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30 décembre 2018

Lorsque l’imbécile montre la Lune, le sage regarde le doigt.

Viktor DEDAJ

Hier, j’ai discuté avec un ancien journaliste du quotidien El Periodico de Barcelone. Discuter avec un journaliste « mainstream », c’est comme le saut à l’élastique : je suis tiraillé entre le désir de vivre une expérience folle et la certitude d’avoir des nausées à la fin.

Il faut dire que nous n’avions pas choisi des sujets consensuels. Je vous les présente dans l’ordre : Gilets Jaunes, Julian Assange, Nicaragua,Venezuela, Cuba. Tout ça pour dire que le volume de sa conversation est allé légèrement crescendo (moi, je ne m’énerve même plus avec ce genre d’interlocuteur – à quoi bon ?).

Ca vous dirait un compte-rendu de l’échange ? Oui ? Alors je vous le fais court, synthétique et très précis. Il était : convaincu que Macron était le sauveur de la France ; convaincu que le blocus contre Cuba avait été levé ; convaincu que la presse était muselée au Venezuela ; convaincu que le Nicaragua était devenu une dictature pire que sous le règne de Somoza ; convaincu que Julian Assange était recherché pour viol. Pas mal pour une soirée, non ? Seule bonne nouvelle : il était à la retraite.

Comment réagir devant un tel mur de dissonance cognitive ? En essayant d’abord de rétablir certains faits. Et ravaler toutes les couleuvres, y compris le « Tu n’es pas journaliste. Qu’est-ce que tu connais ? ». C’est vrai, je ne suis pas journaliste. Je ne suis pas plombier non plus, mais je sais reconnaître un robinet qui fuit. Je ne suis pas musicien non plus, mais je sais faire la différence entre un Boys Band et les Beatles. Mais il y a une règle qui semble être appliquée par tous les journalistes encartés : quel que soit le sujet abordé, « ils » en savent toujours plus que vous, même si vous avez investi infiniment plus de temps - et de moyens personnels - sur le sujet. Et lorsqu’ils commencent à se mélanger les pinceaux, ils font dévier la conversation et passent du mode « professionnel de l’information » à celui de « maître à penser ». Comme si un plombier, à défaut de pouvoir réparer la fuite, se mettait à disserter sur les arrangements de A Day In Life. Pourquoi pas, me direz-vous ? Mais, 1) Il n’est pas obligé de le faire systématiquement, et 2) Ce n’est pas ce que j’attends de lui dans l’exercice de sa profession.

Quelle partie de la phrase « tout ce qu’on vous demande, c’est de faire votre métier » ne comprennent-ils pas ? Voilà qu’ils se prennent tous pour des « journalistes d’opinion » (oxymore, selon moi) et, à défaut d’avoir les moyens ou l’envie ou le savoir-faire d’effectuer de vrais reportages, les voilà qui se prennent tous pour des « analystes ». Les voilà tous en train de « décoder » l’information à qui mieux-mieux, à nous servir des articles aux titres insupportables tels que « voici ce qu’il faut retenir... » de tel ou tel événement (au cas où on aurait l’outrecuidance de retenir autre chose ?). Et surtout, les voilà tous qui se répètent les uns les autres.

Si vous êtes un militant déclaré, vous voilà entaché d’un parti pris. Parce que votre passé, votre milieu, votre parcours n’est pas « neutre ». Mais interrogez les sur leur passé, leur milieu et leur parcours, et vous voilà soupçonné de penchants totalitaires. Car, voyez-vous, tout soupçon d’un parti-pris, d’une position partisane, est intolérable. Car, voyez-vous, ce ne sont pas des hommes et des femmes comme vous et moi, mais des êtres... hum... je cherche le mot... « supérieurs ? » … détachés de leur passé, milieu et parcours.

Qu’est-ce qu’ils sont contents de « faire partie » d’une profession qui produit, après une longue enquête épuisante, les « Panama papers ». En réalité, l’enquête s’est résumée à découvrir une clé USB dans une enveloppe (fournie par les services de renseignements russes ?), à décompresser les fichiers, et à lancer des recherches sur des noms pour tenter de découvrir quelque chose de croustillant. Eu égard aux répercussions quasi nulles de cette affaire, on ne peut que compatir devant tant de dévouement et d’ardeur à appuyer à répétition sur les touches CTRL+F de leur clavier.

Une organisation minuscule comme Wikileaks a publié à elle seule infiniment plus de « documents » que toutes les rédactions de toute la presse occidentale réunies. Et les risques ? Deux des créateurs du portail de Wikileaks sont morts "par suicide", un proche a récemment disparu lors d’une randonnée en Finlande. Et le fondateur de cet outil, Julian Assange, est privé de liberté depuis 10 ans, et maintenu dans des conditions qui relèvent de la torture. Il risque une déportation vers les Etats-Unis, où il n’a commis aucun crime (ni là, ni ailleurs).

Chaque « journaliste » sur cette terre devrait savoir, s’il faisait son métier, que Julian Assange n’a jamais été accusé de viol en Suède. Chaque journaliste devrait s’affoler à l’idée qu’un Etat puisse étendre son bras vengeur à l’autre bout de la planète et, sous l’abominable prétexte d’une extraterritorialité de ses lois, « récupérer » un diseur de vérité. Chaque journaliste devrait avoir honte en pensant que de « grands » journaux ont publié eux aussi et avec gourmandise les documents de Wikileaks, mais ont aussitôt rejoint les vestiaires lorsque l’Empire a sifflé la fin de la partie, en abandonnant sur le terrain le capitaine et leurs maillots de « journalistes d’investigation ». Chaque journaliste devrait se haïr devant la glace devant cette forfaiture en rase-campagne. Et chaque journaliste devrait déchirer sa carte de presse en s’avouant qu’il n’arrivera jamais ne serait-ce qu’à la cheville de Julian Assange et Wikileaks.

Mais, comme tous les traîtres, ils préfèrent se raconter des histoires, et réécrire l’histoire, pour soulager le peu de conscience qu’il leur reste. Comme avec un journaliste espagnol par exemple. Florilège (100% représentatif de la profession) :

Il reste une question lancinante : même si Julian Assange (ou Wikileaks), a violé « une certaine loi » en publiant les documents, les crimes révélés par ces documents sont tels que leur « non publication » aurait relevé d’une « non dénonciation » de crimes (de guerre) et donc de complicité dans ces crimes.

Pour conclure, je pourrais être tenté de citer Martin Niemöller : « Quand les nazis sont venus chercher les communistes, je n’ai rien dit, je n’étais pas communiste... », etc. Beaucoup, dans la solidarité avec Assange, avancent l’argument qu’après Assange, ils viendront chercher les « autres ». Seulement voilà : après Assange et Wikileaks, il n’y aura pas d’ « autres ». S’il devait y en avoir, ils existeraient déjà. Non, il ne viendront chercher personne, car il n’y a déjà plus personne qui mériterait qu’on vienne le chercher. De notre vivant, il n’y aura pas d’autre Wikileaks, il n’y aura pas de deuxième Julian Assange. A vous d’imaginer un monde avec, et un monde sans. Et d’agir en conséquence.

Viktor Dedaj
pour qui informer n’est pas une liberté mais un devoir

EN COMPLEMENT :

#Unity4J : Christine Assange lance un appel d’urgence https://www.legrandsoir.info/unity4j-christine-assange-lance-un-appel-d-urgence.html

Pétition : N’abandonnons pas Julian Assange aux mains de ses bourreaux https://www.change.org/p/emmanuel-macron-n-abandonnons-pas-julian-assange-aux-mains-de-ses-bourreaux

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