Boaventura DE SOUSA SANTOS
Si la singularité de la « voie cubaine au socialisme » représente un problème pour la gauche, la rénovation de cette dernière passe selon Boaventura de Sousa Santos par un nouveau type de partage d’expériences avec Cuba et par une transition ouverte à l’expérimentation.
Cette question peut paraître étrange et beaucoup vont penser que la formulation inverse aurait peut-être plus de sens : pourquoi la gauche est-elle devenue un problème difficile pour Cuba ? En fait, la place de la Révolution cubaine dans la pensée et la pratique de la gauche au cours du XXe siècle est incontournable. Elle l'est d'autant plus que qu'on se concentre moins sur la société cubaine en elle-même, que sur la contribution de Cuba aux relations entre les peuples, en particulier à travers les nombreuses démonstrations de solidarité internationaliste dont a témoigné la Révolution cubaine ces 50 dernières années. L'Europe et l'Amérique du nord seraient peut-être devenues ce qu'elles sont sans la Révolution cubaine, mais on ne peut pas en dire autant de l'Amérique Latine, de l'Afrique ou de l'Asie, régions de la planète où vivent près de 85% de la population mondiale. La solidarité internationaliste dont Cuba a été le protagoniste s'est étendue en cinq décennies dans les (…)
Boaventura DE SOUSA SANTOS
La divulgation de centaines de milliers de documents confidentiels, diplomatiques et militaires par Wikileaks ajoute une nouvelle dimension à l’approfondissement contradictoire de la globalisation : la révélation, sur une courte période, non seulement de la documentation dont l’existence était connue, mais dont l’accès public avait été longtemps refusé par ceux qui la détenaient, mais aussi de celle dont personne n’imaginait l’existence. Ceci dramatise les effets de la révolution des technologies de l’information et oblige à reconsidérer la nature des pleins pouvoirs globaux qui nous (dé)gouvernent et les résistances qui peuvent les défier.
La mise en question doit être si profonde qu'elle doit inclure Wikileaks lui-même : tout n'est pas si transparent dans cette orgie de transparence que nous offre le portail. La révélation est impressionnante tant par sa technologie que par son contenu. Par exemple, nous pouvons entendre avec horreur ce dialogue : « Good shooting. Thank you » (« Bon tir. Merci »), enregistré pendant que tombaient des journalistes de Reuters et des enfants qui allaient à l'école ou, autrement dit, pendant que des crimes contre l'humanité étaient commis. Nous apprenons que l'Iran est, par consensus, une menace nucléaire pour ses voisins et, par conséquent, qu'il ne reste plus qu'à décider qui va attaquer en premier, les États-Unis ou Israël.
Qu'une grande multinationale pharmaceutique, Pfizer, avec la connivence de l'ambassade des Etats-Unis au Nigeria, a essayé de faire chanter le procureur général de ce pays pour éviter de payer des indemnités pour l'usage expérimental indu de substances qui ont (…)