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Thème : Haïti

Réforme de l’État haïtien : du spectacle à la vision, il reste du chemin !

Erno RENONCOURT

Ah, qu'elle est belle, la scène haïtienne, quand elle brille sous les feux des projecteurs des agences internationales ! Quand elle se présente dans sa volonté de réforme, qu'elle est efficace la collaboration entre les acteurs étatiques nationaux, éternels gardiens de l'opacité, et les partenaires internationaux de l'échec, éternels experts de l'urgence humanitaire qui dévoie et mutile ! Ainsi pendant 48 heures, l'État haïtien et ses indéfectibles partenaires techniques et financiers internationaux ont fait le show en nous mettant plein la vue sur cette réforme qui va moderniser l'administration publique haïtienne par le biais de recrutements de cadres compétents et d'un hypothétique régime méritocratique. Et comme on pouvait s'y attendre, en bons rois de la scène, ils ont assuré. Mais le bal étant fini, les rideaux tirés il est de bonne méthode d'arpenter les lieux d’où émergeront cette réforme pour livrer une analyse objective et lucide à partir des exigences du système de management de la qualité et des enjeux stratégiques d'une vraie réforme de l'État en Haïti.

La réforme de l’État, l’OMRH et les partenaires de l’échec : spectacle et lumière ! L’Office du Management des Ressources Humaines (OMRH) vient de lancer, avec force spectacle et éclats, un forum international sur la réforme de l’État. C’est une vaste campagne de médiatisation, faite de plaidoyers, de spots publicitaires autour d’informations de recrutements de cadres et de personnel compétents, qui est lancée pour, dit-on, moderniser l’administration publique haïtienne. Précisons que pour cette activité, l’OMRH est assistée des indéfectibles partenaires techniques et financiers internationaux de l’État haïtien que sont les grandes agences internationales qui travaillent, avec les fonds des états étrangers comme la France (AFD), les USA (USAID) et les États Européens (UE), pour soutenir une certaine vision du développement des pays dits sous-développés. Il nous parait opportun, quoiqu’assez provocateur, de relier cet événement au contexte judiciaire français qui met en lumière la mise en examen de l’ex (...) Lire la suite »

Et si c’était l’aube de la justice !

Erno RENONCOURT

Mais quelle heureuse coïncidence que cette douce rumeur qui s’est répandue dans Port au prince en la journée internationale des droits des femmes ! Un juge haïtien courageux vient de faire un clin d’œil aux femmes d’Haïti en faisant tomber, par le couperet de la justice, la tête d’un puissant homme d’affaires. Une façon symbolique de relier dans une mystique de la célébration des droits des femmes la dignité et la justice. Comme pour dire que c’est au fil de la lame scintillante du couperet de la justice que se trouve la dignité dont Haïti a besoin pour s’éclairer et naviguer au-delà des eaux indigentes.

Une lueur dans la nuit indigente La nouvelle m'est parvenue comme une douce rumeur et n'est pas encore confirmée officiellement. « Après 22 ans de procès, le Tribunal de première instance de Port-au-Prince, jugeant en ses attributions correctionnelles, présidé par le juge Jean Wilner Morin, vient de rendre une décision historique dans le cadre de l'affaire du Sirop Afébril Contaminé et Valodon. Le sieur Rudolph Boulos, PDG des laboratoires PHARVAL, est condamné à six mois d'emprisonnement et à 3 Millions de gourdes en faveur de chaque victime portée dans l'acte d'assignation. » Je précise qu'à l’heure où je rédige ce texte, aucune agence de presse n’a encore publié la nouvelle, laissant planer une incertitude qui semble confirmer l’incapacité de dissidence de quelques juges à agir dignement pour provoquer la rupture d’avec le modèle de l’indigence. Ainsi, sachant combien il y va souvent loin des rumeurs à la vérité quand il s’agit de justice et de messages colportés par les réseaux sociaux, j’ai cherché à (...) Lire la suite »

Le grand oublié de la reforme éducative haïtienne. Les manuels scolaires !

