les techniques publicitaires devenues "gouvernance",
le vrai problème est "l’opposition" (sic)

Sarkozy ou le fond et la forme

Quand on analyse désormais la politique française, qu’il s’agisse de celle du pouvoir ou de celle de l’opposition, il faut se faire une raison : l’essentiel est dans la forme, dans l’art de vendre et de se vendre. L’homme ou la femme politique doivent jouir d’une couverture médiatique et fabriquer "des coups" qui assurent "la visibilité". Donc il faut juger des réussites de "marketing" et plus de la politique démocratique (qui est idéalement l’art d’aboutir à des décisions par et pour le peuple). La "démocratie" médiatique est exactement le contraire : décision prise sans le peuple et contre ses intérêts, mais qu’on va lui vendre comme le produit dont il ne saurait se passer et qui de surcroît témoigne de l’excellence de l’exercice citoyen, de sa morale civique.

Alors partons de la forme. Notons d’abord l’emploi du mot "erreur ". Sarkozy l’a employé cinq fois en une heure quarante, durée de sa prestation télévisuelle. Mais pour lui, ce sont des « erreurs de communication » qui ont déconcerté les Français et les ont rendus mécontents de son bilan.

I. Erreur reconnue dans la forme : le paquet fiscal

Première erreur de communication sur le paquet fiscal. Certes, après la nuit au Fouquet’s, le séjour sur le yacht de Bolloré, cela relevait peut-être de la provocation que d’accorder d’un coup quelques milliards à ceux qui n’en avaient pas besoin. Le président a reconnu modestement : si cela n’a pas été compris c’est de ma faute, je me suis mal expliqué. Changement de style : on passe de l’hypertrophie de l’ego et de l’exhibitionnisme compulsif passant des nuits d’amour à Disneyland, à la contrition sur un décor d’or de la République.

La méthode est celle de la publicité, fut-elle mensongère. Il suffit de répéter une contre-vérité, de ne pas laisser d’espace à qui dit le contraire, pour que le mensonge devienne vérité. Et de ce point de vue, la conférence de presse menée avec des journalistes tous acquis aux thèses du président était parfaite, comme l’est le système de propagande en France qui veut que tous les médias soient détenus par les amis du président. Et ceux qui ne le sont pas totalement sont aux mains de la gauche caviar, celle qui jamais ne le contredira non plus sur le fond, lui reprochant simplement de céder sur les vertueux droits de l’homme.

Le chef de l’Etat a estimé que "le problème de la France c’est qu’on ne travaille pas assez" , en critiquant une nouvelle fois les 35 heures. Il a mis en avant le dispositif d’exonération sur les heures supplémentaires entré en vigueur au 1er octobre en affirmant que "ça marche" et qu’au dernier trimestre 2007, il y avait eu "28% d’heures supplémentaires en plus" . "Un demi-million d’entreprises donnent des heures supplémentaires à 5 millions de salariés, qui en ont profité. Cinq milliards 500 millions d’euros de pouvoir d’achat ont ainsi été distribués aux Français" , a-t-il ajouté.

