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25 mai 2026

Ils ne se lassent jamais : le nouveau cirque à Miami !

Jacques-François BONALDI

Comme dirait l’autre, mieux vaut tard que jamais. 30 ans et 85 jours après, la mafia de Miami (j’entends par là les représentants et sénateurs censément cubano-étasuniens ou de lointaine origine cubaine) qui a réussi à hisser à la tête de la politique extérieure des Etats-Unis un certain Narco Rubio qui sue la haine de la Révolution cubaine par tous les pores de sa peau, vient de décrocher une nouvelle manœuvre de sa panoplie ou de décocher une nouvelle corde à son arc : accuser Raúl Castro d’assassin.

L’accusation était concoctée par ces membres du Congrès depuis un certain temps, et ils ont choisi pour la rendre publique (bien que dépourvue de toute légitimité juridique !) une date historique pour eux, mais infortunée pour le vrai peuple cubain : celle du passage de la colonie à la néo-colonie. C’est en effet le 20 mai 1902 que Cuba accède à l’indépendance et peut enfin hisser ses couleurs « nationales », après avoir dû subir depuis la mi-1898 une intervention armée des Etats-Unis puis une occupation militaire qui ne prit fin qu’une fois l’île bien cadenassée sur le plan politique par toute une série de traités, sans parler de l’Amendement Platt. Bref, le 20 mai n’est une date historique digne de festivités que pour ceux de Miami, nostalgiques de la servitude capitaliste. En revanche, le 24 février, date de l’ « incident » dont on accuse Raúl Castro d’être l’auteur, est entré à juste titre dans l’histoire de Cuba puisque c’est en ce jour de 1895 que José Martí relance la Guerre d’Indépendance (la troisième) !

J’offre ci-après (en traduction automatique Office Word) la version que donne ABCNews de l’accusation :

Raúl Castro accusé de meurtre pour l’abattage d’avions humanitaires par Cuba
Quatre ressortissants américains ont été tués lors de l’incident de 1996.
Par Katherine Faulders, Luke Barr, Pierre Thomas et Alexander Mallin
20 mai 2026, 13h40

Le ministère de la Justice a inculpé mercredi l’ancien président cubain Raul Castro de meurtre en raison de son rôle présumé dans le crash de deux avions transportant de l’aide humanitaire en 1996, selon un dossier judiciaire récemment dévoilé. Le crash a entraîné la mort de quatre ressortissants américains.
L’acte d’accusation accuse Castro de sept chefs d’accusation, dont complot en vue de tuer des ressortissants américains, destruction d’avion et meurtre de chacun des quatre passagers à bord des avions pilotés par Brothers to the Rescue, un groupe qui menait des missions de secours pour les exilés cubains cherchant à fuir le pays.
Cela marque une escalade majeure dans la campagne de pression en cours des États-Unis pour obtenir un changement de régime du gouvernement communiste de cette île, bien qu’il ne soit pas immédiatement clair si Castro, âgé de 94 ans, finira par entrer dans une salle d’audience américaine.
L’acte d’accusation a été rendu par un grand jury le 23 avril et rendu public aujourd’hui, a déclaré le procureur général par intérim Todd Blanche lors d’une conférence de presse à Miami, en Floride.
« Pour la première fois en près de 70 ans, la haute direction du régime cubain a été inculpée dans ce pays, aux États-Unis d’Amérique, pour des actes de violence ayant entraîné la mort de citoyens américains », a déclaré Blanche. « Les nations et leurs dirigeants ne peuvent pas être autorisés à cibler les Américains, à les tuer et à ne pas assumer de responsabilités. Le président Trump s’engage à rétablir un principe très simple mais important : si vous tuez des Américains ... Nous te poursuivrons, peu importe qui tu es, peu importe le titre que tu portes, et dans ce cas, peu importe le temps qui s’est écoulé. »
Il a ajouté : « Le gouvernement des États-Unis n’a pas oublié ces hommes innocents qui ont été abattus. »
Brothers to the Rescue, une organisation basée à Miami, a mené des opérations humanitaires de vol à travers le détroit de Floride pour rechercher des migrants cubains en détresse, selon le ministère de la Justice. Des responsables américains allèguent que des agents du renseignement cubains ont infiltré l’organisation au début des années 1990 et « ont transmis des informations détaillées sur ses opérations aériennes au gouvernement cubain. » Ces informations ont été utilisées par la direction militaire cubaine pour planifier l’opération du 24 février 1996, affirment des responsables américains.
L’opération a tué quatre personnes : Carlos Costa, Armando Alejandre Jr., Mario de la Peña et Pablo Morales, dont trois étaient citoyens américains.

