Cela fait une semaine que nous avons reproduit cet "article" sur notre site. Depuis, nous observons d’un oeil amusé les réactions et d’un oeil, moins amusé, la facilité avec laquelle les lecteurs, si attentifs et exigeants lorsqu’il s’agit de publications du Grand Soir, ont été bernés par des auteurs peu scrupuleux. Une telle manipulation n’aurait d’ailleurs pas pu fonctionner sans cet ingrédient essentiel qui est « l’inertie du lecteur ».
Certes, les administrateurs du GS disposent de quelques éléments que ses lecteurs (et ceux d’Article XI) n’ont pas, certes certains mensonges d’Article XI sont subtils, mais d’autres sont énormes (plus c’est gros...) et vous ne les avez pas vus. Ils sont pourtant là , devant nos yeux.
Qui va découvrir les plus beaux mensonges d’Article XI ? Le concours est ouvert. Vos réponses seront publiées ici-même avant d’être intégrées dans un article collectif démontant les mécanismes d’une désolante cabale.
Pour les dames, le prix sera un dîner en tête-à -tête avec un des administrateurs "sulfureux" du Grand Soir. Pour les messieurs, ce sera un joli petit badge "Le Grand Soir" que vous pourrez porter fièrement dans les manifs anarcho-réacs afin de prendre les coups de manche de pioche qui nous ont été promis.
* * *
Le coup dans le dos est venu, sans préavis, de « journalistes » dont l’une est familière de sites que le Grand Soir a toujours défendus et promus : ACRIMED et le mensuel CQFD. Leur prose est hébergée par un petit site, Article11, dont le webmaster, s’il admet de jeter dans la pâture de la diffamation les noms de deux administrateurs du Grand Soir, se contente modestement de se faire appeler JBB.
Dans l’incroyable galimatias de cet article (largement basé sur le procédé de l’homme qui a vu l’homme qui a vu l’ours), le Grand Soir est accusé pêle-mêle d’être rouge-brun, d’ouvrir ses colonnes a l’extrême droite, de publier des textes fascisants, de cautionner les antisémites, etc.
Le portail d’information Rezo.net est invité à nous boycotter et Article11 publie, sans émettre la moindre objection un commentaire d’un de ses amis qui promet à deux d’entre nous le manche de pioche.
Conformément à notre ligne qui est de « donner à lire », nous publions in extenso ce brûlot bourré d’erreurs, de mensonges purs, d’inventions, de dissimulations, d’amalgames, de manipulations, de trucages, d’énumérations de noms avec lesquels nous n’avons rien à voir. S’y ajoute la condamnation d’autres sites aussi « douteux » que LGS.
Nous détricoterons ultérieurement cet article, pour y répondre bien-sûr, mais aussi pour exposer les techniques employées par les "chasseurs de rouges-bruns" aux multiples casquettes et pseudos et aux moeurs éminemment brunes...
En attendant, le lecteur constatera ici que le Grand Soir, qui a parfois pris des risques en publiant 13 000 articles venant de près de 900 auteurs, est désormais capable de publier bien pire : une vilenie d’Article 11. -
LGS.
Article XI.
"Le Grand soir : analyse des dérives droitières d’un site alter".
Par Marie-Anne Boutoleau, Joe Rashkounine.
Il fait depuis longtemps partie du paysage : dans le monde militant, Le Grand Soir est lu et respecté. Et il n’y aurait rien à y redire si les choix éditoriaux du site n’avaient lourdement évolué ces dernières années, avec la publication d’auteurs issus de l’extrême-droite ou de la mouvance conspirationniste. Une dérive regrettable, sur fond de confusionnisme politique et avec l’anti-impérialisme pour seule grille de lecture.
Pour beaucoup de camarades de lutte, Le Grand Soir, crée en 2002 par Viktor Dedaj et Maxime Vivas, a longtemps été une référence [1]. A l’époque où il a été lancé, il se voulait un site d’informations alternatives. On pouvait ne pas forcément partager toutes ses prises de positions politiques - pro-Castristes ou pro-Chavez, par exemple -, mais on y trouvait des informations lisibles et compréhensibles, sur une ligne politique clairement anticapitaliste.
