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16 septembre 2018

Idleb : Les « Hurras al-Dine » ou le nouveau bras armé d’Al-Qaïda en Syrie (Al-Watan)

Mohammad Nader al-Oumari

La complexité du dossier d’Idleb liée à la multiplicité des ingérences régionales et internationales, aux conflits d’intérêts entre belligérants et à l’escalade des combats atteint une nouvelle dimension en rapport avec les organisations armées sur le terrain ; lesquelles sont en train d’envisager leur intégration à des organisations mieux dotées en moyens militaires et matériels, tel le Front national de libération [Al-jabhat al-watania lil’tahrir] soutenue par la Turquie, le Front al-Nosra et l’Organisation des gardiens de la religion [le Tanzim des Hurras al-Dine] tous deux idéologiquement liés à Al-Qaïda.

Concernant le Front al-Nosra, la Turquie ayant finalement consenti, sous la pression des Russes, à le placer sur sa liste des organisations terroristes, pour une dernière tentative de séparation entre les groupes armés dits « extrémistes » et les groupes qui lui sont alliés, qu’elle qualifie de « modérés », nombre de ses combattants seront amenés à chercher leur salut en rejoignant le Tanzim des Hurras al-Deen [THD] ; une organisation née en février 2018.

Une chronologie qui pousse tout observateur de la situation syrienne à s’interroger sur les raisons et les objectifs de la création de ce deuxième bras armé d’Al-Qaïda en ce dernier quart d’heure de la guerre sur la Syrie.

Questions dont les réponses découlent de l’observation des combats entre les groupes armés sévissant à Idleb qui reflètent, en premier lieu, les intérêts contradictoires des États qui les soutiennent et de la nécessité de créer un substitut au Front al-Nosra par la récupération de ses têtes dirigeantes en cas d’entente sur son élimination.

D’où le rôle joué par la CIA dans l’émergence du THD, lequel s’est déployé dans les zones précédemment envahies par l’organisation des Jound al-Aqsa [Les soldats d’al-Aqsa] notoirement soutenue par les États-Unis -avant qu’ils ne soient obligés de la mettre sur la liste des organisations terroristes- notamment au nord de la province de Hama et dans certaines régions des environs de Sarmine, près de la ville d’Idleb.

À noter que le THD s’est révélé plus généreux que l’organisation des Jound al-Aqsa, offrant des salaires de 200 000 Livres syriennes et que son financement, d’origine obscure, passe par des banques koweïtiennes soumises au contrôle du système bancaire américain.

Il est donc probable que nous assistions prochainement à une activité accrue du THD aux détriments d’autres organisations armées, même si l’entente régionale et internationale concernant l’élimination du Front al-Nosra se révélait symbolique. À l’appui de cette thèse :

Il est donc clair que le dernier quart d’heure de ladite crise syrienne verra toutes sortes d’événements dramatiques avec le recours à tous les coups tordus possibles, telles les accusations portant sur l’utilisation d’armes chimiques par l’Armée syrienne comme c’est le cas en ce moment, afin de justifier n’importe quelle probable agression étrangère et tenter de sauver ceux qu’ils peuvent sauver parmi les extrémistes armés, en les évacuant via des « couloirs sécurisés » vers d’autres champs de combats.

Par conséquent, il ne sera probablement pas surprenant de conclure que lorsque Staffan de Mistura - Émissaire spécial de l’ONU en Syrie- réduit le nombre des terroristes présents dans la province d’Idleb à 10 000 [Conseil de sécurité du 7 septembre 2018 ; NdT] et propose de payer de sa personne en s’y rendant lui-même afin d’assurer un couloir de sortie... il tend à servir ce même projet :

« Vous vous souvenez probablement de la période horrible d’Alep, quand les combattants d’al-Nosra ont refusé ma proposition d’accompagner leur sortie de la ville... et ils sont finalement partis pour Idleb. A cause de cela nous avons perdu au moins deux mois et des milliers de personnes sont mortes... Donc une fois de plus, je suis prêt à m’engager personnellement et physiquement. Cette fois avec la coopération du gouvernement [syrien] puisqu’il contrôle les régions alentour. Je suis prêt à assurer un couloir humanitaire temporaire afin que les civils puissent partir, puis rentrer chez eux indemnes lorsque tout sera terminé » [*].

Mohammad Nader al-Oumari
Écrivain et chercheur syrien

11/09/2018

Traduit de l’arabe par Mouna Alno-Nakhal

Souce : Al-Watan (Syrie)

http://alwatan.sy/archives/165736

NdT : Nous nous souvenons surtout, Monsieur de Mistura, de votre proposition de « gel des combats » à Alep, suivie de votre proposition de création de « comités locaux pour terroristes » dans les quartiers Est de la ville. Comment oublier ? Aujourd’hui, Alep débarrassée des terroristes, mais pas encore de leurs bombes, revit. Il n’est pas question que le gouvernement syrien vous autorise à la ressaigner. Tout comme il n’est pas question qu’Idleb et le peuple syrien continuent à saigner sous les coups d’une diplomatie onusienne prétendument humanitaire, mais certainement inhumaine.

[*] [ Écoutez Staffan de Mistura (31/08/2018 – par RFI) ]