Auteur Laurence Mazure
10 mars 2015
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Colombie : sortir du conflit sous une paix fragile
Laurence Mazure
L’écho international du processus de paix colombien en dit long sur la crédibilité que le gouvernement et la guérilla des Forces armées révolutionnaires de Colombie (FARC) ont réussi à insuffler à leurs négociations au cours de ces deux dernières années. L’accueil réservé au président Santos lors de sa récente tournée européenne en est l’illustration.
« La paix n’a jamais été aussi proche », cette déclaration du président François Hollande lors de la visite officielle de son homologue colombien le 26 janvier dernier a une double signification. D’une part, la France s’engage à jouer un rôle actif dans la période dite du « postconflit » en matière de justice, d’éducation agricole afin de rendre le secteur agraire plus compétitif, et de gendarmerie, soit la création d’une force armée chargée de mission de police dans les zones rurales. L’Agence française de développement va aussi accorder à Bogota des prêts supplémentaires. D’autre part, un comité stratégique franco-colombien sera (…)
Colombie : Signer un accord ne signifie pas construire la paix
Laurence Mazure
Laurence Mazure, ancienne correspondante de presse en Colombie revient pour Ruido Latino sur les négociations de paix entre la guérilla des FARC et les gouvernement colombien. Elle s’intéresse à la place donnée aux victimes au sein des pourparlers et à la prise en compte de leurs témoignages pour construire une société post-conflit basée sur la vérité.
Il y a bientôt deux ans, la guérilla des FARC et le gouvernement colombien entamaient des négociations pour mettre fin à un conflit qui déchire le pays depuis un demi siècle. La prise en compte des attentes des victimes en matière de justice et de réparation constitue une avancée décisive des pourparlers de paix. Comme le rappelle Navi Pillay, le Haut-Commissaire des Nations unies aux droits de l’homme : « Le témoignage direct des victimes, avant même l’élaboration des mécanismes leur donnant le pouvoir de répondre à leur souffrance, est sans précédent. [...] Je pense sincèrement que la Colombie peut devenir un modèle à suivre pour les pays confrontés aux questions de paix, vérité, justice et réconciliation »[1] .
Le 15 août dernier, l’ONU, l’Université nationale de Colombie et la conférence épiscopale rendaient donc publics les noms des 12 personnes formant la première des cinq délégations de victimes. Leur tâche est de faire connaitre aux négociateurs des deux parties leurs (…)
27 janvier 2014
La Colombie, la CIA et plus de dix ans de mensonge
Laurence Mazure
COLOMBIE • Les révélations du Washington Post sur le rôle déterminant de la CIA dans le conflit colombien jettent un éclairage sans pitié sur la saga médiatique autour d’Ingrid Betancourt et la version officielle de sa libération le 2 juillet 2008.
Tout d’abord les informations établissent clairement que l’objectif premier de l’opération « Echec et mat » était bien la libération des trois agents américains et non celle d’Ingrid Betancourt. Or la couverture de l’information sur le conflit colombien entre 2002 et 2008 dans les médias français et francophones s’est généralement concentrée à outrance sur la seule personne d’Ingrid Betancourt. Cela a bien sûr permis de diaboliser la guérilla des FARC (Forces armées révolutionnaires de Colombie), tout en faisant le silence sur les atrocités des paramilitaires et leurs démobilisations de façade. Pire : le nom d’Ingrid Betancourt est devenu l’arbre cachant la forêt par rapport au vrai problème des prisonniers de la guérilla en général, et aux nouvelles dimensions géopolitiques de leur situation dès lors que trois agents étasuniens étaient détenus par les FARC.
Rappelons aussi que cette libération made in the CIA s’est déroulée à quatre mois des élections américaines de 2008, et (…)
L’urgente nécessité de couvrir la guerre en Colombie
Laurence MAZURE
Témoignage de Laurence Mazure, notre correspondante
"Il faut espérer qu'il y ait des journalistes qui aillent aussi avec la guérilla pour montrer un peu ce que les combattants ont à dire, parce que ce conflit-là n'est pas couvert" : ces paroles de Roméo Langlois, prononcées le 30 mai au moment de sa libération après 32 jours passés aux mains des FARC, nous rappellent ce qui devrait être la base normale de notre travail. Or ce n'est pas le cas, comme j'ai pu le constater au cours des dernières années, en tant que correspondante de La Libre en Colombie.
Déjà , il faut rappeler que ce conflit armé qui ravage depuis plusieurs décennies la Colombie et déstabilise sa région, ne se réduit pas aux seules forces de sécurité gouvernementales d'un côté, et aux FARC de l'autre. Les armées paramilitaires et aujourd'hui néo-paramilitaires, les groupes mafieux dédiés au contrôle de la chaîne de production et de vente de la drogue (cocaïne, mais aussi héroïne, avec l'explosion des cultures de (…)