Saul JACINTHE
Publié en 2016, Jacques Michel Gourgues, dans les manuels scolaires en Haiti ; outils de la colonialité, converge une somme de critiques objectives et constructives dans le but de dénoncer la domination du savoir et les rapports de vérité et contre vérité dont ils sont porteurs. L’auteur, à travers ces réflexions, nous pousse à se questionner sur le contenu des ouvrages utilisés dans le systèmes scolaires haïtiens comme outils de colonialité. Quels sont les conséquences d’une éducation construite sur une telle controverse ? Peut-on encore parler d’éducation relatif au sentiment d’identité à la culture nationale et au patrimoine historique du pays ? Sont les interrogations auxquelles l’auteur tente d’y réfléchir. Ces réflexions sont basées, d’une part, sur des travaux d’un groupe Latino-Americain Moderne/Colonialité (MC), qui dénoncent de nouvelles formes de dominations dans les pays (dits) périphériques, dans la lutte contre le colonialisme moderne telle que la colonialité de l’être, du savoir et du pouvoir. (...) Lire la suite »

De quoi Trump est-il le nom ?

Renel EXENTUS, Ricard GUSTAVE
Un fait actuellement nous semble indéniable : Trump est le porte-parole, la figure emblématique du mouvement international de la suprématie blanche. Le personnage est certainement adulé, comme Hitler d’ailleurs, par les tenants du fascisme, du néonazisme et de l’idéologie de la supériorité de l’homme blanc. D’après certains analystes, 60 millions de personnes ont voté pour Trump lors des dernières élections. Des hommes, des femmes, des évangélistes, qui ne jurent que par la race et par la religion. Dans les pays occidentaux, y compris ceux que l’on désigne comme des pays de non-immigration, sa popularité n’est pas moins élevée. Trump serait devenu la voix d’une classe moyenne blanche en décrépitude, d’une classe ouvrière déboussolée, croupissant dans une crise, dont elle n’arrive pas à comprendre la nature. Trump prête sa voix à ces gens que le système a abandonnés. Il leur explique que le chômage, les crimes, la crise du logement, de l’éducation, etc. sont causés par cette multitude qui vient d’ailleurs, ces (...) Lire la suite »

Un cri merdique pour dire la colère venant d’un trou à rats

Erno RENONCOURT
Voici un cri merdique que je partage avec vous en ce dimanche 14 janvier 2018, pour laisser retentir ma colère et mon indignation d’habiter un trou à rats. Quoi qu’il laisse présager comme tonalité merdique, Il n’a pas pour autant la prétention de répondre à la polémique créée par les propos du génie insulteur qui, laissant échapper sa furie, a qualifié Haïti, le Salvador et l’Afrique de trou de merde. Ma démarche se veut pédagogique. Qu'importe que le génie insulteur ait raison ou tort, il n’en faut pas moins contextualiser son discours, pour assumer la part de vérité qu’il contient. Il s’agit aussi de s'en inspirer pour nous réapproprier notre dignité effritée par notre passivité et nos complicités, pour nous reprendre en mains et nous projeter dans l'avenir par d’intelligentes résolutions pour surprendre ceux et celles qui nous chient dessus, mais aussi ceux et celles qui nous pissent dessus en nous faisant croire que c’est de l’eau bénite tout en se gavant à l’envi de nos ressources merdiques. (...) Lire la suite »

Une IDÉE pour repenser l’intelligence haïtienne : Intégrité, Dignité, Éthique, Engagement

Erno RENONCOURT

A l'heure où Haïti sombre sous le poids d'une insoutenable indigence, il est devenu urgent, à l'aube de cette nouvelle année 2018, de questionner les fondements de l'intelligence haïtienne pour comprendre quelle est la fonction du savoir dans le devenir d'un peuple. Comme toujours, je n'ai pas de fleurs à offrir, mais des épines à partager, car le bilan du patrimoine culturel de mon pays, combien lourd d'un passif d'indignité, n'autorise guère à la complaisance et aux pseudo-congratulations. Du reste, le paysage humain et institutionnel haïtien interdit de célébrer une quelconque réussite qui eut pu justifier l'attribution de lauriers. Et ceux qui croient avoir des raisons de célébrer leur succès doivent humainement se questionner....... Oui, comme vous vous en doutez, il n’y aura pas de trêve même en cette saison de supercherie festive. Certaines batailles exigent la permanence de la pugnacité, car c’est la constance qui donne la légitimité.

