auteur Rosa LLORENS
25 juillet 2026
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Le football, reflet des luttes entre Occident et Sud global
Rosa LLORENS
Il y a quatre ans, la Coupe du Monde opposait déjà Mbappé et Messi ; mais la présence aujourd’hui de Lamine Yamal établit une configuration différente.
Il y a quatre ans, Mbappé, avec l’arrogance qu’on lui connaît maintenant si bien, déclarait, avant la finale France-Argentine, que le football européen serait toujours supérieur au football sud-américain (le football des indigènes). On avait alors envie de soutenir l’Argentine, qui représentait le Sud global, face au mépris de l’Occident.
Aujourd’hui, le visage de l’Argentine a bien changé, dirigée qu’elle est, depuis décembre 2023, par un clown psychopathe à rouflaquettes, dont le projet est de vendre son pays à Israel, par des accords commerciaux ou, plus concrètement, en lui vendant les terres de la Patagonie (c’est ainsi que l’Empire Ottoman avait commencé à vendre des terres palestiniennes à des organisations sionistes, bien avant la création d’Israel). L’Argentine est donc passée du Sud global à l’Occident ; dit comme ça, (…)
21 décembre 2025
Camus ou la bonne conscience coloniale, en Algérie comme en Palestine.
Rosa LLORENS
Lors de la sortie de L’étranger, le film d’Ozon, je me suis demandé : pourquoi adapter maintenant ce roman sinistre et ringard ? Bien sûr, on pouvait répondre en pensant à la passion de Macron pour Camus, et aux tensions actuelles entre la France et l’Algérie. Mais, en lisant le livre magistral d’Olivier Gloag, Oublier Camus (2023), on réalise à quel point la situation de « l’Algérie française », et celle de la Palestine judaïsée sont semblables, et que la bonne conscience coloniale de Camus peut servir à neutraliser les horreurs du génocide en Palestine, comme elle sert à donner un visage humaniste à la colonisation française en Algérie.
L’Algérie était, comme l’est la Palestine, une colonie de peuplement, ce qui permet aux colons de s’imaginer que le pays qu’ils occupent est le leur. Camus s’imaginait algérien, et criait, comme les autres colons, son amour de l’Algérie ; c’est sans doute à partir de là qu’on a pensé qu’il était anti-colonialiste, comme le prétendent les (…)
La Voix de Hind Rajab donne enfin une voix aux Palestiniens
Rosa LLORENS
Les faits : à la fin de la deuxième semaine de février 2024, pendant l’agression d’Israel contre Gaza, on trouve le corps décomposé d’une petite fille de 6 ans, Hind Rajab, aux côtés de six membres de sa famille, dans une voiture criblée de 355 balles ; près de là, l’ambulance qui devait la secourir a été détruite, avec ses deux ambulanciers. Le film de la Tunisienne Kaouther ben Hania met en scène les dernières heures de la vie de Hind, pendant lesquelles elle a été en contact par téléphone avec une équipe du Croissant Rouge palestinien qui essayait d’organiser les secours. Le film parle au coeur, mais donne aussi matière à réflexion.
De tous les films concernant la Palestine, bien peu font entendre directement la voix des Palestiniens : soit ce sont des Juifs (rappelons que le terme « israélien » désigne aussi légalement des Palestiniens, qui vivent encore sur leurs terres ancestrales) qui parlent, soit il y a un Israélien qui cornaque un Palestinien (No other land), soit ce (…)
5 novembre 2025
Ozon : un Etranger mis au goût du jour et travesti
Rosa LLORENS
Pourquoi adapter l’Etranger de Camus aujourd’hui ? Ozon avait-il quelque chose à en dire ? Le film montre bien l’inanité de l’entreprise : si on oublie nos souvenirs de lycéens, et la révérence qu’on est tenu de sentir à l’égard d’un écrivain vache sacrée panthéonisable (la famille a refusé ce transfert souhaité par Macron), on doit bien constater que le roman aujourd’hui est insupportable, ce que les trahisons bien intentionnées d’Ozon rendent évident.
Rien ne fonctionne, dans le film, et dès les premières images on est pris par un ennui à couper au couteau qui ne nous lâchera plus. Au départ, le film était conçu comme un court-métrage, Ozon l’a donc gonflé pour en tirer un film de deux heures (pourquoi ne pas s’être limité à 1h20 ou 40 si la matière était si mince ?) ; le roman du moins commence de façon abrupte : « Aujourd’hui maman est morte ». Le film, lui, se traîne pendant toute une journée où on suit Meursault dans sa routine quotidienne : il fait sa toilette, il se rase, (…)
Sirat : film mystique ou film creux ?
Rosa LLORENS
Sirat bénéficie d’une sortie digne d’un blockbuster : 27 salles à Paris plus 45 en Banlieue ! Pourquoi un tel engouement ? se demandent les Inrockuptibles. Le film a été un grand succès en Espagne, et il démarre en force en France. Tenons-nous là la pépite de la rentrée, « l’événement inattendu du cinéma d’auteur » ? (les Inrocks).
Le film commence par une rave party, dont la musique éprouvante nous accompagnera presque constamment (et c’est avec surprise qu’on découvre que le film a reçu un prix pour sa bande son). Les cinq organisateurs de la teuf vont guider le héros, Luis, à la recherche de sa fille disparue au Maroc, le long d’un itinéraire de plus en plus accidenté. Dans sa Note d’intention, l’auteur, Oliver Laxe (prononcer « Laché », c’est du galicien)), écrit de beaux commentaires sur ce scénario : dans « des situations d’authenticité radicale, où la vie te saisit et te demande qui tu es vraiment ; où tu as le sentiment d’être jeté dans un vide sans filet [...] je suis (…)



