RSS SyndicationTwitterFacebookFeedBurnerNetVibes
Thème : Esclavage

Marcus Rediker : « Il est important de montrer comment les classes populaires ont fait histoire »

Marcus REDIKER

Dans Les Hors-la-loi de l’Atlantique, publiés aux éditions du Seuil, l’historien étasunien nous offre une synthèse de ses recherches concernant l’histoire de la marine à voiles, matrice du système capitaliste, mais aussi des luttes, des refoulés et des idéaux de la modernité.

Votre ouvrage Les Hors-la-loi de l’Atlantique nous offre une synthèse de trente années de vos recherches concernant l’histoire de la marine à voile des XVIIe, XVIIIe et de la première moitié du XIXe siècle. En quoi votre travail s’inscrit-il dans le courant historique que l’on appelle l’« histoire par en bas » ? Marcus Rediker : La première chose que je voudrais dire, c’est que l’expression « histoire par en bas » a pour la première fois été utilisée par l’historien français Georges Lefebvre, dans les années d’avant-guerre. La tradition de l’histoire par en bas (history from below), à laquelle j’appartiens en effet, comprend des historiens français, mais aussi plus particulièrement britanniques, tels E. P. Thompson (1) et Christopher Hill (2), historiens marxistes et pionniers de ce type d’histoire dans les années 1960. Aux États-Unis, dans les années 1970, une version légèrement différente de ce type d’histoire a été développée sous le nom d’« histoire de bas en haut » (history from the bottom up), dans le (...) Lire la suite »

Esclavage, traites négrières et racismes arabes... sans indignation sélective

Luis BASURTO

Dénoncer les traites négrières... oui, mais toutes. Pas d'indignation sélective. N’oublions pas certains pays arabes, ni même certains pays d’Afrique noire.

Les traites négrières n'ont pas été l'apanage des Européens. Pour être plus exacts, les traites négrières ont été depuis le Moyen âge d'abord arabes, musulmanes, et ottomanes, sans entrer dans les détails de celles de l'Antiquité. Et bien sûr aussi inter-africaines, intra-africaines... Depuis combien de temps ? Arabes, venant de l'Arabie heureuse après l'année 622 DC, et Ottomans – dès le XVème siècle – capturaient et trafiquaient de bons Blancs européens dans les côtes de la Méditerranée, voire venant des terres bien à l'intérieur de l'Europe continentale. C'était toute une industrie, car certains de ces esclaves étaient rachetables moyennant le paiement de lourdes rançons. Le célèbre écrivain espagnol Miguel de Cervantes – auteur de Don Quichotte – fut un de ces esclaves-otages. Cela nous rappelle certaines pratiques bien de nos jours. Les racismes négrophobes arabes ont-ils précédé, été concomitants ou succédé aux trafics esclavagistes arabes ? Ce qui est sûr c'est que ces racismes sont bien la réalité de nos (...) Lire la suite »

La globalisation des forces spéciales (Il Manifesto)

Manlio DINUCCI
Un accident, parfois, permet de découvrir une « guerre couverte ». C’est ce qui est advenu au Yémen, où à Sana un membre des Forces spéciales USA et un agent de la Cia ont tiré sur deux hommes en les tuant. Selon la version officielle, il s’agissait de deux terroristes d’Al Qaeda qui voulaient les enlever. Le fait, rien moins que clair, a suscité une vague de protestations contre le gouvernement, déjà sous accusation parce qu’il permet aux drones de la Cia d’opérer au Yémen en partant d’une base saoudienne. Le Pentagone – confirme le New York Times - a intensifié les actions de ses forces spéciales au Yémen. Pays de grande importance par sa position géostratégique sur le Détroit Bab El Mandeb entre Océan Indien et Mer Rouge, traversé par les principales routes pétrolières et commerciales entre l’Asie et l’Europe. En face du Yémen, à 30 Kms à peine sur la rive africaine, se trouve Djibouti où est stationnée la Task force conjointe pour la Corne d’Afrique, formée d’environ 4 mille hommes des forces spéciales (...) Lire la suite »
Encore un intellectuel français piégé dans une dictature antique...