Cependant, depuis trois ou quatre ans, ce site altermondialiste de gauche a fait évoluer ces choix éditoriaux historiques en ouvrant ses colonnes à l’extrême-droite et au conspirationnisme. Des dérives (signalées à de multiples reprises, ces derniers mois, sur divers forums [2]) s’incarnant dans la publication, de plus en plus fréquente et sous couvert de défense de la liberté d’expression, d’auteurs ou de textes ouvertement fascisants et d’extrême-droite.
Un exemple vaut parfaite illustration de ce trouble virage. Le 23 février 2009, Le Grand Soir reprenait un communiqué annonçant la création du Parti antisioniste (PAS), signé de la main de son président Yahia Gouasmi (qui est aussi le président du Centre Zarha, un groupuscule religieux pro-iranien). Antisémite virulent, ce dernier a fondé le PAS aux cotés de Dieudonné et du pseudo-pamphlétaire d’extrême-droite Alain Soral. Ce parti, qui s’est présenté en 2009 aux élections européennes en àŽle-de-France, est un groupuscule ouvertement antisémite (bien qu’il s’en défende mollement), qui compte aussi dans ses rangs un aréopage de conspirationistes bien allumés. Par exemple, le défenseur des sectes, Christian Cotten : celui-ci est membre de l’Omnium des libertés, un lobby militant pour que les sectes bénéficient en France du statut d’associations cultuelles, au même titre que les religions.
Parmi les membres du PAS figurent aussi des négationnistes reconnus, comme Ginette Hess Skandrani (exclue des Verts pour sympathie négationnistes). Celle-ci a créé, aux cotés de Maria Poumier [3], des sites et associations négationnistes particulièrement odieux, comme La Gazette du Golfe et des banlieues, l’Aaargh (Association des amateurs de récits de guerre et d’holocauste) et l’association Entre la Plume et l’enclume (le site éponyme est le plus lu de la mouvance négationniste française).
Le 1er juin 2009, (bien) après une avalanche de mails et de commentaires furieux de lecteurs, le site a fini par accueillir la republication d’un article du site antifasciste REFLEXes, « Dieudonné tel qu’il est ». Un éclair de lucidité de courte durée : le 12 mars 2010, Le Grand Soir mettait à nouveau en ligne un article du Parti antisioniste, écrit de la main de son président Yahia Gouasmi et intitulé « Nucléaire Israélien, l’Europe à l’abri ? ». Ce charmant personnage s’y livrait à une véritable apologie du régime iranien d’Ahmadinejad [4], tout en dénonçant « USraël », suivant la typologie chère à la mouvance conspirationniste d’extrême droite.
Servir les dictatures sous couvert d’anti-impérialisme
De « l’alter-mondialisme » autoritaire et malsain à la défense des dictatures, il n’y a qu’un pas. Le Grand Soir l’a (notamment) franchi allègrement en volant au secours du dictateur libyen Mouammar Kadhafi - celui-là même qui tire sur son propre peuple à grand renfort d’avions de chasse (d’ailleurs fournis par les pires impérialistes de la planète). Pour cela, rien de moins que la mise en ligne, le 13 mars dernier et par la grande porte, d’un texte de Ginette Skandrani : son article, titré « Libye : je me refuse à hurler avec les loups » [5], a été publié en « Une » du site. Sa mise en ligne précédait de quelques jours la tenue d’une manifestation parisienne - qu’elle a organisée avec son amie Maria Poumier - en soutien à Kadhafi [6].