Mensonge éhonté qui n’a pas été relevé. Il est regrettable qu’il y ait dans la vie politique française un tel mépris du travail obscur des députés parce qu’ils sont souvent les plus sérieux. Ainsi, une étude réalisée à la demande du président de la commission des finances de l’Assemblée Nationale, le député du PS Didier Migaud, a abouti à la conclusion que ce « paquet fiscal » ou loi sur le travail, l’emploi et le pouvoir d’achat (TEPA) coûte cher à l’Etat - 14 milliards d’euros en régime de croisière - alors que son efficacité est limitée. Au coeur de la loi, il y a la détaxation des heures supplémentaires. Le diagnostic de l’étude : "Ce sont au total, 4,1 milliards d’euros que l’Etat dépensera pour qu’une partie des salariés bénéficient de 3,78 milliards d’euros de pouvoir d’achat supplémentaire." l’Institut National de la Statistique et des Etudes Economiques (INSEE) dans sa note de conjoncture du printemps aboutit aux mêmes conclusions. Les gains de pouvoir d’achat sont limités. Ils s’élèveraient, selon l’étude parlementaire, à 719 millions d’euros au dernier trimestre 2007. Une estimation réalisée sur janvier conclut à un accroissement de pouvoir d’achat de 3,78 milliards d’euros par an pour une partie des salariés, et à un coût pour l’Etat de 4,1 milliards. Le volume des heures supplémentaires ne s’est pas accru. (1) Disons brievement que les heures supplémentaires ont concerné les gens qui en étaient déjà surchargés et a accru de fait les inégalités entre ceux qui pouvaient en être bénéficiaires et les autres. Ceux qui en ont réellement bénéficié c’est ceux qui, sans offrir un volume plus important d’heures, ont pu ne pas en payer la fiscalité : les patrons.

Pour ma part, je résumerai ainsi les conclusions des experts : ce sont des mesures qui coûtent très cher à la collectivité, dont le rapport est moins élevé que l’investissement et qui ne profitent au meilleur des cas qu’à une part des français en dégradant un peu plus la vie de tous.

Et tout dans le discours présidentiel est à l’avenant. Il s’agit de créer le décor d’une action en faveur de "ceux qui travaillent" , qui veulent s’en sortir et de stigmatiser ceux qui ne le veulent pas. On ne reviendra pas sur les mesures concédées à Martin Hirsh que l’on finance sur la prime sur l’emploi tout en diminuant la somme prévue. Toujours l’art de faire payer aux pauvres les rares mesures en leur faveur dont on amenuise de fait la portée. Le gadget des codes de bonne conduite des entreprises qui revendiquent une "morale" à l’égard de leurs fournisseurs des pays du Tiers Monde. Il suffit que le code existe car qui ira regarder ce qu’il en est en réalité ?

II. La communication cherche une éthique "vendeuse"

Nous avons donc une politique en crise parce qu’elle ne fait que renforcer l’injustice, parce qu’elle accroît la tendance sur plus de vingt ans à peser sur le travail pour donner au capital. Comment, alors même que l’on continue de faire payer aux pauvres les malheurs et les crises engendrées par le capital, comment taxer toujours plus les couches moyennes pour s’attirer la bonne volonté des trés riches ?

Le grand jeu de la communication, c’est l’art de vendre une politique aussi inefficace, aussi immorale, en inventant une façade morale. Pas celle de la production, dont a vu à propos des entreprises et de leur "code" déontologique qu’il fallait la faire oublier, mais celle de la consommation. L’électeur est un consommateur et il faut un bon publicitaire pour vendre le produit.

Un publicitaire, l’artisan indispensable du politique aujourd’hui, ne peut pas vendre n’importe quoi. Dans un entretien, Maurice Levy explique qu’un publicitaire « c’est quelqu’un qui s’assure que les marques qu’il défend apportent un vrai service au bon prix et tiennent le discours le plus juste à l’égard du consommateur que l’on sait confronté chaque jour à des problèmes de plus en plus criants. Or cet exercice est bien plus compliqué qu’il y a vingt ans. Car avec l’explosion des médias, notamment électroniques, et l’hypersegmentation des publics, il est devenu très difficile de délivrer le bon message à l’ensemble des « cibles » que nous visons, pour reprendre le jargon du métier » (2)

Dans le même entretien, il explique que la seule manière de rassembler des « cibles » hypersegmentatisées - selon le jargon du métier (certains sociologues qui confondent aussi analyse et communication parlent de « tribus ») - c’est de créer une éthique du produit et de l’entreprise.

D’où, lors de la dernière campagne présidentielle, l’utilisation de la morale la plus réactionnaire, celle qui dénonce les fainéants et vante le travail, ou alors ne cesse de faire référence aux droits de l’homme pour vendre un produit fabriqué dans les conditions les plus hasardeuses et entraînant les injustices les plus flagrantes.

