Le coup de gueule d’une féministe contre la bonne conscience des enseignants.
Strasbourg, le 8 octobre 2004
Messieurs, Mesdames les enseignants de l’Ecole Publique,
Jusqu’à présent, j’étais contre la loi « dite de la laïcité » par refus de solutions d’exclusion, mais j’avais beaucoup de mal, comme femme, à admettre le port du foulard (et c’est toujours le cas).
Mais aujourd’hui, lorsque j’entends vos cris de victoire, lorsque je constate votre bonne conscience béate, lorsque vous me dites que vous avez triomphé de « l’obscurantisme », je vous demande : l’obscurantisme, de quel côté est-il ?
Oui, la plupart des jeunes filles ont accepté, spontanément dites-vous, d’ôter leur foulard. Oui, certaines avec soulagement. Mais la majorité, parce qu’elles ont avalé leur humiliation, le mépris pour leurs traditions ou leur foi, parce qu’elles savaient que vous ignoriez (et je vois là le pire des mépris) que sous le foulard, avec ou sans foulard, elles existaient avec les mêmes ambitions et les mêmes capacités que vous.
Et vous, avec vos petites ou grandes croix cachées sous vos chemises, ou vos brevets de laïcité plus ou moins mérités brandis comme des drapeaux impériaux, avec vos idéologies plus ou moins intégrées mais confortablement affichées, et dans tous les cas oublieux de l’Histoire coloniale ainsi que de nos combats passés difficiles et surtout des solidarités dont nous avons bénéficié alors, même si nous n’étions pas aussi libérées que vous croyez l’être aujourd’hui !
Aujourd’hui, vous vous sentez fiers d’accorder la liberté grâce au fouet, à la censure, au mépris, à l’exclusion,. Comment pouvez-vous commettre cet affront en vous réclamant de la devise républicaine ?
Francine Engelbach