Ángeles Diez Rodríguez
Le 30 Juillet s’est produit un évènement politique d’une portée historique considérable : un peuple internationalement assailli à l’extérieur et soumis à la violence paramilitaire à l’intérieur, est descendu dans la rue pour exprimer son double rejet de l’ingérence internationale et des aspirations des élites locales à reprendre le pouvoir.
Il y a moins de vingt ans, au siècle dernier, un évènement d’une telle ampleur aurait figuré en première page de toute la presse d’information du monde. Les médias de masse, publics et privés, l’auraient relevé dans leurs gros titres, sans doute manipulateurs, mais ceux-ci auraient parlé du défi du peuple vénézuélien face aux menaces de l’impérialisme. Ils auraient montré des images, peu nombreuses, mais sans doute quelqu’une ou quelqu’autre de ces immenses files de vénézuéliens devant les bureaux de vote, comme ceux du Poliedro de Caracas, ou de ces gens marchant à travers les collines et traversant les rivières dans la région de Táchira ou (…)
Angeles Diez Rodríguez
L’affaire de la Syrie est l’une des plus paradigmatiques de celles qui depuis 2011 mettent clairement en évidence le rôle de légitimation de la guerre que jouent des intellectuels connus pour être de gauche. Une importante partie de ceux-ci a choisi de servir de chœur à la guerre médiatique contre la Syrie, investis d’une aura illustre et portant les principes moraux de mode occidentale. Du haut de leurs chaires dans les médias grand public mais aussi dans les médias alternatifs, ils élaborent des explications, des justifications et des rapports qu’ils présentent comme des principes éthiques quand en réalité il s’agit de leurs opinions politiques. Ils ridiculisent et simplifient, manipulent et déforment les options des militants anti-impérialistes, et, y compris, se permettent de faire la leçon aux gouvernements latino-américains qui, défendant la souveraineté et le principe de non-ingérence, s’opposent à la guerre contre la Syrie.
En juin 2003 dans le cadre de la guerre et de l'occupation de l'Irak, il ne fut pas très difficile, dans les milieux universitaires, dans ceux de la culture et ceux des militants de gauche, que se lèvent des milliers de voix contre la guerre ; nous avons été capables de reconnaître les pièges discursifs, capables de découvrir les intérêts de l'empire US et de ses alliés, de dévoiler les mensonges médiatiques et surtout d'établir des priorités dans la mobilisation et la dénonciation. Nous n'avons pu arrêter la guerre ni l'occupation de l'Irak mais nous avons posé les fondations d'un mouvement anti-impérialiste qui pourrait avoir été le frein à main à la barbarie belliciste et qui, d'une manière ou l'autre, ajourna l'objectif de continuer la néocolonisation de la zone.
Si en 2003 il nous fut relativement facile de nous mobiliser contre la guerre en Irak et les plans impériaux US, ce qui ne signifiait pas appuyer une quelconque dictature, beaucoup nous posent aujourd'hui la question (…)