Sarkozy et Ségolène ont tenté de se vendre sur les mêmes bases. Sarkozy a été le meilleur, le plus convaincant dans le style. Il est vrai qu’il est rare de manifester une telle incompétence au plan international et en matière de mesures concrètes de battre la crème de l’" ordre juste" , ou de la "démocratie participative" comme l’a fait la candidate socialiste. Elle a réussi en peu de temps à ne plus conserver que ceux à qui Sarkozy donnait des boutons. Et encore, les médias avaient, pour plus de sécurité, réussi à diviser en deux le courant d’antipathie pour Sarkozy entre elle et François Bayrou.

La grande erreur de Sarkozy a été sans doute de prendre la débâcle organisée de l’adversaire pour son propre triomphe. Et quand le produit Sarkozy est trés vite apparu mensonger, quand son propre camp s’est effondré comme un soufflé trop tôt sorti du four, il a continué, ils continuent tous, à chercher la recette de marketing qui les sauvera du désastre.

Il ne s’agit pas seulement de Sarkozy. C’est une méthode adoptée par toute la classe politico-médiatique, celle qui veut que désormais on gouverne l’oeil sur les sondages d’opinion en regardant si le "coup" a marché… Et pour en comprendre le fonctionnement, il faut suivre un peu plus avant la conférence de presse : Nicolas Sarkozy a aussi reconnu "des couacs" dans les déclarations contradictoires des membres du gouvernement, attribués à la jeunesse de certains ministres. Est-ce un hasard si c’est sur la question des droits de l’homme que ce sont multipliés les "couacs" ? Est-ce la faute des ministres ou est-ce dû à l’incohérence des slogans par rapport à la réalité ? Parce que les droits de l’homme c’est du flan ! Quand les droits de l’homme sont devenus un simple emballage pour vendre une politique, on aboutit également aux enfants de l’arche de Zoé ou à l’opération Tibet de Delanoé. Difficile à concilier avec les exigences économiques élémentaires ou le sérieux minimal en matière de politique étrangère.

Pour preuve, observez ce qui s’est passé et que pas un journaliste sur le plateau n’a relevé : pourquoi diable Nicolas Sarkozy s’est-il obstiné à répéter qu’il ne suffisait pas d’un contrat de travail pour devenir français ? A ma connaissance, personne ne lui a demandé la nationalité française mais simplement des papiers en règle pour les travailleurs étrangers qui ont un emploi.

Mais c’est ça la logique droit de l’hommiste comme papier d’emballage, assorti de l’appel à la méritocratie la plus réactionnaire. Est-ce que vous mesurez comment l’idée de mérite se substitue tout naturellement à l’idée de droit ? Tout fonctionne comme ça : un pays, pour ne pas être envahi, doit faire la preuve que son dirigeant respecte les droits de l’homme à l’occidentale… Voilà ce que j’appelle des glissement sémantiques entre le droit et la publicité.

S’il a battu sa coulpe, M. Sarkozy n’en a pas moins maintenu l’intégralité de sa politique sur le fond.

Le chef de l’Etat a écarté le conseil des dirigeants de la majorité qui le pressent de hiérarchiser les "55 réformes" lancées depuis un an, au lieu de les conduire toutes en même temps. "Nous sommes dans une société complexe où chaque réforme tient l’autre" , a-t-il expliqué, multipliant les exemples concrets. Le ralentissement économique mondial constitue une "raison de plus pour accélérer" , selon lui... Bref c’est la vision d’un Attali. Mais en matière de marketing, elle me paraît catastrophique.

