Auteur José Antonio Gutiérrez D.

Je ne suis pas Charlie

José Antonio Gutiérrez D.

Je tiens à clarifier d’emblée que je considère l’attentat contre les bureaux du journal satirique Charlie-Hebdo à Paris comme une horreur et que je ne crois pas qu’il soit justifiable en quelque circonstance que ce soit, de convertir un journaliste, si douteuse que soit sa qualité professionnelle, en objectif militaire. Cela vaut en France, comme en Colombie ou en Palestine.

Je ne m'identifie non plus avec aucun fondamentalisme, ni chrétien, ni juif, ni musulman, ni non plus avec le laïcisme bébête francisé, qui érige la "République" sacrée en déesse. J'apporte ces précisions, qui sont nécessaires puisque les gourous de la haute politique en Europe nous assurent que nous vivons dans une "démocratie exemplaire" avec des "grandes libertés", même si nous savons bien que Big Brother nous surveille et que n'importe quel discours hors cadre toléré se voit durement puni. Mais je ne crois pas qu'une condamnation de l'attentat contre Charlie Hebdo doive entraîner automatiquement qu'on porte aux nues une publication qui est, fondamentalement, un monument d'intolérance, de racisme et d'arrogance coloniale. Des milliers de personnes, affectées par cet attentat –ce qui est compréhensible -, ont fait circuler des messages disant "Je suis Charlie" comme si ce message était le dernier cri de la défense de la liberté. Eh bien, je ne suis pas Charlie. Je ne (…)

Un, deux, cent Buenaventura à travers toute la Colombie ... Un portrait des vandales au pouvoir

José Antonio Gutiérrez D.
"Ceux-ci découvraient une série de corps défigurés dispersés dans la localité , vestiges d'un antagonisme social aveugle et éradicateur. Cette scène aurait pu correspondre à quelque chose d'absolument chaotique et désordonné, dans la mesure où les corps avaient été démembrés, dispersés et empilés un peu partout. Mais il était également possible de trouver des scènes où il y avait un ordre intentionnel, une véritable mise en scène. (... ) Cette procédure visait principalement à terroriser les habitants du village, qui prenaient la fuite en abandonnant tout ". María Victoria Uribe Alarcón , "Anthropologie de l'inhumanité " , 2004, p.92 Dès qu'on arrive à Buenaventura, on éprouve un certain sentiment de malaise. Il semble que tous les bâtiments sont sur ​​le point de tomber, en proie à la moisissure et à la pourriture. Contrairement à d'autres régions de la Colombie, on respire méfiance et peur ... un sentiment d'abandon est d'emblée évident. Il est incroyable que la plupart des (…)

Médias et conflit en Colombie : les retombées de l’affaire Langlois

José Antonio Gutiérrez D.

Fin avril, au cours d’un affrontement dans le Caquetá entre des unités de l’armée et le Front 15 des FARC-EP, le journaliste français Roméo Langlois a été capturé alors qu’il accompagnait l’armée dans le cadre de son travail. Sa capture puis sa détention ont encore une fois remis sur le tapis, sous les yeux de la communauté internationale, le conflit armé toujours occulté qui se déroule en Colombie.

Les insurgés, après avoir écarté des suspicions initiales (en effet dans un premier temps, ils ont cru que Langlois pourrait être un des agents israéliens ou usaméricains qui accompagnent et conseillent l'armée colombienne [1]), ont publié un communiqué déclarant : « Roméo Langlois portait des vêtements militaires de l'armée régulière en plein milieu d'un combat. Nous pensons que le minimum qu'on puisse espérer pour qu'il recouvre sa totale liberté de mouvement, c'est l'ouverture d'un large débat national et international sur la liberté d'information » [2]. La réponse des médias colombiens à la proposition des insurgés a été caractéristique : l'éditorial d'El Espectador l'a qualifiée de « condition saugrenue », en insistant sur le fait qu'ils ne débattraient de rien par la force [3]. A son tour, El Tiempo a considéré que c'était une « exigence inacceptable » qu'il fallait rejeter énergiquement et que les FARC-EP n'avaient de leçon à donner à personne sur les principes du (…)