Auteur Laurent Lévy

Mémoire du groupe des étrangers - A propos d’une chanson célèbre

Laurent Lévy

Il y a aujourd’hui soixante-dix ans, 21 février 1944, Missak Manouchian et vingt-et-un membres de son groupe de Résistance, le FTP-MOI (Francs-Tireurs Partisans, Main d’Oeuvre Immigrée), étaient arrêtés et fusillés par les Nazis. Olga Bancic, arrêtée elle aussi, était décapitée quelques mois plus tard. Le texte qui suit leur rend hommage.

Pour beaucoup, la mémoire du « groupe des étrangers » est d’abord celle d’une chanson : « L’Affiche rouge » composée par Léo Ferré sur un poème de Louis Aragon, « Strophes pour se souvenir »... Ce texte, publié par Aragon dans son grand livre de 1956 Le Roman inachevé [1] avait été écrit l’année précédente, à l’occasion de l’inauguration, onze ans après la mort de ses combattants, d’une rue Groupe Manouchian à Paris. Aragon écrit dans les notes qui accompagnent son livre : « Le poète arménien Manouchian, héros de notre résistance, chef du groupe dit « des étrangers », ou « de l’affiche rouge », a été fusillé par les nazis en février 1944. » Vous n’avez réclamé la gloire ni les larmes Ni l’orgue ni la prière aux agonisants Onze ans déjà que cela passe vite onze ans Vous vous étiez servi simplement de vos armes La mort n’éblouit pas les yeux des Partisans Cette première strophe, toute déclamatoire, ne dit encore rien des « étrangers » eux mêmes. Le choix du poète est de (…)
13 

Si j’avais un marteau : Réflexions autour d’une célèbre chanson

Laurent Lévy

En hommage à Pete Seeger, qui vient de nous quitter à l’âge de 94 ans, nous republions ce texte d’hommage, publié ici même il y a sept ans, où il est question de Pete Seeger bien sûr mais aussi de Claude François, de Paul Robeson, du Mac Carthysme et de la « Guerre au Terrorisme »... (LMSI)

La chanson avait frappé mon oreille au moment même où j’entrais dans la Fête de l’Humanité. Elle animait l’une des attractions foraines par lesquelles les visiteurs étaient accueillis. Dans une autre vie, lorsque je militais au parti communiste, je n’aurais pas manqué une Fête de l’Huma. À plus d’une reprise, j’y étais arrivé à l’avance, pour aider à monter le stand de ma fédération… A cette époque, il n’y avait pas de stands « commerciaux » sur la fête – ou bien ils n’étaient pas si voyants. Il n’y avait que les stands militants, que des femmes et des hommes bénévoles animaient pour financer l’activité de leur organisation, et aussi pour l’y renforcer, là, sur place. Mais peu importe à présent. Ce n’est pas d’abord à cela que je pensais en entendant Claude François sautiller : « Si j’avais un marteau (oh, ho !) ». C’était le deuxième week-end de septembre de l’année 2001. Quelques jours plus tôt, les deux tours jumelles du World Trade Center, le « centre du marché mondial (…)