12 

Tunisie : Meurtre à des fins politiques (The Guardian)

Editorial - The Guardian

De nombreuses critiques peuvent être formulées à l’encontre d’Ennahda qui dirige le pays depuis la révolution, le suicide politique n’en fait pas partie.

Si le qualificatif peut être attribué à n’importe quel meurtre, l’assassinat de Chokri Belaïd a bien été politique. Il a été conçu pour provoquer le chaos social, la fêlure des coalitions, l’arrêt du processus électoral, l’empêchement de l’adoption du projet de constitution. Il y a un certain nombre de groupes - sur les deux extrêmes de la fracture islamiste vs laïque - qui apparemment profiteraient d’un tel résultat en Tunisie. Mais Rached Ghannouchi d’Ennahda n’est pas l’un d’eux.

Tout comme l’incendie des sanctuaires soufis a été conçu pour exposer l’incapacité du parti au pouvoir de faire face à la frange radicale salafiste, cet assassinat politique n’a donc qu’un seul objectif en ligne de mire - la transition vers une démocratie fondée sur le droit. Les proches du défunt aux funérailles de Chokri Belaid ont qualifié Rached Ghannouchi d’assassin. Qu’il devrait être considéré comme dans les intérêts d’Ennahda de laisser cela se produire, qu’ils doivent maintenant être accusés soit de manière active ou en encourageant tacitement de telles attaques de se dérouler, est une mesure de combien partisane cette ligne de front est devenue.

De nombreuses critiques peuvent être formulées à l’encontre de la coalition dominée par les islamistes, qui a dirigé le pays depuis la révolution : gagner les élections n’est pas la même chose que mettre en place des gouvernements compétents, ils se sont concentrés sur l’apaisement de la Banque mondiale mais le rythme de la réforme de la police, du système judiciaire et du ministère de la justice a été trop lent, et il a échoué à enquêter et poursuivre les agressions physiques et les discours offensants. Mais le suicide politique n’en fait pas partie - et il y a peu de doute qu’il serait suicidaire pour un parti tentant de prouver que l’islamisme peut coexister avec la démocratie multipartite de barboter dans les tactiques de terreur de l’assassinat.

La même logique ne s’applique pas aux anciens membres du RCD, le parti qui a dominé le pays sous la dictature de Zine el-Abidine Ben Ali et qui a été démantelé il y a deux ans de cela. Le jour où Chokri Belaïd a été assassiné, l’assemblée devait débattre d’une mesure visant à interdire aux anciens membres du RCD des fonctions électives pendant cinq ans. L’assassinat a cristallisé l’opposition, qui a présenté une liste de revendications visant à dissoudre l’assemblée et défaire toutes les élections démocratiques depuis les deux dernières années. Mais elle a aussi unifié les parties - les trois partis de la coalition au pouvoir, ainsi que Wafa, et deux groupes indépendants - un total de 160 sièges sur les 217 membres du corps qui soutient la transition.

La réaction du ministre de l’Intérieur français Manuel Valls, qui avant de connaître tous les détails, a lié l’assassinat à une montée de "fascisme islamique", est une leçon des choses à ne pas dire. Il appartient aux Tunisiens de décider - par les urnes - qui ils veulent pour les gouverner, et non pas à un représentant officiel de l’ancienne puissance coloniale qui s’est avéré si utile à la dictature de Zine el-Abidine Ben Ali.

Editorial - The Guardian

Le 08 février 2013.

Source : Tunisia : killing for political gain

COMMENTAIRES  

11/02/2013 11:09 par manant

Londres confirme ainsi qu’elle est bien l’avocat, pour ne pas dire plus, de l’islamisme politique qu’elle couve en son sein. Ghannouchi y dispose encore d’un luxueux pied à terre et ne manque pas de s’y rendre régulièrement. L’édito ne dit pas que l’accusation portée contre Ennahdha lui impute la responsabilité d’avoir installé le règne de l’impunité totale pour tous les agresseurs et pour les auteurs d’appel au meurtre depuis les chaires des mosquées, comme elle a absout l’assassin d’un militant syndicaliste lynché en public par de soi-disant "ligues de protection de la révolution" qui ne protègent que les islamistes et n’ont aucun statut légal. Comme l’édito omet de signaler l’alignement total d’une justice inféodée et la neutralisation de la police qui n’intervient plus qu’une fois les agressions perpétrées, et elles sont nombreuses et régulières, contre des hommes politiques, des réunions de parti, contre la centrale syndicale dans son propre siège, etc. Quelle mauvaise foi ! Notez aussi la façon dont l’article égratigne la France en passant. Si d’aucuns peuvent encore douter qu’on est revenu au règne des politiques des puissances et de leurs rivalités néocolonialistes, cet édito peut leur ouvrir les yeux ; le Guardian étant à l’Angleterre, ce que Le Monde est à la France : sa Pravda.

11/02/2013 13:04 par Quidam

@ Manant

C’est curieux ce que vous dites... l’auteur de l’éditorial suit un raisonnement logique du type "à qui profite le crime", plutôt que de lancer une fatwa à l’encontre de la perfide Albion, pourquoi ne vous attaquez-vous pas à tenter de réfuter cette argumentation logique ?

11/02/2013 16:57 par Jean Pierre ryf

Cet article part d’une analyse complètement erronée. Nadha et les islamistes n’ont adhéré qu’"en apparence a la démocratie (l’auteur a t il entendu les cassettes vidéos de Ganouchi ?)et ils pensaient avoir a faire a un peuple inculte ou abêti par cinquante ans de dictature. Maintenant qu’ils se rendent compte que par la démocratie ils n’arriveront a rien. Ils essaient de le faire par la terreur. Mais même cela ne marchera pas le peuple tunisien a démontré qu’il n’aurait plus peur.

