auteur Gaëtan PELLETIER

Informatés

Gaëtan PELLETIER
On voudrait que les poètes écrivent des odes à la beauté de ce monde. On voudrait qu’ils en déterrent les joyaux, qu’ils soulèvent la laideur comme on lève un tapis. Hélas ! Hélas ! La saleté est exponentielle, donc irréversible. Il faudrait changer de tapis... C’est un beau grand tapis bleu qui tourne au gris, peu à peu... Tout est en train de se fondre dans le grand canyon de l’avoir, enfoui et enterré avec une valeur égale au petit marchandiseur terrien d’un orgueil gaufré. Ce cueilleur-chasseur, de par ces nouvelles armes sophistiquées et invisibles, et son œil tout feu, tout flamme, guette ses proie qui parfois se fanent. Mais il en viendra d’autres... Il est là, atterré, nargueur comme un gamin devant l’incompréhension de son propre être, des animaux, du Cosmos, de ses dieux, et d’une planète il habite et brûle en même temps. L’Homme craint maintenant la mort, par peur de voir fondre son ego putride qu’il chérit tant. Il est en extase devant la (…)
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La chanson de l’avion moqueur

Gaëtan PELLETIER
On s'ennuie tellement du voyaging et de ses revenus pour capitalistes en chaleur que – la larme à l'oeil – on voudrait ressouder la période de l'avant Covid avec un petit air de "respect de la pollution". Bref, un produit propre. Les salauds ne font pas toujours des produits propres. Les salauds font de l'argent pour les salauds. Encore un avenir tout beau, scintillant, avec promesse de voyages silencieux et, snif !, proprets à saveur environnementaliste. Il y aura des taudis en Amérique du Sud, en Inde, en Afrique, peu importe. Un avion soi-disant propre construit avec des matériaux les moins chers possibles, ce qui signifie toujours une négritude lointaine et des Noirs de toutes les couleurs, pourvu qu'ils soient pauvres. C'est la rengaine jaunâtre du monde des technocrates, industriels globalistes, visionnaires machiavéliques, supposément créatifs et tassés vers la foi d'une civilisation bâtie sur la réussite technologique. Les mégalomanes sont prêts à racler le fond de la (…)

Dr Trump et la planète Mars

Gaëtan PELLETIER
DONNER ET PRENDRE Il était une fois un homme qui possédait une vallée pleine d'aiguilles. Un jour, la mère de Jésus vint le voir, lui disant : « Ami, le vêtement de mon fils est déchiré, il faut absolument que je le lui raccommode avant qu'il n'aille au temple. Ne voudrais-tu pas me donner une aiguille ? » Il ne lui donna point d'aiguille, mais il lui tint un érudit discours sur Donner et Prendre pour le rapporter à son fils, avant qu'il n'aille au temple. Khalil Gibran, Enfants du prophète *** On ne parle plus d'aller sur Mars. Et pourtant le prix du carburant n'a jamais été aussi bas. Et le ciel aussi clair... Peut-être auront nous un air neuf à respirer pendant l'été. Selon le Dr Trump, la chaleur va tuer le virus. Il faut entre 60 et 70 degrés pour "nettoyer" un masque de style N-95. Pourtant, on allait y parvenir, à force de brûler tout ce qui se brûle... Même les humains. La surchauffe planétaire et sa destruction par délire de consumérisme nous laissait (…)

Le Compostelle de la blatte métallique

Gaëtan PELLETIER
Nous allons tous mourir : la voiture est en train de nous quitter. Elle, si essentielle pour faire des fortunes et saccager l'environnement. Celle qui permet le dimanche de se rendre du point A au point A. On vous dira qu'il vous en faut une, parce que tout a été réglé pour qu'elle soit essentielle. En 1920, alors qu'il y avait peu de véhicules en circulation et qu'ils roulaient plus lentement, Grinell écrivait aux États-Unis : Ce roadkill est une source relativement nouvelle de la mortalité ; et si l'on devait estimer le kilométrage du total de ces routes dans l'état, le taux de mortalité doit s'élever à des centaines, voire des milliers de cas toutes les 24 heures3. La situation s'est depuis aggravée dans la plupart des régions du monde, en raison de l'augmentation conjointe de l'extension du réseau routier, du nombre de véhicules motorisés, de la vitesse moyenne des véhicules et du kilométrage parcouru par chaque conducteur. C'est l'une des formes de la fragmentation des (…)

Pratiquer un sport de vieux pendant la COVID-19

Gaëtan PELLETIER
Depuis l'arrivée de la COVID-19, les livreurs de médicaments se suivent mais ne se ressemblent pas. Le premier qui s'est présenté, un pur inconnu en campagne, a sonné mais n'est pas entré. J'ai dû aller chercher le petit sac de médicament dehors. Il me l'a tendu d'un bras si tendu qu'on aurait dit une nouvelle prise du Jeet Kune Do de Bruce Lee. C'est à s'ennuyer de notre "régulier" qui entrait en sifflant, vantait les odeurs du souper et le temps superbe ou merdique. Il a dû est envoyé au front dans les villages voisins. Mais je me doute qu'on l'a entraîné à une nouvelle réalité : la distance. Et avec elle, la froideur et le silence. La COVID-19 fait perdre des emplois, mais elle en crée. Les vieux ne vont plus à la pharmacie. Alors, il faut d'autres livreurs. Quelques uns des personnels ( j'adore cette perle parmi les trouvailles des appellations bizarroïdes aux fins de classement des travailleurs) de la pharmacie vont sans doute aller au chômage. Prise 2 Quelques jours (…)