Edgar Morin au Qatar...

Jacques-Marie BOURGET

C’est étonnant… Pourtant il est très connu, et aimé, et « émérite » même ; et personne n’a publié la nouvelle : le 29 octobre 2013, le philosophe, sociologue et historien Edgar Morin s’est suicidé. En public dans la salle du « Centre de la Charia et de la vertu islamique » à Doha…. Présent auprès de lui le révérent père Tarik Ramadan -plutôt que de le dissuader de son geste fatal- lui a tendu la cigüe.

Que ceux qui aimaient, ou aiment encore Edgar Morin se rassurent, sauvé in extremis le philosophe, sociologue et historien respire encore. Au bout du compte -celui qui s’égraine jusqu’à dix et marque le K.O.- le magicien Ramadan a su invoquer un être suprême qui, bien luné, a laissé la vie au néo-suicidé. En fait l’homme exemplaire n’a fait que flinguer sa bonne réputation. Vous ne rêvez pas, Edgar Morin, l’ami de la liberté s’est rendu au Qatar pour y cautionner un barnum baptisé « Wise 2013 », qui est à l’éducation, disent ses promoteurs, ce que Davos est à la finance. Notons le parallèle : Davos, le cercle de ceux qui dirigent le monde et le tuent, l’affament… Ainsi, assis dans un angle de vision balisé par les longs cils de la cheikha Moza, nous avons pu voir Morin et Ramadan, ce dernier heureux et discret comme un chat qui sait qu’il mangera la souris. Morin a glosé sur la nécessité de ne plus former, des profs ou des instits mais des « mondiologues ». Allons bon. Contre le prix de son billet d’avion et (...) Lire la suite »
Champagne, petits cadeaux, chèques... notre intelligentsia a ses dictateurs chéris

La petite souris du Grand Soir s’est invitée à une soirée privée de l’ambassade du Qatar à Paris.

legrandsoir

Souris ou taupe ? En tout cas, un carton d’invitation en main, l’agent LGS 117 s’est glissé dans la foule des Lèche-Qatar à l’occasion du départ de l’ambassadeur. C’était pendant l’horreur d’un début de profonde nuit, à Paris, le 12 novembre 2013, dans une débauche de bouquets de fleurs, d’inconnus gras et roses, de marbre, de députés, de dorures, de ministres, de lustres de cristal, d’artistes, de bouteilles de champagne, de larbins obséquieux, de messieurs en costumes sombres et de dames emperlouzées comme la Castafiore.

L’ambassadeur, S.E. Mohamed Al Kuwari (discrètement décoré le 17 octobre dernier de l’insigne de commandeur de la légion d’Honneur par François Hollande) se pâmait devant l’abondance des poissons français qui s’agitaient dans ses filets. Pas du menu fretin, vous allez voir, du lourd, voire du lourdingue. Tenez, Enrico Macias. Il y alla de sa chansonnette, sous l’œil émerveillé de Manuel Valls, qui étant ministre d’un gouvernement PS, se goberge partout où le socialisme est à l’honneur. Autour de LGS 117, le public s’ennuyait un peu et s’impatientait poliment. Parce que : « Enfants de tous pays », ça a vieilli. Enrico a essayé de faire chanter le public, mais en vain. Tout juste quelques frappements des mains cadencés. L'artiste était hors sujet dans l’ambassade d’un Émirat où il eut fallu chanter « Esclaves de tous pays ». Puis il interpréta un chant en arabe. Autour de LGS 117, ça gloussait ou ça se dandinait, on était gênés. Du coup, les applaudissements furent maigrichons et, en l’absence d’un rappel, Enrico (...) Lire la suite »
15 

"Nature Humaine" et animalité.