https://abcnews.com/Politics/justice-department-expected-announce-charges-raul-castro/story?id=133144411

Si vous voulez voir l’allégresse de l’auditoire à cette annonce faite directement à Miami, voici le lien à la vidéo correspondante, tiré de la Maison-Blanche : https://www.whitehouse.gov/videos/doj-announces-the-indictment-of-raul-castro-with-conspiracy-to-kill-u-s-nationals/

Bien entendu, ce qu’il s’est passé réellement le 24 février 1996 n’a pas grand-chose à voir, ni dans ses tenants ni dans ses aboutissants, avec cette version singulièrement « exotique » pour ceux qui à Cuba – j’en étais – ont vécu les faits en direct. L’abonné à ABCNews ne saura jamais comment et dans quelles circonstances ce crash a eu lieu, ni à quel endroit, et pourquoi ! Il plaindra le sort de ces courageux pilotes qui transportaient de l’aide humanitaire et vouera aux gémonies ces infâmes communistes toujours prêts aux pires crimes !

Concrètement, ce jour-là, des Mig-19 abattent deux avions Cessna qui, en provenance de Miami, ont violé l’espace aérien cubain. Comment en est-on arrivé là ? C’est une longue histoire bien plus documentée sur laquelle il vaut la peine de se pencher.

Car cet « incident » a déjà été utilisé pour accuser et condamner un autre Cubain, à savoir Gerardo Hernández, un des Cinq (Héros) à avoir été incarcérés aux Etats-Unis. Rendu responsable en tant que chef du « groupe d’espions » de ce crash, Gerardo écope en effet d’une seconde perpétuité par le tribunal de Miami.

Fouillant dans mes archives, j’y découvre un long article que j’ai rédigé en juin 2009 sur cet épisode et sur ce qui l’entoure. Il ne se borne pas aux faits du 24 février 1996, il couvre d’autres moments du procès des Cinq et il me semble, le relisant aujourd’hui, d’autant plus intéressant qu’il repose pour l’essentiel sur les affirmations de la Troïka, autrement dit les trois juges de la cour d’appel d’Atlanta qui, le 9 août 2005, émirent leur verdict sur la décision de la cour de Miami : on verra qu’il infirme catégoriquement les allégations fournies aujourd’hui par le département de la Justice et dément la version de l’establishment...

Je vous le livre tel quel, parce qu’il permet de saisir à quel point le contentieux entre l’administration étasunienne (tous partis confondus) et la Révolution cubaine est énorme depuis maintenant soixante-sept ans et de constater que, loin de s’apaiser, il ne cesse de grossir. En fait, il faut être Cubain ou vivre à Cuba pour se rendre compte que l’évolution de la Révolution cubaine n’a cessé d’être surdéterminée par la présence maléfique de ce voisin qui, en tant que superpuissance, n’a jamais accepté que l’île ait pu lui échapper. S’il est un peuple que toute son histoire, depuis deux siècles, a rendu forcément anti-impérialiste parce que défenseur farouche de son indépendance, c’est bien le peuple cubain ! Ce qu’on ne saisit pas de l’autre côté du détroit de la Floride

Cette nouvelle attaque contre une figure ô combien tutélaire de la Révolution produit l’effet contraire à celui qu’escompte l’administration Trump : loin d’affaiblir le peuple cubain, elle le resoude, l’unit davantage, le renforce. Aussi se retrouvera-t-il, vendredi prochain, à 7 h 30 du matin, devant l’ambassade des Etats-Unis, à la Tribune anti-impérialiste, pour exprimer son appui à Raúl, à la Révolution, pour condamner une fois de plus le « monstre aux bottes de sept lieues » dont parlait José Martí et conforter son esprit de résistance.

L’espace télévisé de 19 h, la Table ronde, sur Cubavisión, a réuni ce mercredi-ci trois intervenants, dont le vice-ministre des Relations extérieures, Carlos Fernández de Cossío, qui ont discuté de cette accusation. Demain, jeudi, elle réunira deux intervenants majeurs, parce que protagonistes des faits du 24 février 1996 : René Gonzalez et Gerardo Hernández, deux des Cinq Héros. Je crois qu’elle est transmise en direct sur Youtube. Leur version sera assurément bien différente de celle du département de la Justice.

À ce jour, soit dit en passant, trente ans après, l’administration étasunienne refuse toujours de rendre publiques les images des radars et satellites qui prouvent, selon elle, que les deux Cessna ont été abattus en eaux internationales. Si ce n’est pas une preuve, ça, qu’elle ment !

Jacques-François Bonaldi (La Havane), le 20 mai 2026.