Arundhati ROY
« Je ne m’excuserai jamais pour les États-Unis d’Amérique — quels que soient les faits, je m’en moque ». [Président George Bush Sr]
Assise chez moi à New Delhi, en regardant une chaîne d’informations américaine faire sa propre promotion (« Nous rapportons, Vous décidez »), j’imagine le sourire amusé aux dents abîmées de Noam Chomsky.
Tout le monde sait que les régimes autoritaires, indépendamment de leurs idéologies, utilisent les mass-médias pour leur propagande. Mais qu’en est-il des régimes démocratiquement élus du « monde libre » ?
Aujourd’hui, grâce à Noam Chomsky et à ses compagnons analystes des médias, il est presque évident pour des milliers, voire des millions d’entre nous que l’opinion publique dans les démocraties« d’économie de marché » est fabriquée comme n’importe quel autre produit du marché de masse — savon, interrupteurs ou pain en tranches. Nous savons qu’alors que, légalement et conformément à la constitution, la parole peut être libre, l’espace dans (…)
Arundhati ROY
« Plaignons le pays qui réduit au silence ses écrivains quand ils disent ce qu’ils pensent… Plaignons le pays qui jette en prison ceux qui réclament la justice, tandis que des tueurs à grande échelle, des massacreurs, des arnaqueurs organisés, des pillards, des violeurs, et tous ceux qui s’attaquent aux plus pauvres des pauvres se promènent en toute liberté. » - Arundhati Roy
18 novembre 2011, " Information Clearing House " (« site d'informations qu'on ne trouve pas sur CNN ou Fox News »), Assemblée de " L'Université populaire " qui s'est tenue en l'Église commémorative de Judson, le 16 novembre 2011.
Mardi matin, la police a évacué Zucotti Park, mais aujourd'hui le peuple est de retour. La police devrait savoir que cette manifestation n'est pas une bataille pour un territoire. Nous ne luttons pas pour occuper un parc, ici ou là . Nous nous battons pour la justice. Pas seulement pour le peuple des États-Unis, mais pour tout le monde.
Ce que vous avez réussi depuis le 17 septembre, lorsque le mouvement Occupation a débuté dans tous les États-Unis, c'est d'introduire un nouvel imaginaire, un nouveau discours politique au coeur de l'Empire. Vous avez réintroduit le droit de rêver dans un système qui s'efforce de transformer les gens en des zombies qui, par l'hypnose, assimilent le consumérisme abrutissant au bonheur et à (…)
Arundhati ROY
Alors que nous débattons encore pour savoir s’il y a une vie après la mort, je propose que l’on rajoute une nouvelle question à la liste : y’a-t-il une vie après la démocratie ? Si oui, de quelle vie s’agit-il ? Par « démocratie » j’entends le modèle appliqué, la démocratie occidentale libérale et ses variantes telles qu’elles existent et non pas la démocratie idéalisée ou rêvée.
Donc, y'a-t-il une vie après la démocratie ?
Lorsqu'on tente de répondre à cette question, on se lance généralement dans des comparaisons entre différents systèmes de gouvernance, pour finir par une défense quelque peu épidermique et agressive de la démocratie. La démocratie a ses défauts, disons-nous. Et aussi qu'elle n'est pas parfaite, mais c'est encore ce que nous avons de mieux à offrir. Inévitablement, quelqu'un dans la pièce dira « vous préféreriez quoi ? l'Afghanistan, le Pakistan, l'Arabie Saoudite, la Somalie… ? »
Que la démocratie soit une utopie à laquelle toute société « en voie de développement » devrait aspirer ou non est un tout autre débat. (Et je pense qu'elle devrait effectivement y aspirer. Dans sa phase initiale idéaliste, la démocratie peut-être assez réjouissante.) La question d'une vie après la démocratie s'adresse à ceux qui vivent déjà dans une démocratie ou dans des pays qui se prétendent des démocraties. Je ne propose pas un retour vers d'anciens (…)
Arundhati ROY
(IIeme Partie)
Lors d'une mise au point avec la presse avant l'invasion de l'Irak, le
Général Tommy Franks annonça, "cette campagne ne ressemblera à aucune autre
de toute l'histoire". Il a sûrement raison.
Cela dit, je ne suis pas une spécialiste des affaires militaires, mais quand
est-ce qu'on a déjà vu une guerre similaire à celle-ci ?
Après avoir eu recours aux "bons offices" de la diplomatie Onusienne (les
sanctions économiques et les inspecteurs) afin de s'assurer que l'Irak était
à genoux, son peuple affamé, un demi-million d'enfants morts, son
infrastructure sévèrement endommagée, après s'être assuré que la plupart des
armes avaient été détruites, et dans un acte de lâcheté certainement sans
pareille dans l'histoire, la 'coalition' envoya une armée d'invasion !
Opération "liberté pour l'Irak" ? Je ne crois pas. Ce serait plutôt
"opération faisons la course mais permettez-moi d'abord de vous briser les
genoux".
Dès le début de la guerre, les gouvernements (…)
Arundhati ROY
A une époque où il faut courir pour devancer la vitesse à laquelle les
libertés nous sont arrachées, et où peu peuvent s'offrir le luxe de s'isoler
le temps de rédiger une thèse politique exquise remplie de notes et de
références, quel beau cadeau pourrais-je vous offrir ce soir ? Tandis que
nous passons d'une crise à l'autre, directement transmis dans nos cerveaux
par satellite, il nous faut réfléchir debout. En mouvement. Nous entrons
dans l'histoire en passant pas les ruines des guerres. Les villes ruinées,
les champs dévastés, les forets qui disparaissent et les rivières qui
meurent sont nos archives. Les cratères provoquées par les faucheuses de
marguerites sont nos bibliothèques. Alors que puis-je vous offrir ce soir ?
Quelques pensées dérangeantes sur l'argent, la guerre, l'empire, le racisme
et la démocratie. Quelques préoccupations qui virevoltent autour de mon
cerveau comme des papillons de nuit et qui m'empêchent de dormir.
Certains penseront qu'il est mal (…)