Outre le fait que ce texte constitue une « analyse » à peine digne du café du commerce, il se révèle surtout une plaidoirie glauque et complaisante en faveur de Kadhafi et de son régime : « Il est sûr que ce n’est pas un démocrate, commence l’auteure, mais il est certainement moins pire que les Busch [sic...] père et fils qui sont responsables de centaine de milliers de morts irakiens, ou les Netanayou, Sharon ou autres criminels israéliens qui ont massacré des milliers de Palestiniens. » Une hiérarchie malsaine des horreurs pour introduction d’un texte rempli de contradictions, où les pires poncifs sont développés : selon Ginette Skandrani, il faudrait sauver le régime « anti-sioniste » libyen (éventuellement via un changement de personnel à la tête du régime mis en place par Kadhafi), contre les visées impérialistes occidentales et contre le « chaos » (l’insurrection ?) qui le menace, et qui servirait les intérêts d’Israël : « Actuellement, explique Ginette Skandrani, seul le machiavélisme israélien a intérêt à une franche intervention US par le biais de l’OTAN, dans l’idée que toute situation chaotique lui convient mieux qu’un régime instruit par l’expérience, et qui pourrait relancer la constitution d’un grand front régional uni contre Israël. »
Le texte ne contient - évidemment - pas un mot de compassion ni d’humanité pour les milliers de morts victimes de la répression kadhafiste. Il se termine, par contre, par l’invitation formulée par Skandrani à renouer « avec l’anti-impérialisme, pan arabe et panafricain ». Un clin d’oeil aux théories ethno-différentialistes et racistes de son ami Kémi Seba, fondateur de la Tribu Ka et du Mouvement des damnés de l’impérialisme (MDI [7]). Tous deux, Kemi Seba et Ginette Skandrani, ont d’ailleurs donné ensemble des conférences et meetings « clandestins ».
Qu’un site comme Le Grand Soir publie des écrits d’une activiste d’extrême-droite notoirement connue n’a heureusement pas laissé indifférents tous les lecteurs. Et ? Pas grand chose... En réponse aux rares commentaires s’en étonnant ou s’en offusquant, le site a juste prétendu ignorer le lourd passif de Ginette Skandrani et son itinéraire, affirmant :
Nous n’en savions rien au moment de la publication (décidée un samedi soir entre la vaisselle et la sortie du linge mouillée de la machine à laver).Et maintenant la question qui brûle toutes les lèvres de nos lecteurs pointilleux, attentifs et exigeants : "Et maintenant que vous le savez, qu’allez-vous faire ?". Réponse : rien. Nous assumons toutes nos publications et n’avons jamais retiré un article (même ceux que nous regrettons, par respect pour la chronologie, l’histoire et les lecteurs). [...]
Et maintenant la deuxième question qui brûle toutes les lèvres de nos lecteurs pointilleux, attentifs et exigeants : "si vous l’aviez su, l’auriez-vous publié quand même ?". Répondre à cette question nous obligerait à porter un jugement sur l’auteur, chose que nous faisons jamais (sauf erreur ou oubli de ma part). Appelez-ça un devoir de réserve si vous voulez.
Et maintenant la question qui brûle les lèvres du Grand Soir à l’attention de ses lecteurs : "avons-nous eu raison ou pas de publier ce texte ?".
Le Grand Soir : une cour des miracles confusionniste
Dernier virage, et non des moindres, du Grand Soir : des appels du pied répétés au souverainiste de droite François Asselineau, énarque et ex-proche conseiller de Pasqua et de Sarkozy qui a ensuite fondé son groupuscule, l’UPR (Union populaire républicaine). Le Grand Soir promeut ainsi régulièrement ses conférences, par exemple celle qui aura lieu à Verdun ce 28 mars sur l’histoire de France ou celle prévue le lendemain à Metz sur le thème « 10 raisons urgentes pour sortir de l’Europe ».
Pourquoi s’arrêter en si bon chemin dans le « ni droite, ni gauche : tous contre le système » et le « même si nous sommes divergents idéologiquement nous pourrions avoir des luttes communes » ? Autant aller de l’avant... Le Grand Soir contribue ainsi à entretenir un confusionnisme politique en plein développement en publiant toute une tripotée d’auteurs louches - voire pis [8]. Entre autres :
- Michel Collon : journaliste prétendument « communiste » qui ne cache guère son amitié pour Olivier Mukuna, qu’il publie sur son site Investig’action et dont Le Grand Soir reprend justement les écrits. Pour la petite histoire, Olivier Mukuna est un journaliste belge, grand admirateur de Dieudonné, réalisateur d’un film à sa gloire, au titre évocateur : Est il permis de débattre avec Dieudonné ?