En effet, si l’on suit l’analyse de Maurice Levy , le président du directoire de Publicis sur la bonne publicité, le marché est hypersegmenté et on lui crée une unité fictive sur la « morale » du produit. Ainsi Ikea doit apparaître comme l’entreprise écologique, Nike ne pas utiliser le travail des enfants et Total ne pas mégoter sur le remboursement des plages polluées. De même l’homme politique français doit dénoncer les immigrés qui viennent manger notre pain et déclarer que la France ça se mérite, dénoncer les chômeurs fainéants qui pèsent sur les travailleurs vertueux, traquer jusqu’à la maternelle les jeunes déviants, prôner le respect des droits de l’homme comme vecteur de la politique étrangère. Personne ne lui demande d’y croire, il faut que la campagne publicitaire, je veux dire électorale permanente, soit convaincante.

Oui, mais voilà  : si la campagne publicitaire électorale unifie sur des valeurs fictives, elle doit aussi diviser les consommateurs et les empêcher de s’unir. En ce sens, le modèle est bien Internet : il s’agit de diffuser de la rumeur et de ne jamais aboutir au moindre collectif d’action même si l’information est juste. L’attitude idéale est celle d’un consommateur enfiévré un jour de soldes disputant la bonne affaire à son voisin. Nous transformer tous en concurrents les uns des autres au plan international comme au plan intérieur.

Pour revenir à l’idée de Sarkozy-Attali, tout prendre en même temps : c’est une absurdité vu que si l’on peut aisément convaincre la majorité des français qu’il sont ruinés par les régimes spéciaux des cheminots, si l’on attaque de partout à la fois on risque fort de rassembler les mécontents et recréer un front uni au-delà des « tribus » de consommateurs, au-delà des « sectes » post-modernes des bobos parisiens. A ceux là , il ne suffira plus de raconter que notre sort, notre avenir politique, est suspendu à la défense du Dalaï Lama. Bref, les tactiques de Sarkozy et autres Delanoe seront inefficaces pour occuper les mécontents.

L’ultime chance de Sarkozy réside dans l’état de l’opposition. Ségolène l’a fait élire avec l’aide active de Besancenot, Marie-Georges Buffet et autres Bayrou. Heureusement pour lui, ils sont toujours là , plus incapables que jamais, plus que jamais à la recherche du moyen qui leur permettrait de convaincre les directeurs des supermarchés de les exposer sur les rayons centraux. Je veux dire de convaincre les directeurs de chaîne de les inviter au 20 heures où ils n’auront pas grand-chose à dire, comme Sarkozy d’ailleurs. Regardez ce qui s’est aussitôt passé : nous avons eu droit à l’invraisemblable Ségolène Royal sur la 2 qui est revenue nous vanter son "ordre juste" et sur TF1 François Hollande venu nous dire sur le fond que Ségolène n’avait pas le droit d’adopter cette stature présidentielle et que d’ailleurs il était là avec le parti derrière lui pour éviter ce cataclysme.

Est-ce que vous êtes conscients du fait que s’il arrivait malheur à Sarkozy, nous nous retrouverions avec les mêmes, dans les mêmes conditions qui ont conduit à la victoire de Sarkozy. Un peu comme les Etatsuniens se retrouvent peu à peu dans le cauchemar pour la planète qui a conduit à l’élection de Bush. Voilà le véritable drame que refletait cette conférence de presse.

Celui-là et le fait que malgré tout, jamais un de ces individus ne renoncera à donner des leçons au reste de l’humanité avec cet exquis mélange d’arrogance, d’inculture et de vulgarité qui désormais caractérise le politicien français.

Danielle Bleitrach

(1) Les services de l’Assemblée ont travaillé, comme le gouvernement, à partir des chiffres de l’Agence Centrale des Organismes de Sécurité Sociale (ACOSS, 144 millions d’heures supplémentaires déclarées au quatrième trimestre 2007, 43 millions en janvier 2000, et d’éléments fournis par l’INSEE. Sur cette base, ils pensent que le nombre d’heures sup’ sur un an sera de 600 millions à 670 millions, un montant bien inférieur aux 900 millions retenus lors de la présentation du projet TEPA au Parlement. Le gouvernement pense qu’il est trop tôt pour extrapoler. Mais il a toutefois pris soin d’infléchir son discours en s’interrogeant en ces termes : "Mais que seraient devenues les heures supplémentaires sans cette loi ?" La réponse est évidemment impossible à donner.