Finir 2017 par la rupture d'avec l'indigence Il y a un an, nous avions débuté 2017 avec un arrière-goût de médiocrité et de vulgarité. C’était la confirmation de la continuité d’un régime politique que nous savons pourtant tous corrompu et indigent, mais dont nous nous accommodons bien ; qui par délinquance assumée, qui par opportunisme mesquin, qui par anti-lavalas primaire, qui par précarité intellectuelle, qui par lassitude politique. Les évènements qui se sont enchainés ont confirmé, peu ou prou, la clochardisation des institutions haïtiennes et la déshumanisation de l’homme haïtien incapable d'opposer le meilleur au pire et toujours dans la séduction vis à vis de la bêtise quand il en tire profit. De l’arrestation par la DEA et de la condamnation par un tribunal fédéral américain d’un sénateur haïtien pour trafic de stupéfiants, quoi qu'indigemment élu ; du classement d’Haïti par les pays de la caraïbe (GAFIC) comme champion du blanchiment des avoirs dans la région ; de la publication du budget 2017 comme (...) Lire la suite »

Haïti, la quadrature du cercle ou l’improbable lutte contre la corruption

Erno RENONCOURT

Alors qu'il est inculpé et suspecté de blanchiment d'argent, alors que son administration et son cabinet sont peuplés de personnes recherchées par la justice et / ou épinglées par des rapports officiels dénonçant de nombreux cas de corruption, le président haïtien vient de faire une nouvelle provocation en disant qu'il est le seul à avoir la solution contre la corruption en Haïti. Serait-ce un aveu qui confirme l’implication de l'état haïtien au plus haut niveau dans les pratiques mafieuses comme le dénonce le rapport de la commission sénatoriale sur les malversations des fonds de PetroCaribe  ? Ou serait-ce une manière de banaliser l'initiative de ceux qui cherchent à se mobiliser contre la corruption ? Qu'importe le sens de cette affirmation, elle renforce l'idée de l'improbable capacité de la société haïtienne à se mobiliser pour lutter contre la corruption comme le prouve l''échec de la marche contre la corruption au regard du succès de la procession de l'église catholique consacrée à Marie.

Une marche apolitique mesurée contre une course politique effrénée Le mardi 5 décembre 2017, à l’initiative du « collectif du 4 décembre » et de ses alliés, une marche contre la corruption a eu lieu à Port-au-Prince. Il s’agissait, pour la société civile haïtienne de prouver à elle-même et au monde entier qu'Haïti pouvait aussi, comme ailleurs, en Corée du Sud, au Guatemala, en République dominicaine ou en Israël, se mobiliser collectivement pour agir dignement contre la corruption. C'était un rendez-vous pour le moins attendu, notamment après le rapport de la commission sénatoriale sur PetroCaribe documentant un vaste réseau de dilapidation, de détournement des fonds de PetroCaribe, à hauteur de plus de 3.8 milliards de dollars, par les différentes administrations politiques qui se sont succédé en Haïti entre 2009 et 2016. C'était aussi, en quelque sorte, un test grandeur nature pour mesurer la capacité de l'opinion publique à se mobiliser afin d'apporter une réponse aux personnes indexées dans ce rapport, (...) Lire la suite »

Et si Haïti passait de l’indigence à l’intelligence !

Erno RENONCOURT

Tandis qu'Haïti meurt,comme un bateau de mauvais équipage, soulevé par la marée haute et dérivant au gré des vagues et des vents, les indigences se succèdent. La MINUSTAH s'en va, la MINUSJUSTH s'en vient. Vingt-quatre ans que cela dure, si l'on se ramène à 1993. Pourtant, à l'horizon, le même bordel institutionnel qui fait la fortune d'une certaine expertise internationale douteuse et obsolète. S'il faut blâmer la communauté internationale qui s'oriente toujours vers les choix les plus simplistes au nom des intérêts de ceux qui, parmi les puissants d'ici et d'ailleurs, croient qu’Haïti leur appartient ; les Haïtiens sont en partie aussi responsables de leur déchéance à force de vivre dans l'imposture, l'abandon et la soumission. Alors, il faut oser espérer qu'une nouvelle génération naitra et aidera Haïti a passer de l'indigence à l'intelligence.

