auteur Santiago ALBA RICO
6 mai 2013
Combien vaut une vie humaine ?
Santiago ALBA RICO
Combien vaut une vie humaine ? L’une des manières de la calculer est celle utilisée par les avocats de la multinationale Union Carbide afin de fixer le montant des indemnités aux victimes du désastre de Bhopal en 1984. Si le « revenu per capita » de l’Inde est (était à cette époque là) de 250 dollars tandis qu’aux Etats-Unis il est de 15.000 dollars, on peut alors conclure que la valeur moyenne d’une « vie indienne » est de 8.300 dollars tandis que celle d’une « vie étatsunienne » atteint 500.000 dollars. Les compagnies d’assurance utilisent habituellement ce type d’évaluations pour augmenter leurs marges de bénéfices.
Il existe d’autres possibilités, que l’on juge plus barbares, à savoir celles de ces systèmes « primitifs » d’équivalents que nous appelons « vengeance ». La forme la plus extrême est la loi du Talion (« œil pour œil, dent pour dent »), mais il en existe d’autres, plus bénignes, parmi différents peuples ; on peut alors échanger une vie humaine contre quatre moutons, ou encore compenser la perte d’un membre par un morceau de terre ou une femme d’âge pubère.
En définitive, quand nous calculons la valeur de la vie humaine nous avons souvent recourt à des « expressions monétarisées », c’est-à-dire que nous tentons de saisir une quantité qui est, elle, incommensurable, en la comparant à des formes comptables extérieures : argent, bétail, marchandises. Mais, à leur tour, quelles sont les valeurs de l’argent, du bétail et des marchandises ?
Le concept de "valeur-travail"
Comme on le sait, David Ricardo et Adam Smith furent les premiers à couler dans une formule un rapport que tous (…)
26 mars 2013
Syrie et Irak : deux anniversaires entrelacés
Santiago ALBA RICO
Cela fait deux ans en ce mois de mars qu’à débutée la révolution syrienne et il y a très peu de choses à fêter.
La férocité criminelle du régime, qui combine dans la meilleure tradition impérialiste les bombardements aériens et les escadrons de la mort ; l'ignominieux soutien de la Russie et de l'Iran ; la moins ignominieuse stratégie de « régulation de la douleur » de la part des Etats-Unis et de l'UE en faveur d'Israël ; l'incapacité de l'opposition à représenter quelque chose de plus que les intérêts partisans ou personnels ; la « sectarisation » de l'affrontement militaire alimentée par l'Arabie Saoudite et le Qatar ; l'influence croissance du djihadisme sur le terrain et le fait, enfin, que l'ASL (Armée syrienne libre), comme le dit mon ami Tariq Al-Ghourani, soit une « armée de victimes », tous ces facteurs ont transformé la demande initiale pacifique, massive et on ne peut plus juste de démocratie en une catastrophe régionale. 70.000 morts, plus de deux millions de déplacés ou réfugiés, des quartiers entiers rasés, tout une génération d'enfants que l'Unicef considère déjà « perdus ». (…)
8 décembre 2012
L’histoire exemplaire du cygne assassin. (Rebelion)
Santiago ALBA RICO
Parmi les dix premières causes de mortalité mondiale, on trouve, selon l'âge, le sexe ou le pays, les maladies cardio-vasculaires, les maladies infectieuses, le cancer, les accidents de la route, la violence, la guerre, le SIDA, la faim, l'accouchement, le suicide. Et les autres ? Les morts qui échappent aux statistiques contiennent en elles-mêmes une force déconcertante et héroïque et parfois l'allusion à d'autres mondes possibles que nous avons désormais dépassés ou qui ne sont pas encore survenus. Il n'est pas normal, par exemple, de mourir, comme le sultan Humayun, au XVIº siècle, écrasé sous le poids des livres de sa propre bibliothèque ou bien de périr, traîné par la foule, dans un centre commercial, comme cela arriva au pharmacien nord-américain Walter Vance, en 2009 : caricatures tragiques de deux idéaux opposés et inégalement victorieux dans l'histoire de l'humanité. Mais peu de morts sont aussi étonnantes et, disons, anti-statistiques que celle-ci, publiée par les (…)
3 décembre 2012
Gaza : le moyen et le message
Santiago ALBA RICO
Gaza n'est ni un pays, ni la partie d'une nation, ni une bande de terre et encore moins un ensemble d'êtres humains : c'est un simple investissement. Israël - et je le dis sans la moindre pointe d'ironie - n'est pas en train d'appliquer une politique génocidaire en Palestine : elle veut tuer des enfants, mais pas tous les enfants ; elle veut détruire des écoles et des hôpitaux, mais non pas empêcher radicalement toute forme de survie ; elle veut affamer ses habitants, mais non pas les tuer tous par la faim.
N'oublions pas que c'est Ariel Sharon, le même qui avait joué pendant des mois au chat et à la souris avec Yasser Arafat dans la Mouquata, qui a appliqué le fameux « plan de déconnexion » en 2005 pour transformer Gaza en une immense Mouquata de 1.500.000 habitants. Gaza est très importante pour Israël. C'est l'urinoir où les dirigeants sionistes soulagent leurs plus bas instincts ; c'est le petit frère désarmé qu'ils frappent quand ils voulaient frapper son grand frère plus (…)
21 août 2012
La décision d’avoir une jambe (Rebelion)
Santiago ALBA RICO
Un enfant est victime d'un accident et il est amputé d'une jambe. A partir de cet instant il peut se produire une des deux choses suivantes : soit l'enfant bâtit son caractère autour de la jambe qui lui manque et donc à partir de tout ce que désormais il ne peut plus faire, soit, au contraire, il forge son caractère autour de la jambe qui lui reste et donc à partir de tout ce qu'il peut encore faire. Boiter est un défaut, certes, mais c'est aussi une façon de vivre ; c'est le procédé spécifique grâce auquel je parcours le chemin qui me ramène à la maison ou qui me permet d'arriver à l'heure à mon rendez-vous avec ma bien-aimée ; c'est aussi la possibilité d'adjoindrer à mon corps une canne élégante. Le philosophe Jean Paul Sartre dirait que le rôle vital d'une des deux jambes " celle qui nous manque ou celle qui nous soutient encore " est une décision absolue et, par conséquent, un acte de liberté. Nous ne sommes pas responsables de l'accident qui nous a mutilés, c'est (…)