(2) Maurice levy. La pub doit être revue de fond en comble. Entretien paru dans l’Express du 3/4/2008

COMMENTAIRES  

29/04/2008 17:52 par Luc

Je trouve votre article tout à fait remarquable et exact.

Je pense que la responsabilité des patrons de médias "amis" de Sarkosy est
énorme dans sa lamentable histoire en pariculier pour les Télés.

Par contre Je trouve que c’est encore un effet de la Pub de croire que Bayrou et
Ségolène n’auraient rien à dire de constructif s’ils n’étaient ignorés ou étouffés.

Bayrou a toujours eu un programme de gouvernance et économique trés fiable et
Ségolène n’est pas une bloquée mentalement et progresse sur le plan économique.

Aprés tout les Allemands et (quelques années auparavent) les Canadiens ont bien
réussi à sortir de l’impasse.Mais c’est Vrai, tant que les grandes chaines en clair seront aussi serviles de manière écoeurante avec le pouvoir, faire taire Sarkosy ou ses émules sera difficile.

30/04/2008 07:00 par danielle bleitrach

Il est vrai que je ne fréquente pas beaucoup Bayrou, sa famille la démocratie chrétienne trés pro-européenne n’est pas la mienne. En revanche Ségolène Royal me paraît dramatique, elle fait peut-être des progrès en économie mais elle est partie de si bas et va si lentement que comme je le dis "elle se contente de battre le beurre" avec des notions creuses. Celui qui de temps en temps a des propositions intéressantes c’est Fabius, je ne suis pas sûre d’être convaincue par exemple sa récente proposition de création de "fonds souverains" français entre la Chine et la Norvège mérite discussion (cf. Les echos du lundi28 avril 2008), c’est déjà plus intéressant que tout faire financer par les pauvres.
Malheureusement le dit Fabius sur le plan international est une vraie catastrophe, il est pris dans des réseaux sionistes et fournit un appui à toutes les campagnes étasuniennes. Il devrait laisser ce secteur et le social à ses copains Melenchon et Emmanuelli.
Pour revenir à la dite Ségolène sur le plan international c’est la nullité totale, là encore c’est le vide absolu, souvenez-vous de sa stuipide intervention de refus du nucléaire CIVIL à l’Iran. Tout est comme ça, elle est totalement inculte et convaincue de sa mission qui lui tient lieu de savoir. les médias aux ordres sont en train de tenter de la faire monter pour assurer une adversaire sur mesure à la droite.
C’est pareil sur la plan de l’extrême-gauche : ils vont faire monter Besancenot, non à cause de ses mérites personnels mais parce qu’il est pipole à souhait. Il est superficiel, il suit sur le plan de la politique étrangère un Robert ménard, c’est tout dire, il utilise le Che comme un slogan marchandisé et dans le même temps attaque Cuba, ce qui est une bien grande incohérence. Bref il marginalise à l’intérieur et n’a aucun allié en matière de politique étrangère parce qu’avec Robert ménard et l’anti-cuba primaire, toute l’Amérique latine le fuit. Comme il n’a derrière lui ni parti, ni organisation de masse, les médias vont le gonfler pour qu’il aide à détruire le PCf qui résiste malgré ses dirigeants. Et quand ce sera fait l’abattre sera un jeu d’enfant parce qu’il n’y a rien derrière lui, qu’un produit médiatique. Comme Ségolène en plus limité. nous allons vers une situation à l’italienne où ils ont réussi à ne plus avoir aucun député communiste, où il n’existe plus ni droite, ni gauche, mais une extrême-droite et un centre gauche, deux partis comme aux Etats-Unis soutenus par les mêmes, de simples "marques".

