Auteur Fabrice Joris

La fin du voyage

Fabrice Joris
Quel est le déclencheur du voyage ? Quelle est sa finalité ? Quelle est sa valeur éducative ? En quoi est-on fondé à dire « j'ai fait tel pays » ? Voilà autant de questions qui se posent au voyageur même s'il ne les formule pas toujours expressément. C'est toujours un imaginaire préconstitué qui donne la première impulsion au voyage. Cet imaginaire est pétri d'un ensemble de facteurs d'inertie qu'il faut vaincre pour pénétrer le réel. Cette réalité construite est un hyperréalisme mental auquel le pays d'accueil est presque tenu de se conformer. Et si le réel résiste, on a tendance à le moduler selon nos perceptions. Pour découvrir, il faut apprendre à penser contre soi, contre l'opinion et la perception (les idées reçues, les mythes, l'inconscient, les généralisations hâtives). L'opinion est un impensé qui ne se prend pas pour sujet et c'est en ceci qu'il se distingue de l'idée. Notre imaginaire ne pourra être actualisé que si l'on fait preuve de réceptivité active c'est-à -dire (…)

L’immunité artistique selon Roman Polanski

Fabrice joris
Le soutien apporté par l'intelligentsia européenne et le landerneau cinématographique au fugitif Roman Polanski après son arrestation en Suisse pour une affaire de moeurs dévoile leur sens aigu de la solidarité corporatiste en même temps que leur indécente suffisance. Il ne s'agit pas de juger du fond de cette affaire sordide mais de faire le procès de l'arrogance d'une certaine coterie qui prend des licences avec la morale et la justice. Ils se déclarent tous outrés par tant d'impudence et n'hésitent pas à en faire part publiquement. Bernard Kouchner reconnaît avoir intercédé en faveur de R ; Polanski auprès de son homologue étasunienne quand Frédéric Mitterrand estime « absolument épouvantable » son arrestation « pour une histoire ancienne qui n'a pas vraiment de sens ». Au coeur de ce comité de soutien, on retrouve le facétieux Bernard Henri-Lévy, qui relativise les faits en les qualifiant « d'erreur de jeunesse », lors même que le principal intéressé avait 43 ans au moment (…)