Investig’action publie aussi certains auteurs gravitant dans la mouvance conspirationniste, comme Michel Chossudovsky, du très controversé site mondialisation.ca, et d’autres appartenant aux réseaux ultra-nationalistes serbes et pro-Milosevic. Ce qui n’empêche pas Collon d’être toujours considéré comme une « référence » dans certains milieux intellectuels « altermondialistes » français pourtant marqués à gauche...
- Eva R-sistons : de son vrai nom Chantal Dupille, la dame est une ex-militante du PS et une ancienne journaliste des Dernières nouvelles d’Alsace. Appartenant à la famille conspirationniste, elle est une collaboratrice régulière du site d’extrême-droite Alterinfo et se trouve souvent publiée sur le site (faussement « altermondialiste ») Dazibaoueb - qui sert aussi de caisse de résonance au Parti antisioniste et à Dieudonné ou Alain Soral.
Le 19 septembre 2009, Le Grand Soir a publié un de ses articles au titre évocateur : « L’Europe : de la paix à la guerre, le tremplin du Nouvel Ordre Mondial ».
- L’inévitable « écrivain » et (prétendu) « historien », Paul-Éric Blanrue, auteur du livre Sarkozy, Israël et les juifs. Au nom de la « défense de la liberté d’expression », l’homme a aussi monté une sorte de comité de soutien au négationniste français Vincent Reynouard actuellement emprisonné, via une pétition signée par tout ce que la fachosphère compte de négtionnistes notoires - mais aussi par le non moins controversé Jean Bricmont [9], lui aussi habitué du Grand Soir.
Notons que Le Grand Soir invite ses lecteurs à se procurer l’ouvrage de Blanrue sur le site conspirationniste Oser Dire, qui fait la promotion des livres du sus-cité, mais aussi de ceux de l’antisémite Israël Shamir [10].
- Silvia Cattori : journaliste suisse, admiratrice de Dieudonné et rédactrice de nombreux textes publiés par Ginette Skandrani et Maria Poumier, notamment dans La Gazette du Golfe et des banlieues.
- Michel Chossudovsky : animateur du site mondialisation.ca [11] et proche ami du conspirationniste Thierry Meyssan, qui publie lui aussi sur son site pléthore de gens marqués à la droite de la droite.
- Annie Lacroix-Riz : historienne stalinienne, fondatrice du très douteux PRCF (Pôle de renaissance communiste en France) qui mêle allègrement rhétorique nationaliste et marxiste, elle a notamment donné des conférences à l’invitation des larouchistes [12].
Outre cette liste d’auteurs, il reste un dernier indice de l’orientation politique problématique du Grand Soir : la page des liens du site. On y trouve bien en évidence des sites clairement douteux, conspirationistes ou d’extrême-droite, comme Dazibaoueb, InfoWars (site du grand gourou américain des conspirationistes Alex Jones), Internationalnews (un autre site du même tonneau), Libertés & Internet (fourre tout confusionniste), l’inévitable Michel Collon, le site Mondialisation.ca, ReOpen911.info, le site de la Radio Vraiment Libre (pseudo radio alternative lancée par Paul-Eric Blanrue), le site Tlaxcala.es (crée par Fausto Guidice et Marcel Charbonnier, deux proches de Ginette Skandrani) et bien sûr Voltaire.net, du très pesant Thierry Meyssan.
Le fait que, par ailleurs, Le Grand Soir publie des auteurs progressistes, et met aussi en lien des sites clairement de gauche comme Acrimed, Greenpeace, les journaux Fakir et CQFD, la Criirad, l’UJFP ou la Fondation Copernic, ne change rien au problème. Mais confirme, en revanche, que ce site joue bien sur un confusionnisme malsain, donnant une caution de « gauche » ou « progressiste » aux fascistes et antisémites qu’il accepte de publier. Il est à ce titre problématique - voire navrant - de constater que Rezo.net, portail d’informations alternatives qui fait référence au sein de la « gauche de gauche », continue de référencer certaines publications du Grand Soir, donnant ainsi à ce site une visibilité qu’il ne mérite pas.
Si nous sommes tous favorables à l’arrivée du « Grand Soir », nous considérons que Le Grand Soir dans sa version Dedaj et Vivas a le goût de l’amertume, des gueules de bois de l’après-élection présidentielle de 2002.