Alors que faire ? Je pense que le PCF est foutu mais peut-être que je me trompe, il a résisté à chaque élection locale d’une manière inespérée malgré ses dirigeants. Là où ils ne peuvent pas être la situation s’amélior. Alors peut-être ?

En outre peut-être suis-je exagérement optimiste mais je crois que l’Europe n’est pas les Etats-Unis, il y a dans le vieux continent, en France, mais aussi en Italie, en espagne, en allemagne des traditions révolutionnaires ou même social démocrate anciennes, il y a la crise, ils n’arriveront pas à imposer leur modèle bipartiste, sans alternative, même avec l’aide d’irresponsables à l’italienne ou à l’espagnole comme Marie georges buffet ou besancenot, tout ce qu’ils obtiendront c’est l’élection d’histrions comme Sarkozy, Berlusconi, cela ira trés loin comme à Rome ce week end. Et puis il ressurgira autre chose, essentiellement à partir des luttes syndicales. Est-ce que cela prendra l’allure du link parti allemand ? Au point où nous en sommes je préférerais ça à la solution à l’italienne qu’ils sont en train de nous préparer avec Besancenot parce que le link parti est moins marginal, plus ancré sur le monde syndical. Si le PCF meurt ce que je ne souhaite pas, peut-être nous dégagerons-nous de cette absence mortifère d’alternative par quelque chose d’inconnu.
De toute manière le fond est la terrible crise dans laquelle nous sommes et à qui vont-ils faire payer leur crise, les forces politiques seront balayées par cette réalité.

Danielle Bleitrach

30/04/2008 20:15 par Rosay

Qui sont pour nous à gauche les hommes politiques ???
Laurent Fabius , Mélenchon ,Emanuelli ,pour nous notre raison consiste à les évoquer le plus souvent possible ,ce afin de les médiatiser , en dehors des médiats aux
mains des finances .
D’autre par nous oublions trop souvent que ces médiats aux ordres de la finance sont en infraction et ou en total contradiction face au pacte Républicain établi apres
39/45 .
Salut et fraternité Amitiés Sociales .Rosay.

01/05/2008 00:39 par Anonyme

Investissons les lieux de parole et faisons accoucher le bébé que nous portons depuis si longtemps !

01/05/2008 21:44 par Anonyme

Il y a quelques pistes qu’il me parait utile d’explorer :
- nous nous sommes fourvoyés dans le mépris des partis et surtout d’un parti authentiquement prolétarien. Ce terme peut paraître dépassé il n’a jamais été aussi actuel. Les partis que l’on veut nous imposer sont comme aux Etats-Unis tous plus ou moins l’émanation du capital, et vu les moeurs du médiatico-politique nécessitent toujours plus de moyens financiers (comme aux etats-Unis), il faut donc construire un parti qui crée une unité de classe. Celle-ci n’est pas un donné sociologique qui permettrait de classer un tel dans une case ou une autre, elle est une dynamique historique qui s’unifie dans un processus politique. Ce qui s’est le plus approché de ce parti de classe reste le PCF. C’est pour cela que bien qu’affaibli, il faut encore et toujours l’abattre pour la classe capitaliste. Il est en quelque sorte l’ébauche de ce qui leur a fait si peur. ils sont senti le vent du boulet et aujourd’hui confrontés à leur crise, la peur est là ...
- Après l’effondrement de l’union soviétique, la contre-révolution néo-libérale,dans la vague l’idée de parti constituitif d’une classe prolétarienne, c’est-à -dire le noyau du salariat prêt à s’unir et à se battre, est devenu impopulaire et on préféré chercher le mouvement. Mais le mouvement soit est archaïque, reflète des communautés encore rurales comme dans les Andes ou ici il est comme ATTAC, tout à fait coupé des couches populaires.
- Et aujourd’hui il me semble que ce mouvement apparaît pour ce qu’il est on l’a vu d’abord dans nos présidentielles, puis en Espagne, puis en italie, il est l’antichambre de la solution étasunienne avec avancée de l’extrême-droite et disparition de la gauche. Il faut également voir comment aujourd’hui en Amérique latine où il se passe des choses passionnantes, une sorte de course de vitesse est instituée par exemple par Chavez pour créer un parti (alors qu’au départ Chavez est le candidat anti-parti déconsidérés). Donc il faudrait que nous réflechissions à ce parti différent de ceux que l’on veut nous imposer et cela me parait urgent.