Wilhelm REICH

Ce texte est constitué de larges extraits du chapitre 12, § 2 de « Psychologie de Masse du Fascisme », intitulé « Rigidité biologique, inaptitude à la liberté, conception mécanique et autoritaire de la vie » ( Payot, 1974 ). Il est nécessaire de rappeler le point de vue de Reich concernant l’invention d’une nature humaine qui serait distincte de celle de l’animal, surtout à l’heure où ressurgit avec force la mouture 2.0 du vieux débat nature versus culture.

L’Homme est au fond un animal À la différence de l’homme, les animaux ne sont pas des robots, ne sont pas sadiques, leurs sociétés ( à l’intérieur de la même espèce ) sont infiniment plus pacifiques que celles des hommes. La question fondamentale qui se pose est la suivante : qu’est ce qui a poussé l’homme à dégénérer en robot ? Quand je parle de l’animal, je ne songe à rien de méchant, de cruel ou « d'inférieur », mais à un fait biologique. L’homme a développé une curieuse conception, aux termes de laquelle il ne serait pas un animal, mais précisément un « homme » s’étant débarrassé de tous les attributs « méchants » et « bestiaux ». L’homme se distancie par tous les moyens du méchant animal et se réclame, pour justifier sa « supériorité », de la culture et de la civilisation qui le distinguent de l’animal. Il prouve par son attitude, par ses « théories des valeurs, ses philosophies morales, son « éthique » , etc., qu’il veut oublier le fait qu’il est au fond un animal qui a bien plus en commun avec « l’animal » qu’avec (...) Lire la suite »
27 

Grèce : La révolte des affamés d’Amindeo

Fabien Perrier

«  Esclavage  », «  Moyen Âge  », «  faim  »… ainsi parlent ces Grecs, ouvriers sur le chantier minier à Amindeo, en grève à 90 % depuis début septembre. Écoutez l’exploitation à laquelle ils sont contraints dans un pays où le chômage frappe 30 % de la population...

Les intervenants à la tribune n’en crurent d’abord pas leurs yeux. D’un coup, 400 gueules noires des temps modernes sont rentrées, fin septembre, dans la salle du centre culturel d’Amindeo, au nord de la Grèce, en plein débat sur l’économie grecque. De la modernité, eux n’ont rien. Des turpitudes des politiques économiques, ils vivent tout. Ils ont décidé de se mettre en grève et de le faire savoir. De dénoncer l’esclavage qu’ils subissent au quotidien sur le site d’Aghi Anargyri 9. Là, des mines à ciel ouvert s’étendent à perte de vue, plaies béantes dans un paysage bouleversé par l’extraction de lignite, dominées par deux centrales électriques, richesses de la région. Ce qu’ils disent résonne comme un coup de grisou : « On a faim ! », « C’est une honte, les salaires que vous versez ! On ne peut même pas se payer le minimum vital : le pain, l’eau, l’électricité »… Dans la salle, le parterre regroupant les notables régionaux – le gouverneur, le vice-gouverneur, leurs conseillers, les maires de Florina et d’Amindeo, (...) Lire la suite »

Retour de la ¨Dialectique entre maitre et esclave¨ d’Hegel. Quel rapport avec Haiti ?

Jean-Jacques Cadet

Alain Brossat s’inscrit, ces dernières années, dans une tradition de pensée qui cherche à revaloriser le schéma hégélien de la dialectique maître-esclave . Cette démarche est renforcée dans son dernier ouvrage Les serviteurs sont fatigués dans lequel il se donne pour objectif principal de comprendre avec ce type de relation, la dynamique du monde contemporain marqué par des oppressions de toutes sortes. La relation maître-serviteur, dans sa persistance, devient dans ce cas un principe d’intelligibilité politique de notre époque. L’enjeu serait la pertinence de cette relation, historiquement liée à des systèmes pré-modernes, dans une époque dominée par le capitalisme.