11/02/2013 17:40 par Sam

@manant C’est Nidaa Tounis qui avait ciblé la manifestation pacifique de Tataouine avec des cocktails molotov ! Voir cette vidéo à partir de 35 secondes !

http://www.youtube.com/watch?v=T_u1aXZUhaM

Après ne venez pas pleurnicher quand cela dégénère, c’est de la légitime défense, et il faudrait arrêter toutes les personnes qui étaient présentes dans ce local et qui ont lancé des cocktails molotovs sur la foule !

11/02/2013 17:43 par Sam

Tout le monde voit bien qu’en Tunisie, personne dans l’opposition, strictement personne n’appelle à l’arrestation rapide des assassins...

Le chauffeur de M. Belaid est retenu depuis 4 jours pour suspicion de complicité d’assassinat, d’après le témoignage de Mme Nadia Daoud qui a vu toute la scène et qui a révélé que les hommes à moto ont fait un premier passage et sont venu parler au chauffeur 5 minutes avant l’assassinat.

Pendant que les balles sifflaient, le chauffeur n’a fait aucun geste, ni même tenté de fuir

11/02/2013 18:30 par manant

@ quidam
Sauf que l’édito commence par donner les mobiles du crime : "Il a été conçu pour provoquer le chaos social, la fêlure des coalitions, l’arrêt du processus électoral, l’empêchement de l’adoption du projet de constitution". Or, l’arrêt du processus électoral et l’empêchement de l’adoption du projet de constitution étaient acquis avant le crime. Ceux qui suivent l’évolution politique en Tunisie savent que c’est le principal reproche adressé à Ennahdha et à ses alliés (présidences de la république et du parlement) qui font tout trainer en longueur pour assurer leur hégémonie sur l’appareil d’État de façon à s’assurer le contrôle des élections sans cesse reportées. Pourquoi recourir à un assassinat pour obtenir ce que l’on a déjà ? Ce serait en effet idiot. Mais il y a une autre question à poser : qui a intérêt à faire taire l’opposant le plus résolu et le plus médiatique des islamistes et a préparé le terrain (insécurité générale pour les opposants et impunité pour les criminels) rendant possible un tel crime ? Je ne prétends pas que c’est la bonne question, mais j’affirme que le développement de tout l’édito du Guardian prend appui sur une question erronée.

11/02/2013 20:43 par Tunisien

A part le fait qu’il faut souligner que la fille de Rached Ghannouchi, Soumayya est elle-même journaliste au Guardian, je pense que cet article présente une vision trop simpliste du concept même d’assassinat politique, le fait que cet assassinat ait été commandité, préparé à l’avance et planifié par un parti politique n’est pas encore prouvé, je pense que vu l’escalade de violence non réprimée au pays, les meurtres ( celui de Lotfi Nagdh) sans poursuites, les propos très violents des têtes d’Ennahdha, on ne peut absolument pas innocenter ce parti, qui assume quand même la responsabilité de l’état actuel du pays, ce qui ne me surprendrait pas, c’est que vu les tensions aux pays, et les incitations implicites à la violence, c’est que un des extrémistes d’Ennahdha sans consigne préalable, ait commis ce crime sans nom ...

11/02/2013 21:26 par Quidam

@ Tunisien

C’est vrai que le crime n’est pas élucidé & que l’on ne peut dans l’attente ni condamner ni innocenter personne, mais les notalgiques du RCD non plus !!!! Non ?

12/02/2013 11:07 par Fethi GHARBI

@ Sam

Tout le monde voit bien qu’en Tunisie, personne dans l’opposition, strictement personne n’appelle à l’arrestation rapide des assassins...

Si je comprends bien...même pas le propre parti du défunt...
Oui, il est même probable que Chokri Bellaïd ait commandité son propre assassinat rien que pour souiller Annahdha ...Il est vrai qu’il avait une sacro-sainte horreur des Tartuffe...

12/02/2013 12:25 par Fethi GHARBI

Les gens d’Ennahdha ou ceux de l’ex RCD sont blanc bonnet, bonnet blanc. Les uns et les autres bossent pour le même grand manitou. J’estime que la tribu du RCD se fourre le doigt dans l’oeil si elle se croit en mesure de reprendre le pouvoir, On la laisse agir rien que pour exciter les clivages. Ce que ne comprennent pas ces apparatchiks de l’ancien parti unique est que les maitres du "printemps arabe" ont changé de stratégie...

L’assassinat de Chokri Bellaïd n’a pu être commandité que par les stratèges du "chaos arabe" qui agacés par les atermoiements d’Annahdha ont voulu accélérer le processus de décomposition. Cet affolement s’explique certainement par ce qui se passe au Mali et qui semble perturber plus ou moins les plans de Qatar et de son suzerain. D’ailleurs la déclaration de Valls (certainement autorisée par l’Élysée) aussi bien que la réaction du chef de gouvernement tunisien sont malgré les apparences liées plus à la situation au Mali et aux jeux des alliances qu’à autre chose.

12/02/2013 19:47 par Quidam

manant
@ quidam
Sauf que l’édito commence par donner les mobiles du crime : "Il a été conçu pour provoquer le chaos social, la fêlure des coalitions, l’arrêt du processus électoral, l’empêchement de l’adoption du projet de constitution" (...)

Peut-être pensez-vous que cet assassinat a été conçu pour faire régner la paix sociale en Tunisie ?

17/02/2013 10:23 par zoubeida Felah

Les anglais devraient se faire plus discrets quant à défendre ces terroristes d’islamistes qu’ils ont hébergés chez eux !!!

(Commentaires désactivés)