- Il me semble que nous sousestimons les dangers de la période, la profondeur de la crise et donc la force "disciplinée" et consciente que nous devons représenter.

C’est tout cela que ce jeu publicitaire, ce politico-médiatique où l’électeur est fragmenté en consommateur veut occulter, la nécessité de nous unir et de devenir forts sur nos propres bases.

Danielle Bleitrach

30/04/2008 17:07 par Les Rockuptibles

Bravo pour cette analyse hélas si juste de
la situation !
Le Big Show-Biz is watching U.
La télévision is watching U.
La guerre c’est la paix.
Après cela, que nous reste-t-il ?

Le rire comme dernière arme réthorique ?

Les Rockuptibles

04/05/2008 01:50 par BONHOMME Thierry

Chère Danielle,

J’aime beaucoup tes contributions en général et apprécie ton article en particulier, sauf à l’endroit où tu mets Ségolène, Besancenot, Marie-Georges Buffet et autres Bayrou dans le même panier. Car pour moi Besancenot n’est justement pas dans le même panier que les autres... Depuis quand l’intéressé participe-t-il à un gouvernement qui privatise tout et ne régularise pas les sans-papiers ? Toute la différence est là et pour moi il ne faut précisément pas participer à un gouvernement qui satisfait essentiellement les bourgeois...

04/05/2008 15:04 par Anonyme

il est vrai que les raccouricis prêtent à confusion. C’est le défaut du pamphlet mais je suis prête à discuter plus longuement et plus au fond de ce qui nous est offert comme perspective y compris par besancenot même s’il n’a pas participé à un gouvernement. Je crois beaucoup à la nécessité d’une telle discussion et à la construction indispensable d’une force politique cohérente qui ne soit pas un parti du capital. Comme je l’ai dit dans une autre contribution le danger est là : avoir des forces politiques qui représentent les mêmes. Ce que je décris dans ce texte c’est "la dictature du capital", la manière dont elle nous impose le cadre de notre action ou de notre inaction. Et je pense qu’il faut un parti apte à développer l’intervention populaire et dans ce domaine tout reste à créer.Il ne s’agit pas seulement de participation à un gouvernement, il s’agit de la manière dont participant ou ne participant pas à un gouvernement on favorise la pression populaire, on pose les termes en débat, on invente des solutions, bref on crée une autre vie politique. Mon raccourci disait simplement nous en sommes loin et le vrai problème n’est pas tant les mensonges éhontés de Sarkozy mais le fait qu’il n’y a pas plus d’issue que quand il a été élu.
Je signale en complément de cet article un excellent texte dans le Monde du 3 mai de Christian Salmon, sous le titre "le paradoxe du sarkozysme"(p.24). Il reprend la manière dont Sarkozy a justifié l’envoi de troupes en Afghanistan par l’impossibilité de dialoguer avec "des gens qui ont amputé d’une main une femme parce qu’elle avait mis du vernis". l’article démonte l’histoire, tente d’en voir l’origine. Et l’on s’aperçoit que sarkozy est à peu près aussi crédible sur le plan international que sur le plan national et qu’il ne peut dire n’importe quoi que parce que règne "la dictature du capital", c’est-à -dire que le jeu du pluralisme est compétement faussé, que l’on nous morcelle, isole dans le ragot, qu’il suffit de répéter des contre-vérités et de refuser le droit à la parole aux autres, etc. ce que je décris dans l’article.. ;