Comment faire cohabiter théoriquement ces deux rapports d’oppression : maître-serviteur et bourgeois-prolétaire ? Les serviteurs sont-ils les vraies figures de l’émancipation du moment ? Cette époque ne laisse-t-elle pas derrière elle le rapport maître-esclave ? Comment penser philosophiquement l’émancipation du monde contemporain ? Hegel a consacré toute une partie de sa Phénoménologie de l’esprit au traitement de la relation entre maître et esclave. En faisant apparaitre la dialectique qui existe entre l’¨en soi¨ et le ¨pour soi¨ de la conscience de soi comme sujet humain, il évoque la présence de ¨l’autre¨ dans la constitution de soi (¨Figures de conscience¨). Rapport double avec ¨l’autre¨ comme élément stratégique de son essence et aussi comme élément qu’il faut abolir car il n’est pas son essence. Ces deux moments contradictoires et essentiels font appel chez Hegel à ¨la relation du maître au valet qui s’opère médiatement par l’intermédiaire de l’être autonome¨ . Par là, Hegel pointe le rapport de dépendance qui (...) Lire la suite »
Persistence de l’esclavage en Mauritanie

Vous avez dit abolition de l’esclavage… Depuis quand ?

Robert BIBEAU

Alors que François Hollande, a commémoré l’abolition de l’esclavage, rappelant que le préjudice ne pourra jamais être réparé, quelques jours auparavant 1100 esclaves salariés modernes trouvaient la mort suite à l’effondrement d’un immeuble au Bengladesh dans lequel ils travaillaient sans relâche, à coup de cravache, payés misérablement, afin que les riches puissent vendre pour quelques euros, des habits « à la dernière mode ».

L’esclavage survit à son abolition Le 10 mai 2013 Radio-France-Culture commémorait à sa façon la journée internationale de l’abolition de l’esclavage pourtant encore bien présent sur tous les continents (1). « L'esclavage existe bel et bien en Mauritanie ». C’est par ces mots, exprimés durant la Convention de mai 2012, que Messaoud Ould Boulkheir, président du Parlement, répondait aux Mauritaniens qui réfutaient l'existence d'un tel crime contre l’humanité sur les terres mauritaniennes. Des travaux réalisés par les associations mauritaniennes de défense des Droits de l'Homme, ont affirmé la réalité de l'esclavage. ». Dernier État à interdire l’esclavage, en 1981 la République de Mauritanie a soi-disant aboli les pratiques esclavagistes. Depuis 2007, la loi considère l'esclavage comme un crime passible de 10 ans de prison. Auparavant, le décret colonial français de 1905 le réprimait également, mais aucune sanction n'ayant jamais été appliquée, l’esclavage sévit et les pouvoirs politique, judiciaire et (...) Lire la suite »

L’esclave crypté

Gaëtan PELLETIER
Tout progrès est ambigu, à la fois chance et péril. C'est nous qui choisissons. Le progrès technique nous donne actuellement la possibilité de gagner plus, de vivre mieux, de travailler moins. Et comme nous avons libéré la cupidité des hommes, avec la libéralisation du secteur financier, ce sont les effets pervers qui l'emportent. Ce qui devrait être un instrument de libération des hommes devient un moyen d'asservissement. L'homme devient la variable d'ajustement de l'augmentation des dividendes. Tant qu'on n'aura pas tranché le nœud gordien du pouvoir de la finance, rien ne sera possible. Parce que le rapport de force agira toujours dans cette direction, et le côté pervers du progrès technique l'emportera toujours. Sous la pression des événements et des drames qui se multiplieront, serons-nous amenés à le faire à temps ? Sans cela, nous courrons à la catastrophe. Il faut continuer à alerter et à travailler dans ce sens. ( René Passet, Bastamag ) Le grand pouvoir de ce monde repose désormais sur la (...) Lire la suite »
afficher la suite 0 | 10