Auteur Classe Internationale

Entretien avec Luis, étudiant colombien et réfugié politique en France

Classe Internationale

Nous recevons Luis, étudiant dans une université parisienne. Nous avons décidé de garantir son anonymat, pour préserver sa sécurité et celle de sa famille en Colombie. Etudiant en droit, il participe à des recherches sur les violations des droits de l’homme, notamment sur l’affaire dite des « faux positifs ». Luis nous raconte son vécu de soldat et nous éclaire sur cette affaire. (Classe Internationale)

« Faux positifs » ? Chaque unité de l’armée colombienne communique à sa hiérarchie le nombre de combattants ennemis tués, un « positif » correspond à un guérillero tué. L’affaire des « faux positifs » fait référence à une série de scandales ayant éclaté en 2008 suite à des exécutions extrajudiciaires et des assassinats de civils déguisés en guérilleros par l’armée. Les affaires ont mis la lumière sur les dérives d’une « body count mentality » (mentalité du décompte des corps) qui consiste à se baser sur le seul nombre d’ennemis tués comme indicateur de résultat pour des opérations militaires. Des systèmes de récompenses ont été mis en place qui attribuaient des primes et des permissions pour chaque guérillero tué. Le décret secret n°29 de 2005 détaille les montants des récompenses en argent et en permissions. On voit par exemple ici les récompenses selon le matériel de guerre saisi sur un guérillero exécuté (du poncho au missile terre-air…) Classe Internationale : Bonjour Luis, (…)

3 questions à Régis Bar : le "paramilitarisme" en Colombie

Classe Internationale

Classe Internationale pose 3 questions à Régis Bar Coordinateur Colombie à Amnesty International France et spécialiste du fait paramilitaire en Colombie.

Classe Internationale : Que désigne le terme de « paramilitarisme » en Colombie, qui sont ces groupes paramilitaires et d’où viennent-ils ? Régis Bar : Le « paramilitarisme » en Colombie prend son origine dans le recours à des civils armés comme auxiliaires des Forces Armées, qui font partie intégrante d’une stratégie anti-insurrectionnelle visant à détruire le supposé soutien que la population civile peut apporter aux mouvements de guérilla. Les groupes paramilitaires, qui sont légalement créés dans les années 1960, se présentent au départ comme des groupes « d’autodéfense » ayant vocation à protéger les communautés locales des guérilleros, mais leurs actions débordent vite et largement ce cadre. En effet, les élites politiques et économiques locales, notamment les propriétaires terriens, ont fréquemment recours aux paramilitaires pour expulser les paysans, les indigènes ou les communautés afro-descendantes des terres qu’ils souhaitent exploiter ou pour éliminer les opposants (…)