Alors quand en face il n’y a plus personne, que l’opposition ne dit rien, ou par exemple pratique le ni-ni, sur la question du Tibet suit Robert ménard, se contente de crier à la grève générale etc... Je dis qu’il y a beaucoup à faire et que nous sommes loin de ce que devrait être le rôle des communistes.
Bref sarkozy est ce qu’il est parce qu’il n’y a rien en face et nous avons UBU roi.

danielle Bleitrach

05/05/2008 16:05 par Canard nocturne

Je n’ai plus la télé chez moi depuis une vingtaine d’années, je n’ai donc pas regardé la "prestation" dont vous parlez, mais votre analyse sonne juste.

Les gens autour de nous ou nous-mêmes qui essayons de joindre les deux bouts, nous avons parfois des emplois, travaillont beaucoup et au-delà des horaires d’ouverture. Et je ne peux que penser à ces personnes, dont certaines proches, en lisant votre article. Un ami qui travaille à la poste à 890 euros par mois et qui peine à trouver un logement (il a finalement loué une chambre faute de répondant pour un studio) ; un couple (elle travaille dans l’enseignement à plus de 120 km de son logement, lui à 40km), deux enfants, qui n’arrive pas à se reloger ; un récent licencié parce qu’il a dit tout haut que son supérieur (qui est lui-même un employé dans une longue chaîne) refusait de lui rembourser correctement l’essence pour les livraisons, etc, etc. Ces gens-là , c’est nous. Cela n’arrive pas qu’aux autres.

Ces personnes ne demandent pas un coup d’éclairage médiatique, ni la charité. Elles demandent de vivre dignement et luttent pour ne pas sombrer dans la précarité et la misère. Je trouve indécent de parler de "travailler plus pour gagner plus". Je trouve indécent de mettre en rivalité ces citoyens pour que pendant ce temps, les entités que servent les politiques se partagent les gâteaux. Entités qui sont des empires aux pouvoirs énormes et auxquels les politiques octroient encore davantage de droits, plus hauts et plus élevés que ceux des personnes....

L’analyse de Mme Danielle Bleitrach sonne décidément bien juste à ceci près que

1) la personne qui est le sujet de son article n’est qu’un serviteur des intérêts de moins de 0.1% de la population. L’épendage publicitaire met à nu de plus en plus précisément ce rôle.

L’autorité de l’instituteur ou du professeur, c’est bien (faisons donc se lever les élèves quand il entre), mais pas au point de les justifier autrement que dans l’économie de ses amis : donc on peut les supprimer le moment venu. On fabrique ainsi une génération d’élèves qui auront retenu cette leçon. La société qui est en train d’être fabriquée consume ses propres forces vives, et ce n’est peut-être même pas ça le plus grave, c’est qu’elle n’aura plus de respect pour elle-même.

En ce sens, la publicité est la mise en oeuvre aboutie de la servilisation du politique.

2) le serviteur sait qu’il n’est qu’un serviteur mais contrairement à ses prédécesseurs, il veut en jouir et le montrer (en ce sens, je suis d’accord avec Cohn-Bendit : le serviteur en question est bien un héritier de 68 quoi qu’il s’en défende). Mais jouer au psychanalyste pour savoir s’il va continuer à le faire ou arrêter et pourquoi est au-dessus de mes compétences.

Je ne crois pas aux partis politiques : il y aura toujours trop de délégation et de points sur lesquels nous ne pourrons pas être d’accord. Je crois à la solidarité locale, aux coups de mains, à l’écoute mutuelle, à la bonne volonté et aux actions collectives locales quotidiennes. Ces choses relativisent et en fait invalident les prétendus grands chantiers politiques et les discours politiques, nationaux ou internationaux. Certes nos impôts les financent et l’on se dit qu’il doit y avoir une limite à l’indécence actuelle. Mais je ne prétends pas savoir où se situe cette limite.

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