Auteur Olivier Mukuna

Fidel, la transmission essentielle

Olivier Mukuna
1990. J’avais 20 ans. Je vivais à Cuba depuis trois semaines. Parti en brigade européenne, avec mon ami, Alessandro, et son père, Giovanni. 3 semaines de bénévolat et 2 semaines de tourisme à travers l’île. C’était le deal proposé par l’association belge “Les amis de Cuba”. Joyeusement marxiste, l’asbl nous avait vendu un billet all inclusives en francs belges. C’était le bon temps. Entre Grecs, Anglais, Allemands, Espagnols ou Italiens, on bossait, on cueillait, on creusait, on se salissait toute la journée. Et chaque nuit, sous les palmiers au clair de lune, on refaisait le monde, fraîchement sorti de la guerre froide, entre bouteilles de rhum et cigares, au son de la musique afro-cubaine. A la fin d’une journée harassante de cueillettes d’oranges, de citrons et de goyaves, notre cheffe, Marie-Josée, nous a réunis. Les 11 “camarades” de la brigade belge. Au son de sa voix fébrile, on avait tous compris qu’elle allait annoncer un truc important. Elle mit rapidement fin au (…)

De quoi la Burqa pride est-elle le nom ?

Olivier Mukuna

Une hystérie politico-médiatique aux relents racistes et islamophobes vient de secouer la Belgique francophone. En cause : une «  Burqa pride » organisée par un collectif de militants à l’Université Libre de Bruxelles (ULB). Fallacieusement décrits comme des «  intégristes islamistes », ces «  assassins de la démocratie » ont commis un abominable crime : chahuter une tribune donnée par l’ULB à la journaliste française Caroline Fourest. Désigné comme l’instigateur du chahut, Souhail Chichah, chercheur à l’ULB et Belge d’origine marocaine, est devenu en 24 heures «  l’ennemi public n°1 » des libertés démocratiques. Son licenciement est exigé à grands cris par nombre d’élites du pays. Depuis le 22 février, il fait l’objet d’une fulgurante «  instruction disciplinaire » visant «  une suspension d’un mois ou le renvoi pur et simple »... Cette diabolisation ahurissante confirme le règne d’un «  deux poids deux mesures » structurel dans nos sociétés francophones. Selon que vous soyez essentialisé «  blanc » ou «  arabe » et «  noir », votre droit à la contestation pacifique sera ou non criminalisé.

Le malaise provoqué par la « Burqa pride » ne peut s'appréhender sans une contextualisation dont les médias traditionnels sont aujourd'hui foncièrement incapables. Avant de mettre quelques points sur quelques « i », récapitulons les faits. Lors d'une conférence-tribune de Caroline Fourest, le 7 février à l'ULB, une soixantaine de personnes ont chahuté l'événement jusqu'à ce que le recteur de l'ULB décide d'y mette fin. Composé de militants de gauche, d''étudiants de l'ULB, de syndicalistes et de défenseurs de la laïcité, ce groupe contestataire était pour partie revêtu de keffiehs, de foulards, de voiles et de burqas. Que s'est-il vraiment passé ? Par cette action politico-satirique, ce collectif entendait revendiquer deux choses. D'une part, incarner la contradiction face au discours de Fourest, journaliste controversée invitée pour la seconde fois sans contradicteurs au sein de l'Université du Libre examen. De fait, sous la « médiation » de Guy Haarscher, professeur de (…)