien de moins....

27/03/2012 15:48 par babelouest

Bob, et les anars, qu’en faites-vous , Ce sont tout de même ceux qui poussent le raisonnement le plus loin, et les utopies sont essentielles pour donner une direction.

En revanche, il y a des utopies de tous ordres, et celle de l’école de Chicago a très vite démontré sa nuisance.

27/03/2012 19:38 par emcee

Il me semble qu’au lieu d’ironiser sur la signature et de réfuter le tout en bloc, on pourrait réfléchir sur ce qu’explique ce membre du NPA. Contrairement à ce qui a été dit, il n’y a pas de contrevérités. Tout me semble exact, sauf si on oppose des arguments solides pour contredire ces affirmations.
On a ici une analyse plutôt réaliste et tout à fait intéressante de ce qui pourra se produire à l’issue des élections.
Si le NPA a toujours clairement refusé de participer à un gouvernement avec le PS, ce n’est pas le cas du FdG, dont fait partie le PC qui a subi bien des revers à cause de cela, au point de vendre son âme et de perdre nombre de ses militants et de ses électeurs. Il est donc compréhensible qu’il y ait divergence de point de vue. Et logique qu’on se demande ce qui se passera à l’issue des élections.
Rien n’empêche un spécialiste politique du Front de Gauche de se livrer à la même analyse en ce qui concerne le NPA. Et ce serait tout aussi intéressant sans doute.
Répondre par des "yzonka y aller, eux, ou "yzontjamais rien fait, alors, évidemment …", c’est puéril et stérile.
Communier dans les meetings, c’est bien, on se sent entre soi, on se dit qu’enfin, on est compris, que tout va changer. C’est ce qui s’est passé en 2005 (en 1981, aussi, mais c’est plus loin).
Pour quel résultat ? Pour que toute cette ferveur retombe comme un soufflé et que chaque formation, forte de cet élan populaire, retourne dans sa caserne compter ses troupes. Et, malgré tout cet élan, les troupes n’ont pas répondu présent. Parce que ce n’est pas ce que voulaient les troupes : elles voulaient une union qui ne s’est pas faite pour les raisons que je viens de citer. Et les troupes ne s’étaient pas préparées à cette déconvenue, et, donc, elles ont boudé. Une déconvenue, je le rappelle, qui a vu l’élection de l’équipe de prédateurs la plus à droite depuis plus d’une soixantaine d’années.
Alors, il faudrait peut-être arrêter de s’en remettre à un homme providentiel, d’en rester à cette illusion que tout va changer par un coup de baguette magique, que le FdG va gagner et passer devant Hollande et que c’est Hollande qui devra se plier à ses exigences.
Si les sondages sont proches de la vérité (ce qui est tout à fait vraisemblable), ce cas de figure est, pourtant, totalement irréaliste.
Alors, il s’agit de se demander si oui ou non nous voulons que le FdG participe à un gouvernement socialiste, sachant que c’est celui-ci qui imposera sa politique et pas l’inverse. Même avec un PC à 20%, il n’a pas fait de concessions. Rappelons-nous.
Toute cette dévotion me semble malsaine et nous prépare à nouveau à une grave déconvenue.
Et si les vrais militants, eux, resteront et continueront les luttes contre vents et marées, la troupe de militants de la dernière heure, néophytes fervents et naïfs, quittera promptement le navire.
Parce que ce ne sont pas les leaders qui changeront le cours des choses, c’est à nous de le faire. Et nous ne pourrons le faire que si nous savons ce que nous voulons et que nous sommes prêts à nous investir autrement qu’en brandissant des banderoles.

28/03/2012 03:45 par moi

Il vaut mieux voter pour Mélenchon que pour Asselineau, j’en suis convaincue. Mais il y a peut être d’autres alternatives...

Je partage et le point de vue de Bob et celui d’Emcee. Le NPA tente de préciser une autre alternative, une alternative sans homme providentiel, sans gourou. Il me semble que ça mérite un peu d’intérêt. N’est-ce pas aussi à cela qu’aspirent tous ces indignés de par le monde, à qui les partis de gauche reprochent leur manque d’organisation, leur idéologie et/ou leurs analyses trop imprécises, ce qui semble justifier à leurs yeux que l’on dédaigne de les soutenir face à la répression souvent violente, en France notamment, dont ils sont victimes. Mais les idées neuves commencent toujours par être minoritaires et vagues. Ce n’est qu’en en débattant qu’on les précise et c’est aussi, souvent, à l’épreuve des combats que l’on doit mener pour les concrétiser.

28/03/2012 11:31 par roger

Cette analyse du NPA amorce beaucoup de points qui méritent réflexion et discussion, mais qu’elle est désespérante.
Dans la situation actuelle que faire : laisser Sarkozy continuer son travail de fascisation de la France ? Donner à Hollande la possibilité de concrétiser le Bipartisme à la mode US ? Espèrer que Mélenchon réussisse à porter dans les faits les propositions du Collectif Front de Gauche ? Attendre que Poutou soit par miracle élu ? S’engager dans un véritable processus Révolutionnaire, en espèrant que la conscience politique de nos concitoyens soit enfin réveillée ?
Dans les propositions du Front de Gauche, il y a de la stratégie, du réalisme, et du "rêve éveillé"...Alors en l’attente d’un hypothétique printemps européen, il me semble que la transition par Mélenchon est plus crédible que l’amertume bien compréhensible qui sous tend l’idéal de pureté de Romain Lamel.

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