De la déchéance à l'indigence La sagesse chinoise prétend qu'un oracle au service de l'Empire eut à conseiller à un des Empereurs une façon plus efficace que la guerre pour condamner une nation à la déchéance. Il lui dit : « Si vous voulez détruire un pays, inutile de lui faire une guerre sanglante qui pourrait durer des décennies et coûter chère en vies humaines. Il suffit de détruire son système d’éducation et d’y généraliser la corruption. Ensuite, il faut attendre vingt ans et vous aurez un pays constitué d’ignorants et dirigé par des voleurs... » C'est exactement la situation dans laquelle vit Haïti aujourd'hui : malgré les réussites littéraires et artistiques de quelques uns, malgré les titres académiques et les distinctions honorifiques de certains autres, Haïti vit dans une période de basses eaux intellectuelles et éthiques. La pensée littéraire et artistique triomphante, les palmes académiques accrochées au front de ses fils et de ses filles les plus brillants ne l'empêchent pas d'être un pays de (...) Lire la suite »

Ce sénateur qui n’aimait pas l’humour et qui avait surtout peur des chiens

Erno RENONCOURT

Haïti vit un contexte politique, économique et social de plus en plus précaire. Les interventions de la communauté internationale entre 1994 et 2017, pour restaurer l'état de droit, n'ont fait que stabiliser et structurer le dysfonctionnement institutionnel. La nouvelle législature issue des élections de 2016, acquise à la cause de l’exécutif, qui lui-même n'est qu'un relais des grandes ambassades étrangères et des intérêts du secteur privé des affaires, vote des lois qui agresse fiscalement et étouffe économiquement une population déjà si appauvrie et combien meurtrie par de nombreuses catastrophes naturelles. Devant la complicité de cette assemblée de crapules qu'est devenue l'état haïtien, si le citoyen élève la voix pour dénoncer et caricaturer l'imposture des hommes politiques, il est vite assimilé à un chacal qui veut faire la peau d'un élu qui se transforme pour l'occasion en un mouton paré pour un sacrifice expiatoire. Ainsi, l'état de passe-droit instauré en Haïti livre des accents de mélodrame où tel sénateur, ayant en horreur l'humour et se découvrant peureux des chiens, rejoue Hector suppliant Achille de ne pas livrer son corps aux chacals...

Les chiens des mythes et des héros grecs Chante, ô Muse, la colère d’Achille, fils de Pélée, colère funeste, qui causa tant de malheurs aux Grecs, qui précipita dans les enfers les âmes courageuses de tant de héros, et rendit leurs corps la proie des chiens et des vautours. Ainsi commence le Chant I de l’Iliade d’Homère qui raconte comment « s’accomplit la volonté de Zeus, du jour où se divisèrent, après une vive dispute, Agamemnon, roi des hommes, et le divin Achille » . Plus loin, le Chant XXII décrit un dialogue dans lequel Hector, subissant la vengeance meurtrière d’Achille pour la mort de Patrocle, livre ses craintes et confie son angoisse de voir, comble d'humiliation, son cadavre livré aux chiens et aux vautours pour être dévoré. En ce temps-là, les mythes célébraient le funeste destin des héros déchus qui, au lieu, d’être immortalisés par le feu, pour se transformer en poussières d'étoiles, étaient " livrés à la charogne, tel des bêtes, qui devaient être mangées par d'autres bêtes selon la coutume des (...) Lire la suite »

Haïti : De la colonisation à l’esclavage économique

Jérôme DUVAL
Finalement, les pays dits « en voie de développement » (PED) d’aujourd’hui remplacent les colonies d’hier : les grandes entreprises multinationales occidentales se placent dans les anciennes colonies, y investissent et en extorquent les ressources pour accumuler de faramineux profits qui s’évadent dans des paradis fiscaux appropriés. Tout cela se déroule sous le regard bienveillant des élites locales corrompues, avec l’appui des gouvernements du Nord et des Institutions financières internationales (IFI) qui exigent le remboursement de dettes odieuses héritées de la colonisation. Par le levier de la dette et des politiques néocapitalistes imposées qui la conditionnent, les populations spoliées paient encore le crime colonial d’hier et les élites le perpétuent subrepticement aujourd’hui, c’est ce qu’il est convenu d’appeler le néocolonialisme. Pendant ce temps, hormis quelques tardives et bien trop rares reconnaissances des crimes commis, on se hâte d’organiser l’amnésie collective afin d’éviter tout débat (...) Lire la suite »
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